CHAPITRE XILTIII
— Il y a une petite différence entre cette partie du monde et les Indes occidentales, monsieur Simple, médit Swinburne, lorsque après huit jours de navigation nous commençâmes à apercevoir la terre des deux côtés. Des rocs noirs et des forêts de sapins ne nous rappellent ni les montagnes bleues à la Jamaïque, ni les cocotiers s'agitant sous la brise de la mer.
— Non sans doute, Svvinburne.
— Nous aurons des calmes à foison ici, sans que la chaleur nous suftbque, quoique nous puissions bien trouver des chaloupes canonnières un peu trop chaudes pour nous 5 car retenez bien de moi que, dès que le vent tombera, elles vont sortir de
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tous les côlés^ et nous donner du iil à retordre.
— Ce n'est pas la première fois que vous escortez un convoi dans ces parages?
— Non assurément ; et j'y ai vu faire de la rude besogne, monsieur Simple; besogne qui ne serait guère du goût de notre capitaine; ou je me trompe fort.
— Swinburne, je vous prie de garder pour vous vos réflexions sur le capitaine, rappelez-vous ce qui est arrivé la dernière fois. Mon devoir est de ne point les écouter.
— Vous commencez seulement à vous en apercevoir, monsieur Simple, dit le capitaine Hawkins, qui s'était glissé derrière nous et qui avait entendu notre conversation. Votre devoir ne serait-il pas aussi de m'en instruire?
— Dans cette occasion, vous m'avez épargné ce soin, monsieur, répondis-je en retournant à mon poste. Swinburne avait battu en retraite dès qu'il avait entendu la voix.
— Combien de voiles y a-t-il en vue, monsieur? me demanda le capitaine.
— Cent soixante-trois, monsieur.
— VAcaste avertit par un signal le convoi de se rapprocher, dit le midshipman de quart.
Nous le répétâmes, et le capitaine descendit dans sa cabine. Nous marchions alors à raison d'environ quatre milles par heure; la mer était
parfaitement calme, et l'on pouvait à peine voir du lillac le phare d'Anhalt, à environ vingt railles au nord-nord-ouest. Dans le fait, nous étions prcjs de l'entrée du Sund, qui, comme le lecteur peut le savoir, est un détroit qui conduit dans la Baltique. Nous avançâmes^, suivis par le convoi, dont quelques navires étaient à huit ou dix milles en arrière de nous, et nous venions d'entrer dans le Sund, quand le vent cessa peu à peu et fit place à un calme plat.
Mon quart allait finir, quand le midshipman, qui regardait avec sa lunette du côté de Copenhague, m'annonça que trois chaloupes canonnières sortaient de derrière une pointe. Je les examinai, et je descendis pour en rendre compte au capitaine. Quand je fus remonté sur le pont, j'appris qu'il s'en montrait d'autres, et enfin nous en comptâmes dix, dont deux étaient de ces grands navires qu'on nomme prames. Le capitaine étant monté sur le pont en ce moment, je lui fis mon rapport. Nous fîmes le signal : ennemi en vue, à VAcaste^ qui y répondit. Les chaloupes canonnières se formèrent alors en deux divisions. Six longèrent la côte du côté du convoi, qui était en arrière; les quatre autres s'avancèrent en droite ligne vers le brick. VAcasle fit alors le signal : d'équiper et de monter les barques et de les tenir prêtes. Nous mîmes en mer notre pinasse et nos deux cutters.
et les autres vaisseaux de guerre en firent autant. Au bout d'un quart d'heure, les chaloupes canonnières ouvrirent leur feu avec leurs longues pièces de trente-deux^ et leur premier boulet perça le brick juste en arriére des bittes d'avant : heureusement^ personne ne fut blessé. Je me retournai pour regarder le capitaine, et je le vis pâle comme la mort. Il rencontra mes yeux^ se tourna en arriére pour les éviter, et vit ceux de Swinburne fixés sur lui. Il passa alors de l'autre côté du pont. Un second boulet effleura l'eau près de nous, se releva, et traversa le filet aux hamacs, en brisa deux et les jeta sur le gaillard d'arrière. En ce moment, VAcaste nous fit le signal d'envoyer notre pinasse et un cutter au secours des bâtiments qui étaient en arrière, et le même signal fut fait à Visis et au Renne. Je le dis au capitaine, et je lui demandai qui prendrait le commandement des deux barques.
— Vous prendrez le commandement de la pinasse, monsieur Simple, et monsieur Swinburne aura celui du cutter.
. — M. SwinburnC;, monsieur! il est probable que le brick va être engagé, et vous aurez besoin de ses services comme maître canonnier.
— Eh bien! que ce soit monsieur Wilton. Où est monsieur Webster? Le second lieutenant était
de nous et il reçut l'ordre de s'acquitter de mes fonctions pendant mon absence.
Je sautai dans la pinasse, et nous eûmes bienlot rejoint dix autres barques parties de VAcaste et desautresbâtiments de guerre, etqui se dirigeaient du même côté. Les chaloupes canonnières avaient déjà commencé à faire feu contre le convoi, et elles s'étaient formées en deux divisions pour couper les bâtiments marchands et faire des prises. Au bout d'une demi-heure nous étions à portée de canon de celle qui était la moins avancée, et elle fit feu sur nous. Le lieutenant de VAcasie qui avait le commandement en chef, nous ordonna de cesser de ramer pendant une minute, et nous forma en troisdivisions, chacune de trois barques, avec ordre de nous placer derrière un des bâtiments les plus avancés du convoi, pour nous mettre à l'abri du feu, et d'attaquer les chaloupes à l'abordage, si elles avançaient pour faire des prises.
J'avais le commandement d'une division, car Visis et le Renne n'avaient pas envoyé leurs premiers lieutenants, et je me dirigeai sur le point qui me fut désigné. Pendant ce temps, nous vîmes que les deux prames et les deux chaloupes canonnières qui étaient restées en arrière, et qui avaient tiré sur le Serpent à sonnettes, s'étaient aussi séparées. Une prame attaquait ÏAcaste, les