‹ Pierre SimpleChapitre 22 sur 25 · II · texte numérisé non relu

II

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Baissant la main dont il s'était couvert le front et les yeux , il se tourna vers moi^ et me dit en anglais : — J'entends fort peu le français, monsieur Simple, filez-moi votre câble en anglais, s'il vous plaît. I

Je le considérai une seconde fois, et je tressaillis. — Je croyais connaître vos traits , m'écriai-je, — je pensais que c'était une méprise; — mais, non, vous êtes monsieur Chucks.

— Vous ne vous trompez pas, mon cher monsieur Simple ; je suis Chucks , l'ancien contremaître. Je vous ai reconnu quand vous étiez encore dans votre barque, et je suis descendu dans ma cabine , parce que j'avais des raisons pour ne pas me soucier que notre reconnaissance eût lieu en public.

Je lui serrai la main avec grand plaisir, et il m'invita à m'asseoir.— Mais les officiers m'ont dit sur le pont, lui dis-je, que cette frégate est commandée par le comte Shuckson.

— C'est mon titre actuel , mon cher monsieur Simple. Mais comme vous n'avez pas de temps à perdre, je vous expliquerai tout en deux mots. — Yous devez vous souvenir que vous m'avez laissé mourant, à ce que vous pensiez, et à ce que je croyais aussi, sur le bâtiment corsaire, ayant sur mes épaules la jaquette et les épaulettes du capitaine. Quand vous quittâtes le navire avec les bar-

ques, on revint en prendre possession , on me trouva respirant encore, et jugeant de mon rang par mon costume, on me conduisit à terre, et l'on prit de moi les plus grands soins. On croyait que je n'en reviendrais pas; mais au bout de quelques jours , le médecin et le chirurgien me déclarèrent hors de danger, et dans le fait, au bout de six semaines, je me trouvais aussi bien portant que jamais. On me demanda mon nom, et le mien me paraissant trop court pour mes épaulettes, je pris la liberté de l'allonger d'une syllabe. Les Danois n'étaient pas peu fiers d'avoir entre leurs mains un capitaine de la marine anglaise, ce qui ne leur était probablement jamais arrivé. Ils en crurent mes épaulettes, et ne me firent jamais aucunequestion sur mon grade, ils finirent par m'envoyer en Danemarck; mais un coup de vent jeta le navire à bord duquel j'étais, sur les côtes de Suède, près de Carlskrone. Le Danemarck, s'étant joint à la Russie, était alors en guerre avec la Suède , et par conséquent tousles Danois furent faits prisonniers, au lieu qu'on me laissa en liberté, et qu'on me traita avec distinction. Je ne savais ni le français, ni le suédois, ce qui ne laissait pas d'être embarrassant; cependant on pourvoyait libéralement à tous mes besoins , et l'on me fit entendre que je pouvais retourner en Angleterre quand je le voudrais. Les Sué<loiséquipaient alors uneflottopourToppo-

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ser à celle des Russes; mais le ciel les bénisse ! ils n'y entendaient rien. Je m'a m usais à me promener dans le chantier, et je vis qu'il n'y avait pas trente hommes , dans toute la flotte , qui sussent par quel bout s'y prendre, et pas un seul pour le leur montrer. Vous savez, monsieur Simple, que je ne puis rester les bras croisés, de sorte que je disais une chose à celui-ci, une autre à celui-là, car je trouvais bien des marins qui entendaient l'anglais; et quand ils ne m'entendaient pas, jeleur montrais ce qu'il fallait faire, en mettant moi-même la main à l'œuvre. Peu à peu je mis les choses en bon train , car j'allais au chantier aussi régulièrement que si j'eusse été payé pour le faire. Les capitaines et les officiers étaient enchantés, et ils s'adressaient à moi à chaque instant. Enfin l'amiral vint me trouver avec un interprète , et me demanda si je voudrais prendre du service en Suède. Je vis qu'ils sentaient qu'ils avaient besoin de moi , et je lui répondis que je n'avais ni femme ni enfant en Angleterre , mais que j'étais fort attaché à mon pays; qu'il me fallait quelques jours de réflexion , et que je désirais savoir au juste quelles propositions on voulait me faire. Pour les inquiéter un peu — car je voyais qu'ils tenaient à m'avoir dans leur marine , je fus deux jours sans aller au chantier. Le troisième je reçus une lettre de l'amiral , qui m'olfrait le commandement d'une frégate. Je ré-

pondis que, frégate pour frégate, je préférais eu commander une en Angleterre,, et qu'il faudrait quelque chose de plus pour me décider; mais que dans tous les cas, je n'accepterais du service que sous la condition expresse que je ne porterais jamais lesarmescontre mon pays. Deux jours après, on m'offrit, outre le commandement d'une frégate, le titre de comte. Le titre de Comte! vous devez bien supposer que cela me convint. — C'était le désir favori de mon cœur. — J'allais devenir gentilhomme. J'acceptai donc cette proposition, et je devins ainsi comte Shuckson , et commandant de cette belle frégate. Je me mis en besogne de tout cœur; je surveillai l'équipement et l'armement de toute la flotte, et je montrai ce qu'un Anglais est en état de faire. Nous mîmes à la voile; vous avez sûrement entendu parler de notre engagement avec la flotte russe , engagement dont nous ne nous retirâmes pas sans honneur; j'eus le bonheur de m'y distinguer, et je reçus cette croix pour récompense. Peu de temps après, j'attaquai une frégate russe, je m'en emparai , et l'on m'en récompensa par cette autre croix. Depuis ce temps, j'ai toujours été en grande faveur; je vais à la cour, quand je suis à terre; j'ai appris la langue du pays, et,cequi va vous surprendre, M. Simple, je me suis marié.

— Je vous en félicite, mon chçr comte.

— Oui, et bien marié ; j'ai épousé une comtesse suédoise d'une très noble famille , et je suis à la veille d'être père d'un garçon ou d'une fille. Vous voyez donc, mon cher M. Simple, que me voilà devenu un vrai gentilhomme, et ce qui est plus important, mesenfants seront nobles dans les deux lignes, paternelle et maternelle , ils n'auront pas dans leurs veines une goutte de sang qui ne soit noble. Qui aurait pu croire que je devrais toutcela à la méprise qui m'a fait jeter dans une barque la jaquette du capitaine au lieu de la mienne? — Et à présent que je vous ai pris pour confident , monsieur Simple, je n'ai pas besoin de vous recommander de n'en parler à qui que ce soit, il n'y a au monde que vous et M. O'Brienà qui j'aurais confié ce secret ; et, avec cet uniforme et ces grosses moustaches, il n'est pas probable que personne ne me reconnaisse jamais.

— Votre secret est en sûreté avec moi , mon cher comte. Je me réjouis sincèrement de votre bonne fortune, vous avez obtenu votre titre et vovre rang honorablement , et je vous en félicite. Mais, quelque plaisir que j'aie à causer avec vous, il faut que je vous quitte, car je sers sous un capitaine qui n'est nullement indulgent.

Je lui donnai en deux mots des nouvelles d'O'- Brien , après quoi il remonta sur le pont avec moi, et en me prenant le bras , il me présenta à

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ses officiers comme un ancien camarade avec lequel il avait servi à bord du même vaisseau. — Puissé-je vous revoir encore, lui dis-je, en le quittant j mais j'ose à peine l'espérer.

— Qui peut le savoir ? me répondit-il , voyez ce que le hasard a fait pour moi. — Adieu , mon cher monsieur Simple; vous êtes du petit nombre de ceux que j'ai toujours aimés. Que Dieu veille sur vous ! et souvenez-vous bien que tout ce que je possède est à votre disposition , si jamais vous en avez besoin. »

Je le remerciai, je saluai les officiers, et je descendis dans ma barque. Quand j'arrivai à bord, le capitaine Hawkins , comme je m'y attendais, me demanda d'un ton courroucé pourquoi j'avais été absent si longtemps. Je lui répondis que le comte Shuckson , capitaine de la frégate suédoise, m'avait fait descendre dans sa cabine, qu'il m'avait retenu par une longue conversation , et que la politesse ne m'avait pas permis de le quitter avant d'avoir répondu à ses questions. Je lui fis alors des compliments de la part du comte, et le capitaine Hav\ kins ne dit plus mot. Le nom seul d'un homme titré lui imposait toujours silence.

CHAPITKi: ILXILI.

Nul autre événement important ne se passa jusqu'au moment où nous arrivâmes près de l'amiral. Il ne nous garda que trois jours avec sa flotte, après quoi il nous chargea de porter des dépèches en Angleterre. Nous jetâmes l'ancre à Portsmoulh après une bonne traversée et j'écrivis sur-lechamp à ma sœur, pour avoir des nouvelles de la santé de mon père. J'attendis sa réponse avec impatience, et j'en reçuspar le retour du courrier, une lettre cachetée en noir. Mon père était mort la veille d'une fièvre cérébrale, et Hélène me conjurait d'obtenir un congé pour me rendre près d'elle en ce moment de détresse. Le capitaine Hawkins vint à bord le lendemain matin. J'avais préparé une lettre à l'amiral du port, pour lui expliquer les circonstances qui m'obligeaient à lui demander un congé; je la présentai au capitaine

en le priant de la lire et de la transmettre à l'amiral. Il lut la lettre, et me répondit très froidement qu'il était facile de dire que mon père était mort, mais qu'il lui en fallait des preuves. Je supportai patiemment cette insulte , tant l'idée de la situation de ma pauvre sœur me rendait humble et soumis, et je lui présentai la lettre d'Hélène. Il la lut, me la rendit, et me répondit avec un sourire infernal : — Il m'est impossible de transmettre votre lettre à l'amiral , monsieur Simple, attendu que j'en ai moi-même une à vous remettre.

A ces mots, il me remit une grande feuille de papier pliée en quatre, me tourna le dos, et descendit dans sa cabine. Je l'ouvris et je vis que c'était la copie d'une lettre qu'il avait écrite pour me traduire devant une cour martiale , et une longue liste de ses chefs d'accusation contre moi. Je restai stupéfait, non de surprise qu'il m'eût traduit devant une cour martiale, mais de douleur de ce qu'il me devenait impossible d'aller donner des consolations à ma malheureuse sœur. Je descendis dans ma cabine, et le maître d'équipage, Thompson, étant venu m'y trouver, je lui fis lire ceJLle pièce.

— Sur ma parole, me dit-il, je ne vois pas que vousayez beaucoup à craindre ; tous ces chefs d'accusation sont extrêmement frivoles.

— Je m'en inquiète fort peu ; mais c'est la situation de ma pauvre sœur qui me désole. Dieu sait combien je voudrais être près d'elle dans une si malheureuse circonstance; et quand cela me sera-t-il possible?

— Je vous offrirais volontiers de vous remplacer, mon cher Simple; mais mon témoignage vous sera nécessaire devant la cour martiale. — Écrivez à votre sœur ; faites-lui connaître la raison qui vous retient ici, et assurez-la que tout finira bien.

Je suivis son conseil, et je me couchai de bonne heure, car j'étais malade de chagrin et d'esprit. Le lendemain matin je reçus une lettre de l'amiral du port, qui m'informait officiellement que j'étais traduit devant une cour martiale^ et qu'elle se tiendrait sept jours après. Je remis sur-le-champ au second lieutenant le commandement du navire, et j'examinai les chefs d'accusation, qui remontaient presque au jour où le capitaine Hawkins était arrivé à bord. Us étaient au nombre de douze dont je ne citerai que les cinq premiers, les autres étant d'une nature si frivole, qu'ils ne méritent pas d'être rapportés.

1° Pour avoir manqué de respect au capitaine Hawkins, en disant, le — , dans une conversation sur le gaillard d'arrière avec un officier subalterne,

que ledit capitaine Hawkins était un espion, et avait des espions sur le navire.

2° Pour avoir manqué à son devoir, en désobéissant aux ordres du capitaine Hawkins, la nuit du-.

3° Pour avoir, le — , fait partir deux barques du navire, *en contravention auxordres positifs du capitaine Hawkins.

4° Pour avoir connaissance de mutinerie et de manque de respect envers le capitaine Hawkins, dans la matinée du — ,en souffrant que le maître canonnier,dans une conversation avec lui, accusât le capitaine de poltronerie, et en n'en faisant pas son rapport au capitaine.

5" Pour avoir adressé des expressions insultantes au capitaine Hawkins, en rejoignant le brick, dans la matinée du — .

Et comme le témoignage du capitaine Hawkins était nécessaire pour prouver plusieurs des chefs d'accusation, une poursuite devait se faire au nom du roi.

Quoique la plupart de ces griefs, et surtout les sept dont je n'ai point parlé, fussent frivoles, je vis pourtant que ma situation n'était pas sans danger. Plusieurs remontaient à un temps déjà éloigné, à ^ne époque depuis laquelle l'équipage du brick avait été changé en partie, et je ne pouvais plus trouver les témoins qui m'auraient été

nécessaires. Le plus sérieux était le premier, et je ne savais trop comment m'en tirer. Il était bien certain que Swinburne avait fait allusion au capilaineHawkinSj en parlantdecapitainesqui jouaient le rôle d'espion; et je ne me souciais pas de le faire paraître comme témoin, de crainte de lui nuire. Cependant, à l'aide de Thompson, je préparai la meilleure réponse possible, tant à ce chef d'accusation qu'aux autres.

Deux jours avant celui qui avait été fixé pour la cour martiale, je reçus une lettre d'Hélène dont la position devenait de jour en jour plus affreuse. Le recteur nommé à la place de mon père, avait déjà demandé à être mis en possession du presbytère. Divers créanciers de mon père s'étaient présentés; le montant de leurs demandes excédait douze cents livres, et ma sœur ne pouvait savoir s'il ne s'en présenterait pas encore d'autres. Mon père n'avait laissé que le mobilier de la maison , dont le prix ne suffirait pas à beaucoup près pour acquitter les dettes. Hélène me demandait donc si elle devait les payer avec l'argent que j'avais placé dans les fonds publics, et dont elle touchait les intérêts. Je lui répondis sur-le-champ d'employer tout l'argent qui m'appartenait à payer les créanciers, et j'envoyai à mon homme d'affaires une procuration pour vendre mes actions dans les

fonds publics, et un ordre d'en faire passer le montant à ma sœur.

Je venais de cacheter ces lettres, quand raistress F'rotter, qui avait fourni des provisions au brick depuis notre retour à Portsmouth^ demanda à me parler, et entra dans ma cabine, sans attendre ma réponse.

— Je sais tout ce qui se passe, monsieur Simple, me dit-elle, et j'ai appris que vous n'avez pas un homme de loi pour vous aider. Il faut pourtant que vous en ayez un, ce qui vous sera trèsutile pour votre défense; car quand on est dans l'embarras et dans l'inquiétude, on ne peut avoir l'esprit présent à tout. J'en ai donc amené un de Portsea, un de mes amis, homme fort habile, qui, par égard pour moi, se chargera de l'aHaire, et j'espère que vous ne le refuserez pas. Je disais toujours à monsieur Frotter : consultez un homme de loi, et il aurait bien fait de suivre mon avis; mais il me répondait : Consultez le diable! Ce qui n'était pas très poli; et qu'en est-il résulté? Il est mort^ et je suis vivandière. Quand vous m'avez donné une douzaine de paires de bas, je ne vous ai pas refusé^ pourquoi me refuseriez-vous aujourd'hui, monsieur Simple? — Il ne vous en coûtera rien, — ni à moi non plus. — L'homme de loi travaillera gratis, — pour rien, — c'est-à-dire, pour l'amour de moi. Vous voyez que je ne suis

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pas encore sans admirateurs, ajoula-t-elle en souriant.

L'avis de mislress Frotter était bon, et je consentis à employer les services de son homme de loi, mais à condition que je l'indemniserais de ses soins. Il vint à bord dans l'après-midi, et il me fui véritablement fort utile; il lut la défense que j'avais préparée, et m'en montra le côté faible; il examina les pièces que j'avais à produire, vit les témoins qui devaient déposer en ma faveur, indiqua les questions à faire à ceux qui déposeraient contre moi, prit tous les renseignements possibles sur chaque chef d'accusation, et après avoir employé ainsi presque tout le temps qui nous restait, il me prépara une nouvelle défense.

Enfin le jour arriva. Je me mis en grand uniforme. Le vaisseau amiral tira un coup de canon, et annonça par un signal la cour martiale pour neuf heures. Je pris une barque du brick, et je m'y rendis avec tous mes témoins. En arrivant à bord, je me mis sous la garde du prévôt martial. Les capitaines qui devaient composer la cour, arrivèrenll'un après l'autre, et furent reçus par un détachement de soldats de marine qui leur présentèrent les armes.

A neuf heures et demie, la cour était assemblée, et mon nom fut appelé. Les cours martiales sont publiques, (juoiqu'il ne soit pas permis de faire

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imprimer les dépositions qui s'y font. Au hautboutd'une longue table était assis l'amiral, comme président. Le capitaine Hawkins était debout à sa droite comme poursuivant, quoique la poursuite se fît au nom du roi. Six capitaines, trois de chaque côté de la table, étaient assis et rangés par ordre d'ancienneté. A l'autre bout, en face de l'amiral, était le juge-avocat, et j'étais debout à sa gauche, comme accusé. Les témoins qui devaient être interrogés, étaient placés à sa droite: et derrière lui, ce qui était une tolérance de la cour, était une petite table, devant laquelle mon homme de loi était assis, assez près de moi pour pouvoir me parler.

Les membres de la cour prêtèrent le serment d'usage, et prirent leur place. Des estances auxquelles était attachée une corde soutenant un drap vert, formaient une sorte de balustrade derrière les capitaines , pour empêcher la foule qui était venue pour assistera l'instruction du procès, d'en approcher trop près.

On fit la lecture de la lettre du capitaine Hawkins, qui avait demandé la cour martiale , et de celle de l'amiral qui l'avait accordée , et on lut ensuite les chefs d'accusation. Alors l'amiral dit au capitaine Hawkins d'entamer la poursuite. Il commença par déclarer le regret qu'il avait d'avoir été forcé de recourir à une mesure qui repu-

gnait à ses sentiments; il parla des avis fréquents qu'il m'avait donnes , et du mépris avec lequel je les avais écoutés; enfin après un préambule composé de toutes les faussetés qu'il put imaginer, il en vint au premier chef d'accusation, demandai être entendu comme témoin des faits qui en étaient la base, et rapporta fort au long ma conversation avec Swinburne. Lorsqu'il eut fini, l'amiral me demanda si j'avais quelque question à lui faire. D'après l'avis de mon conseil, je répondis négativement, et il fit ensuite la même demande à chacun des capitaines, par ordre d'ancienneté.

— Je désire, répondit le second des capitaines auxquels il s'adressa, demander au capitaine Hawkins, si, en cette occasion , il est monté sur son gaillard d'arrière comme y monte ordinairement le capitaine d'un vaisseau de guerre, ou s'il y est arrivé tout doucement et sans bruit.

— J'y suis arrivé à ma manière ordinaire.

C'était la vérité; car il n'y arrivait jamais qu'à pas furtifs.

— Comme vous nous avez rapporté une partie de la conversation qui a eu lieu entre le premier lieutenant et le maître canonnier, puis-je vous demander , capitaine Hawkins, combien de temps vous avez été près d'eux sans qu'ils vous aperçussent.

— Seulement quelques instants.

— Mais en supposant, capitaine Hawkins, que vous soyez monté sur le pont à voire manière ordinaire, ne croyez-vous pas que vous auriez mieux fait de tousser ou de marcher lourdement de manière à avertir vos officiers que vous arriviez? je serais très fâché d'entendre ce qu'on peut dire de moi quand on me suppose absent.

Le capitaine Ilawkins répondit à cette observation , que cette conversation l'avait tellement surpris, qu'il pouvait à peine respirer , attendu que, jusqu'à cette époque , il avait eu de moi la plus haute opinion.

On ne lui fit pas d'autres questions , et l'on passa au second chef, qui m'accusait d'avoir permis d'allumer le feu dans un poêle en contravention au\ ordres du capitaine. Le témoin qui déposa de ce fait, était le sergent des soldats de marine. Quand il eut fini, et que le président m'eut demandé si j'avais quelque question à faire au témoin, je lui adressai celle-ci :

— Avez-vous rapporté au capitaine Hawkins que j'avais permis d'allumer du feu dans un poêle?

—Oui.

— N'avez -vous pas coutume de rapporter directement au capitaine les actes de négligence ou de désobéissance que vous pouvez apercevoir à bord?

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