‹ Pierrefonds-les-Ruines et Pierrefonds-les-BainsChapitre 4 sur 7 · AUX AMATEURS · texte numérisé non relu

AUX AMATEURS

Sur les bords du vaste étang, à la place d'ajoncs et de roseaux , s'éleva bientôt une charmante villa ; un parc bien planté parut comme par enchantement; c'en était fait, l'impulsion était donnée, Pierrefonds se dépouillait de son vieux manteau délabré ; il devenait plus salubre de jour en jour, les malheureux y étaient secourus et consolés.

La charmante villa était la demeure de l'artiste ; il en avait fait — ce qu'on ne fait pas souvent même avec de l'argent — un type d'élégance, de grâce et de bon goût. Il s'était créé pour lui-même cette belle habitation ; il l'avait remplie de toiles précieuses et d'objets d'art. Un jour, cependant, il dut l'abandonner et en ouvrir les portes à tous, car il venait de découvrir au fond de son parc une source abondante d'eau sulfureuse. Pierrefonds n'était plus seulement dès-lors Pierrefonds-

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les-Ruines, c'était aussi Pierrefonds-les-Bains , et un avenir brillant s'ouvrait devant lui !

Ce qu'il fallut entreprendre pour organiser un établissement complet d'eaux minérales , le digne artiste l'exécuta avec courage et dévouement. 11 dirigea sans relâche tous les travaux, se mit lui-même à l'œuvre , se fit architecte , mécanicien , chimiste et hydrologue , ne recula devant aucun sacrifice. On eût dit qu'une bonne fée était venue soudainement opérer des prodiges, d'un coup de sa baguette 1

Cet artiste, cet homme de cœur, c'est M. de Fluhé. Que de louanges lui sont dues !

Le docteur Sales-Girons a bien voulu me fournir une étude médicale sur les eaux de Pierrefonds, dont il est inspecteur ; on lira plus loin cette étude avec tout l'intérêt qu elle mérite : il ne m'appartient pas de causer médecine.

La gravure placée en tête de l'opuscule peut donner une idée de rétablissement et de THôtel des Bains. De nombreuses baignoires sont installées dans le gracieux chalet que l'on voit figurer l\ droite de la gravure. Le service des bains est fait de la manière la plus convenable : les malades y sont l'objet de l'attention et des soins les plus délicats; le médecin lui-même est là qui veille auprès d'eux avec sollicitude. 11 y a aussi des cabinetspour les douches, et une salle de respiration, fondée sur les découvertes de la science.

La source pour les buveurs est au fond du parc. Il s'y trouve constamment une Ilébé qui, moyennant dix centimes , vous verse à longs traits dans un grand verre de

cristal une eau blanche et opaline. Cette eau n'est pas des plus agréables au goût , mais qu'importe , puisque ses vertus sont certaines 1

A r Hôtel des Bains , que notre gravure représente si exactement , sont annexés les salons de jeux , de lecture et de conversation ; on y trouve une bibliothèque, plusieurs journaux , des instruments de musique, un beau billard, etc., etc. Ces salons sont d'une grande élégance. Quand la nuit arrive , on y fait le whist avec une rare intrépidité ; les dames qui ne jouent pas, y exercent en travaillant, leurs doigts et leur satire : c'est l'officine aux nouvelles , c'est le centre où viennent converger tous les baigneurs.

L'établissement des bains a encore sa salle de spectacle — une vraie salle de spectacle , ma foi , — avec des loges, un parterre et un théâtre machiné L . . Les artistes ordinaires — par fois trop ordinaires, hélas 1 — de la bonne ville de Compiègne, y donnent une représentation chaque semaine.

Il y a dans le parc des jeux de toute espèce pour les enfants : mais les grands divertissements , les divertissements les plus recherchés des petits et des grands, sont la pêche et le canotage. L'étang a mille mètres de circuit, et il est couvert de toute une flottille, au milieu de laquelle apparaît majestueusement un beau yacht à

deux mâts.

A quelques minutes de Pierrefonds, au hameau de Fontenoy, une Cascade , formée par les eaux de la montagne, attire encore l'attention des étrangers.

Le coup-d'œil que présente Pierrefonds-les-Bains par

un beau soleil d'été, est des plus gais et des plus charmants. Dés midi , vous voyez arriver un nombre considérable de voitures de toutes espèces , d'omnibus et de tapissières surtout, qui amènent les parisiens , les amateurs forcenés de villégiature par trains de plaisir Les entendez-vous ces braves enfants de la grande ville? n'ont-ils pas l'air de collégiens auxquels on a donné la ciel des champs ! comme ils braillent! - comme ils se debraillent!...

Si vous montez avec eux aux Ruines, écoutez leurs discussions de stratèges et d'architectes militaires' Si vous les suivez dans le parc, voyez-les courant partout et après tout ! Ils veulent boire un verre d'eau sulfureuse non pas qu'ils soient malades , au moins, mais pour savoir par eux-mêmes si cette eau a bien , comme on le prétend , un petit goût d'œuf pourri. Ils veulent se jeter dans une barque ; il leur faut des voiles et non des rames afin de prouver qu'ils ont déjà canoté à Asniéres ou à Saint-Cloud, à moins que leur existence folle et aventureuse ne les ait poussés jusqu'à Trouville ou iusqu au Tréport ! Oh ! les parisiens ! qu'ils sont bien tous les mêmes ! on peut dire , en les voyant, que les Gascons ne se trouvent pas seulement sur les J»«rds de la Garonne !

Mais l'heure du départ a sonné pour eux. Ils partent comme ils sont arrivés, en chantant. Après une journée dépoussière, de soleil et de marche, après avoir été empiés les uns sur les autres en chemin de fer et en omnibus, ces excellents Parisiens rentrent chez eux pleins d orgueil et de satisfaction. Ils ont goûté, disent-

ils, un peu de bonheur et de repos , et ils dorment par là-dessus du sommeil du juste.

Le lendemain, le rapin répète à son atelier que la forêt de Gompiépe enfonce toutes les forêts du monde ; que ses arbres n> sont pas usés comme ceux de Fontainebleau ; qu'ils n'ont pas figuré à toutes les expositions, et que c'est là seulement qu'on peut trouver le sublime et le pittoresque î

Pierrefonds est donc curieux à voir surtout le dimanche. Les trains de plaisir y versent des flots de visiteurs des gens de toute condition. Ces oiseaux de passage ne sont guère, il est vrai, profitables au pays, mais, enfin, ils viennent animer le tableau et donner quelques distractions aux baigneurs.

Pierrefonds n'a pas seulement ses ruines antiques et ses sources nouvelles, il a encore sa magnifique forêt, ses environs riants et fortunés. Cambry (1) a décrit avec vérité les vues intérieures de la forêt de Gompiégne qui ressemble sans doute à beaucoup d'autres, mais qui est mieux percée , sans que la multiplicité des routes ait nen ôté du caractère imposant de ses futaies éternelles « Par un assez beau jour, dit-il, je fis un premier « voyage dans la forêt de Gompiégne. Il est impossible » de pemdre la variété des sensations que j'éprouvai » dans cette route; on voyage tantôt sur un gazon hu- » mide ; sur des mousses de toutes couleurs , tantôt sur » des sables arides, tantôt sur des montagnes de camé- « rines : une obscurité religieuse environne le voyageur;

(1) Description du département de POise, tom. 1, pag, 340.

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le ciel entier se couvre; on ne l'aperçoit souvent que comme im point blanchâtre à l'extrémité d'une allée sombre. A des arbres énormes , vieux comme le temps, couverts jusqu'au sommet d'une mousse luisante comme le velours , verte comme Fémeraude , dont les masses espacées laissent pénétrer l'œil dans une vaste profondeur, succèdent des plants vigoureux qui semblent atteindre le ciel ; plus loin ces aspects mâles et sublimes sont remplacés par le hideux coupd'œil d'arbres sortant à peine de terre , rongés de mousses, et présentant une vieillesse précoce et décrépite , à côté des beaux plants qu'on vient d'abandonner. On se hâte de quitter ces lieux inféconds pour s'enfoncer dans des allées de chêne , dont les dômes majestueux voilent l'éclat des plus beaux jours : quelle variété dans les masses , dans les formes et dans les teintes de ces colosses monstrueux! quelles douces espérances on conçoit en passant à côté de ces jeunes plants de frênes et de bouleaux destinés à nos descendants! Aux jouissances que ces voûtes , que ces allées prodigieuses , que ces antres profonds richement couronnés, que ces colonnades impénétrables à l'œil, que ces vastes amphithéâtres procurent , ajoutez ces masses de couleurs que l'automne répand sur des tapis verts , d'un jaune d'or, rembrunis ou pourprés ; ces lieuxqui sembleraient l'asile du désespoir; ceux qui pourraient donner quelques soulagements à la noire mélancolie. Là des vallons délicieux ne rappellent que des scènes d'amour ; ici l'on croit entendre le bruit des cors, le hurlement des chiens, et voir passer sous

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différents costomes le brillant cortège do nos rois ; plus loin, ce tertre couvert de fleurettes champêtres est un site de bergerie : l'imagination et la mémoire transportent dans les siècles reculés, où, près des antres sombres et des chênes majestueux, nos vénérables druides instruisaient les enfants des Gaules, et répandaient au clair de lune cette sainte terreur qui retenait les hommes dans le sentier de la vertu.... Si la forêt de Compiégne présente dans les beaux jours tant de tableaux et tant de jouissance, elle offre dans les grands hivers un spectacle plus étonnant, plus majestueux encore : voyez ces troncs prodigieux revêtus d'une glace épaisse, ces branchages énormes cédant au poids des glaçons qui les brisent ; voyez briller les rayons du soleil au milieu de ces glaces réiractaires, qui versent au loin des torrents de lumière et de couleurs étincelantes ; quelquefois des vents furieux , aussi terribles que les avalanches des Alpes , déracinent dans un moment , sur une étendue prodigieuse, ces géants qui couvraient la terre. Attachez à ce grand théâtre tous les phénomènes, tous les météores du ciel, de l'air et des saisons, vous aurez une idée complète du tableau dont j'ai tenté de vous donner l'idée. Qu'on ne croie pas qu'on puisse appliquer à d'autres lieux ce que j'ai dit de la forêt de Compiégne : j'ai parcouru la forêt Noire et les Ardenncs , les Alpes, l'Amérique, Valombreuse , les Camaldules, et n'ai point éprouvé, dans l'âge de l'imagination et de la poésie , les sensations , les souvenirs que je viens d'essayer de peindre. »

On trouve en face de VHôtel des Bains , un loueur de voilures, disposé à conduire les étrangers sur les points les plus curieux des environs. Et puis, quand on a de bonnes jambes , quand on veut prendre de l'exercice, on peut aisément parcourir à pied la forêt; elle est sillonnée aujourd'hui par de belles et bonnes routes de chasse , et grâce à des poteaux placés à tous les carrefours , il est impossible de s'y égarerî

Je me garderai bien d'essayer la description des lieux remarquables qui sont à la portée des baigneurs. Je me bornerai seulement à les indiquer, car il faut bien ménager quelque surprise. On ne peut pas rester plusieurs jours à Pierrefonds , sans visiter Saint-Nicolas-de-Gourson , Saint-Jean-aux-Bois , Saint-Pierre-en-Ghatre , les Beaux-Monts, Morienval , Cuise-la-Motte , Vieux-Moulins et le Mont-Saint-Marc. Tout y est contraste dans cette immense forêt des amants et des poètes , des naturalistes et des archéologues. On ne peut se lasser d'en admirer les beaux sites, la végétation puissante, les chênes séculaires et les vieux monuments.

La forêt de Compiégne est pour les baigneurs d'une ressource inimaginable, et elle a beaucoup contribué à la vogue dont jouit déjà Pierrefonds-les-Bains.

Constant MOISÂND.

ÉTUDE MÉDICALE sur les

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