PAR LE D^ SALES-GIRONS
Membre de la Société de Médecine de Paris , nédacteur en chef
de la Revue Médicale, et Médecin-Inspecteur
des eaux de Pierrefonds (l).
Selon Tétymologie un peu détournée du nom, Pierrefonds, Petra-fons, serait le pays des pierres et des ruisseaux ; il y a ici en effet de l'eau partout : il en suinte ,
(1) Le lecteur a senli l'obligalion dans laquelle nous nous sommes placé de lui faire connattre les eaux minérales de Pierre fonds. ?ious pouvions prendre le livre que M. le docteur Sales- Gîrons a publié sur ces eaux en qualité de médecin-inspecteur, et en reproduire les notions les plus importantes sous le rapport scientifique ou médical ; mais nous avons préféré faire directement appel au savoir pour ainsi dire ofTiciel de M. Saies-Girons en le priant de nous donner une notice médicale que nous puissions joindre à noire travail pour le compléter.
En nous adressant sa notice , M. Sales-Girons nous disait • « Si vous faites une préface , veuillez demander grâce au lecteur » pour les défauts de mon œuvre. Votre livre arrivera bientôt à » sa deuxième édition j ma part y sera corrigée et augmentée }> pQur are un peu plus (Jigaç de la vôire, » CM
sourd et coule de toute part, aboutissant par méandres et par infiltrations à un lac central de mille mètres de circuit, lequel sert de miroir à tout ce que la simplicité et l'industrie peuvent produire pour le- plaisir des yeux et l'admiration de rintelligence.
Le nom de Pierrefonds peut venir au village, selon quelque chronique trop récente , d'une forte source qui jaillit sous un rocher d'un hameau voisin, et qu'on nomme aujourd'hui la Cascade. Pour nous qui avons besoin d'une origine grammaticale mieux appropriée à notre objet , qu'il nous soit permis d'exhumer en quelques lignes une légende locale qui expliquerait au moins aussi bien l'appellation de ce village , si elle ne l'explique mieux. La tradition populaire précède partout l'histoire; il n'est pas rare qu'elle Téclaire.
Bien avant donc qu'il y eût un château-fort de Pierrefonds dans l'histoire de France , la tradition porte qu'il y avait au pied du roc, dit aujourd'hui de la Ferme, une fontaine courante, où les malades et les infirmes venaient se baigner et boire; la même tradition témoigne que les malades et les infirmes s'en retournaient guéris ou soulagés. Le renom de la source merveilleuse s'étendait au loin, et le pèlerinage était perpétuel. Voilà le fond de la légende ; pour tout le reste les déductions nous sont permises.
Nous n'avons pas le temps de feuilleter les textes , ni de compulser les chartes; mais d'abord ne sommes-nous pas autorisés à penser que le nom de Pierrefonds vient plutôt d'une fontaine bienfaisante qui sort du mifieu des pierres que de la source qu'on appelle la Cascade? N'est. il pas de règle que les mots qui viennent du latin sont
antérieurs à ceux qui viennent d'un idiome plus récent comme celui de Cascade, par exemple.
Ensuite, n'est-il pas probable que la religion , qui n'a jamais, et dans ces temps-là surtout, perdu une occasion favorable à son enseignement, mit à profit la confiance pieuse de la population dans refficacité de cette source , s'empara de Feau, établit un tribut sur ses usages, etc.?
Le fait est qu'aujourd'hui une* église portant au-dessus de ses fondements les marques architecturales des styles du 12« siècle se trouve élevée sur cette fontaine, non pas au hasard , et comme si la découverte en eût été postérieure. La source coule précisément an-dessous de Tautel et dans une crypte , comme une relique. 11 y a là la preuve d'une intention primitive , et l'église n'est peutêtre que Vex voto de quelque riche seigneur reconnaissant , ou l'expression réalisée d'un tribut volontaire ou obligé des malades qui venaient y payer la santé chacun selon sa condition.
La source salutaire précède donc l'église , qui n'en est probablement que l'édifice. Il ne faut pas oublier que la plupart des églises du moyen-âge furent élevées sur des lieux ou des objets que la foi recommandait à un titre quelconque. En ce temps-là on bâtissait une chapelle ou une église, partout où de nos jours on fait un établissement scientifique ou industriel.
Outre ces probabilités qui sont à l'adresse de la raison notre interprétation nous sourit encore, parce qu'avec elle nous voyons les deux extrêmes de la destinée de Pierrefonds se ressembler et se suivre. De sorte qu'aujourd'hui nous allons voir la médecine et la science po«
sitive envoyer ses malades à Pierrefonds, comme il y a cinq cents ans la religion avec ses croyances naïves y envoyait les siens dans la même intention.
Je sais bien que spontanément le lecteur le plus indifférent voudrait savoir si les vertus de la source primitive ne se réduiraient pas de nos jours aux propriétés d'une eau minérale? Nous ne sommes pas en mesure de satisfaire à cette curiosité. Au fait, l'important pour nous, c'est qu'au moyen des sources minérales de notre établissement la science moderne vienne justifier la foi des temps passés , et que Pierrefonds soit, comme devant, le pays des eaux salutaires, et le rendez-vous des malades. La fontaine de Saint-Sulpice n'était déjà presque plus fréquentée vers la fm du 18« siècle, soit que ses eaux eussent perdu leur mérite ou seulement leur crédit; d'ailleurs, elles n'ont été analysées ni avant ni après cette époque. Toutefois, il ne faut pas oublier que les maladies de la contrée étaient les fièvres intermittentes , entretenues endémiques par une végétation qui se développait au milieu des marais. C'était donc trés-probablement des fièvres paludéennes que devaient guérir ces eaux. Ici toute maladie porte encore le nom vulgaire de fièvres. Aujourd'hui , grâce aux progrés de l'industrie agricole , à la division des propriétés et aux efforts de l'homme qui, en vingt ans, on peut le dire, a renouvelé la face de ce pays, les fièvres paludéennes ont disparu, et Feau qui les guérissait serait inutile. C'est le cas de dire : Dieu fait bien ce qu'il fait et même ce qu'il défait.
— 57-^ Toute étude d'une eau minérale commence naturellement par l'histoire de sa découverte. Vient ensuite sa présentation officielle à TAcadémie de médecine , d'où sort , dans un rapport plus ou moins avantageux , l'analyse chimique qui classe Teau en question parmi les médicaments.
Quant à l'histoire de la découverte des eaux sulfureuses de Pierrefonds, elle n'a rien de merveilleux. Le propriétaire actuel, nous Favons dit ailleurs, faisant'remuer le terrain à la partie supérieure de Fétang, vit un beau jour surgir une source , dont l'eau fraîche et limpide répandait une odeur peu en rapport avec ses deux premières qualités.
Tout autre que notre propriétaire aurait fait à l'instant combler le trou et refouler la source ; mais M. de Flubé, qui se demandait depuis vingt ans comment il pourrait vraiment régénérer cette population et enrichir cette contrée, s'écria aussitôt comme le philosophe des temps antiques : je F ai trouvé.
En effet le moyen était trouve.
Peu de jours après, le ministre de l'agriculture, auquel ressortissent les eaux minérales , recevait , en flacons scellés, Feau sulfureuse de Pierrefonds, laquelle, transmise à FAcadémie de médecine, devenait Fobjet d'une étude scientifique , suivie d une autorisation d'exploiter, pour le plus grand profit de l'humanité souffrante.
Cette étude porte des considérants qui la recommandent trop sérieusement à l'attention du médecin, pour que nous soyons assez engagé à la publier. La voici donc textuellement :
Raj^port ficadémique*