Séchoirs chauffés et aérés
a) Séchoirs placés au-dessus des fours utilisant la chaleur perdue par radiation et par refroidissement des produits cuits ;
b) Séchoirs pourvus d'une canalisation dans le sol, chauffée par les chaleurs perdues du four, des foyers à coke ou de la vapeur ;
Cj Séchoirs pourvus de carneaux ou tuyaux séparés du sol, également chauffés par de la chaleur perdue ou des foyers ou de l'eau chaude ;
2. Séchoirs chauffés el ventilés contenant des produits stationnaircs.
a) Séchoirs placés au-dessus ou contre les fours avec dispositifs spéciaux pour courant d'air ;
b) Séchoirs munis de carneaux de chauffage et de cheminées d'appel ;
c) Séchoirs munis de calorifères séparés avec ventilateurs et cheminées d'appel ;
d) Séchoirs ayant des chambres isolées ou disposés en tunnel, ventilés et employés d'une façon intermittente.
3. Séchoirs chauffes et ventilés, contenant des produits qui avancent et sèchent pro<jressi\enient.
a) Séchoirs ventilés dans la direction opposée à la marche des produits ;
h) Séchoirs ventilés dans la même direction que la marche des produits.
Cette classification, empruntée, ainsi que de nombreux détails, à une intéressante étude ^ du séchage de M. Ipperseel, a l'inconvénient, à notre avis, d'être un peu trop détaillée. Nous nous limiterons à l'examen de quelques types de séchoirs sans présenter au lecteur une série de dispositifs correspondant à chacun des genres de séchoirs mentionnés plus haut.
32. Séchoirs aérés et chauffés. — Le mot aéré a été introduit dans cette désignation d'un groupe de séchoirs par opposition à ventilé pour indiquer que l'air qui emporte l'eau des produits n'est pas expulsé du séchoir par un dispositif de ventilation quelconque.
La première source de chaleur à laquelle on doit penser, puisqu'elle ne coûte rien, c'est la chaleur abandonnée par les fours en refroidissement.
La solution la plus simple est de disposer des supports au-dessus et au voisinage du four et d'y placer les briques, mais on peut opérer rationnellement et aspirer l'air chaud qui avoisinc le four et l'envoyer dans des séchoirs. Les modèles de séchoirs sont fort nombreux et nous ne pouvons les examiner tous.
La façons la plus en vogue de faire usage de la chaleur perdue se combine avec les fours continus du type IIofT-
• IpPEnSEEL, 1 .
DESSICCATION DES BRIQUES
mann. On peut mettre des briques en haies sur toute la partie supérieure du four, il suffit de laisser des passages suffisants pour ne pas contrarier la manœuvre du four, mais ordinairement on dégage complètement le dessus du four et établit le séchoir au-dessus, laissant toute la surface libre. Cette construction est coûteuse et nécessite des frais de manutention ; de plus, pendant l'hiver elle ne garantit pas les produits contre la congélation dans les pays froids .
Comme autre exemple d'un séchoir analogue, nous représentons plus loin un four Bock sans voûte avec son séchoir. Ici les étagères sont disposées non plus au-dessus mais autour du four, ce dernier étant enterré dans le sol (fig. 25).
Les séchoirs du type b sont très employés en Angleterre mais leur utilisation reste confinée en ce pays.
M. Sabine, à Overseal, a imaginé un système de séchoir de ce genre chauffé à la vapeur dont l'originalité consiste dans la construction du plancher en briques creuses à deux canaux que travers la vapeur.
Le séchoir Keller, qui a obtenu en Allemagne une réputation rapide, se compose de tunnels de 25 mètres de long, séparés les uns des autres par des cloisons en bois ou en maçonnerie.
La chaleur est fournie par deux tuyaux de vapeur installés à quelques centimètres du sol de chaque côté sur toute la longueur du tunnel. Tout le long des tunnels sont disposées des étagères. Pour simplifier la manœuvre on amène les briques dans le séchoir avec une brouette spéciale qui se charge et se vide de briques mécaniquement. Cette brouette porte une série de bras mobiles pouvant prendre la position horizontale ou inclinée vers la terre au
moyen d'un levier. En l'amenant devant une étagère dont les liteaux correspondent en hauteur et en distance à ceux du tunnel, puis manœuvrant le levier, on élève les bras de la brouette qui soulèvent simultanément toutes les palettes en les dégageant de leur support. La brouette chargée, roulant sur rail, est conduite au tunnel et introduite à l'endroit où ont été déposées les dernières briques. On relève alors le levier, ce qui permet aux palettes de descendre sur les liteaux des cloisons du tunnel où elles restent jusqu'è -.omplet séchage. Pour vider le tunnel on fait la même manœuvre mais par l'autre extrémité.
Ces tunnels sont à fonctionnement intermittent mais donnent néanmoins de bons résultats économiques. Il faut, par exemple, un certain nombre de ces tunnels pour une exploitation moyenne. Pour loooo briques par jour de production, i4 tunnels sont nécessaires, la dessiccation durant de 3 à 4 jours. Une installation pour cette production reviendrait à 20000 francs. Trois wagons-brouettes et deux hommes suffisent pour le placement des briques.
33. Séchoirs ventilés avec produits à sécher immobiles. — Beaucoup de séchoirs placés au-dessus des fours ou contre ceux-ci ont été imaginés. Ceux qui nous mtéressent utilisent la chaleur perdue des fours et sont pourvus d'appareils spéciaux de contrôle des courants d'air.
L'un des séchoirs de cette catégorie est celui d'Hotop. Il comprend deux galeries disposées des deux côtés du four Hoffmann, garnies d'étagères chargées de briques dans lesquelles on peut faire pénétrer de haut en bas de l'air chauffé par le four. Dans le dispositif on a prévu l'emploi d'appareils de chauffage supplémentaires pour augmenter le rendement.
DESSICCATION DES BRIQUES
3/|. Séchoirs avec produits mobiles. — Dans le dernier groupe de séchoirs que nous étudierons nous avons à envisager un dispositif tout nouveau. Les produits traversent un tunnel chauffé ; ils entrent humides et sortent au degré voulu de sécheresse. Le rendement est naturellement d'autant meilleur que l'air envoyé est plus chaud.
Le séchoir Pfeiffer et Môller est un des plus récents et des plus parfaits appareils construits sur ces données ; nous allons le décrire de préférence à tout autre.
Le séchoir tunnel Moller et Pfeiffer se compose d'un tunnel en maçonnerie que traversent, d'une manière régulière et automatique, les produits à sécher portés par des wagonnets. La meilleure disposition est de placer les presses à l'entrée du tunnel et de disposer sa sortie près du four de manière à réduire au minimum la manutention.
La sortie du tunnel est fermée par une porte que l'on n'ouvre que pour la sortie des produits secs.
Gomme le séchoir fonctionne jour et nuit comme les fours continus, il faut s'assurer de quoi garnir le séchoir pendant la nuit et fabriquer assez de briques dans la journée pour avoir une réserve suffisante pendant la nuit.
Le séchoir est traversé par des voies ferrées parallèles sur lesquelles sont dirigés les wagonnets. Un treuil mécanique, installé près de la porte, refoule les Avagonncts.
En 24 heures on peut sécher suffisamment les briques pour les porter dans le four. La dessiccation est réglée de manière à être lente au début, puis à accélérer son allure quand elle touche à la fin. A ce moment les accidents ne
sont plus à craindre. La tcmpéralure va en s élevant de 20° à iio"au minimum, on peut môme la pousser jusqu'à i4o". Par suite de son écliaullement graduel, l'aii; est de plus en plus capable d'absorber de l'eau au fur et à mesure qu'il avance dans le tunnel, en se dirigeant de l'entrée vers la sortie du séchoir, c'est-à-dire de l'extrémité froide jusqu'à l'extrémité chaude.
Le séchoir est muni dans toute sa longueur de tuyaux destinés au chaulTage placés de chaque côté des voies ferrées. Dans la partie Iroide du séchoir, partie qui est la plus longue, ce sont des tuyaux à ailettes qui échauil'ent l'air, ils sont traversés par de l'air chaud déjà chargé d'humidité par suite de son passage sur les produits à sécher. A ce premier mode de chaullage fait suite une autre série
Fig. ly
de tuyaux, alimentés cette fois par la vapeur d'échappement d'une machine motrice ; enfin, à la hn du tunnel, un calorifère élève la température de l'air à son maximum.
L'air du séchoir est mis en mouvement par des ventilateurs qui le forcent à circuler sur les produits à sécher et sur les tuyaux chauds. Ces ventilateurs, placés de 5 mètres en 5 mètres, chassent l'air perpendiculairement à l'axe et lui font traverser successivement les hles de tuyaux.
DESSICCATION DES BRIQUES
Après avoir traversé successivement tous les produite placés sur les Avagonnets et les tuyaux de cliauiïage qui sont voisins, l'air est appelé par le ventilateur qui le force à circuler dans un caniveau situé au-dessous du sol avant de retourner se mettre en contact avec les produits et de recommencer plus avant un semblable parcours. En outre de ce mouvement transversal, l'air reçoit un mouvement dans le sens longitudinal en passant de l'extrémité froide jusqu'à l'extrémité chaude. Le mouvement dans le sens longitudinal est obtenu par un aspirateur qui enlève l'air saturé d'humidité en le forçant à se rendre, par les tuyaux
Fig. 20
condenseurs, de l'extrémité la plus chaude vers l'extrémité la plus froide. Cet air saturé est continuellement remplacé par de l'air frais, puisque l'entrée du tunnel n'est jamais fermée pendant le fonctionnement du séchoir. L'air saturé est lancé dans les tuyaux qui chauffent la première partie du séchoir, la condensation de la vapeur d'eau est très bien utilisée.
Dans le séchoir de Fouché on utilise aussi le passage d'une grande quantité d'air sur des produits humides. Ce séchoir, formé d'un tunnel que traversent les produits, est placé au voisinage du four, de manière à pouvoir y puiser
riERUES ET MATÉRIAUX ARTIFICIELS
de l'air plus chaud que l'air ambiant. Sa place la mieux comprise est entre deux fours parallèles sur un plancher les reliant. Pour surveiller l'évaporation, on observe un psychromètre placé à l'entrée et un thermomètre disposé à la sortie.
Le séchoir Moller et PfeilTer, avec un tunnel long de 53 mètres, peut contenir 20000 briques, mais il revient à environ 3 000 francs par i 000 briques. Comme il sèche rapidement, il ne peut s'apphquer qu'à des terres pouvant subir une dessiccation rapide. Les inventeurs indiquent que les argiles délicates se comportent bien dans leur appareil.
33. — Sans entrer dans une discussion approfondie des prix de revient des divers modes de dessiccation, nous adopterons les chiffres moyens suivants :
Le séchage en haies coûte. 3 l'r. »» à 3 fr. 76 le mille Le sécliage sur plancher
chaufTé à la vapeur . . 2 fr. 76 à 3 fr. »n »
Le séchage en tunnel de . i fr. 76 à 2 fr. 76 »
Ce dernier type présente des avantages réels en outre au point de vue des manipulations qui sont réduites au minimum et de la rapidité.
§ 3. — Clisson des briques
34. — Dans beaucoup de briquetteries de campagnes, l'installation est absolument passagère. Il s'agit simplement de fabriquer un certain nombre de briques dont on a besoin, et c'est tout. On devra donc opérer la cuisson
CUISSON DES BRIQUES
sans appareil spécial, c'est ce que l'on réalise avec la cuisson à la volée ou en meule.
Sur un sol bien nivelé et un peu plus élevé que le terrain environnant, afin d'éviter que la pluie n'y séjourne, on dispose des rangées de briques parallèles. De mètre en mètre, on laissera un espace qui correspondra à l'ouverture d'un foyer. On posera ensuite, sur ces premières rangées, des lariques placées perpendiculairement qui formeront un second rang. En croisant toujours les briques, on échafaudera un troisième, puis d'autres rangs (la figure ci-contre montre l'édification d'une meule). Au cinquième ou \ ' " j~
sixième, on ne | | 1
tient plus compte j
de l'existence des — ' — ' — ' ' — ' — ' ' — ' ' ^
ouvertures de
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ses briques sur I I I
toute la surface.
On a eu la pré- — caution, avant de | 1
fermer les conduits,d'introduire ' — — du bois, des co- ^' peaux pour permettre l'inflammation du combustible servant à la cuisson. Sur le sixième rang, on étale une couche de charbon maigre et menu, et l'on continue à poser des briques. Tous les trois rangs on répète l'addition de charbon, mais on n'attend pas la complète édification du four pour commencer la cuisson. Aussitôt les huit premiers rangs posés, on allume. Ces premiers rangs forment ce qu'on appelle le pied.
Une fois le four en route, on continue l'acldition des briques en tenant compte de l'allure du feu. Au début, on ne place guère, chaque jour, que trois à quatre rangs. Ces rangs ou camps se placent naturellement successivement.
Pour construire un semblable four, il faut disposer d'au moins looooo briques, certaines meules contiennent jusqu'à un million de briques, mais, ordinairement, les meules ne renferment que quelques centaines de mille. Les meules ont en moyenne 7 mètres de hauteur et occupent de 100 à 200 mètres carrés.
La conduite de la cuisson demande des ouvriers exercés. Un semblable four doit être protégé des coups de vent autant que possible. On empêche les entrées d'air latérales en recouvrant d'argile les parois. Pour s'abriter du vent, on se sert en outre de paillassons placés verticalement et que l'on pose dans la direction la plus exposée.
On modère la combustion en diminuant les sections des entrées d'air. Quand on voit le dernier camp jaunir, c'est signe que le feu est proche, il faut donc poser un second camp et, si l'on redoute un coup de feu, on placera plusieurs camps. La cuisson va naturellement le plus vite dans les régions les plus aérées ; s'il est des parties du four où le feu semble dormir, on devra donc se garder d'y jeter du combustible, car on l'étouflerait.
D'habitude, une fois le dernier camp posé, on laisse passer la nuit et ne pose un nouveau rang que lorsqu'on voit le feu à travers les briques placées la veille. On empêchera, au besoin, une surchauffe en jetant du sal)le.
La cuisson à la volée n'est pratique que par un beau temps ; la pluie, naturellement, venant à tomber sur un
CUISSON DES BRIQUES
tour en marche, ne peut que provoquer des accidents, et il est clillicile de protéger les briques.
En opérant comme nous venons de l'indiquer, il faut s'attendre naturellement à im assez grand déchet. Les briques des parois ne sont qu'imparfaitement cuites, en effet, et à l'intérieur on trouve des régions ayant subi des coups de ieu.
On compte pour une meule de 5ooooo briques sur 80000 briques insuffisamment cuites.
La cuisson à la volée est employée très fréquemment, même dans les briquetteries qui ont leur durée assurée pour c|ue]que temps parce qu'elle dispense de la construction d'un four.
Quand on le peut, on construit le pied du four avec des briques déjà cuites, ce qui donne de la solidité.
La conduite d'une meule demande 10 à i5 hommes, suivant son importance. Le cuiseur commande la marche du four ; il a sous ses ordres des aides ou entre-deux qui lui passent les briques et des manœuvres qui, à l'aide de brouettes, portent les briques du séchoir au four. On compte sur une consommation de houille fine de 280 à 260 kilogrammes par mille. Dans certaines régions on se sert de tourbe.
La manière de construire les meules, surtout les pieds de meules, varie suivant les régions ; aussi nous contentons-nous de reproduire un type.
35. — Nous avons fait ressortir plus haut les inconvénients de la cuisson en meules. Pour y remédier, on a cherché, de diverses manières, à corriger l'insuffisance de cuisson des briques extérieures et à protéger la meule des coups de feu.
Quelquefois, on élève la meule entre trois murs rectangulaires, l'ouverture étant disposée du côté où le vent est moins fréquent.
Une autre modification consiste à cuire entre deux murs jjercés de petites portes à la partie inférieure et qui formeront les trous de charge. On élève la meule en s'appuyant sur ces murs, et l'on ménage devant les portes des conduits. C'est dans ces conduits que l'on jettera le combustible. La cuisson ainsi opérée est intermédiaire entre la cuisson en meules et la cuisson en four. Quelquefois, pour empêcher l'influence de la pluie, on dispose de semblables fours sous un grand hangar, construit le plus sim-
Fig. 22
plement possible, mais ceci n'a lieu que lorsque l'installation est prévue pour une certaine durée.
36. — Les petites briqueteries, installées à la campagne, se servent aussi de fours quand elles ont une durée assurée pour quelques années.
Voici un type de ces fours.
Le four comprend une cuve quadrangulaire dont la sole est percée de carneaux. La sole est supportée par deux
CUISSON DES BRIQUES
files d'arceaux dans lesquelles s'effectue la combustion. Les flammes traversent le four dans toute sa hauteur.
On a soin de ménager au moins une porte dans une des parois pour faciliter l'enfournement et le défournement. Les briques sont placées assez serrées, tout en ayant soin de ménager entre elles des cheminées offrant aux flammes un passage. Ordinairement arrivé à la moitié de la hauteur du four, on place les lits de brique de champ sans plus se préoccuper de l'existence des cheminées. Ces lits de briques sont posés de manière à ce que les briques se croisent toujours à angle droit.
Un four de cet ordre pourrait être cuit au bois, avec des fagots, mais alors les grilles que l'on voit en avant sur la figure n'ont plus de raison d'être ; elles sont, en effet, supprimées dans la cuisson au bois. On allume le bois sur le sol lui-même. On cuit doucement d'abord, puis fait monter progressivement la température en poussant le combustible jusqu'au fond pour avoir une cuisson plus égale. Dans le cas de la cuisson au charbon, on utilise alors des grilles. Certains pays emploient aussi la tourbe comme combustible.
On estime en moyenne à 9 francs la dépense de fagots pour cuire i 000 briques. Pour la cuisson à la houille, on consomme i5o kilogrammes par mille.
Ce genre de four est construit ordinairement avec des dimensions restreintes, soit 3"\5o x 3 mètres de surface de sole et 3 mètres de hauteur.
Le manque de toiture est un gros inconvénient auquel le plus simple est de rpmédier en construisant une voûte et fermant le four en y laissant une cheminée. Pourtant les fours ainsi construits existent encore en grand nombre, sous des formes très variées.
On se sert aussi de fours fermés, comme celui représenté figure 22 .
La brique de campagne est peu coûteuse, mais elle manque d'aspect. Cuite à la volée, elle n'offre pas la régularité de la brique de fours, aussi ne peut-elle être employée que dans des travaux d'ordre secondaire et encore dans certaines régions lui préfère-t-on la brique faite dans les usines, qui est plus chère, mais plus régulière et aussi de meilleure qualité.
07. Cuisson en fours continus. — Les usines qui produisent de grandes quantités de briques cuisent en fours continus, à quelques exceptions près.
Dans le four continu, au lieu de laisser perdre la chaleur abandonnée pendant le refroidissement, on utilise cette dernière à réchauffement de l'air nécessaire à la combustion, et d'autre part les gaz chauds sortant sont employés pour sécher et échauffer des produits froids et imparfaitement secs.
Av ec un appareil convenablement construit, on peut donc concevoir qu'en marche normale on aura, en présence toujours, trois sortes de produits :
1° Des produits cuits encore chauds que l'on utilise pour chauffer de l'air en se refroidissant. Cet air chaud sera envoyé sur le combustible et donnera naturellement Line combustion plus avantageuse comme rendement calorifique, puisque l'air arrivera déjà porté à une température beaucoup plus élevée que la température ambiante. On réalisera donc l'économie de la quantité de chaleur nécessaire pour le porter à cette température, économie qui se traduira par une température de combustion plus élevée ;
CUISSON DES BRIQUES
2° Des produits que l'on cuit et pour lesquels on n'aura qu'une dépense de chaleur moins importante que celle qu'il faut employer pour la cuisson en four ordinaire, puisque Ja dépense de combustible ne commencera pas sur des produits froids, mais sur des produits déjà chauflés et sécliés ;
3° Des produits crus et Iroids, sortant des séchoirs, mais renfermant encore de l'eau que l'on va chasser en même temps que l'on échaufTera les produits au moyen des gaz perdus du four.
Un appareil, réalisant ce desideratum, peut être très simple, il peut être représenté par une galerie dont une tranche est remplie de produits venant d'être cuits et, par conséquent, encore chauds, la tranche suivante comprendra les produits que Ion chauffe et dans une troisième tranche seront les produits crus à sécher. Avec un courant d'air allant des produits cuits aux produits crus, on réalisera le processus décrit plus haut.
Les fours continus réahsés jusqu'à ce jour appartiennent à deux types distincts : les fours à foyers mobiles et les fours à foyers fixes.
08. Fours continus à foyers mobiles. — Hoffmann, un des premiers, a réalisé un four continu des plus simples.
Ce four se composait, dans l'idée primitive de l'inventeur, d'une galerie circulaire dans laquelle on avait accès par une série de iwrtes équidistantes. Déplace en place, on a ménagé dans la galerie des ouvertures permettant, à l'aide de registres, de faire communiquer la galerie avec une cheminée centrale.
Quand un four de ce système est allumé pour la pre-
PIERUES ET ^fATÉRlAUX ARTIFICIELS
mière fois, il faut se servir d'un foyer auxiliaire destiné à cliauffer une première masse de briques. On ouvre alors le registre placé à l'extrémité du tas de briques et relie ainsi la portion du four en feu avec la clieminée. Au début, on fermait le four aussitôt après la sortie dans la cheminée au moyen d'un registre en tôle que l'on pouvait faire glisser dans une ouverture spécialement aménagée. Aujourd'hui on emploie plus commodément une feuille
de papier que l'on brûlera quand on voudra ouvrir la galerie aux gaz chauds.
Pendant que les briques cuisent, on enfourne des briques crues dans la galerie.
Une fois que les briques sont rouges, on cesse de se servir du foyer auxiliaire et l'on introduit le combustil^le par des ouvertures ménagées dans la voûte du four. Le combustible est pris sous forme de charbon fin qui brûle alors sur les produits. On a soin de ménager, au-dessous des trous de charge, des puits dans lesquels on recevra le combustible et les briques seront disposées de manière à ne pas présenter une surface lisse. Le puits se rétrécit vers sa base et présente des briques en retrait qui retiennent du combustible de façon à ce que la combustion ait lieu dans toute la hauteur de la galerie. Au bout d'un certain temps, on place un registre der-
CUISSOX DES BRIQUES
rière le tas de briques crues et supprime celui qui se trouvait derrière les briques en cuisson en même temps que l'on avance la sortie dans la cheminée. Les gaz chauds vont alors passer sur les briques fraîches, les échauffer et les sécher. Pendant la cuisson, on ne cesse pas d'enfourner de nouvelles briques^ de sorte qu'il arrivera un moment 011 la région AB sera cuite, BG très chaude et CD froide et remplie de produits crus. On refera alors la même manœuvre que précédemment, c'est-à-dire que l'on enlèvera le registre placé en B et ouvrira une sortie près de EF, derrière laquelle sera placé un nouveau registre.
Le four a alors sa marche normale. La partie AB est chaude et sert à échauffer l'air, CD est en cuisson et EF en séchage.
Au lieu de construire le four circulaire, on préfère maintenant lui donner la forme de deux galeries parallèles communiquant par leurs extrémités.
Il existe plusieurs modèles de four Hoffmann, le plus connu, en France, est désigné sous le nom de four Simon. En Allemagne, on a adopté aussi la modification du four Hoffmann, mais avec une construction différente des extrémités ; les deux galeries sont réunies par une galerie semi -circulaire.
L'ancienne disposition du four Hoffmann, avec un diamètre de 12 mètres, permettait une livraison journalière de 2 5oo briques.
Les fours actuels ont des dimensions beaucoup plus considérables, certains atteignent 3o mètres de long. Le four se construit en donnant à la galerie la forme rectangulaire surmontée d'une voûte en plein centre ou peu surbaissée. Les dimensions sont assez variables, mais la section reste, ordinairement, comprise entre 3 et 10 mètres carrés. La
distance entre deux portes limite ce qu'on appelle un compartiment. Les compartiments contiennent de 8 à 60 mètres cubes. Dans la pratique, on adopte de 20 à 4o mètres cubes, ce qui correspond à 10000 à 20000 briques.
39. — En pratique, la conduite du four Hoiïmann présente quelques difficultés, car elle est moins simple qu'en théorie. Le début du chauffage amène le départ de quantités d'eau assez considérables. Si l'on envoie sur des produits frais des gaz chargés de grandes quantités de vapeur d'eau, on s'expose à des condensations de cette vapeur sur les briques froides avec lesquelles l'air humide arrive en contact.
Cette dessiccation première, que l'on appelle, dans le métier, enjumaxje, nécessite donc une conduite particulière pour éviter l'inconvénient de la condensation.
On a, dans certains fours, disposé des foyers auxiliaires pour faire une première dessiccation avant l'arrivée des gaz de la combustion. Cette solution n'est pas illogique, car le cliarbon que l'on brûle dans ces foyers apporte de la chaleur que l'on récupère en partie tout comme si l'on avait brûlé ce charbon dans le four lui-même.
Dans le four Simon, par exemple, on dispose au-dessus du compartiment isolé entre deux registres, trois gros poêles que l'on relie par un tuyau avec les trous de chauffe. On ouvre un peu la vanne du compartiment pour établir un tirage modéré. On continue de chauffer tant qu'il se dépose, sur les obturateurs, de la suie humide ; on suit la marche du feu en soulevant ceux-ci. L'enfumage est terminé quand cette eau disparaît. En procédant ainsi, il faut environ vingt-quatre heures par comparlinient.
CIISSON DES BlUQLES
On construit aussi le four Simon avec des foyers spéciaux B ménagés dans l'intéfieur du four et destinés à l'enfumage. Un autre moyen d'enfumage consiste à opérer l'enfu-
mage au moyen d'air chaud pris aux briques en refroidissement. On va puiser cet air au moyen d'un tube en tôle
qui réunit les compartiments en passant au-dessus du four. Dans certains modèles de four, on a même construit ce canal dans la maçonnerie du four et on le met en usage au moment voulu avec un système de vannes.
Un autre moyen consiste à régler le tirage convenablement. Pour cela, on ouvre en plein les registres de tirage précédant les briques crues et, derrière elles, on n'ouvre que légèrement l'orifice de sortie. Le tirage s'effectue par les vannes qui précèdent, mais l'eau s'évapore lentement par contact avec les briques chaudes et par suite du faible tirage qui s'exerce.
Dans un four à douze compartiments de 4 mètres, on avance d'un compartiment par jour. On peut, avec une allure rapide, avancer de deux compartiments, mais dans la pratique, on adopte généralement une marche moyenne.
Un four Hoffmann n'est, naturellement, utilisable que pour une production un peu grande, l'appareil cuisant, au minimum, 3 ooo briques par jour. Pour les productions élevées, on construit naturellement de grands fours, mais pour obtenir une production suffisante, certains d'entre eux sont disposés pour avoir deux régions en feu. Pour arriver à une marche convenable, dans ces conditions, il faut disposer d'au moins vingt-quatre compartiments.
M. Eckardt donne aux grands fours Hoflmann un dispositif spécial. Afin d'économiser de la place, il dispose le four en croix, en étoile, etc., cette dernière forme permet d'avoir un four avec trois régions en feu.
M. Otto Bock a proposé de donner aux fours Hoffmann une disposition qu'il emploie depuis 1897. Le four se compose de deux canaux parallèles comme dans le four ordinaire, mais ces canaux sont enterrés dans le sol. Dans le mur intérieur, on a ménagé des ouvertures communi-
CLISSOJv DES BRIQUES
quant avec la cheminée et destinées à relier le four à cette dernière. Il n'y a plus ni portes ni voûtes ; tout le service se fait par la partie supérieure, comme le montre la figure. On ménage dans l'enfournement des conduits longitudinaux permettant le passage des flammes. La voûte se fait avec des briques superposées. Ces briques ne sont pas assez cuites, mais elles servent à constituer la sole dans une autre cuisson.
La figure que nous donnons de cet appareil le repré-
sente disposé au milieu d'une briqueterie, complété par des séchoirs. Elle donne l'idée du dispositif simple que l'on peut adopter avec un semblable appareil.
3gbis — autre dispositif de four rentrant dans cette catégorie est le four à chambres. La cuisson s'effectue dans des chambres placées à la suite les unes des autres. Les gaz chauds ne sont pas évacués de suite dans la cheminée, mais traversent des chambres pleines de produits froids. Quant à l'air nécessaire à la combustion, il n'arrive dans les chambres en feu qu'après passage sur des produits chauds qu'il refroidit et sur lesquels il s'échauffe.
Dans ce genre de four, on se sert de gaz de gazogène comme combustible.
Le gaz de gazogène est produit par la combustion incomplète du carbone dans l'air. La transformation du carbone en oxyde de carbone dégage 29 /joc calories et celle du carbone en gaz carbonique 97 600 calories, on ne dispose donc que de la dilTérence, soit 68 200 calories pour 12 kilogrammes de charbon. Si le gazogène était très voisin, l'oxyde de carbone serait employé très chaud et l'on bénéficierait de la température relativement élevée à laquelle il arriverait dans le four, mais, dans la pratique, le gaz a circulé dans des conduits où il a perdu une notable quantité de chaleur.
Il faut tenir compte aussi dans la production du gazogène de l'action de la vapeur d'eau sur le carbone incandescent. La décomposition de la vapeur d'eau absorbe des calories. Enfin, le gaz à l'air renferme de l'azote en quantité notable provenant de l'air employé pour la combustion, ce qui abaisse notablement le rendement calorifique. D'autres phénomènes entrent en jeu également, tels que la dissociation de l'oxyde de carbone en carbone et anhydride carbonique en présence de carbone.
La transformation du gaz carbonique formé aux dépens de l'air et du charbon tout d'abord, par le carbone en excès, est sensible à .5oo", mais elle croît avec la température. Elle n'est complète que vers i 000" ; elle est limitée aux températures inférieures.
Pour opérer une bonne production de gaz de gazogène, on devra donc employer :
i" Une température aussi élevée que possible ;
2° Un combustible poreux ;
3° Un combustible très divisé ;
4 " Ln courant gazeux à faible vitesse.
Le gaz de gazogène contient en moyenne :
CUISSON DES BUIQUES 79
Oxyde de carbone 20 à 26 o/q
Hydrogène 2 à 10 »
Gaz carbonique 4 à 7 ))
Garbures d'hydrogène 2 à 7 »
Azote 35 à 65 »
Coniime type de générateur, nous examinerons le gazogène Fichet. Cet appareil comprend une cuve en briques rélractaires fermée à sa partie inférieure par une grille. L'air ne pénètre sous la grille qu'après avoir traversé une porte creuse munie d'une ouverture inférieure donnant sur l'air extérieur et d'une ouverture supérieure ouvrant sous la grille. Par rayonnement, cette porte se chauffe et l'air s'échamile en la traversant. On règle l'entrée de l'air en ouvrant plus ou moins l'entrée de l'air dans la porte. Le combustible est introduit par la partie supérieure. Pour cela, on enlève le couvercle et verse du charbon dans le tube de charge. Une fois ce dernier remph, on soulève un contre-poids, qui commande une valve, après avoir remis le couvercle. Le charbon tombe, alors dans la cuve sans qu'il y ait eu d'introduction d'air.
Cette transformation du carbone en oxyde de carbone lui fait perdre 3o "/o de son pouvoir calorifique total, mais, d'autre part, sous cette forme, on peut tirer parti de combustibles que l'on ne saurait utiliser autrement et, de plus, les combustibles gazeux se prêtent à des emplois avantageux auxquels ne sont pas aptes les combustibles solides.
4o. — A côté du gaz de générateurs, il faut placer le gaz d'eau provenant de l'action de la vapeur d'eau sur les carbone au rouge. A haute température, on a :