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II. TUILES

46. — Les tuiles sont destinées à la couverture des toits. Elles ont des formes assez variables, en général, ce sont des cléments de surfaces que l'on accroche à des lattes supportées par la charpente du toit et que l'on juxtapose de manière à éviter toute solution de continuité entre deux tuiles. Dans la pratique même les tuiles débordent

un peu les unes sur les autres pour que la fermeture du toit soit complète.

Les tuiles les plus simples sont des rectangles munis de crochets à leur partie supérieure sur une latte horizontale. On utilise pourtant des tuiles offrant une surface plus complexe ou ondulée. Pour oijlcnir un assemblage parfait on fabrique maintenant des tuiles dites à emboîtement, façonnées de telle sorte qu'une feuillure latérale

serve de réceptacle à une saillie de la tuile voisine, do plus la tuile supérieure vient déborder d'une quantité convenable. De cette manière on réalise un assemblage parfait tant sur les côtés qu'au sommet et à la base delà tuile.

/iy. — Les terres à tuiles sont analogues aux terres à briques, ce sont des argiles qui cuisent colorées et qui renferment les impuretés que l'on trouve dans la plupart des argiles communes, mais pourtant l'on ne peut utiliser pour fabriquer des tuiles des terres pas trop dénuées de plasticité ou trop peu argileuses.

§ I . — Façonnage des tuiles

/|8. Façonnage à la main. — La tuile plate, la panne des campagnes se fabrique très simplement. Le travail ressemble beaucoup à celui du façonnage des briques. On moule une pâte argileuse suffisamment plastique en se servant d'une forme appropriée. Le moule à tuile rectangulaire est naturellement moins épais que le moule à briques mais il a plus d'étendue. On a ménagé aussi dans la cavité du moule une encoche qui servira à faire le crochet. La terre une fois introduite et pressée dans le moule, on enlève l'excédent avec une plane et la tuile est finie. Comme, en revanche, la galette de terre est mince et peu consistante on ne peut la transporter telle quelle. L'ouvrier doit poser son moule sur une planchette mobile. Le gamin qui lui sert d'aide emporte alors la planchette portant la tuile, après enlèvement du moule, et en cours de route relève la petite masse de terre devant constituer le crochet. Le tout est alors posé sur les étagères d'un sé-

FAÇON \AGK DES TLILES

choir en attendant que la tuile ait la consistance voulue pour supporter le transport dans le four. Ce mode de moulage est, comme on le voit, moins rapide que celui de la brique.

On rencontre dans les campagnes où fonctionnent encore de petites tuileries des installations des plus primilives où l'on confectionne ce genre de tuile mais avec des formes plus ou moins variées. Si l'on désire faire une tuile cintrée, après le moulage on applique la tuile sur un mandrin de surface convenable. L'excès de terre est enlevé à l'aide d'un fil. Quelquefois le façonnage est encore beaucoup simple, une fois sortie du moule et un peu raffermie, Ja tuile est cintrée à la main.

D'autres tuiles présentent une surface ondulée, la section de la tuile formant un S très allongé. L'ouvrier obtient aisément ce genre de surface en appliquant la tuile sortant du moule sur une surface en fonte servant de moule. On sort du moule à l'aide d'une fourchette que l'on glisse au-dessous de la tuile.

Ces quelques exemples suffisent pour faire comprendre comment se fait la tuile i la main.

49. Façonnage à la machine. — Le façonnage mécanique des tuiles est basé sur le même principe que celui des briques à la filière. La pâte renfermée dans un réservoir sorfc par un orifice de' forme appropriée en lame plus ou moins épaisse. Pour les formes peu compliquées un simple découpage à l'aide d'un appareil coupeur suffit, mais peur les tuiles ayant des reliefs accentués comme les tuiles à feuillures, on fera d'abord des croûtes en débitant la lame sortie de la fihère en fragments de grandeur appropriée, puis l'on pressera dans un moule.

5o. — Le façonnage à la filière peut se ramènera l'emploi de deux types différents de machines.

Dans la machine Joly, par exemple, la pâte sort de la fdière pour passer entre deux cylindres horizontaux parallèles, reliés par un engrenage. Le cylindre inférieur porte une saillie qui correspond à une cavité dans le cylindre supérieur. Ce dernier cylindre porte, en outre, des lames disposées loiigitudinalement.

La pâte qui sort de la filière va s'introduire entre les deux cyhndrcs et amener leur rotation, mais, au moment où elle va rencontrer la pièce en saillie et l'encoche, la pâle va s'engager dans le vide pour former le bourrelet qui constituera le crochet, puis les couteaux entrant en jeu la pâte sera coupée à la longueur d'une tuile représentée par un tour du cylindre. Pour éviter l'écrasement des tuiles ainsi faites, les tuiles à leur sortie de l'appareil trouvent des rouleaux qui leur permettent d'atteindre sans déformation l'extrémité de la machine où on les enlève.

On peut faire également la tuile avec une fihère de forme spéciale. La section de la filière que nous repré

sentons ici porte une ouverture demi-circulaire qui forme une nervure sur la galette de terre en son milieu. A peu de distance de la fihère se trouve un fil tendu horizontal, placé sur l'appareil coupeur et distant de celui-ci de l'épaisseur d'une tuile. La croûte qui sort de la fdière rencontre donc ce fil qui vient enlever la nervure sur presque toute la longueur de la tuile, tout en laissant un fragment suffisant pour former le crochet. On rabat alors

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un cadre coupeur disposé comme celui des machines à briques et la tuile est découpée. On relève le système découpeur et la tuile est retirée. Pour accélérer la production, certaines machines portent deux filières superposées donnant deux tuiles se regardant par leur face plane. Certaines lilières sont disposées même pour en donner quatre sortant deux à deux. L'appareil coupeur basé sur les mêmes principes est simplement un peu plus compliqué.

5 1 . — Au lieu de façonner à la filière on peut recourir au pressage, ce mode de travail est celui qui convient à la fabrication des tuiles à feuillures. On presse dans un moule en deux parties une croûte de pâte préalablement débitée à la grandeur convenable.

Les presses à vis comprennent un bâti dont la partie inférieure porte un moule de plâtre ou de métal. Une vis verticale

supportée par le bâti pe*it — — monter ou descendre Fig. 3r

suivant le sens de la rotation imprimée au volant qui la surmonte. La partie inférieure supporte un contre-moule venant s'appliquer sur le moule inférieur.

La croûte de pâte est préparée au moyen d'une machine ayant une fdière de forme appropriée et un appareil coupeur la débitant à la dimension voulue. La pâte est chassée dans la fdière par une hélice ou des cylindres quand on travaille en pâte molle ou ferme, pour les pâtes dures il est nécessaire d'opérer avec un propulseur à piston qui agit beaucoup plus énergiquement.

La presse à tuiles ne donne pas une tuile d'un seul coup de volant, on lui imprime deux ou trois impulsions ame-

nant autant de coups de presse. On arrive ainsi à faire occuper par la pâte toute la cavité du moule et à chasser les bulles d'air qu'une seule pression trop énergique

pourrait accumuler. Le démoulage s'opère rapidement. Un mouvement de rotation en sens inverse relève le conlremoule et, grâce à une tige cylindrique sur laquelle glisse

FAÇONNAGE DES TUILES

le moule, le moule est amené en avant et retourné. La tuile qui tombe est reçue sur une planchette.

En disposant deux moules sur la tige cylindrique on

peut obtenir un façonnage rapide car pendant que l'un des deux moules se charge l'autre est pressé.

Au lieu de manœuvrer la presse à bras, on peut l'actionner par la vapeur au moyen de deux volants montés sur un axe horizontal et pouvant se déplacer longitudinale -

Fig. 34

ment. Entre ces deux volants se trouve un plateau horizontal à la tête de la vis. Si l'on approche un des volants alors que l'axe tourne, le plateau sera mis en rotation dans

un sens ; en changeant le sens du déplacement latéral ce sera l'autre plateau qui viendra frotter et la rotation de la vis aura lieu en sens inverse du premier mouvement. On peut donc réaliser par un simple déplacement de l'axe moteur soit la descente, soit la montée de la vis. Le mouvement est amené par une courroie entourant un volant ; ce mouvement peut être arrêté et par suite la presse mise au repos en faisant passer la courroie sur une poulie folle.

Le rendement des presses à main est un peu inférieur à celui des presses à A^apeur. Les premières donnent i5o tuiles à l'heure alors que les secondes fournissent 25o à 3oo à l'heure.

Au lieu d'une vis on emploie dans d'autres presses un système de cames ou de leviers articulés. On ne presse pas d'un seul coup dans ce modèle de machines, avec une série de cames on réalise plusieurs pressées.

Pour les grandes productions, on a adopté un modèle îippelé presse à pans ou presse-revolver. La partie importante de la presse est un tambour à cinq faces portant sur chaque face la moitié d'un moule. Au-dessus de ce tambour peut veràr s'appliquer la moitié supérieure du moule. L'appareil est réglé de manière à ce que la descente du moule n'ait lieu qu'au moment où le tambour présente sa face supérieure exactement sous le moule.

La pressée est obtenue par des mécanismes divers. Un arbre horizontal reçoit le mouvement que lui commimique un volant. Cet arbre porte un excentrique venant agir sur un galet que porte le support du moule mobile. La rotation de l'arbre amène la descente du moule mobile et vient exercer la pressée. Pendant cette opération le tambour est immobilisé par une tige qui vient descendre dans une en-

sur le cercle, de manière à immobiliser cinq fois le tambour pendant un tour complet. Cette tige monte et des-

cend à l'aide d'un excentrique. Une fois la pression exercée, le porte-moule est relevé au moyen d'un levier que commande une came ; en même temps l'excentrique relève la tige formant verrou. La rotation du tambour a lieu à l'aide d'une courroie entraînée par l'arbre horizontal, mais cette courroie est tendue par une partie renflée mobile qui se retire à chaque cinquième de tour du tambour. Le tambour ne tourne plus à ce moment et la tige dont nous avons parlé l'immobilise. La pression peut donc s'exercer et l'arbre moteur tourner sans entraîner le tambour (fig. 33).

Pendant que la pression s'opère, un ouvrier reçoit sur une planchette la tuile déjà pressée précédemment et un second ouvrier pose une croûte de pâte sur la face avant du tambour. Un autre modèle obtient la rotation du tambour par un autre dispositif. La courroie est supprimée et le cercle à encoches est remplacé par une étoile à cinq branches dont les extrémités sont ouvertes (fig. 34).

D'autres presses reçoivent leur mouvement à l'aide de bielles genouillères. La rotation du tambour est effectuée à l'aide d'un enchquetage mû par des leviers articulés dont une extrémité est entraînée dans un mouvement de rotation (fig. 35).

En pressant des pâtes molles on se sert de moules en plâtre, mais quand on opère avec des terres fermes il faut garnir les presses de moules en métal.

51. — Les tuiles sortant de la presse ont besoin d'être ébarbéespour les débarrasser des bavures.

52. Cuisson des tuiles. — La tuile, comme la brique, demande une dessiccation préalable avant la cuisson. Les

FAÇONNAGE DES TUILES

séchoirs à tuiles sont conçus dans le même ordre d'idée que les séchoirs à briques. Les séchoirs à l'air libre comprennent des étagères à claire-voie sur lesquelles on place les tuiles en ayant soin de les supporter par des planchettes. Les tuiles fabriquées en pâte dure peuvent seules se passer de ce support.

La dessiccation de la tuile s'effectue également dans des séchoirs chauffés, nous n'avons pas à revenir sur la description de ces appareils.

53. — On cuit la tuile souvent dans les fours qui servent à la cuisson des briques, soit que le four ne contienne que des tuiles, soit que les tuilss et les briques soient mélangées.

La tuile de campagne se cuit dans les fours indiqués à propos des briques de campagne, la tuile mécanique dans les fours continus. Cette dernière n'est guère fabriquée que dans des usines installées avec un outillage plus moderne et moins rudimentaire que celui des tuileries de campagne.

La cuisson de la tuile au four continu du genre Hoffmann n'est pas sans présenter une première difficulté. Le charbon qui tombe par les trous de charge vient salir les produits. Ce qui n'a pas d'inconvénient pour la brique en a pour la tuile. Quand on fabrique simultanément de la brique et de la tuile, ou peut combiner son enfournement de telle sorte que les briques viennent protéger les tuiles du contact des combustibles. Mais ceci n'est possible que si la production des briques est au moins le tiers des produits fabriqués. Avec une quantité moindre de briques, il n'y a plus assez de ces dernières pour envelopper convenablement les tuiles.

PIEUnES ET MATÉRIAUX ARTIFICIELS

Cercaines tuileries néanmoins cuisent leurs tuiles au four Hoffmann.

La cuisson des tuiles peut s'opérer avec moins d'inconvénients dans les fours à tranches. Ces fours construits dans leurs grandes lignes comme les fours Hoffmann possèdent des foyers disposés de place en place entre des compartiments séparés par des murs percés d'ouvertures à la partie inférieure. Le combustible tombant de la voûte brûle sur ces grilles. Les gaz de la combustion traversent un certain nombre de compartiments avant d'arriver à la cheminée et servent à sécher et à échauffer des produits crus tout comme dans le four Hoffmann. Mais pour la combustion on ne peut plus se servir d'air ayant passé sur des pi'oduits encore chauds, l'air est pris directement en dehors et entre par des ouvertures qui l'amènent sous la grille. Tel est le principe du four Virollet.

Un four de , ce genre n'offre pas les mêmes avantages économiques que le four Hoffmann.

Un autre four du même genre est le four Dannenberg. Il comprend une série de compartiments reliés parla partie inférieure. A l'entrée de chacun d'eux on a disposé une grille en zigzag qui reçoit le combustible delà partie supérieure. Dans ce modèle de four on utilise l'air chaud provenant des chambres en refroidissement.

Le four Dinz décrit à propos de la cuisson des briques est employable à la cuisson des tuiles.

M. Witte a disposé un four Hoffmann à foyers latéraux qui permet également la cuisson des tuiles sans contact avec le combustible.

Une autre solution du problème consiste à cuire au gaz de gazogène, nous reviendrons sur ce sujet à propos de; la cuisson des terres cuites.

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