‹ Pierrot et les artistesChapitre 5 sur 10 · NANTES · texte numérisé non relu

NANTES

sensibilité aiguë et frémissante. J'ai un cœur ouvert à la pitié. J’ai une vive intelligence. Je réfléchis et je médite. Je suis philosophe. Je place un doigt effilé de poète sur mon front, et je pourrais tenir, comme Hamlet, entre mes mains le crâne d’un bouffon, celui du bouffon que j'étais uniquement, à mes débuts, sur les tréteaux de la foire.

Les porteurs de lyres ont voulu faire de Pierrot leur frère en rêverie. Je personnifie le type du rêveur, du pêcheur de lune. Je demeure l’incurable intoxiqué de l’opium du rêve. Je me grise de mes propres rêvasseries jusqu’à oublier le réel. De notre temps que l'existence est tournée presque exclusiveñent vers la recherche du matériel, alors que l’on n’est environné que d’esprits pratiques et de froids arrivistes, mon était d'âme devient bien dangereux. J'ai manqué d'en être la victime plusieurs fois. Et lorsque je me rends à travers Paris, de Montmartre qui est la butte des artistes à l’autre montagne sacrée, à Mont-

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