SCENE DEUXIEME
L'avenue qui mène à la villa d'Eliane. Paysage de neige, et de grands arbres givrés Bourrasque et clair d'étoiles.
PIERROT
Suis-je encor loin? Oh! oui! Tant mieux! Si ce chemin Où je marche voulait marcher en sens inverse, Je marcherais ainsi, toujours... Il neige à verse, Le ciel est aussi noir qu'un nègre, et le vent fou M'échevèle et me plie en deux, et dans le cou, M'applique éperdùment ses froides lèvres blanches! Comme un oiseau blessé je bats l'air de mes manches, Et j'ai peur d'arriver où Von m'attend. (Il fait quelques pas.) Mon sort
Se jouera celte nuit, et je me sens moins fort Qu'avant ce maudit soir de carnaval!... Je tremble. Quelque danger lointain me menace...
(Ecoutant.)
...Il me semble Qu'on me parle tout bas...
,..« Pierrot, dis-moi pourquoi Quelqu'un est là, tout près de tnoi, derrière moi, Qui me regarde et dont je sens les yeux nocturnes ■ M' ensorceler la chair de baisers taciturnes, Et qui »...
Je ne sais plus... Arlequin m'a J'ait mal. J'ai peur de cet enfant : il me sera fatal...
Je sens des roses sous la neige...
. . . « Une paresse
S'alanguit sur mon front pensif et le caresse !
— Et ne me parle\ plus, car vous m 'offenseriez !
— Comme vous aimerie\, Pierrot, si vous aimie\! » ... O ce bel Arlequin, je crois que je l'envie! Arlequin cependant, ce n'est rien que la vie,
Que la jeunesse... hélas! ce n'est rien que cela! Rien que cela!...
ARLEQUIN (de loin) Tra là! La hi là. La ho là!
PIERROT
Faut-il rester Pien-ot, ou bien cesser de l'être? Pourquoi vais-je là-bas? Je ne suis plus mon maître, Et j'obéis. A qui? Je ne sais.
ARLEQUIN (de loin) La ho là!
PIERROT
C'est la jeunesse. Rien que cela, que cela! Le rêve le plus fier vaut-il que l'on dédaigne La na'ive douleur d'un cœur jeune et qui saigne ? Vivre et rêver? Rêver ou vivre? Il faut choisir.
(Il sonne à la porte d'Eliane.)