CONCLUSION
Résumons-nous : Pieter de Hooch est un des peintres hollandais dont le charme opère sur nous avec le plus de puissance. Et ce charme il Ta acquis non seulement par les ressources de son métier de peintre, non seulement par l’harmonie de ses couleurs, par ses belles pâtes onctueuses, où For du soleil brille, où la clarté et l’ombre se confondent, mais parce qu’il posséda une sensibilité très vive, et ce don d’observation par lequel il sut reproduire la vie, toute la vie, dans ses manifestations les plus diverses.
Il faut l’apprécier surtout dans les œuvres de sa deuxième manière. Sans doute, lorsqu’il éprouve encore l’influence de Carel Fabritius ou des autres peintres de l’école de Delft, il peindra des scènes de corps de garde dont les belles harmonies de couleur, où les qualités de composition retiendront notre attention. Mais il n’est pas lui-même encore. Il faut le découvrir dans des œuvres plus vraies et plus émues. C’est alors qu’il peignit ces intérieurs où passe devant nos yeux toute la vie intime des Hollandais du XVIIe siècle II ne choisit pas son sujet, il ne l’invente pas par un caprice de son imagination. Il le voit et il le sent. C’est tout naturellement qu’il le peint, parce qu’il devait le faire.
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parce que son instinct l’y poussait, parce qu’il avait découvert tout à coup le rapport secret qui l’attachait à une scène dont la vérité l’enthousiasmait.
Lorsque nous considérons avec attention un tableau de la bonne manière de Pieter de Hooch nous sommes frappés du caractère de simplicité qu’il présente. Il nous semble qu’il devait être peint ainsi et qu’il ne pouvait l’être autrement sans que l’harmonie totale disparût. C’est là le propre des œuvres de vérité de nous apparaître non seulement exécutées avec simplicité, mais encore d’exécution facile. Nous reconnaissons si bien l’exactitude de cette œuvre que nous ne concevons pas qu’elle n’eût pas été créée ainsi. Cette illusion nous est donnée par le sentiment que nous avons de la nécessité de leur existence.
C’est un charme indicible de retrouver, après plusieurs siècles, ces personnages vivant dans leur intimité familiale, de les voir groupés autour des choses qui leur étaient chères, d’étudier leurs gestes et leurs attitudes comme si réellement nous les voyions encore agir devant nous dans une activité renouvelée. Le talent de composition de Pieter de Hooch est tel qu’il n’apparaît jamais. Nous ne soupçonnons aucun arrangement, aucune préparation artificielle. Encore une fois c’est ainsi que les choses devaient être disposées.
L’artiste a peint les hommes et les choses qu’il a vus pendant son séjour à Delft II les a saisis dans
leur cadre, n’y ajoutant rien, n’y supprimant rien. Il les a pensés après les avoir vus. Il les aime, peut-on dire ; il a aimé ces femmes, ces mères de famille, ces ménagères actives, ces bourgeoises soucieuses des soins à apporter à la bonne direction de la maison, ces bourgeoises, femmes de marchands opulents enrichis par le négoce et qui n’ont rien changé à la simplicité de leur existence, ces humbles servantes qui avant de se rendre au marché prennent les conseils de leur maîtresse, tenant par la main l’enfant amusé qui les accompagnera dans les boutiques de la ville, ces modestes domestiques qui vaquent avec résignation aux banales et rudes occupations de la vie quotidienne, lavant le poisson, épluchant les légumes, portant les brocs remplis d’eau.
Il faut insister sur ce point. Jamais ces scènes familières ne sont empreintes de vulgarité, jamais nous ne sommes choqués par la banalité du sujet ; et les objets qui sont d’un usage journalier acquièrent sous le pinceau de l’artiste une puissance d’expression qui nous étonne et nous ravit. Une distinction qui jamais ne lui fait défaut donne à la scène la plus ordinaire une beauté que nous n’avions pas soupçonnée et que nous sommes charmés de découvrir. Nous jouissons du plaisir de cette révé" lation sans même songer au peintre qui nous la communique.
Pieter de Hooch ne possède ni les qualités de