XVIII INTRODUCTION
savant dans un siècle d'ignorance, philosophe parmi les fanatiques, et qui peint sous son nom nos faiblesses et nos folies, est un homme qui sera touj(Hus aimé. »
« Mon Dieu, que ce livre est plein de bon sens ! écrit Mme de Sévigné à sa fille en parlant des Essais. »
Il me semble cependant qu'une part du plaisir, et peut-être pas la moindre, tient au charme musical de notre vieille langue française. Transcrivez les iîssa /s en langage moderne, la pensée simple et forte les sauvera du naufrage, mais ils auront bien perdu de leur charme et de leur grâce. Pénétré de cette idée, j'ai eu recours pour ces transcriptions à une édition relativement moderne, mais dans laquelle l'éditeur s'est efforcé, dit-il, de reproduire fidèlement, sinon l'orthographe, du moins le texte original trop souvent déformé par le zèle maladroit des éditeurs successifs, y compris la fille d'alliance de Montaigne, la célèbre Marie de (journay, pour la deuxième édition qu'elle donna en i635 ; il est vrai qu'elle avait alors soixantedix ans! Je veux parler de l'édition publiée en 1844 par J.-V. Leclerc dans la collection des classiques français, d'après l'édition de i5'j5, la première publiée par Marie de Gournay avec les additions indiquées par Montaigne sur un exemplaire de i588, celle qui devait servir de base à l'édition définitive rêvée par le docteur Payen '. Je l'ai préférée, dans le cas présent, à l'édition de 1602 (Abel l'Angelier, Paris), dont je possède un
constater que ces frères ennemis (Port-Royal et l'Oratoire) s'unissent dans la haine de ce moderniste qui se fut mué aujourd'hui en libre penseur.
I. « L'édition de iSgS a été faite avec soin. Son autorité est donc capitale. » (Dezeimf.ris, Recherches sur la récensitin du texte posthume des Essais de Montaigne. GounouiJhou, Bordeaux, 1866.) Pour cet auteur, l'impression de 1595 a été surveillée à Paris par Marie de Gournay d'après un exemplaire de l'édition de i588 sur lequel