‹ Pilules apéritives à l'extrait de Montaigne, préparéesChapitre 2 sur 34 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

lous les Esprits de Montaigne qu'on a faits et qu'on pourra faire'.» Pour de Querlnn, la question serait donc jugée. Il faut lire Montaigne d'un bout à l'autre, ou s'abstenir. Qu'il en ait été ainsi à la fin du dix-huitième siècle, je le veux bien admettre. Mais aujourd'hui, par ce temps de trains éclairs, d'automobiles ronflantes, de cinématographes, fidèles images de notre vie moderne surchauffée, qui donc trouvera le loisir, je ne dis pas de lire, mais seulement de feuilleter les Essais.^ La crise de la librairie, créée par le développement extraordinaire et un peu abusif des sports, menace, dit-on, jusqu'au roman !

Montaigne est de ces auteurs de bon renom que tout adulte cultivé tient à honneur d'habiller d'une belle reliure, et de placer bien en vue sur les rayons de sa bibliothèque ; mais ces beaux volumes inspirent au profane une crainte si religieuse que le dos n'en risque guère d'être cassé. Combien d'années n'ai-je pas, moi-même, respectueusement contemplé les Essais!

On ne peut goûter Montaigne avant quarante ans, me disait un de ses fidèles, le professeur Farabeuf. Est-ce pour ce motif que Montaigne s'est vu exclu jusque vers 1880 de tous les programmes universitaires ? Je croirais plus volontiers que cet ostracisme résultait des jugements émis par Pascal, Malebranche et « autres tartufes de toutes les époques-». Quoi qu'il en soit, la quarantaine n'était plus pour moi qu'un lointain souvenir quand je me suis décidé à tirer les Essais du rayon où ils dormaient en paix. Il a fallu que les soucis de l'exis-

i. .Journal du royale de Montaif^nie en Italie par la Suisse et l'Allemagne en i5Ho et i5H\. A Kome et à Paris chez le Jay, libraire, rue Saint-Jacques, au «rand Corneille, M DCLXXIV, gr. in-4". Discours préliminaire, p. xiv.

2. Le Petit, Catalogue de la bibliothèque du docteur Payen, Paris, 1873.

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