‹ Pilules apéritives à l'extrait de Montaigne, préparéesChapitre 3 sur 34 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

tence parisienne me condamnassent chaque nuit à l'insomnie rebelle, incoercible. Renonçant à en triompher, je ne pouvais mieux faire que la traiter par le mépris, et l'utiliser pour les lectures de longue haleine, interdites aux journées remplies par les besognes obligées. Je plaindrais sincèrement mes trépidants contemporains, médecins ou bourgeois, s'ils devaient comme moi attendre l'insomnie pour trouver le temps de lire Montaigne. Mais ils pourront peut-être, malgré le surmenage, se laisser amorcer par quelques échantillons du célèbre ouvrage, si de claires dispositions typographiques, l'adjonction de courts sommaires, allègent l'aspect un peu massif du texte original. Dans cette tentative, j'ai recherché d'abord et surtout, je dois le dire, une satisfaction personnelle.

Les gens du métier {indgà potards) trouveront sans doute ces pilules mal préparées. Je ne les donne pas pour des pilules du Codex, pas même pour une s/;ec/alité convenant à tous les tempéraments. Elles sont inégalement dosées, privées même peut-être parfois, dirat-on, de tout principe actif; leur calibre est irrégulier et certaines (voyez l'opinion de Montaigne sur la médecine) constituent des bols volumineux dont la déglutition paraîtra d'autant plus pénible à certains estomacs qu'un enrobage imparfait en dissimule assez mal la saveur amère. Plus d'aloès que de mica panis ou de poudre de réglisse, assurément ! Je dois donc réclamer l'indulgence du malade, et lui souhaiter d'avoir autant de profit à ingérer ces pilules que j'ai trouvé de plaisir à les préparer.

Mon éditeur s'est depuis longues années cantonné strictement dans le domaine médical ; je me voyais obligé, pour bénéficier de sa firme, d'adapter ce libelle

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