‹ Pilules apéritives à l'extrait de Montaigne, préparéesChapitre 27 sur 34 · I 34 PILULES APÉRITIVES · texte numérisé non relu

I 34 PILULES APÉRITIVES

trouver Dieu, et le seiour des bienheureux. » Or, parce que ie montrois, mesme au visage, l'impatience que i'avois à Touïr : « Comment, mon frère ! me dict il, me voulez vous faire peur ? Si ic I'avois, à qui seroit ce de me l'oster, qu'à vous ? »

Sur le soir, parce que le notaire surveint. qu'on avoit mandé pour recevoir son testament, ie le luy fais mettre par escript; et puis ie luy feus dire. S'il ne le vouloit pas signer : « Non pas signer, dict il, ie le vculx faire moy mesme : mais ie vouldrois, mon frère, qu'on me donnast un peu de loysir ; car ie me treuve extrêmement travaillé, et si affoibly que ie n'en puis quasi plus. » le me meis à changer de propos ; mais il se reprit soubdain, et me dict qu'il ne falloii pas grand loysir à mourir, et me pria de sçavoir si le notaire avoit la main bien legiere, car il n'arresieroit gueres à dicter. l'appellay le notaire; et sur le champ il dicta si vite son testament, qu'on estoit bien empesché à le suyvre. Et ayant achevé, il me pria de luy lire : et par-à moy, « Voylà, dict il, le soing d'une belle chose que nos richesses ! Sunl luec, qiuv hominibus rocantur bona ' ! » Aprez que le testament eust esté signé, comme sa chambre esloit pleine de gents, il me demanda s'il luy feroii mal de parler. le luy dis que non, mais que ce leust tout doulcement.

Lors il feit appeler madamoiselle de Saint Quentin sa niepce, et parla ainsi à elle : « Ma niepce m'amie, il m'a semblé, depuis que ie t'ay

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