‹ Pilules apéritives à l'extrait de Montaigne, préparéesChapitre 29 sur 34 · I. « L'eau est la meilleure des choses · texte numérisé non relu

I. « L'eau est la meilleure des choses

leur que ie n'av esté. v> Sur ce poinct, il s'arresta un peu pour prendre haleine: et voyeant que le presbtre s'en alioit,il le rappella, et luy dict : « Encores veulx ie dire cecy en vostre présence : le proteste que comme i'ay esté baptizé, ay vescu, ainsi veulx ie mourir soubs la foy et religion que Moïse planta premièrement en Aegypte; que les pères receurent depuis en ludee; et qui de main en main, par succession de temps, a esté apportée en France. » 11 sembla, à le veoir, qu'il eust parlé encores plus longtemps, s'il eust pu : mais il finit, priant son oncle et moy de prier Dieu pour lu}' : « Car ce sont, dict il, les meilleurs offices que les chrestiens puissent faire les uns pour les aultres. » 11 s'estoit, en parlant, descouvert une espaule, et pria son oncle la recouvrir, encores qu'il eust un valet plus prez de luy; et puis me regardant : Ingénia est, dict il, cui multum debeas, et plurimum velle debere '.

Monsieur de Belot le veint veoir aprez midy : et il luy dict, lui présentant sa main : « Monsieur, mon bon amy, i'estois icyà mesme pour payer ma debte; mais i'ay trouvé un bon créditeur qui me l'a remise. « Un peu aprez, comme il se resveilloit en sursault : « Bien ! bien 1 qu'elle vienne quand elle vouldra, ie l'attends, gaillard et de pied coy : » mots qu'il redict deux ou trois fois en sa maladie. Et puis, comme on luy entreouvroit la bouche par force pour le faire avaller. An vivere

I. Il est d'un cœur noble de vouloir devoir encore plus à celui à qui il doit beaucoup.

tanti est' ? dict il. tournant son propos à monsieur de Belot.

Sur le soir, il commencea bien à bon escient à tirer aux traicts de la mort : et comme ie soupois, il me feit appeler, n'ayant plus que l'image et que l'umbre d'un homme, et, comme il disoit luy mesme, noyi homo, sed species hominis; et me dict, à toutes peines : « Mon frère, mon amv, pleust à Dieu que ie veisse les eftects des imaginations que ie viens d'avoir ! » Aprez avoir attendu quelque temps, qu'il ne parloit plus, et qu'il tiroit des souspirs trenchants pour s'en efforcer, car alors la langue commenceoit fort à luv denier son office, « Quelles sont elles, mon frère? » luy dis ie. « Grandes, grandes, » me responditil. « 11 ne faut iamais, suyvis ie, que ie n'eusse cet honneur que de communiquer à toutes celles qui vous venoient à l'entendement: voulez vous pas que l'en iouïsse encores ? » « C'est mon dea-, responditil; mais, mon frère, ie ne puis : elles sont admirables, infinies, et indicibles. » Nous en demeurasmes-là : car il n'en pouvoit plus. -De sorte qu'un peu auparavant il avoit voulu parler à sa femme, et luv avoit dict, d'un visage le plus gay qu'il le pouvoit contrefaire, qu'il avoit à luy dire un conte. Et sembla qu'il s'cfforceast pour parler : mais la force luy défaillant, il demanda un peu de vin pour la luy rendre. Ce feut pour néant; car il esvanouit soubdain, et feut long temps sans veoir.

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