‹ Pilules apéritives à l'extrait de Montaigne, préparéesChapitre 8 sur 34 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

nation ne fui pas du goût de Brantôme. « Le marquis de Tran, dit-il, impétra du rov aysément un ordre à un de ses voisins, pensés qu'en se mocquant, car il estoit un grand mocqueur. » Nous voyons peut-être ici chez Brantôme l'effet d'un peu de jalousie. Montaigne ne courait pas comme Brantôme tous les lieux où se disputait la gloire ; il ne s'arrachait pas les cheveux (et pour cause, d'après ses portraits) de n'avoir pu assister à la bataille de Lépante, « tant grande, tant sanglante, tant signalée », et n'allait au feu qu'en soldat amateur, sinon pour « jouer au soldat », comme l'ont dit certains de ses détracteurs. Ce gentilhomme ligueur, d'une noblesse bien plus ancienne que celle de Montaigne, qui avait appris la guerre sous François de Guise, n'était-il pas un peu prévenu contre le philosophe tolérant qui recevait le grand cordon, tandis qu'il lui eût été meilleur «de continuer sa plume à écrire ses Essavs que de la changer avec une espée qui ne lui seyoil si bien. » Brantôme aurait pu se souvenir qu'en plus du cordon de Saint-Michel, il touchait, lui, une pension de I o.ooo livres, faveur non « vaine et venteuse » comme le cordon. Pendant son séjour à Rome (i58i), Montaigne obtint la bulle de bourgeoisie romaine; distinction véritablement singulière pour l'auteur des Essais, mis à l'index, et à laquelle on comprend qu'il ait attaché assez de prix pour se faire encore taxer de vanité et d'ambition, car il l'avait formellement sollicitée. A la même date, les jurats de Bordeaux l'élurent comme maire; Montaigne fut d'abord tenté de refuser, par pure vanité sans doute, diront ses détracteurs. Mais avant qu'une lettre de Henri III vînt le joindre, pour lui « commander de s'en tenir à sa charge », il se décida à accepter et revint rapidement d'Italie malgré les douleurs que lui occasionnait alors la lithiase urique qu'il était allé soigner dans toutes les stations thermales rencontrées sur sa route.

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