UN CHEVALIER DE RHODES
(Dùtiie, Sienne.)
PINTURIGGHIO. 111
répétition de motifs forcément identiques ne devînt un peu fastidieuse... Heureusement, les prestiges de la couleur, une couleur chaude et vibrante, sauvent tout : il v a dans celle-ci une joie propre, un rythme qui, se répercutant, pour ainsi dire, de fresque en fresque, marie et confond toutes ses tonalités vives en une harmonie totale, à la fois douce et incisive. D'un autre côté, on reçoit le plaisir de la vie simulée en des compositions d'autant plus ressemblantes à la réalité qu'elles sont moins arrangées. Eh ! oui, Raphaël, auquel on a voulu attribuer l'invention des plus charmantes figures de ces fresques, aurait donné plus d'ampleur à celles-ci ; son art aurait mieux fait concerter les personnages en une action commune ; il aurait atténué l'éclat trop égal des couleurs et supprimé ou relégué à l'arrière plan quantité de figurants aussi inutiles que délicieux, placés en vedette par le Pinturicchio : Turcs ou Levantins en costume bariolé, spectateurs dont l'unique office semble être de montrer, de dos, leur silhouette nerveuse et leur manteau bien drapé. Cependant, avec plus de science, le maître des Stanze nous aurait-il communiqué une impression aussi vive de la réalité?
La question de la collaboration du Sanzio à la décoration de la Libreria a longtemps passionné la critique. La source de cette tradition, ce sont les dires de Vasari, qui, du reste, se contredisent d'une édition à l'autre et de la Vie du Pinturicchio à celle de Raphaël. L'autorité du conteur-biographe avait fait attribuer à Raphaël la majeure partie des dessins {Livre de Venise ; Uffizi ; Brera ; Coll. Baldeschi, a
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Pérouse; etc.) se rapportant aux fresques de la Libreria. Malheureusement pour la thèse des spoliateurs du Pinturicchio, en admettant même que celui-ci, foulant aux pieds et son amour-propre et les clauses obligatoires de son contrat, eût confié à un débutant le plus difficile de sa tâche, il resterait à prouver que le jeune artiste résida à Sienne durant l'exécution du travail. Or, nous savons qu'il était, alors, occupé ailleurs. A notre sentiment, rien n'autorise à déniera Bernardino la paternité entière d'une œuvre où sa personnalité brillante se manifeste dans la plénitude de ses dons originaux. Et cela particulièrement dans les pages à propos desquelles, surtout, le nom de Raphaël a été prononcé : le Départ d'JEneas pour Belle : la Rencontre de Frédéric III et d'Éléonore de Portugal, à la porte Camollia. à Sienne, el\& Canonisation de sainte Catherine. Tout dans ces trois fresques est investi d'un charme extrême : les figures principales en sont d'un relief et d'une vérité intenses : l'JEneas Sylvius, jeune, ardent, au joli visage spirituel encadré de cheveux blonds, sous un feutre rouge, qui paraît à cheval dans la première, retourné à moitié vers le spectateur : le groupe superbe et élégant de l'empereur, de sa fiancée et d'yËneas, dans la seconde, et, dans la dernière, les laïques, en vêtements collants, parmi lesquels certains identifient Raphaël et le Pinturicchio lui-même... Il faudrait pouvoir s'attarder. Chacune des œuvres de ces maîtres amoureux du détail précis et savoureux demanderait une étude analytique: la brièveté nécessaire de ce petit livre nous emporte.
Cliché Alinari