UN CHEVALIER DE RHODES
(Dôme, Sienne.)
La fin de la vie du Pinturicchio s'écoula à Sienne. Il s'en éloigne, parfois, pour aller en Ombrie ou, comme en 1508, a Rome; il possède encore des intérêts à Pérouse, où, détail assez peu explicable, il est inscrit dans les matricules du Collège des peintres seulement en 1506 ; mais Sienne est devenue le siège de son activité et la demeure de sa famille. C'est là que lui naissent en 1506, 1509 et 1510, deux fds, Giulio Cesare et Camillo Giuliano — dont Luca Signorelli fut le parrain, — une fille, Faustina Girolama, enfants qui pourraient bien être illégitimes, carie testament de leur père n'en fait aucune mention. C'est avec des gens de Sienne, la veuve du peintre-sculpteur Neroccio di Bartolommeo, en 1504; Pandolfo Petrucci et Paolo di Yannoccio Biringucci, provéditeurs de la Chambre de la Commune, en 1509, et Antonio Primat icci, en 1511, qu'il contracte pour l'achat ou la vente de terrains ou d'une maison. La Balia de Sienne qui, en 1506, sanctionnait une donation de vingt arpents de terre faite — on ne sait pour quel motif — par la commune de Montemassi au peintre, consentait à ce dernier, en 1507, exemption des impôts pour trente ans. Cette faveur, le bon Pinturicchio, « serviteur des Seigneurs de la Balia et non le moindre des peintres célèbres », l'avait sollicitée, « considérant le malheur des temps, la médiocrité et la diminution des gains et la lourde charge de sa famille », en une belle supplique, dont l'exorde naïvement pompeux parlait comme de raison des Grecs et des Romains.
Pendant l'interruption des travaux de la Liôreria,
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occasionnée par la mort de Pie III, il effectua nombre d'ouvrages pour les églises siennoises ou ombriennes : la Pinacothèque Vaticane conserve un Couronnement de la Vierge peint vers 1503, pour S. Maria délia Pietà, à Castel délia Fratta (aujourd'hui Umbertide), ordonné selon la norme habituelle, bon tableau, le « plus beau du maître», à l'opinion de M. Venturi ; «travail d'élève», à celle de M. Ricci. On a attribué quelquefois à Bernardino une Adoration des Mages, de la même collection, originaire du couvent délia Spineta, qu'il faut donner, avec M. Lafenestre, au Spagna. Vers cette époque également, notre peintre exécutait, pour l'église de S. Francesco, à Sienne, des tableaux, détruits depuis, et dans le Dôme, huit petites fresques et un des motifs, la Sagesse et la Fortune, du merveilleux pavement en graffiti. Ce dernier ouvrage valut à son auteur, d'après les documents conservés, 12 lires, et l'autre 700, c'est à savoir, « pour huit tableaux de sa main, dans la chapelle Saint-Jean, illustrés de figures de différentes sortes et couleurs, mises en or et couleurs fines... ». Trois de ces fresques ont été complètement repeintes ; trois des cinq subsistantes ont trait à la vie du Précurseur: la Nativité, représentée dans un mode et avec une simplicité trécentistes ; Saint Jean au désert, un désert aussi verdoyant et fleuri que celui où, à Aracœli, nous avons vu saint Bernardin ; enfin la Prédication de saint Jean ; les autres nous montrent, toutes deux, un chevalier de Rhodes, à genoux, les mains jointes, au sommet d'une colline, d'où l'on découvre le panorama
Cliché Alinari.