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LA 31 AD ONE DE LA PAIX

(San Séverine)

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des morales et aussi, dans toute la Péninsule, et surtout à Rome, auberge hospitalière ouverte par les Papes aux dynastes helléniques, balayés par la conquête turque, la confusion des langues et des idées : Thomas, despote de Morée, était venu avec ses filles, dont la u belle Zoé », dotée et mariée par Pie II; puis Zacharie, prince de Samos, Léonard de Leucade, et la reine Catherine de Bosnie, et Charlotte de Lusignan, reine de Chypre... Tout un monde indigent et hétéroclite, sans parler de Djem, pensionnaire du Pape, pour le compte du Commandeur des croyants î L'Orient refluait sur l'Occident, chargé de manuscrits ou de reliques dérobées à la profanation des Infidèles : princes besogneux, théologiens retors, philosophes discoureurs, nouveaux agents de la propagande humaniste dans les classes patriciennes et cultivées.

L'antiquité gagne, mais principalement dans les lettres et, davantage encore, dans la licence des mœurs, dans l'extraordinaire épanouissement de la vie sensuelle. Elle est à la mode, décidément, car il n'est pas jusqu'aux courtisanes romaines qui ne se parent de noms illustres : Portia, Cassandre, Penthésilée !... Les artistes, eux, ceux du marbre et ceux de la couleur, ces derniers surtout, n'ont, à cette heure-là, été touchés que superficiellement par la contagion. Leurs évocations païennes, déesses ou nymphes, histoires homériques, sont, chez Botticelli, Gozzoli et le Pinturicchio, par exemple, d'une grâce ignorante et naïve, délicieuse. Ils sont tout peuple encore; trop petites gens pour fréquenter, sinon sur un pied d'inégalité,

les doctes : artisans, dont le métier, au gré d'un humaniste, « ne peut guère compter parmi les arts libéraux », « ignobles gâcheurs de couleur et de gypse, dont le service et l'œuvre, écrit un autre, ne méritent aucune considération » ! Grammairiens, scoliastes, grignoteurs de textes, parasites et imitateurs des Grecs et des Romains dédaignent les artistes, qui le leur rendent bien, et, à l'occasion, ne se font pas faute de bafouer, avec le Vinci, ces individus « gonflés et pompeux, vêtus et parés, non de leurs travaux, mais de ceux d'autrui ».

A l'époque — vers 1475 — où le Pintoricchio, âgé alors de vingt et un ans, achevait le long apprentissage de douze années dont Cennino Cennini nous a laissé le programme dans son Libro delV Arte^ l'art, et en Ombrie, sans doute, plus que partout ailleurs, était libre, encore, de préjugés et de préconceptions dogmatiques. Stendhal, résumant d'un mot toute l'agitation complexe de la vie, disait que chacun de nous est à la recherche du bonheur, c'est-à-dire en quête des conditions d'existence susceptibles de laisser s'épanouir sans contrainte toutes nos facultés en puissance, de donner issue à ces aspirations de notre âme qui, contrariées, y entretiennent la langueur et le dégoût. L'art n'est pas soumis à d'autres lois que les créatures : lui aussi, il va à la recherche du bonheur, en d' autres termes de la pleine expansion de sa volonté de beauté. Il faut qu'il puisse obéira l'impulsion de celle-ci, se développer selon la norme de sa propre conscience, dans le sens de la nécessité intérieure dont il se sent animé. Et l'excès

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des règles et des principes arbitraires lui devient mortel.

Au xve siècle, en Italie, comme, du reste, dans le Septentrion, l'inépuisable fécondité de l'art, la variété infinie de ses manifestations sont dans la mesure, non seulement de son ardeur juvénile, de l'enivrement de ce printemps de beauté, chaque jour renouvelé, mais de l'indépendance absolue dont il jouissait. Ni voies rigidement tracées, ni barrières. On ne se détourne point des prestiges du présent pour chercher un idéal dans les ruines et les tombeaux ; la réalité vivante n'a pas cédé à l'antiquité morte. Le peintre novice, l'apprenti sculpteur, formés jusque-là dans l'atmosphère familière et cordiale de l'atelier du maître, popolano de Florence, de Pérouse, de Sienne, n'ont pas encore été internés entre les murs glacés de l'école, pour y subir la communauté des préceptes et de la férule, le nivellement de l'uniformité. L'art continue à grandir dans les boutiques, en attendant qu'il soit mis en danger de se pétrifier dans les académies !

Aussi, point d'écoles, à strictement parler : des peintres formés ici ou là, conservant une certaine empreinte du milieu dont ils sont issus, mais divers, admirablement, leur modèle unique étant, au fond, la nature, la réalité, réfléchies dans l'œuvre de chacun, selon sa conception, l'envergure de sa sensibilité personnelle. Aucun centre artistique — et ils abondent dans la Péninsule — d'où ne surgissent, côte à côte, des artistes de tendances nettement opposées. Les deux principaux maîtres de Pérouse, Pietro Yannucci, le Pérugin, et notre Pinturic-

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chio, de son nom Bernardin o di Betti di Biagio, nés à quelques années d'intervalle, l'un à Città délia Pieve, en 1446 ; l'autre, entre les vénérables murailles de l'antique municipe, Augusta Perusia, en 1454, tout soumis qu'ils furent, probablement, à des influences identiques, ne se montrent-ils point, en dépit de certains points de contact, de certaines récurrences de celui-là cliez celui-ci, profondément dissemblables dans la forme comme dans les visées de leur art ?

Situés à l'écart, l'Ombrie et ses petits bourgs peu accessibles, accrochés avec leurs acropoles fortifiées aux flancs des Apennins, n'avaient guère été atteints par les courants intellectuels nés dans les cénacles humanistes florentins et romains. Les tyranneaux — futures victimes de César Borgia, — qui se disputaient la domination de ce doux pays, dilettanti de la violence et de la perfidie et, aussi, quand l'âpre lutte pour l'existence leur en laissait le loisir, de l'art, étaient plus préoccupés de se préparer de mutuelles embûches que de discourir sur Platon, Aristoteou Vitruve. Saint François, dont c'était le domaine, y régnait plutôt qu'il n'y gouvernait. Sa mémoire survivait seulement dans la foule des humbles et dans la peinture, attachée toujours, à l'égal de la peinture siennoise, sous l'impulsion de laquelle elle avait débuté, à la primitive tradition religieuse, que l'attrait duvivace naturalisme florentin avait à peine impressionnée : « Épuisant son inspiration spéciale, ne suivant que de loin les audaces et les libertés florentines, écrit M. Jules Destrée, dans ses pénétrantes

études Sur quelques maîtres des Marches et de l'Ombrie, l'école ombrienne s'épanouit, envoie le Pérugin et le Pinturicchio s'illustrer, aux côtés de Botticelli et de Ghirlandaio, à la Sixtine; elle meurt, enfin, étouffée dans le triomphe de son plus glorieux, enfant. »

La mentalité et le goût locaux, d'autant plus épris de suavité dans l'art qu'on la rencontrait moins dans la vie, déterminent l'accent dominant de la peinture régionale : l'onction, la dévotion, manifestées en des images d'une grâce ornée et tendre, qui, le plus souvent, font songer à des miniatures de grand format. Toutefois, on se méprendrait en même temps sur l'un et sur les autres en concluant de la teneur la plus caractéristique de son art aux mœurs de la contrée: l'Ombrie, terre de contrastes, était familière avec les outrances de la force comme avec celles de la sainteté. Les artistes indigènes ne s'étaient point cloîtrés tous, non plus, dans la reproduction presque immuable d'œuvres de bénignité. Elle avait eu le rude Ottaviano Nelli, l'illustrateur sacré et profane du palais des Trinci, à Foligno; elle avait eu le fervent et pathétique Alunno ; avec Piero délia Francesca, Luca Signorclli, Melozzo da Forli et, avant eux, pourrions-nous ajouter, probablement, — si les fresques peintes par lui, en compagnie de Yittore Pisanello, à Venise et au Latran, subsistaient — avec Gentile da Fabriano, son génie s'exprime en des formes savantes et mâles. L'accentuation réaliste est si vive même, chez tel de ces maîtres, que l'on a attribué, longtemps, à l'un d'entre eux, Melozzo, des

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travaux effectués par Juste de Gand,ce Flamand, au séjour duquel à la cour d'Urbin, avapt 1475, les Ombriens durent, peut-être, certaines des habiletése et ds nuances exquises de leur riche palette. Les artistes que nous venons de nommer avaient émigré, il est vrai, déserté l'ambiance natale, un peu stagnante et où ne se faisait point sentir l'esprit de nouveauté et de critique féconde qui agissait ailleurs. D'autres, ambitieux, plutôt, de gloire domestique, si l'on peut dire, étaient restés. Une âme de foi quiète et puérile semble s'épancher sous le pinceau de ceux-là, refléter sa sérénité inviolée dans les lignes harmonieuses de leurs ouvrages, chanter avec les petits anges couronnés de roses qui font à leurs Vierges comme un nimbe de fleurs animées et candides. Enfance, tel est le mot qui vient aux lèvres devant ces imaginations, sorties, dirait-on, en un ruissellement de clartés innocentes, d'une pensée, du sourire d'une pensée qu'aucune expérience jamais n'a désenchantée. C'est sous cet aspect que se profilent dans le souvenir les vieux peintres de Pérouse, BoccatidaCamerino, Benedetto Buonfîgli, et aussi Fiorenzo di Lorenzo, l'énigmatique et, semble-t-il, aux trois quarts fabuleux Fiorenzo, le maître, l'élève ou l'imitateur, selon l'opinion que l'on choisit, du Pérugin et du Pinturicchio ! . . .

Fiorenzo, c'est entre 1463 et 1521, quelques dates documentaires, plus celle — 1487 — de sa seule œuvre authentique connue : la décoration ordonnée autour d'une niche de la sacristie de l'église de Saint-François, à Pérouse, représentant Sa int Pierre et Saint Paul et, au-dessus,

Cliché Alinari.

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