GLORIFICATION DE SAINT BERNARDIN DE SIENNE
(S. Maria in Aracœli, Rome.)
dans une lunette, la Vierge et V enfant, entre deux anges, d'allures péruginesques. Cela, qui n'est pas grand'chose, est tout ce que l'on sait de lui, si l'on ajoute que, de même que le Pinturicchio, par la suite, il fut inscrit — en 1463, à quel âge? — au collège des peintres de Pérouse et siégea — en 1472 — parmi les membres, les Décemvirs, de l'orageux gouvernement de la ville.
Prise de compassion pour ce dénué, la critique scientifique l'a recueilli comme un orphelin, et comblé de dons magnifiques et disparates. S'il ressuscitait, à la façon d'Épiménide, il éprouverait, sans doute, quelque ahurissement de se voir en possession, par la grâce de MM. Crowe et Cavalcaselle et consorts, d'une si grande gloire posthume ; mais il est à supposer que celle-ci ne l'éblouirait point assez pour l'empêcher de supplier ses « inventeurs » de n'en pas compromettre la solidité en lui attribuant, du même geste généreux, des œuvres dont la conception, comme la facture, démontrent, chez leurs auteurs, une trop évidente incompatibilité. Quelle ondoyante personnalité, en effet, et soumise à quels déconcertants avatars que celle qui se révélerait sous l'apparence des peintures, étiquetées au nom de Fiorenzo, à la Pinacothèque de Pérouse ! Comment reconnaître la même main et le même esprit en telle Adoration des mages, d'intonation florentine, élégante et fine, et la série de petits panneaux brillamment enluminés, sur la scène, plantée de décors architecturaux de style renaissant, desquels des personnages fluets et frisés, pleins de désinvolture et de morgue
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souriante, vont, viennent, discourent et gesticulent, sous prétexte de Miracles de saint Bernardinl La première de ces œuvres a été donnée, puis reprise, puis rendue — par certains — au Pérugin ; à propos de la seconde, on a parlé de Pisanello, de Mantegna, et elle fait, avant tout, songer aux panneaux, d'imagination analogue, attribués à fra Carnevale, au palais Barberini, à Rome. Au total, l'individualité de Fiorenzo apparaît d'autant plus nettement que l'on fréquente moins ses œuvres supposées! Celles-ci présentent maintes similitudes avec la manière du Pérugin ou avec celle du Pinturicchio : faut-il conclure de cette observation que ces artistes firent leur apprentissage chez Fiorenzo, lequel, cependant, a dû naître vers la même époque que le Pérugin et quelques années seulement avant Bernardino? Ou Fiorenzo, qui a vécu, d'ailleurs, jusqu'en 1521 au moins, a-t-il tout simplement emprunté à ses compatriotes, parvenus à la réputation, les éléments caractéristiques que l'on a signalés? Resterait encore, dernière conjecture, que telles des œuvres en litige appartinssent, soit au peintre du Cambio, soit à celui de la Libreria*, durant la période de leurs débuts, au sujet de laquelle nous sommes tout à fait privés de renseignements?
Le Pinturicchio a une trentaine d'années, en effet, lorsque, vers 1481, il sort, pour participer aux travaux de la chapelle Sixtine, de l'ombre de ses origines. Ajouteronsnous à cette ombre l'obscurité de Fiorenzo ; au doute qui plane sur l'œuvre de celui-ci l'ignorance où nous sommes des années de noviciat de celui-là?... Buonfigli, le bon
Cliché Alinari.