ORIGINES
MONUMENTS DU MOYEN AGE
en comtale, consacrée à la Vierge et portée au rang de cathédrale. Plus tard, à une période qui ne s’acheva que dans le premier quart du XIIIe siècle, le monument fut considérablement agrandi : les transepts furent modifiés, et, surtout, la nef fut prolongée vers l’occident. La non-
Pliot. Alinari.
Façade de la Cathédrale.
velle façade enfin fut commencée après 1204, à l’imitation de la façade du Dôme de Lucques, terminée vers cette époque. Mais les Pisans n’achevèrent la leur que dans la seconde moitié du XIIIe siècle, quand un certain Rainaldo, pharmacien de son état, était fabricien de l'Œuvre du Dôme dont le fameux Giovanni Pisano était, en 1268, l’architecte et le maître d’œuvre : Giovanni, d’ailleurs, aurait fini la façade dans le style où elle avait été commencée, et y aurait réutilisé des pierres et des
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sculptures plus anciennes ; son style pathétique n’est pas encore visible dans ce riche et harmonieux monument.
Dans l’histoire ainsi racontée, plusieurs points restent obscurs et contestables. Au contraire, les dernières modifications de l’édifice, aux XVIe et XVIIe siècles, ne soulèvent plus les mêmes problèmes : ce furent des décorations, des enrichissements de détail, et des restaurations (notamment après l’incendie de 1596) dans le goût de la Renaissance, et qui, du reste, ne gâtent pas l’impression générale de grandeur, d’équilibre et de religieuse gravité que donne le monument.
On voit que, selon cette seconde thèse, l’histoire du Dôme suivrait la fortune de la cité. Commencé après la victoire de Palerme, il aurait été achevé sous une première forme peu après la prise des Baléares sur les Infidèles (11 14-1116), un des faits d’armes les plus glorieux delà République. Le XIIe siècle tout entier affermit la puissance de Pise. En 1135, ses vaisseaux conquièrent Amalfi. Elle n’a plus qu’une rivale sur mer. Gênes, qui ne sera victorieuse qu’à la fin du xill6 siècle. Les Hohenstaufen protègent Pise, qui, jusqu’au triomphe de Florence, restera la ville gibeline par excellence. De Spezia jusqu’à Civita Vecchia, la côte subit sa domination, et elle exploite les carrières de marbre de Pietrasanta et de Carrare. Sans doute, des ennemies croissent derrière elle, Lucques et surtout Florence, qui cependant lui a donné son appui lors de la croisade des Baléares. Mais la fortune de Frédéric II favorise sa fortune. En 1260, alliée de Sienne, elle participe à la fameuse victoire de Montaperti qui met Florence si près de sa perte et ruine pour un temps les guelfes de Toscane : alors s’achève la belle façade de marbre du Dôme, sous la direction de Giovanni Pisano, qui, peu après, donne le plan des arcades blanches du Camposanto, juste avant que Gênes, alliée contre sa rivale aux guelfes toscans, n’anéantisse la flotte pisane à la Melloria, — désastre immense qui commença la décadence de la cité.
Même si l’on adopte cette thèse et si l'on admet qu’il a fallu deux siècles pour que le Dôme se terminât tel qu’à l’extérieur nous le voyons aujourd’hui, il fut, cependant et en tout cas, achevé avant que l’architecture gothique, importation française, n’eût complètement et victorieusement envahi la Toscane. De là, cette grande harmonie d’un monument qui est probablement l’ouvrage de deux siècles, mais des deux siècles où, dans l’Italie centrale, le style roman vit sa floraison la plus belle. Sans doute, dès 1227, les Cisterciens construisent en Toscane l’église de S. Galgano selon les principes déjà vigoureusement fixés de l'architecture gothique bourguignonne. Mais, à Pise et à Lucques, comme dans nombre de cités
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d’Italie, les traditions romanes résistent puissamment. A Pise, le même style avait imprimé sa marque, pendant les mêmes siècles de prospérité, sur la plupart des ég'lises, créant ainsi des modèles que les architectes suivaient d’instinct. Ainsi, S. Niccola, S. Michèle in Borgo stretto, S. Pie-
Phôt. Alinari.
Nef majeure de la cathédrale.
rino avaient été édifiés, au XIê siècle, dans un goût pareil à celui qui a inspiré les maîtres d’œuvre de la cathédrale, de S. Frediano ou de S. Cassiano. Lorsqu’au XIIIe siècle la façade de S. Michèle fut refaite, par fra Guglielmo, on y copia le plan de celle du Dôme. La façade de l’église S. Caterina, fondée en 1254. a été commencée selon les mêmes traditions ; seulement, comme elle ne fut terminée qu’en 1311, l’arc en tiers-point apparaît dans ses galeries supérieures, qui sont d’ailleurs conçues et super-
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posées comme les galeries romanes de la cathédrale. Bref, ce style pisan, formé d'éléments lombards et byzantins, et si résistant aux influences gothiques, demeura pendant toute la période d'hégémonie et de gloire de la cité, l'expression véritable, spontanée, nécessaire, de son goût architectural.
Le Dôme en est l’expression la plus complète, la plus parfaite aussi, et la plus majestueuse. Rien de plus simple que son plan : c'est une immense croix latine, divisée en cinq nefs de l’occident à l’orient, où une grande abside la termine ; deux absides plus petites ferment aussi les deux bras des transepts, divisés en trois nefs seulement. Les nefs latérales sont voûtées, mais le grand vaisseau central est couvert d une toiture posée sur une charpente que dissimule un splendide plafond à caissons rehaussés de dorure (et exécuté après l’incendie de 1596 par les Atticciati, décorateurs florentins). Les nefs sont séparées les unes des autres par de puissantes colonnes de granit rouge et de porphyre, les unes antiques, les autres provenant des carrières de l'île d’Elbe. Elles portent des arcs en plein cintre de marbre blanc et noir ; au-dessus des arcs bordant les nefs principales, court une élégante galerie dont les arcs sont soutenus alternativement par des colonnes et des piliers faits d’assises de marbres blancs et noirs. Cette multiplicité d’arcatures, reposant en majeure partie sur ces colonnes dont les fûts élancés portent sans fléchir le poids de tout l’édifice, permet au regard de voir se fondre sans se brouiller les perspectives des huit nefs : il en résulte une impression à la fois complexe et harmonieuse, à laquelle l’esprit est sensible même s’il ne l'analyse point. La beauté intime de l'intérieur est faite en grande partie de cette complexité apparente du monument, en réalité si clair et si logique.
Il y a plus de clarté encore à l’extérieur, mais ni moins de goût ni moins de bonheur dans le dessin, dans les proportions et dans la décoration de l’édifice. Le long des murs latéraux s’appliquent des arcs posant sur de fins et longs pilastres ; sous les arcs, des losanges ont été creusés dans le marbre, pour en égayer les assises : ce sont là des formes ornementales propres à l’architecture pisane, et dont elle a pu trouver les éléments dans des monuments byzantins. Autour de l’abside, plus élégante encore, régnent deux galeries superposées, jalonnées de colonnettes, comme dans beaucoup d'églises lombardes du xii° siècle : l’architecture lombarde a d'ailleurs, dès le Xe siècle, ébauché ce thème, dont elle a tiré ses plus beaux motifs dans les cathédrales de Modène (1099-1184), de Parme (1117-fin xn° siècle) et de Plaisance (1122-fin XIIe siècle), et dans l’abbave de Chiaravalle, près Milan, (1135-1221) ; à Rome aussi, dans la
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charmante abside de SS. Giovanni et Paolo, rebâtie en 1157, 011 retrouve une galerie semblable. Mais nulle part ce motif n'a été mieux traité que dans les églises de Pise et de Lucques ; aux absides de marbre des deux cathédrales, il donne une légèreté et une élégance lumineuses, en s’offrant aux jeux de soleil et d'ombre qui font vivre ces murailles, — dont les lignes nettes et fermes, sans ces sveltes arcades, paraîtraient peutêtre massives.
Nous avons dit qu'il restait plusieurs points obscurs dans l'histoire de la cathédrale. Ainsi, les critiques ne sont point d’accord sur la date où fut élevée la coupole elliptique qui couronne la croisée des nefs : a-t-elle été conçue par Buschetto, ou ne date-t-elle que des agrandissements du XIIIe siècle ? Sans vouloir trancher cette question, et bien qu’au premier moment on soit tenté d’admettre que'cet
ouvrage d'une exécu- phot. Aimari.
tion difficile ne remonte La tour penchée,
pas jusqu'au début du
XIIe siècle ou à la fin du XIe, reconnaissons que c’est la seule partie de l'édifice dont les lignes paraissent mesquines pour l’ensemble : si elle a été bâtie avant l'allongement du vaisseau central, ce défaut de proportion n'existait donc point tout d'abord. On n’a pas assez insisté jusqu'ici sur cet argument qui plaide en faveur de l’ancienneté de la coupole. En outre, on serait en droit d'alléguer que, dans ses barbares reliefs de bronze, Bonanno de Pise couronne ses architectures embryonnaires de
Le Baptistère.
incrustée dans la façade, un certain Rainaldo, prudens operator et ipse magister , aurait eu part à la construction : mais faut-il l’identifier avec le fabricien du nom de Rainaldo qui dirigea l’Œuvre du Dôme au temps où Giovanni Pisano en achevait la façade, et qui était un apothicaire fort étranger à l’architecture, ou faut-il au contraire l'en distinguer, dater la lettre de cette inscription du haut xii" siècle, et voir
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coupoles, et qu’on y pourrait voir, en plein XIIe siècle, un souvenir de la coupole du Dôme, aussi bien que de modèles byzantins.
Une grande obscurité règne aussi sur les maîtres d’œuvre qui ont pu travailler au Dôme après l’an 1 200. Selon une inscription actuellement
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dans le Rainaldo qui y est commémoré un successeur de Buschetto 1 ?
La seconde hypothèse, quoique certains savants ne l'acceptent point, me paraît — à la date près — la seule admissible. Rainaldo est un nom assez fréquent au moyen âge, pour qu’il ait pu être porté à moins d’un siècle de distance<par unjarchitecte et par un fabrieien de l’Œuvre du Dôme
Phot. Alinari.
Intérieur du Baptistère.
Le campanile de la cathédrale, isolé d’elle comme dans la plupart des églises de Toscane, est universellement célèbre sous le nom de tour penchée. Commencé en 1174, il n’a été terminé qu'en plein XIVe siècle. Bo-
1 L’inscription est formée par une incrustation élégante de marbres de couleur dans e marbre blanc, analogue aux incrustations ornementales de la partie inférieure de la façade. Elle attribue à Rainaldo cet opus exim iuin , — qui me paraît être cette décoration même faite d'incrustations polychromes, et non pas l'architecture de l'église. Rainaldo serait donc un intarsiatore en pierre, et non un maître d’œuvre.
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nanno, le vieux sculpteur à qui l’on doit les portes de bronze du transept méridional de la cathédrale et celles du Dôme de Palerme, a été le premier architecte de la tour, et son corps est inhumé dans les fondations mêmes. Le premier étage qu’il a terminé, est composé des mêmes éléments que la base de l’abside du Dôme ou que la façade de S. Frediano : c’est une muraille de marbre, circulaire, enfermée dans une ceinture de colonnes trapues portant des arcatures en plein cintre, et ornée de losanges.
Camposanto. Vue intérieure.
Pliot. Alinari.
On y retrouve donc le même* mélange d’influences lombardes~et byzantines que dans les autres monuments pisans de l’époque romane : par ses proportions, pures et robustes à la fois, ce morceau rappelle 'aussi d’assez près le style antique. Dans les autres étages, a été ingénieusement employé le beau motif pisan des galeries à colonnettes et à arcs cintrés, créé par l’architecte de l’abside du Dôme : il reste incertain s’il a été repris pour la façade avant de l’être pour le campanile. L’incertitude règne aussi sur la marche des travaux dans le cours du XIIIe siècle. On sait qu’ils furent repris vers 1234, et peut-être sous la direction d’un certain Guglielmo d’Innspruck, fort obscur d’ailleurs, puisqu’on ne sait s’il vivait au temps de Bonanno ou au temps de Nicolas de Pise. Giovanni
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Pisano s’en occupa, comme chef des travaux du Dôme. Le fils d’Andrea Pisano, Tommaso, l’acheva avant 1384. On attribue à un affaissement du sol, alors que le premier étage était seul terminé, l’inclinaison de la tour. Les proportions des étages supérieurs furent alors adroitement modifiées, pour rétablir un équilibre suffisant de l’édifice. Dans une fresque d’Antonio Veneziano, peinte en 1384, sur l’une des murailles du Camposanto, il apparaît terminé et penché, tel que nous le voyons aujourd’hui. On a souvent prétendu que cette inclinaison avait été voulue dès le principe,
Arcs intérieurs du Camposanto.
dans une intention esthétique ou allégorique : malgré l’ingéniosité dépensée par les partisans de cette thèse, elle reste difficile à défendre. Les fondations du campanile posent sur un sol humide : déjà, en 1298, nous le savons par un document précis, Giovanni y pratiquait des sondages, pour mesurer la résistance de ce terrain spongieux, — qui, de nos jours, cède encore. Enfin, il y a eu un affaissement analogue, quoique de moindre conséquence, dans la façade du Dôme : l’explication habituelle de l'inclinaison du campanile par un tassement du sol demeure la plus vraisemblable, sinon la seule possible.
Pise d’ailleurs possède une autre et très curieuse tour penchée : c’est le campanile de San Niccola, tant vanté par Vasari. La base ronde de
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ce clocher, polygonal vers le sommet, est soutenue par les murs de l'ancien couvent duquel dépendait l’église : un escalier à vis, bordé à l’intérieur de colonnettes de marbre a été disposé avec goût pour embellir l’intérieur; du départ de cet escalier, on se rend clairement compte de rinclinaison du campanile, causée par un mouvement du sol (ici, le phénomène a été observé avec certitude). Le campanile de San Niccola a d’ailleurs été achevé bien avant celui du Dôme : il est en effet du plus
Phot. Alinari
Notre-Dame de l’Epine.
pur st}de bénédictin, et l’on sait que l’ordre de Saint-Benoît céda le couvent et l’église aux Augustins entre 1293 et 1295. Il faut signaler en passant, et avant de retourner sur la place de la cathédrale, le cloître de San Niccola : ses arcades, aujourd’hui murées, enferment un petit jardin où quelques ceps de vigne et des citronniers croissent librement autour d’un puits à colonnettes. De ce parterre abandonné, on ne voit que des murs et le ciel, où se projette la cime penchée de la tour bénédictine : c’est un des coins les plus étrangement pittoresques de la ville.
Le Baptistère, dont la belle rotonde de marbre, couverte d’une coupole rouge, se dresse devant la cathédrale, est un des plus célèbres monuments
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de Pise. Édifié à partir de 1153 sur des plans de Diotisalvi, l’architecte de l’église hexagonale de San Sepolcro, citée plus haut, il fut terminé sous une première forme vers l’an 1200 ; on y travailla de nouveau entre 1250 et 1260 ; mais surtout, à partir de 1278, il fut remanié et embelli, comme en témoigne une inscription : anno Dni MCCLXXVIII aedificata fuit de novo. Niccola Pisano et son fils Giovanni ont certainement eu part à ces travaux de la seconde moitié du XIIIe siècle. La reconstruction com-
Phot. Alinari.
Palais Gambacorti.
mencée en 1 278, et interrompue sans doute par les revers de la république, en 1284, ne s’acheva qu’à la fin du XIVe siècle. Toutefois, les historiens du Baptistère ne s’accordent ni sur l’importance ni sur la nature de cette réédification. Mais, si l’on se dégage des raisonnements et des hypothèses accumulés par eux, et dont la complexité embrouille le problème, il reste ceci : dans ses éléments essentiels, le Baptistère est un édifice roman, tel que l'art pisan le pouvait concevoir et réaliser dans la seconde moitié du XIIe siècle. L’étage inférieur, avec sa muraille circulaire renforcée de beaux arcs portant sur des colonnes, et, à l’intérieur, son cercle de colonnes et de piliers reliés par une voûte de pierre à la
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muraille, s’apparente très intimement par sa structure à l'abside du Dôme : il semble donc impossible de ne pas y voir une œuvre du xn° siècle. Les travaux que 1 inscription date de 1278 ont dû consister en une restauration complète, à la suite de laquelle on suréleva et on enrichit les parties supérieures et on transforma la toiture, primitivement conique, en une vaste et puissante coupole. Les auteurs, il est vrai, n’admettent pas tous cette modification complète du couronnement de l’édifice: plusieurs rai-
sons, cependant, la rendent vraisemblable ; je n'en donnerai qu’une, qui s’ajoute à celles qu’on trouvera dans les divers volumes consacrés à l'art pisan : le plan primitif du Baptistère rappelle beaucoup celui des églises syriennes, que les Pisans ont connues après la première croisade ; Diotisalvi, architecte du Baptistère, les avait étudiées, puisqu'il a copié dans la petite église hexagonale San Sepolcro le Saint-Sépulcre de Jérusalem : or, la toiture conique de San Sepolcro rappelle le style des modèles syriens plus que la haute coupole du Baptistère, imitée des coupoles byzantines, mais construite avec une ampleur qui eût été une audace au XIIe siècle, tandis qu’au XIVe elle n’étonnait plus. Outre la coupole, il
Palais des Médicis (aujourd’hui Palais Schiff.)
Phot. Alinari.
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faut attribuer à la fin du XIIIe et au xiv° siècle la riche décoration extérieure des ouvertures, aux étages supérieurs de la rotonde 1 : les flèches et les pinacles à crochets, taillés dans le marbre, forment une parure toute g-othique appliquée sur des arcs encore romans ; des sculptures, dont nous reparlerons, décorent les arcs; dans le même siècle, une parure
Palais Agostini.
Phot. Alinari.
semblable fut entreprise au Dôme pour enrichir le tambour de la coupole : dans les deux monuments, ces deux styles ont été combinés avec goût.
Pise avait longtemps résisté aux influences de l'art ogival : au xiv° siècle toutefois, il n’était plus possible qu’elle s’y dérobât. Les modes
i. C’est en 1360 que l’achèvement de la décoration de marbre des fenêtres et des arcs est commandée à Cellino di Nese. Il y travailla avec Giannino di Tone et Domenico di Pasquino (Archivio di Stato di Firenze, ProtocoUo di ser Lupo detto Pupo, L, 384, ann. 1359-1363. Supino, Arte pisanci, p. 204.)
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gothiques transforment alors les grands monuments de la sculpture, chaires ou tombeaux. Si la plupart des églises pisanes y sont restées étrangères, ces modes s’imposent cependant aux architectes qui décorent les façades de S. Michèle et de S. Caterina, et aux franciscains qui rebâtissent dans leur style conventuel grandiose et froid, l’église San
Francesco, et y élèvent ces énormes arcatures en tiers point, dont les marbres blancs et noirs s’appuient sur des piliers polygonaux, composés d’assises de marbre de mêmes couleurs.
La plus célèbre église gothique de Pise est Notre-Dame de l’Epine, petit sanctuaire de marbre, noir et blanc comme les autres, et dont tous les voyageurs vont voir les murs évidés, les gâbles à crochets, les niches à colonnettes couronnées d’aiguilles et de statues, se mirer dans l’eau jaune de l’Arno. Ils ne doivent pas oublier cependant que l’actuelle S. Maria délia Spina n’est qu’une habile recons titution, datant de 1871 et due à l’architecte Vincenzo Micheli.
L’église avait remplacé vers 1 323-1 335 un ancien oratoire établi à l’entrée d’un pont. En 1871, elle menaçait ruine, et fut démolie, puis reconstruite à un niveau supérieur. La reconstitution a été aussi scrupuleuse que possible et l’architecte s’est servi de quelques-unes des vieilles pierres. La plupart des sculptures ont été aussi conservées, comme nous le verrons.
Quelle que soit l’élégance très ornée de ce gothique pisan, il ne vaut pas le style des XIIe et XIIIe siècles, tel que la cité l’a conçu et réalisé, lui donnant sa marque propre. Du gothique, les monuments de Pise n’ont pris que certaines parures très chargées et non pas l’esprit organique, tandis qu’on n’admirera jamais assez la forte harmonie et la sobre beauté
Phot. Alinari.
Palais Scorzi (Borgo largo).
RIGINES. — MONUMENTS D U MOYEN AGE
ornementale de ces chefs-d'œuvre de l’art roman, qui sont la cathédrale, le campanile et le baptistère.
L’architecture civile du moyen âge eut à Pise moins d'originalité que l'architecture religieuse. On a même montré que le système de construction des anciennes maisons romaines s’y retrouvait, avec quelques perfectionnements, sans doute, mais dans tous ses éléments essentiels. Dans les vieilles rues, subsistent des tours et d’anciens palais déchus dont le pittoresque touche l’imagination : l’art proprement dit y a moins de part. Le palais des D’Appiano qui dominèrent à Pise de 1392 à 1398 demeure l’un des plus beaux du XIVe siècle ; au xvi° siècle, il appartint aux Médicis, et est connu aujourd'hui sous le nom de palais Schiff (restauré en 1879). On y remarque, outre une belle tour quadrangulaire, un double étage de fenêtres gothiques à arcs ternés ou géminés, inscrit dans de longues arcatures aveugles en tiers point, à remplages de briques. Ces fenêtres du XIVe siècle, dont les colonnettes portent des arcs tréflés, se retrouvent dans le beau palais Scorzi (Borgo Largo) , dont l’avant-corps repose sur une voûte soutenue par des colonnes, et dans le palais Gambacorti (aujourd’hui palais communal) qui dresse sur la rive gauche, devant le fleuve, sa façade blanche et noire, dont le sommet a été défiguré. En face, sur l'autre rive, un palais de brique rouge du xve siècle, mais encore gothique, d'ailleurs déshonoré par le cinématographe qui s’3^ est installé, le palais Agostini, montre encore des fenêtres du même genre: elles rappellent l’art vénitien plus que l’art toscan. Du reste, si cette ornementation étrangère a embelli ces palais, la plupart gardaient une apparence plus nue et plus sévère. Très peu sont antérieurs au XIV siècle, c’est-à-dire à une époque où la république déclinante était déchirée par les dissensions qui préparaient son asservissement à Florence (1405) .
Pliot. Alinari.
Sarcophage antique, avec l’histoire de Phèdre et d’Hippolyte. (Tombeau de Béatrix, comtesse de Toscane (Camposanto.)