GENTIL-BERNARD
... Et, comme mon oncle finissait de s'habiller et de réparer, comme il le disait avec une pointe de mélancolie ironique, « ce vieux monument >>, lorsqu'il eut fièrement retroussé au fer sa moustache grisonnante et prolongé par derrièreuneraiequidevaitrendre moins apparente la petite tonsure au sommet du crâne, je lui dis toute coup, en jetant le journal où je venaisde lire le compte rendu de Gentil-Bernard :
— Dites donc, mon oncle, vous avez dfi connaître Déjazet?
— Mais oui, beaucoup. D'abord, elle a encore reparu en 1875, au Vaudeville, dans Monsieur Garât et la Douairière de Biionne, mais mes souvenirs les plus vifs datent de
186G, époque à laquelle elle jouait précisé- ►^ment à son théâtre ce Gentil-Bernard que Tient de reprendre si crânement iVIarguerite Cfgalde. Elle avait alors soixante-neuf ans bien sonnés, étant née le 30 août 1797. Mais qui s'en doutait? Elle eût pu lutter avec Ninon de Lenclos disant à l'abbé Gédoyn un fringant prestolet tombé à ses genoux.
« Mais, monsieur, j'ai quatre-vingts ansi» Vois-tu, mon ami, aux hommes de ma génération, elle représentait un tas de ■choses fmies, disparues, toute une époque .que nous regrettions d'instinct, avec la vague sensation qu'on devait y vivre plus calme et plus heureux qu'aujourd'hui. Au milieu de noire monde transformé par tant de bouleversements successifs, elle donnait l'im-