LÉGITIMITÉ DE CONCLURE A L’EXTRÊME RARETÉ DU VRAI
PLACENTA PR(CEVIA.
Peut-être, en lisant ce que nous venons d’écrire dans les chapitres précédents, nous objectera-t-on de vouloir supprimer de la pathologie obstétricale les cas d'insertion vicieuse du placenta centre pour centre, ou même seulement sur le col. Là n’a pas été notre but, nous avons cherché seulement à montrer que par le seul fait de la tension exagérée des membranes, et leur résistance plus grande qu’à l'habitude, comme cela se voit dans les cas d'insertion basse où les membranes vonten s’épaississant à mesure qu’on se rapproche du bord placentaire, d’où résulte une traction sur le placenta, nous avons voulu montrer, disons-nous, nous appuyant sur la clinique, qu’un placenta, inséré primitivement sur le segment inférieur, pouvait être amené secondairement, par glissement le long de la paroi utérine, sur l’orifice interne.
Ce qui découle naturellement de notre étude c’est
qu'il est très difficile de poser un diagnostic ferme et à
Re put
Vabri de toute critique, de placenta prœvia. Dans beaueoup de cas diagnostiqués placenta prœvia, dans les dermierstemps de la grossesse, après une ou plusieurs hémorrhagies, ou pendant le travail, au moment de l’intervention obstétricale, l’examen antérieur n'ayant pas été pratiqué, il y a eu probablement ou il a pu y avoir primitivement insertion seulement basse, transformée peu à peu, par tension des membranes, en présentation centre pour centre, autrement dit il s’est formé secondairement et d’une façon accidentelle un placenta prœvia. Car même dans les cas où le doigt, introduit dans le col à la fin de la grossesse ou pendant 1: travail, tombe sur des cotylédons, même nettement reconnaissables, il ne faut pas s’empresser de conclure à un placenta prœvia, car on est souvent susceptible de commettre une erreur. Pour conclure sûrement à un placenta prœvia il faudrait trouver ces cotylédons adhérents.
Nos observations (chapitre I) prouvent ce que nous avançons. En effet, dans le fait que nous avons eu sous les yeux à la Maternité, nous avions affirmé l’existence du placenta prœvia, et nous étions, à notre avis, en droit de le faire, il a fallu que l’autopsie vienne nous montrer : notre erreur. Dans Le cas du professeur Guillemet la même erreur se fût imposée s’il était arrivé au moment du travail, mais il a pu suivre du doigt le placenta glissant peu à peu sur le col.
Notre opinion est encore étayée par les statistiques des classiques et des maîtres de l’obstétricie. D’après Ribemont, pour citer un classique, on observerait la variété
d'insertion vicieuse dans laquelle le placenta serait entie-
rement ou en très grande partie situé eu avant du fœtus une fois sur seize insertions vicieuses. Or comme les inser-
tions vicieuses ne sont pas très fréquentes, on voit que
le placenta prœvia est très rare.
Le professeur Pinard, sur 6960 accouchements à Lariboisière, nota 26 insertions vicieuses du placenta ayant 1 donné lieu à des hémorrhagies. Dans ces 26 cas l’insertion était marginale. Sans nier l'insertion centre pour centre il conclut qu’elle doit être très rare. Voici du reste ses propres paroles: « Je dois avouer que je n’ai pas « encore rencontré un seul cas d'insertion dite centrale « ou complète. Pendant mon internat à la Maternité, pen- « dant mon clinicat, dans ma clientèle de vitle, depuis que « je dirige le service d’accouchements de Lar ibo isièr « je n'ai jamais vu que des insertions marginales. Plu- « sieurs fois, il est vrai, on me dit que l'insertion était « centrale, mais un examen plus complet me permit de « reconnaître qu'à côté des cotylédons, qui paraissaient « être au centre de l’orifice, se trouvaient des membra- « nes.
« Donc sans vouloir nier en aucune façon l'existence de « l’insertion dite centre pour centre, je la crois excessi- « vement rare puisqu'en ne prenant que les chiffres four- « nis par la statistique de Lariboisière, depuis que je « dirige le service, on trouve sur 6960 accouchements, « 26 insertions vicieuses du placenta, ayant donné lieu à « des hémorrhagies. Et dans ces 26 cas, l'insertion était « marginale ». (Annales de gynécologie, mai 1886).
Depuis lors, nous dit M. Jouve dans sa thèse inauqu-
rale (Thèse de Paris, mai 1892) cette statistique s’est
pre accrue, et elle apportait, en 1890, 52 imsertions vicieuses avec hémorrhagies, sans plus d'insertion centrale que si elle n'existait pas.
Ce ne sont pas les seuls enseignements que l’on puisse tirer de la théorie du décollement du placenta par üraillements des membranes, et de celle du glissement placentaire qui n’en est que le complément, onest conduit directement au traitement logique des accidents liés aux inser-
tions basses.
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