Pescatore. Miscellen. Heft. 2, n° X
86 VIE DE PLAGENTIN
Quel que soit Je sens de l'épigramme qui avait irrité Henricus de Baila, il est difficile d'y voir une injure assez grave pour être la seule cause d'une haine mortelle. Du reste, dans l'état d'indépendance et même d'hostilité des villes d'Itahe entre elles, un homme puissant à Bologne n'avait aucun pouvoir dans la ville voisine. Il est impossible d'admettre que la seule crainte de son adversaire ait forcé Placentin à s'expatrier.
Rapproché des événements politiques, son exil et le choix de Montpellier se comprennent au contraire fort bien. Jusqu'au traité de Constance, les villes ennemies de l'Empereur étaient périodiquement assiégées et détruites. Ces troubles perpétuels ne pouvaient guère convenir à un enseignement régulier. Dans les villes où dominait le parti gibelin, le professeur trouvait bien vite des concurrents, tels qu'Henricus de Baila à Bologne? qui pouvaient le contraindre à l'exil. Pour enseigner, Placentin était obligé de sortir de l'Empire. Or Montpellier était la ville la plus proche d'Italie, puisque dans le royaume d'Arles (1), il était encore. dans un centre de luttes, où ses adversaires politiques pouvaient l'atteindre. Montpellier venait d'accueillir le pape Alexandre III avec enthousiasme, se montrant franchement hostile aux tentatives de Barberousse; il se trouvait dans un milieu favorable à son enseignement.
Le retour de Placentin en Italie doit se placer après la défaite de Frédéric à Legnano, en 1183. Tous les événements de sa vie concordant avec cette hypothèse, il faut voir dans une cause politique, les motifs du séjour de Placentin à Montpellier.
1. Sur la situation pohtique du royaume d'Arles à cetle époque. V. Paul Fournier, Le royaume d'Arles.