‹ Placentin, sa vie, ses œuvresChapitre 71 sur 95 · T V SUMMA INSTITUTIONS · texte numérisé non relu

T V SUMMA INSTITUTIONS

Ce caractère est encore très sensible dans la Summa Institutiowum de Placenlin. Les noiions générales sur le droit et la juslice, les principales définitions juridiques sont analysées et discutées dans tous leurs éléments. Le titre 1 du livre I est un vrai modèle d'exposé purement théorique, où la dialectique du Moyen- Age peut s'exercer librement sur les textes romains pour en préciser le sens.« Jus », « lex »et « justicia » sont les trois termes qu'il s'agit de définir et de comparer (1). Dans la terminologie juridique le mot « jus » varie très souvent d'acception. Pris dans son sens le plus large « ars boni et aequi », il est à la loi comme l'argument à l'argumentation : « Jus et lex ita se habent ut argumentum et argumentatio. » Le droit est un élément de la raison « ratio. » L'équité et la justice différent en ce que la première est une qualité des actions humaines, la seconde une qualité de l'esprit humain (2). Placentin précise l'idée de jurisprudence ; elle est la science de la justice. Sur la justitia, il cite les définitions de Platon etde Gicéron avant celle de Justinien (3).

1. i Videamus itaque quid sitjus, qua3 sint precepta juris, quid sit lex, et quid sit ratio, quid sit equitas, quid sit justitia et unde dicatur justitia. »

2. « Dicitur œquitas quasi asqualitas et vertilur in rébus, id est in dictis et factis hominum. Justitia autem quieseit |n mentibus justorum. Inde estquod si proprie velimus loqui, dîcimus juditium aequum, non justum et hominem justum non a'(;mim ; abuteni.es tamen bis appellationibus, dicimus judicem œquiun et juditium justum. »

3. « Justitia est secundum Platonem virtus, quasplurimumprodest hiis, qui minimum possunt, nempe in personis miserabilibus et tenuioribus evidentius clarescit justitia. Vel, ut Tullius ait, justitia est babitus aninii, communi utilitate serrata, suam cuiqne tribuens dignitatem, id est, id quod dignus est, coronam : si bene meruerit, paenam si peccaverit. »

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Cette dernière est la meilleure en ce qu'elle est donnée per causam et effectum ; elle rend compte de la nature de ia justice. Le jurisconsulte interprète alors chacun des éléments de la définition d'après ses idées personnelles et celles de ses prédécesseurs (1). Les mots « constans ac perpétua » se laissent notamment comprendre en plusieurs sens. Il termine en affirmant la perpétuité de la notion de justice. « Illud quoque notandumest, meo judicio, non esseomittendumjustitiam dici constantem et perpetuam non ad differentiam, sed adlaudem iustitiae, et ad removendam quorumdam pravam suspicionem, damnantium justitiam ob ib quod quia eum quem hodie justitia foveat, cras succumbet.

1. «Justitia est voluntas etc., id esthabitus mentis voluntate nitens, ut sit diffinitio data per causam et effectum. Voluntas, id est, voluntarium bonum ; nihU enim potest dici bonum vel malum proprie nisiintercedente voluntate. Toile voluntatem,omne actus indiiferens est, quippe affectio tua nomen operi tuo imponit. Et alibi, crimen non contrahitur nisi voluntas nocendi intercédât et alibi, voluntas et propositum distingunt maleflcium, ergo et factum bonum. Vel, ut aliidicunt, justitia est voluntas constansac perpétua, id est, voluntas est virtus. Vel, sicut ego puto, et proprie omnis justitia est voluntas, etomnis voluntas talis est justitia. Et quia posset esse et inconstans voluntas, ad differentiam additur constans, id est, immutabilis,vel facithominem constantem, et quia posset esse constans et temporanealis, additur perpétua... Ergo et omnis justitia estvoluntaset omnis voluntas talis convertibiliter est justitia. Nam cum omnis voluntas talis est virtus, hoc quod negari non potest, constatque quia non est fortitudo, temperantia, prudentia, relinquitur ut sit justitia. Opponitur : omnis voluntas variabilis est, et justitia est voluntas, ergo justitia res variabjiis est. Non sequitur, nam et haec statua est ses, omne ses est creatura dei ; non tamen haec statua est creatura dei. Item opponitur, quia de justitia suum prselium, suumjus emphyteotium cui co:i:'ertut\ ergo non iuumju>cuique ex ea tribuitur : imo cum justitia quid cuique alunit, illi jus suum tribuit ; jus inquam, id est, justitia? vel meritissibiquod fleri secundum justitiam >.

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Sed et certe et vinum ab aliis sumitur ad sobrietatem ab aliis bibitur ad confusionera ; alios lsetificat, alios contristat, nec est culpa vini sed est bibentis culpa. » L'étude logique des définitions de l'esclavage et de la liberté est encore particulièrement développée. Les termes des Instituts si clairs en apparence ne sont pas sans reproche au point de vue rationnel. La libertas et la servitus, division capitale de l'état des personnes, sont définies l'une dans le droit naturel, l'autre dans le droit des gens, de telle sorte qu'aucune opposition n'existe entre les deux notions. Puisque la liberté est un jus naturale et que jure naturali, tous les hommes sont libres, certains dialecticiens du Moyen-Age en concluent non sans logique que l'esclave est libre. Placentin s'efforce de repousser leur argumentation (1).

1. — (Plac. Sum. Inst. I, 3) < Libertas est facultés naturalis, id est licentia vel potestas a natura homini tributa, ejus quod cuique facere libet, nisi prohibeatur vi vel jure. Sicut enim duplex est libertas sive facilitas et de jure et de facto, ita talis libertas dupliciterrestringitur, et contrario facto, ut siquis velit ire inhibeatur, et contrario jure, ut si velit illicite nubere, repellatur. Ergoilla verba « nisi quid etc. » non suntde diffinitione sed de libertatis determinatione. Insurgit ergo oppositio : ergo omnis servus et liber est et libertatem habet. Inquiunt quidam ; omnes bomines babent libertatem licet debilitatam vel velatam liberta tem, sed non ejus libertatis utilitatem. Difflnitur enim eo jure libertas quo prodita est, ut unde ejus substantia pendeat, inde ejus diffinitio sumatur at que trahatur ; si ergo, dicunt illi, ista diffinitio competit servis, non est absurdum, qui servi naturali jure sunt liberi ; hoc ego non probo. Sunt alii qui dicunt quod illa verba : ex qua etiam liberi vocantur, sunt de diffinitione ut in servis diffinitio non possit competere ; nec hec ego probo. Sit ergo diffinitio libertatis : libertas est naturalis facultas faciendi quod libet nisi quod proliibitur, id est, non probibita vel impedila, vel vi, id est jure gentium est in captis, vel jure civili, ut in sevenum

Cet examen critique des définitions revient très souvent dans tout le cours de l'ouvrage (1).

Toutes les Sommes aux Instituts affectent ce caractère d'oeuvres essentiellement théoriques. Celle de Placentin est remarquable par la disparité de ses divers éléments. Certaines matières sont développées outre mesure, alors que d'autres paraissent sacrifiées; quelques titres se bornent à des notions générales, d'autres négligent les premiers principes pour entrer dès l'abord dans une énumération de détails ou une controverse. Ce manque d'harmonie s'explique aisément par l'historique de la confection de l'œuvre. Pour certaines parties, la Summa Institutionum est un complément aux travaux antérieurs de Placentin. Il est alors superflu de revenir sur les éléments déjà exposés, l'auteur croit plus utile de réparer, dans son nouvel ouvrage, les anciennes omissions, d'y insérer les controverses récemment élaborées. Pour tout ce qui correspond à la première partie de la Summa Codicls, que Placentin n'a pas encore écrite, il doit user d'un procédé inverse, commencer par les notions les plus simples et les plus

dari possit, sicque sit diffinitio talis : Iibertas est naturalis facilitas faciendi quod libet non prohibita jure gentium Tel civile et competit autem liberis >.

1. Ou peut citer entre autres la définition de la bonorum possessio (Liv. III, tit. 8). « Insurgit oppositio : si bonorum possessio est jus persequendi, ergo bonorum possessio est actio ? Respondeo : non sequitur, boc enim dictum estimo figurative, boc est, bonorum possessio est jus quoddam prœtorium, quo jure impetrato, postea nobis incipit competere jus persequendi, ergo actum id est licet non direct a utilis tamen hereditatis petitio. Nam et alias jus, quo imploratur et impetratur damni infepti cautio, vocatur stipulatio, non quia sit stipulatio sed quia eo jure extorquetur stipulatio ut D. de oblig. 1. actionis. »

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générales, et promulguer ses théories personnelles les plus importantes.

On y trouve notamment exposée pour la première fois, la fameuse théorie sur l'usufruit et ses rapports avec la notion de propriété (1). Les glossateurs distinguent deux usufruits. L'un est celui du propriétaire qui jouit de sa chose. Il émane du droit de propriété, il naît ex causa proprietatis, il s'appelle usufructus causalis. Cet usufruit est un état de fait; la loi n'en délimite pas la portée. Le droit de jouissance que le propriétaire confère à autrui est une création de la loi, qui en a réglementé la naissance et les effets qui lui a donné une forme. Tel est l'usufructus formalis. Placentin ne fait pas cette distinction; pour lui, le dominium est composé de deux éléments, la nuda proprietas et l'usufructus. Il peut être démembré et dans ce cas, les droits de l'usufruitier et du nu-propriétaire réunis équivalent au droit complet de propriété : « pars dominii, id est species; ut dominium sit quoddam totum continens sub se proprietatem nudam et usumfructum » (2). Les glossateurs ont repoussé cette con-

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