‹ Plaidoyers dans la cause des écoles du Manitoba [microforme]Chapitre 23 sur 81 · PRE ET AT · texte numérisé non relu

PRE ET AT

sas FM

Lg LE

droits égaux à tous les habitants de la province, opérant par là une réforme que tout homme sensé dans le Manitoba devra accueillir favorablement, Je ne veux pas donner à entendre par une seule de mes paroles que je préconise l'abolition du système des écoles séparées. Dans le moment, je ne suis pas prêt à émettre une opinion quelconque sur cette question, ni je n'ai l'intention de discuter le fait de savoir si, en principe, 1l est sage ou non pour l'État d'accorder de l'aide à des écoles appartenant à une dénomination religieuse quelconque. Qu'il me suflise de signaler l'injustice qui existe sous le régime des lois en vigueur, dans le but de donner au peuple les raisons pour lesquelles on changera bientôt la loi concernant la conduite des établissements d'éducation dans le pays. Tout le département sera placé sous la direction d'un ministre de la couronne responsable et des règlements semblables au sujet de la compétence des instituteurs, et en ce qui concerne les inspecteurs, les écoles normales, etc. seront adoptés tant pour les écoles séparées que pour les écoles protestantes, Ce mode nous fera économiser quelques milliers de piastres, ce qui contribuera à réduire les taxes prélevées par le peuple du Manitoba.”

Je crois avoir prouvé ma prétention, savoir que mon savant ami a été le premier à parler de la suppression des écoles séparées,

Hon, M, Dazy.—Vous n'avez pas lu ce que M, Smart a dit à Clearwater.

M. Ewarr.—Je vais lire ce que M, Smart a dit à Clearwater antérieurement au discours prononcé à Portage-la-Prairie par mon savant ami :—

“ L'anomalie qui existait dans le système des écoles séparées fut indiquée, ainsi que l’intention du gouvernement d'examiner de nouveau toute la question de l’instruction, Le double système devra être aboli, Les deux surintendants, les deux bureaux de syndics et les deux classes d’inspecteurs devront disparaître, et on nommera un ministre de l'instruction (un ministre actuel prenant le portefeuille) qui dirigera le département de l'instruction et qui sera responsuble au peuple, L: changement permettra aux ministres d'augmenter considérablement les subventions destinées aux écoles, et les contribuables y trouveront leur avantage,”

Ainsi, il n’a parlé que d’un simple changement dans la direction et le contrôle des écoles. Le premier mot concernant la suppression des écoles séparées a été pr'ononcé pur mon savant ami à Portage-la-Prairie.

Mon savant ami dit que les actes relatifs aux écoles ont été adoptés par une grande majorité des membres de la législature élus en 1888, II a raison, mais il oublie la manière dont cette majorité ministérielle a été obtenue, Elle « été obtenue au moyen de promesses—si je peux parler de ce qui est connu, et de ce qui est prouvé par les déclarations faites sous serment qui ont été retirées—cette majorité, dis-je, a été obtenue au moyen de promesses faites aux catholiques romains lors de cette élection. Mon savart ami dit qu'après l'adoption de ces actes une autre élection a eu lieu, et il prétend, et il veut me faire admettre qre la principale question soumise aux électeurs était celle des écoles, et il ajoute que le résultat d’un appel au peuple sur cette question débattue à fond a été une majorité en faveur du gouvernement,

M. MoCarray.—En faveur de l’Acte concernant les écoles publiques,

M. Ewarr.—#Æh bien, c'est en faveur du gouvernement. Presque immédiatement après cela il a lu la déclaration publiée par les conservateurs comme étant leur programme dans cette même élection démontrant, ainsi qu'il le dit, que les conservateurs étaient en faveur de l’abolition des écoles séparées. Jamais, je crois, un politique n’a entendu dire une chose semblable avant ce jour—-les deux parties étaient du même côté, tous deux en faveur de l'abolition des écoles séparées et cependant c'était la grande question que le peuple avait à décider. Bien entendu, mon savant ami a employé ces deux faits pour une fin différente, Mais ils s’annihilent mutuellement, De fait mon savant ami a tort de dire que c'était la grande question à décider dans cette élection, car il n’en était pas ainsi. La question des écoles était à peine discutée, d'après ce que j'en sais, saaf dans les paroisses françaises, et là, bien entendu, tout le monde était du même avis. Cette question n'était pas à débattre durant l'élection, car elle étaic soumise aux tribunaux et les catholiques n'avaient pus cru opportun d'en appeler aux électeurs à cette époque. Mon savant ami a lu ce programme des conservateurs dans le but de contredire ce que j'ai dit en prétendant que je représentais réellement l'opinion arrêtée des conservateurs sur ce sujet. Je n'ai

* um ?

+ nm ?

SgÉeratnr«

pas eu l'intention de dire, et je n'ai pas dit, qu’à cette époque les conservateurs pensuient comme nous sur cette question, Ce que j'ai dit c'est que les conservateurs sont maintenant rangés de notre côté, et que depuis la décision du Conseil Privé ils avaient compris ce qu'il y avait de mieux à faire et qu'ils étuient prêts à suivre ses injonetions et à se conformer aux recommandations de Leurs Seigneuries, les Lords du Conseil Privé, Et mon savant ami m'en a fourni la preuve un peu plus turd, bien que pour une fin différonte, Il a parlé de la résolution présentée par M. Fisher et appuyée par l'opposition en entier, Voici la conclusion de lu résolution de M, Fisher : —

“ En prenant en considération l'opinion exprimée par le Conseil Privé que toute cause de plainte légitime serait enlevée si l’on apportait à la loi actuelle des moditications redressant les griefs dont se plaignent les catholiques et qui font la base de cet appel, sans pour cela abroger la présente loi, cette Chambre consent à s'enquérir des dits griefs, en vue d'y apporter remède, tout en maintenant autant que possible les principes de la présente loi des écoles duns leur applicution générale.”

J'ai dit que chaque conservateur daus la Chambre a voté en faveur de cette résolution, et ce n’est pas en contradiction de ce que j'ai dit en prétendant que j'exprimais l'opinion arrêtée des conservateurs aux fins d'établir ce qui était le programme conservateur dans des circonstances entièrement différentes, Et non seulement les conservateurs ont voté en faveur de cette résolution, muis M, Fisher, qui est un franc libéral, a voté dans le même sens, et je crois que bon nombre ue libéraux en dehors de la Chambre sont du même uvis sur cette question,

Ensuite mon savant ami a prétendu que le Conseil, avant d'intervenir, doit dire que les écoles séparées sont meilleures que les écoles publiques. Or je prétends que ce Conseil peut dire une infinité de choses sans dire cela, Je peux en indiquer sept, et nul doute que j'en ai oublié, Le Conseil peut dire, en premier lieu, qu'il est préférable que le peuple s'occupe lui-même des questions de religion, En deuxième lieu, que l’ancienne loi a été observée durant vingt années sans un mot de désapprobation et sans que le peuple sût qu'il existait des griefs, tandis que depuis ce temps il n'y a eu que confusion et agitation. Ce Conseil peut dire, en troisième lieu, que les écoles séparées ont été accordées lors de l'Union, et M. Greonwuy pourrait être étonné de voir qu’on respecte un engagement solennel, En quatrième lieu, ce Conseil peut dire que le parlement a déclaré qu'il désirait les écoles séparées, que dans le cas du Nouveau-Brunswick le parlement s'est prononcé en faveur des écoles séparées, et, pour soumettre cette question au parlement, ce Conseil doit adopter un arrêté à cette fin. En cinquième lieu, il peut dire que la politique du parlement a été indiquée pur sa conduite à l'égard des territoires du Nord-Ouest, qui se trouvent à peu près dans les mêmes conditions que le Manitoba, Le parlement a établi les £coles séparées dans les territoires du Nord-Ouest, et, par une forte majorité, il a refusé de changer ce système, En sixième lieu, dans toutes les autres parties du Canada, sauf peut-être dans la Colombie anglaise, il y a des écoles séparées qui existent en vertu de la loi ou de consentement général, En septième lieu, le Conseil peut dire que le gouvernement du Manitoba a lui-même rétabli les écoles séparées up"ès un essai qui a duré quatre ans, et que la seule objection à ce qu’elles soient sanctionnées par la loi est qu'il n'aime pas à être contraint de rendre justice. À ce sujet, je citerai un extrait du discours prononcé avant-hier par mon savant ami, et je crois que c'est la déclaration la plus importante, ou, du moins, la seconde en importance qui a été faite au cours de ce débat, peut-être durant toute cette controverse, la seule dont l'importance peut être comparée à celle de son admission que nous avions des griefs, et qu'il y avait ici pouvoir d'y remédier, mais que deux et deux ne faisaient pas quatre. Voici les paroles prononcées par M. McCarthy et rapportées à la page 30 des délibérations à la séance du deuxième jour :—

On nous dit que dans les provinces qui sont libres, et c’est le meilleur argument

que nous pouvons présenter, la majorité est tellement tolérante, tellement disposée à

reconnaître des droits qui ne peuvent être réclamés légalement, que pour me servir

du langage de mon savant ami, nous fermons les yeux sur les infractions à la loi des

écoles publiques au point qu’il existe pour ainsi dire un système d'écoles séparées. Et

cela se fait de bonne volonté. Mais il y a une grande différence entre forcer les gens

de faire une chose et les laisser libres d'agir à leur guise. C’est un argument puissant en faveur du fait de laisser le peuple du Manitoba travailler seul à son salut sans intervention.”

Or que donne à entendre mon savant ami,— que le système des écoles séparées est 2 épréhensible ? Pas du tout, mais qu’il est bon, Et la majorité est tellement tolérante que les catholiques peuvent avoir un système d'écoles séparées s'ils veulent bien avoir la bonté de les accepter comme un cadeau et non comme un droit garanti par la loi. C’est là toute la question, ‘Ils consenvent à fermer les yeux sur les infractions à la loi des écoles publiques.” Ces messieurs disent: Ayons une loi qui décrète telle chose et laissons subsister des irrégularités dans les écoles, et c’est très bien, Permettons que la religion catholique y soit enseignée et que l'instruction s'y donnesous uue direction religieuse, et c’est parfait: mais la loi doit être de telle façon bien que l'usage suivi y soit le contraire, Je ne pense pas que nous yons tort dedire que nous n'aimons pas une loi qui ne s'accorde pas avec l’usage suivi, Si nous pouvions être certains que l'usage serait continué tel que nous le voulons, nous n'aurions rien à objecter, Mais avec un gouvernement comme celui que nous avons aujourd’hui ou que nous pourrons avoir de temps à autre, nous ne sommes pas convaincus que cette tolérance continuera surtout quand c’est dans le but de nous amener à adopter les écoles publiques. Mais en fermant les yeux ou en tolérant ils ont laissé exister les écoles séparées, seulement elles doivent être désignées comme étant des écoles publiques,

Sir CHARLES HigBErT Tupper.—Et vous craignez, je suppose, que cette tolé- ‘ance n'existe pas toujours.

M. Ewarr.—Vous avez raison, c’est ce que nous craignons,.

Mon savant ami a voulu donner une définition des écoles nationales, et je crois qu’il n’a pas réussi, Il a prétendu que les écoles nationules sont celles qui sont commures à tous les habitants et qui peuvent leur être imposées, Il croit qu'il peut y avoir des écoles appartenant à une dénomination religieuse queiconque aussi longtemps qu'un seul système existe, mais il ne doit y avoir qu'un système, autrement les écoles ne seraient pas nationales, A cette définition ;’oppose celle-ci :— Les écoles nationales sont celles qui sont dirigées par la nation; et, j'ajouterai, pour être vraiment nationales elles doivent servir à la nation et non à un parti, Or, je dis que la définition donnée par mon savant ami erronée parce qu’elle implique la nécessité que pour être nationales les écoles doivent être imposées à tous sans distinction, Assurément il peut y avoir des écoles nationales sans que nous ayons unedisposition coercitive. De plus,je prétends qu'il fait erreur en disant qu'il ne doit y avoir qu'un seul système pour tous. En Angleterre nous avons les écoles séparées et les écoles publiques et il faut qu'elles soient ouvertes à tous. Cependant, mon savant ami ne veut pas admettre que ces écoles sont des écoles nationales. À l’appui de ma définition, je dirai que les écoles nationales sont celles qui sont dirigées par la nation de même que les écoles religieuses sont celles qui sont gouvernées par l'Eglise ou les dénominations religieuses, Les écoles nationales sont celles qui sont dirigées par la nation de même que nos chemins de fer nationaux sont possédés et contrôlés par le gouvernement, Ilnes'en suit pas que toutes les écoles doivent être soumises à un seul système; il n'est pas nécessaire que toutes soient semblables, Je ne pense pas qu'il soit indispensables pour avoir un système de chemins de fer nationaux que la voie soit uniforme. Nous pouvons avoir un costume national tout en employant des étoffes différentes, Supposons que nous ayons des écoles ‘:ationales où l’on enseigne ia religion protestante quand elles sont dans un district protestant, et la religion catholique si elies sont dans un district catholique, mais que toutes ces écoles sont dirigées, contrôlées et inspectées par la nation, le fait que des exercices religieux différents y ont lieu seraitil cause vue ces écoles ne seraient pas nationales ? Pour être nativnales elles doivent servir à instruire la nation, Quelles écoles avons-nous au Manitoba? Elles sont nationales parce qu’elles sont gouvernées par la loi, par le parlement, mais elles ne sont pas nationales dans le sen: qu'elles instruisent la nation, De fait elles privent d'instruction une grande partie de la nation parce que ce sont des écoles qu’une urande partie de la nation ne peut pas fréquenter, Je préteuds que les écoles qi existent aujourd'hui dans la province d’Ontario sous le nom d'écoles séparées sont des écoles nationales. On les appelle écoles séparées pour les distinguer, Ainsi

un mew € Y cr

1h LE à

on trouve dans une gare de chemin de fer, différentes salles d'attente, une pour ies femmes, une pour les hommes. Cependant ce sont des salles publiques. Ainsi dans Ontario certaines écoles sont destinées aux protestants et d’autres aux catholiques, mais toutes sont des écoles nationales, chacune contrôlée par le gouvernement et étant utile à une grande partie du public.

Maintenant, quelques mots au sujet du cas du Nouveau-Lbrunswick, Mon savant ami vous a fait l'historique des différentes divisions de cette question, Quels sont les résultats tels que proclamés par la Conféaération du Canada? Un des résultats est que les actes scolaires du Nouveau-Brunswick étaient injustes, et que Île peuple avait un grief. On peut raisonnablement en venir à cette conclusion d’après les différentes résolutions, Une autre conséquence c’est que ces actes auraient dû être désavoués, car la résolution de M. Costigan, adoptée en 1873, le déclarait, En troisième lieu, nous voyons pourquoi le gouvernement fédéral n’est pas intervenu dans ce cas, savoir, parce qu'il n'avait pas juridiction, autrement il aurait agi, M. Mackenzie, le chef du gouvernement après 1873, l’a dit dans un des extraits cités par mon savant ami, En quatrième lieu, nous voyons qu'on a prié Sa Majesté la Reine d'employer son autorité pour faire remédier à l'injustice commise à l'égard des catho: liques romains du Nouveau-Brunswick. Le cinquième fait reconnu c est que tout en sachant qu'il y avait une injustice, le parlement n’a pas voulu faire plus que de demander à Sa Majesté d'employer son influence, mais il ne lui a pas demandé un remède radical tel qu'un amendement à la constitution du Canada, Or, ces résultats me paraissent très importants et avoir une conséquence différente de celle que leur a donnée mon savant ami, Il a conclu des faits concernant le cas du Nouveau-Brunswick que le parlement n'avait pas voulu intervenir, que la politique du parlement était de ne jamais intervenir dans les matières d'éducation, Je vous ai indiqué les conclusions qu'il faut tirer après avoir examiné avec soin cette question des écoles du Nouveau-Brunswick.

Puis, mon savant ami prétend que les catholiques romains sont peu nombreux au Manitoba, qu’il n'y en a que dix ou quinze mille, et que conséquemment le dommage n'est pas grand. C’est justement l'embarras. Si nous comptions quelques-uns de plus nous ne serions pas en présence de cette difficulté, Lorsque M. Martin a présenté pour la première fois ses lois scolaires à la législature il ne s'agissait que d'écoles purement laïques. Les protestants s’unirent immédiatement, conduits par leurs pasteurs—ce qui est très bien pour eux mais très mal pour les catholiques—et ils exercèrent une si forte pression que M. Martin fut obligé de modifier sa loi et de la rendre conforme à leurs idées sur les écoles. Mais les catholiques n'étaient pas assez puissants pour agir ainsi, et ainsi ils durent souffrir, Je ne sais pas s’il est plus honorable—mon savant ami dirait plus digne, je suppose—de commettre une injustice envers des hommes dont le nombre n'est pas considérable, Nous avons clairement devant nous le fait que le gouvernement n’a pas fait ce qu'il désirait parce qu’il en a été empêché par ceux qui étaient puissants, mais à l'égard des faibles le gouvernement a fait ce qu'il a voulu, Mon savent ami dit—ou plutôt il croit, d’après ce que nous pouvons juger par ses paroles rapportées à la page 30 et que j'ai citées— qu'il n'en résultera pas un tort grave, parce qu’on est si tolérant qu'on “ fermera les yeux sur les infractions à la loi,” et ainsi il existera en réalité un système d'écoles séparées.

La nature a doué mon savant ami de qualités éminentes; permettez-moi de lui demander de songer aux fins néfastes auxquelles il a consacré son immense talent, Qu'il se souvienne que sans lui les protestants ‘“‘endormis ” de la province de Québec n'auraient jamais cru qu’ils avaient été lésés ét insultés par l'adoption de la loi concernant les biens des Jésuites; et les malheureux sentiments d'animosité soulevés par son agitation n'auraient jamais existé.

Qu'il se souvienne que sans lui les protestants du Manitoba n'auraient jamais su qu'ils avaient un grief dans la question des écoles catholiques; que sans lui l’entente et le respect qui, avant 1890, existaient entre les protestants et les catholiques, entre les presbytériens et les jésuites n'auraient jamais subi aucune altération, et que cette harmonie et cette coopération entre les divers corps religieux, choses d’un si grand avantage non seulement pour l'éducation, mais pour la religion elle-même, n'auraient jamais été détruites comme je le crains qu'elles ne l'aient été.

Dee pes

nee No ir

RE ares EEE

Page 1