‹ Plaidoyers dans la cause des écoles du Manitoba [microforme]Chapitre 29 sur 81 · PIÈCE C · texte numérisé non relu

PIÈCE C

Daxs l'affaire de l’apnel de la minorité catholique romaine des sujets de la Reine dans la province du Munitoba à Son Excellence le Gouverneur général en conseil, de deux certains Actes de la Législature de la dite province, étant les chapitres 37 et 38 de 53 Victoria, intitulés: “ Acte concernant le Département d’Education ” et ‘“ Acte concernant les écoles publiques.”

Je, James Fisher, de la cité de Winnipeg, dans la province du Manitoba, avocat, fais serment et dis :—

1. J'ai pris une part active dans la discussion des affaires publiques dans cette province pendant au delà dix années passées, et suis familier avec la marche de Ja politique provinciale depuis l’année mil huit cent quatre vingt-trois,

2. Le présent gouvernement provincial, dont le chef est M. Thomas Greenway, prit charge dans le mois de janvier mil huit cent quatre-vingt-huit, Pendant plusieurs années avant ce temps et jusqu’à vers décembre mil huit cent quatre-vingt-sept feu M. John Norquay avait été ie chef du gouvernement. Il se retira alors et fut succédé par le Dr D. H. Harrison, qui avait été un des collègues de M. Norquay et du même parti politique que Jui, et qui avait été en charge seulement pendant quelques semaines, quand il a résigné, et M. Greenway devint premier.

3. Entre les années mil Fuit cent quatre-vingt-trois et la fin de l'année mil huit cent quatre-vingt-sept une opposition active avait été offerte à l’admiristration de M, Norquay. Ceita opposition fut principalement maintenue par une organisation des libéraux de la province. Cette organisation fut d’abord particulièrement active dans la cité de Winnipeg, où une association libérale fut formée en mil huit cent quatre-vingt-quatre ; plus tard de semblables organisations furent formées dans toute la province, et définitivement une organisation provinciale,

4, J'ai été pencant un nombre d'années le président de l'association à Winnipeg, ainsi que de l’organisation provinciale, et j'étais, lorsque le changement du gouvernement a eu lieu en mil huit cent quatre-vingt-huit, le président de l'association provinciale,

5, Entre autres choses l’administration Norquay était accusée de gaspillage de deniers publics par le gouvernement au sujet des impressions publiques dans la jangue française et aussi que M, Norquay avait manqué d'amener devant la législature

un projet raisonnable pour la redistribution des sièges dans la Chambre, les libéraux prétendant que dans les anciens établissements du long de la rivière Rouge et de la basse Assiniboine la population était plus fortement représentée qu'elle devrait l'être, laissant la partie ouest et celle nouvellement établie de la province sans représentation suffisante.

6. Parmi les districts électoraux le lonx de la rivière Rouge et de la basse Assiniboïne déjà mentionnés, il y avait six municipalités dont on parlait ordinairement comme des municipalités françaises, et qu'on admettait comme telles, c'est-àdire dans lesquelles la population parlant le françuis avait une grande majorité des votes, et le fuit que le parti libéral insistait sur une redistribution des sièges joint à leurs attaques sur les dépenses pour impressions en français fit que les libéraux furent accusés d'antipathie politique envers la population catholique romaine et française dont la grande majorité par toute la province supportait le régime Norquay.

7. A l'élection généraie de mil huit cent quatre-vingt-six, des six districts électoraux français, ciq élurent des partisans de M, Norquay (trois entre eux étant élus par acclam: tic 2) et M. À. F,. Martin, un libéral fut élu pour repré<enter le sixième.

8. Un des districts qui alors élut un partisan de M. Norquay par acclamation fut Saint-François-Xavier, qui élut M. Joseph Burke, La majorité des électeurs dans ce district était de langue française et catholique comme les chefs libéraux dans tous les eas l'ont us is, et ils contrôlaient ni plus ni moins le siège.

9, Quand le D' Harrison forma son gouvernement le dit Joseph Burke accepta la charge de Secrétaire Provincial dans l'administration.

10, Le parti libéral était dans le temps certain que le gouvernement Norquay avait été considérablement affaibli comme résultat de l'agitation des quelqnes années passées, La majorité de M. Norquay dans la législature fut petite; on pensa qu’un ou deux de +es partisans dans là Chambre étaient prêts à retirer leur fidélité quant une occasion convenable si préenterait, et c'était l'opinion géuérale parmi les libéraux que la retraite de M. Norquay avait été amenée et le D° Harrison mis à sa place dans le but de renforcer le parti conservateur, et quand le changement eut lieu les cabaleurs les plus actifs de l’organisation libérale jugèrent essentiel de faire un suprême effort pour renverser la nouvelle administration avant qu’elle ne se mît franchement à l'œuvre,

11. L'occasion que les libéraux désirait sembla se présenter quand M. Burke se présenta pour ré-élection en acceptant un portefeuille, Il fut reconnu qu'il était Fous plusieurs rapports singulièrement fort dans son district, Il était marchand

résidant dans le voisinage, et un catholique romain ; et la langue française comme nous l’avons compris, était sa langue maternelle. Les électeurs de langue française dans le district avaient tous été pratiquement des partisans du parti conservateur, et il était tout à fuit impossible de remporter l'élection sans recevoir une partie considérable de ce vote.

12. En même temps certaines raisons avaient affaibli le parti conservateur dans le district, et après mûre recherche et considération on arriva à la conclusion qu'il: avait une assez bonne chance d’élire un candidat libéral si le préiudice qu'on sentait exister purmi la population de langue française et les catholiques romains contre les libéraux pour les raisons déjà mentionnées pouvait être évité,

13. Finalement M. F, H, Francis, un marchand de langue anglaise résidant dans où près du district, et un protestant entra dans la lutte comme candidat libéral,

14, La question de placer un candidat en campagne fut considérée et les arrangements pour la campagne furent dirigés à Winnipeg, et j'étais présent à plusieurs des assemblées qui furent tenues pour les dites fins, et j'étais familier avec les diverses considérations qui nous guidaient dans nos conclusions et qui nous décipèrent à supporter M. Francis,

15. Je me rappelle que M. Francis s’est exprimé fortement durant la campagne sur la question de l'attitude des libéraux envers la population de langue française, et sur la question d'intervenir dans le privilège spécial réclamé par cette population à l'égard de l'usage de la langue française et des écoles. Il nous donna à entendre, et nous étions parfaitement convaineus, qu'il était inutile de contester le siège à moins que nous pussions convaincre les électeurs que les libéraux n’attaqueraient pas ces

privilèges, de la population française et catholique dans le cas où ils viendraient au pouvoir. Il était bien entendu que ceci exprimait l'attitude réelle du parti sur ces questions et je fus informé que M. Francis était spécialement autorisé par les chefs libéraux à rendre un témoignage à cet effet,

16. Pendant les progrès de la lutte, les organisateurs libéraux de Winnipeg apprirent qu'un appel était fait aux électeurs du district afin de vaincre M, Francis vu la peur qu'ils avaient que les libéraux intervinssent dans les privilèges ci-haut mentionnés et on pressentait que cette question devait être promptement réglée,

17. A ce temps-là les représentants libéraux les plus en vue dans la législature étaient M. Thomas Greenway, qui plus tard devint premier ministre, et M. Joseph Martin qui devint Procureur général sous son administration, et, sans aucun doute, ils étaient les chefs reconnus du parti, M. Greenway étant le leader de la Chambre, M. Martin était à ce temps-là résidant à Winnipeg, et M. Greenway aussi était en ville pendant la lutte et tous deux prirent un intérêt très actir,. M, Greenway se chargea surtout de cette partie de la lutte qui eut lieu dans la ville, et M. A.T, Martin, ci-haut mentionné, de voir et d'organiser les travaux du district et plus particulièrement parmi la population de langue française.

18. Sur la demande de M. Joseph Martin j'assistai avec lui à une assemblée qui eut lieu à la bâtisse de l’école catholique romaine à Saint-François-Xavier, le soir avant l'élection. L'objet que nous avions en vue en assistant à cette assemblée était de faire face à cette accusation relativement à l’attitnde des libéraux vis-à-vis des privilèges spéciaux de la population canadienne et catholique romaine.

19. Il était alors bien connu des chefs libéraux de Winnipeg, qui, eux-mêmes, étaient intéressés dans la lutte, que M. Joseph Martin avait assisté à une assemblée, tenue quelques soirs auparavant dans une autre partie du district, que M. Norquay avait répété cette accusation en termes très énergiques, devant cette assemblée, et que M. Martin avait effectivement répondu à l’accusation en niant absolument que telle était ou serait l’attitude des libéraux, et qu’il avait franchement exposé la politique libérale aux électeurs comme étant entièrement opposée à aucune telle intervention, telle que suggérée.

20, A l'assemblée à Saint François-Xavier, où M, Martin et moi avons assisté, la grande majorité des électeurs présents étaient, et je n’en doute pas, de langue française et catholiques romaine, M. Burke était présent et adressa l’assemblée, et d’après ma mémoire il parla avant M. Martin; dans tous les cas, les mêmes accusations furent faites par nos adversaires contre le parti libéral, et les mêmes arguments contre leur candidat sur le même terrain, M. Martin alors adressa fortement l'assemblée, pendant laquelle il caractérisa ces allégations quant à l'attitude ces libéraux comme étant nullement fondées; il déclara de la manière la plus emphatique que les libéraux n'avaient aucunement l’idée d'intervenir dans ces institutions, et fit une déclaration positive que s'ils arrivaient au pouvoir ils ne le feraient pas. Il fit remarquer ma présence comme président de l’organisation libérale pour la province, et dit que si nécessaire je corroborerais ce qu’il disait à ce sujet. Je ne fus pas, d’après mes souvenirs, appelé à parler, ni ai-je fait aucune déclaration, “ + J'aurais certainement confirmé ses énoncés s’il y avait eu occasion de le faire, et sans aucun doute les énoncés de M. Martin sur laquestion et les promesses qu’il fit étaient en accord avec ce qui avait été dit à Winnipeg à l’assemblée se rapportant à la lutte, et notre but en assistant à l’assemblée était de faire un rapport de cette nature en vue de satisfaire les électeurs canadiens et catholiques romains. +

21. Il n’y eut jamais de doute parmi les chefs libéraux, et il n’y a, je crois, aucun doute du fait que la défaite de M. Burke provoqua la résignation de l’administration Harrison et l’arrivée au pouvoir des libéraux. Je sais que les libéraux qui organisèrent la campagne, pressentaient que C'était une lutte qui devait décider quel parti devait, pour quelque temps, garder le pouvoir.

Nous avons tous cru que si M. Burke était élu et M. Harrison était | capable de continuer la session qui venait d'être commencée, bientôt son pouvoir deviendrait grand, et je n'ai aucun doute que n’eft été le résultat de l'élection les conservateurs auraient encore été au pouvoir dans la province, Il était aussi universellement admis duns le temps, et il ne peut y avoir un doute du fait, que la dite élection n'aurait été remportée par les libéraux sans un nombre considérable de

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voteurs français et catholiques romains, et la déclaration de la politique libérale fut faite, et les garanties des actions futures du parti furent données afin de se pro- . curer ce vote.

Asse”menté devant moi, à Winnipeg, dans la

province du Manitoba, ce 19e jour de JAMES FISHER,

février A.D, 1895,

A. N. McPnERsow, Commissaire, etc.

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