‹ Plaidoyers de Ch. Lachaud (volume 2)Chapitre 17 sur 20 · II · texte numérisé non relu

II

Oui, ainsi que je vous le disais tout à l'heure, les déclarations de Troppmann ont pour point d'appui des déclarations de témoins.

N'oubliez pas, Messieurs, les dépositions que vous avez entendues. Des témoins ont vu les complices.

Un enfant de quatorze ans,Frémion, a été questionné avec soin, et pressé de questions il a persisté dans ses déclarations. 13e deux choses l'une, ou il ment ou il dit la vérité ; et, s'il n'est pas le plus indigne des témoins que nous avons entendus, il a vu les complices. Quant à moi, j'ai de fortes raisons pour le croire. S'il était un jeune garçon perdu, perverti, sur la moralité duquel on n'eût aucune confiance, je comprendrais les soupçons. Je me suis renseigné moi-même à ce sujet. Il est rangé, honnête et d'une parfaite sincérité, et Ton doit se rappeler que ce n'est que sur les instances de son patron qu'il a donné tous les détails de cette soirée. Je sais bien que son oncle a émis quelques doutes sur le témoignage de son neveu, mais il ne le connaît que depuis peu de temps ; car ce jeune enfant n'est à Paris que depuis quelques mois. Il n'y a qu'un point sur lequel ce témoin a été contredit, c'est sur le temps qu'il faisait ce soir-là; à ce sujet je remercie M. le Procureur général de n'avoir pas suspecté ma bonne foi à propos de mon allégation d'hier. Je profiterai de l'occasion pour souhaiter, en passant, que notre fabricant de calendriers les fasse plus exacts.

L'excursion du jeune Frémion avec le militaire n'a rien que de naturel; ils se sont égarés, et ils ont coupé à travers champs: c'est alors qu'ils ont vu ce qu'il a raconté avec tant de précision et de détails.

Un homme portant une blouse blanche creusait la fosse. Deux autres hommes étaient à côté de lui. Le militaire s'approche, il veut voir et il dit à l'enfant, qui reste en arrière : « Mais viens donc, un homme en vaut bien un autre. » Alors l'enfant s'approcha el il vit ce (]u'û a raconte. Il dit aussi : « Ces deux

hommes sont restés avee celui qui creusait la fosse. »

Tout à l'heure, j'ai raisonnt' sur l'impossibilité matél'ielle de l'exécution du crime f)ar un seul à cause de l'exiguité du temps écoulé; à présent, c'est un témoin qui a vu ; cela me domie une certitude.

Troppmaiiu est assassin, mais il l'est avec trois autres.

Le jeune Frémion n'est pas le seul témoin qui ait parlé des complices.

Le garçon de l'hiUel où l'accusé avait sa chambre a déclaré qu'il avait vu Troppmann entrer précipitamment le matin dans le bureau de l'hôtel et prendre ses ('lefs. H était accompagné, dit-il, d'un jeune homme, et ils sont re[)artis tout de suite, en courant.

Vous n'avez pas oublié non plus. Messieurs, la déposition particulièrement intéressante de madame Bruiiel, la marchande de vin du boulevard Magenta. Ne vous a-t-elle pas dit que le 20 septembre deux individus de ligures suspectes étaient entrés chez elle et lui avaient demandé un litre d'eau- de-vie, que le plus grand lui a donné en payement une pièce de 20 francs ; elle n'avait pas de monnaie, et elle a envoyé changer cette pièce. Pendant ce temps, a-t-elle ajouté, je les ai examinés : le plusjeune, qui paraissait frissonner, s'est assis dans un coin, l'autre s'est placé devant une glace et a rajusté sa toilette ; il avait de grosses mains d'ouvrier et j'ai rc marqué qu'elles étaient sales. Puis elle a ajouté (}ue, lors de sa première confrontation avec Troppmann, elle l'a reconnu, mais que la seconde fois elle a hésité.

Vous avez entendu aussi le nommé Bouciuet, son garçon de cave ; lui, il est aflirmatif.

Après avoir confirmé tous les détails donnés par sa maîtresse il a ajouté : C'est moi, qui suis allé changer la pièce d'or donnée par les individus, et je reconnais Troppmann comme étant l'un d'eux. Vous vous rappelez, Messieurs, que sur la demande d'un juré, le témoin à été rappelé : vnus vous rappelez aussi qu'alors

:]08 PLAIDOYERS DE M' LACIIAUD.

iJ a (lo nouveau affirmé f[u'il reconnaissait 'linppmann.

Si nous suivons Trop))mcinn au Havre, nous constatons que, là encore, il est vu avec un individu. Je ne parle pas, en ce moment, de llonssin qui, lui aussi, avail remarqué Troppmann dans la compagnie d'un jeunf homme en blouse bleue et en casquette cirée; il voulut Jes aborder, mais ïroppmaun lui dit: « Laissez-nous. »

Ce même jeune homme avait été remarqué avec Troppmann au cabaret le jour de son arrestation.

Le coureur de l'hôtel de Ne \v -York au Havre n'at-il pas vu, lui aussi, Troppmann avec un homme inconnu, étranger au pays ?

Ma tâche est ingrate ; mais je vous jure que cet homme n'est pas le seul assassin, et je veux que la vérité se fasse jour et que les ct)mp]ices soient retrouvés.

J'aborde maintenant un autre ordre de considérations. Troppmann a conmiis seul tous ces crimes ; vous le voulez; vous l'affirmez. Mais encore faut-il savoir comment il a conçu toutes ces horreurs; comment elles ont traversé son cerveau?

S'il faut en croire le ministère public, l'accusé a ccuTibiné la spoliation de cette famille et sa disparition actuelle. Il s'était dit, avant de commencer l'exécution de.sesproj(3ls, tout ce (|u"il ferait pour y arriver ; (pi'il tuerait huit personnes et qu'il creuserait leur fosse à la porte d'une grande capitale! S'il a médité et fait cela, eh bien ! c'est un fou î Oh ! pour l'honneur del'humanit»' ne dites pas le contraire et ne laissez pas croire qu'un homme, qui a pu concevoir et exécuter de pareilles abominations, soit dou(' de sa raison; dites que c'est un enfant perdu, malade, frappé' par Dieu.

Ah! je touclie ici. je le sais bien, aux délicatesses les plus grandes de la cause et j'entends déjà tout ce qu'on pourra me n';pondre : je vois tous les sourires que ma parole feraéclore ; mais les réponses et les sourires, je les accepte et, quand je défends la vie d'im homme,

AI-l'AIIU'; TUolMWlA.NN. :t(H»

je ne clioi'i'hc mes inspiralions (|ii(' dans m.i ((HisciciKM'.

L'accusf' a dix-ncuran^, et il.uirail fait huil cadavres, cl la plaint' d<' Tanlin aiiiail été peuplée par liw scid? X(»n,celan"t'sl pas [tossible. S'ileiK'dail ainsi, C(( serait un IVui, un lou eiiniincl. S'il a {\()^ complices, s'il a, associe ses mauvais instincts aux mauvais instincts des autres scélérats, c'est possible; ils se sont soutenus les uns les autres. Mais s'il est seul, on ne peut le considérer comme un ctrc humain.- car il y a (puîhpic chose (pii mancpie tians Tctre moral.

Troppuiann n'a jamais eu d'enl'anee, jamais de jeunt'ss(\ On se rappelle la fixité de ses idées; le [)ropos i|u'il tenait à l'un de ses camarades n'est-il pas significatif? A dix-sept ou dix-huit ans il est obsédé par des idées fixes', il a lu un livre qui l'a exalté et qui a perdu sa raison chancelante. 11 a lu le Juif-Errant, un roman d'Hlugène Sue. Ce livre est sa lecture favorite, ordinaire ; on y voit que la fortune de Rennepont, 212 millions, est convoitée par Rodin, qui pour s'en emparer fera disparaître la famille entière! Six pcîrsonnes meurent 'd'une mort violente! voilà les livres de ses jours et de ses nuits. Son cerveau est atteint par ses lectures, il devient malade, et Troppmann dit à un camarade : « Quand on lit beaucoup de romans, on s'endort avec; « quand on n'en lit qu'un seul on en rêve, on a une idée « fixe. » L'idée fixe chez Troppmann est devenue l'idée horrible, le massacre de huit personnes. Les hommes de science pourront vous le dire, vous avez devant vous un être particulier; voyez-le; étudiez-le; détournez vos yeux des victimes et jugez l'accusé. Voyez-le bizarre jusque dans sa structure ; voyez ses bras; voyez ses mains; quelqu'un, hier, me disait: voyez-le, voyez son attitude, il y a du fauve dans cet homme. Eh bien! si vous avez affaire à une bête féroce, il faut la museler et non la tuer (1) !

(1) A ce mot, qiielquos murmure? ?o font entendre dans l'auditoire.

310 ]>LAinOYh:HS [)\i M'' LACIIACL).

C'est ma conscience, qui parle, et quand j'ai l'honneur d'accomplir un devoir, je plains ceux qui ne comprennent pas le respect qu'on doit à mon ministère.

Oui, cette idée fixe n'est-elle pas la folie, la folie criminelle? Je suis convaincu que Troppmann a des complices, je reconnais que, pour la part qu'il a prise dans ces crimes, l'accusé est un grand coupable. Mais cette culpabilité doit-elle faire obstacle à la constatation de l'état de son esprit?

Tenez, Messieurs, voici une brochure, faite par un homme d'un grand talent, M. Amédée Bertrand; elle n'a pas encore été publiée, elle ne le sera qu'après la fin de ces débats. Ce docteur ne craint pas de dire que Troppmann est fou et qu'au moment où il a commis l'assassinat de la famille Kinck il a cédé aux impulsions de la monomanie raisonnante. Cet état de l'esprit est parfaitement connu et dans beaucoup de pays les criminels, atteints de cette sorte de folie toute particulière, sont traités et soignés loin des fous ordinaires.

En Angleterre, dans les maisons d'aliénés, il y a le quartier des fous criminels. Je pourrais vous citer beaucoup d'exemples de criminels reconnus atteints de cette folie du crime et qui ont été enfermés dans ce quartier spécial des maisons d'aliénés. Je n'en veux rapporter que trois. Ce furent trois régicides que l'on considéra comme des fous criminels. Il ne faut pas croire qu'un fou atteint d'une idée Hxe ne raisonne pas; que, quand il a accompli un certain acte, (^riminel si vous le voulez, les circonstances, qui ont précédé ou suivi ce crime, ne soient pas en concordance parfaite. Ce serait une grave erreur.

Si vous ne craignez pas d'admettre que Troppmann a été seul pour accomplir ces crimes, demandez-vous bien, Messieurs les jurés, avant de prononcer votre verdict, quelle part de responsabilité peut incomber à raccu«jé?Demandcz-v(^us «i sa responsabilité est entière

U'KAIMK TU(»IM'M\\\. :H I

el si vouï^ vitiilc/. allor jusiin'où lo miiiish'i'c |)ii|)lic \n\\< invite d'aller?

N'attendez j)as de moi une llniorie sur la peine de mort. La sociétt' a le droit de se défendre, mais elle n'a pas le drt)it de se venger. D(''jà de grands peuples ont supprimé les exéentions publi([ues; ils ne font plus les exécutions que dans l'intérieur d'une prison, dans l'ombre el loin des regards de tous.

A une autre ('poque, au moyen âge, il en (Hait tout autrement; on faisait une véritable solennité d'une exécution capitale ; on organisait des processions, on ne pouvait jamais la rendre assez publique! Hé bien! ne peut-on pas dire qu'aujourd'hui cette peine est déjà condamnée dans l'opinion publique, puisque l'on n'ose plus lui donner de publicité, f^a peine de mort est dans la loi, cela est vrai, mais tout le monde espère qu'elle en sortira.

En ce moment même le Sénat délibère sur une pétition faite contre les exécutions publiques. Cette pétition est de M. Lucas, membre de l'Institut et inspecteur général des prisons. Laissez-moi vous lire quelques passages du remarquable rapport qui a été fait sur cette pétition, il y a deux jours, par M. de Mentque. En l'écoutant vous ferez aussi cette remarque, c'est que le rapporteur dit que l'abolition de la peine de mort n'est pas repoussée, mais seulement ajournée.

Voici les passages importants de ce rapport : " Messieurs les sénateurs, si la question redoutable « de l'abolition de la peine de mort doit donner lieu « encore aux divergences d'opinions les plus graves et « les plus respectables, si l'horreur inspirée par d'ef- « froyables crimes, dont le temps actuel est encore le (' témoin, paralyse fatalement les aspirations de la phi- « lanthropie, et si un principe, à bon droit supérieur à « toutes les théories, celui qui a pour but de sauve- « garder la sécurité générale, doit faire ajourner en- « core dans notre pays l'abolition de la peine de mort.

M2 PLAIDOYERS HE M' LACllAUl).

« ce grand desideratum de l'avenir, déjà réalisé cepenu dant dans plusieurs Etats, sans que jusqu'à ce jour « cette épreuve hardie paraisse avoir donné lieu à de « funestes conséquences ; si une prudence nécessaire « exige que l'on attende de l'adoucissement successif « des mœurs, parla diflusion des sentiments religieux i' et moraux, la possibilité d'eiïacer de nos lois, sans « péril pour la société, la peine de mort en matière « criminelle, comme elle est déjà abolie au grand hon- « neur de notre pays en matière politique, ali! que du « moins le spectacle sanglant du dernier supplice ne " soit plus donné aux populations ! Il répugne profon- « dément à la civilisation contemporaine ; on a voulu (( répandre ainsi une terreur qu'un croyait salutaire; « mais n'est-ce pas plutôt une cunosité malsaine, déu pravee, de la vue du sang versé qui inspire la foule? « On a cru arrêter sur la pente du crime les hommes « d'une nature perverse; c'est une erreur manifeste ; « permettez-moi de vous lire quelques lignes seulece ment, extraites des annales judiciaires, vous en ju- « gérez.

« Verdure va voir son propre père monter sur « l'échafaud où l'avait conduit une longue suite de (( crimes. En revenant de l'exécution il entre dans un « cabaret où l'attendaient plusieurs de ses complices de « vols et leur fait voir une bourse qu'il avait soustraite (( à un assistant, à un curieux, pendant que le bourreau « accomplissait sa sinistre besogne. »

Le rapporteur termine ainsi son rapport ; « Par toute tes ces considérations, mais sans vouloir dissimuler (( au Sénat que, sur la question (pii s'agite, il s'est i)r()- (( nonce il y a quelques années par l'ordre du jour, la « commission a l'honneur de vous proposer aujour- « d'hui, après les réformes introduites depuis lors dans (( les législations étrangères et l'expérience qu'on a pu « déjà en recueillir, de renvoyer la présente pétition à « M. le (iarde des sceaux, ministre de la justice et des

vn-MUK Tiutn'MWN. :n;;

■- ('iilli'>, jMnir (iiM'Ilr ^nil >;<»iimi->t' à uni' t'Indc; appi'n- " londio. »

M. le Coinmissaii'i' du f^oiivonicmtiiil ic'pond au rapporteur et dit : « ïl y a une double mauière d'envisafçer <^ la pcliliou. (^.cux ([ui partagent les convictions de (( l'honorable M. Lucas, pensant (pie la peine de mort •< est un acte illcgiliuie de la société et qui doit bientôt « disparaiire. doivent l'accueillir comme un pas fail t< sur le chemin qui coudiiil à l'abolition de cette " pj'ine, etc., etc. »

Ce n'est })as pour éviter luie condamnation à mort que je cite ces passages, car je l'ai dit, Troppmann ne craint pas la mort. Ce matin il m'écrivait un billet que l'ai là, et dans le([uel il me disait : « Si je suis con- ^« damné à mort, je chercherai à gagner du temps pai^ ^' un pourvoi en cassation, non pas dans l'espérance .< de me sauver, mais pour gagner du temps et faire " retn^uver mes comi)lices. »

Cet homme mort, comment trouvere/-vous les autres coupables? vous désarmez la société.

Oh ! je comprends ce que l'on pourra dire : Il a commis huit assassinats et il ne peut pas échapper au châtiment suprême! Une conscience honnête, irréprochable, peut s'impressionner à ce point de la vue du sang, qu'elle ne voie plus que la vengeance. Messieurs, ce ne sont pas là les consciences des juges. Les juges. après avoir contemplé les victimes, savent se détourner vers l'accusé et lui dire froidement : Qui es-tu? d'où viens-tu ? Pourquoi es-tu aussi pervers ? Dieu t'a-t-il donné une force morale égale à celle des autres hommes? [^'éducation est-elle venue sur toi ? Ou bien as-tu été livr(^ sans défense à tes sombres entraînements ? Messieurs, quand vous aurez fait cet examen à l'égard de Troppmann, vous déciderez.

Vous avez, Messieurs, une grande mission à remplir; jamais vous n'en aurez une plus élevée, ni une plus difficile. Je suis^ convaincu qu'elle ne vous effraye pas,

:n'. PLAIDOYERS DE M'" LÂCIIAII).

parce que vous êtes des hommes qui consulterez sérieusement votre conscience avant de prononcer votre verdict. N'oubliez pas que vous avez devant vous, je ne dirai pas un enfant, mais un jeune homme de vingt ans ; que ce n'est pas un homme dans la force de l'âge; qu'il n'a encore jamais eu cette force morale, nécessaire pour dominer les mauvais penchants, où quand l'homme est maître de lui, il est maître de ses actions. Mais oserez-vous bien affirmer que Troppmann a été maître de lui, qu'il n'y ait pas eu des circonstances extérieures qui l'aient entraîné; ou bien même que sa volonté ait été assez forte pour l'arrêter sur la mauvaise voie?

J'espère que vous ne prononcerez pas la peine suprême. La vie n'est rien pour lui ; je le sais et, vousmêmes, vous n'ignorez pas le cas qu'il en faisait au Havre ; il semble que Dieu lui ait rendu l'existence pour le faire paraître devant vous. Dieu n'a pas voulu le laisser mourir pour qu'il parût devant ses juges, mais il ne veut pas qu'il meure deux fois.

Je m'arrête ; j'ai terminé cette tâche pénible que j'ai acceptée par devoir et que j'ai remplie selon ma conscience. Je vous ai dit comment je la comprenais ; j'ai plaidé le système de la raison; je vous ai dit aussi que je jugeais moi-même l'accusé : dans ma conscience il est un grand coupable, mais il y en avait d'autres avec lui. J'ai accompli mon devoir sans passion, sans crainte des impressions c[ui peuvent venir du dehors ; je l'ai accompli dans le sanctuaire de la justice, ne puisant de force que dans ma propre conscience et bien convaincu que, comme moi, vous ne vous laisserez pas atteindre par les influences étrangères. J'espère en vos consciences, j'espère en vos raisons, et je m'assieds, débarrassé du poids de ce désespoir profond, que les derniers mots de M. le Procureur général avaient fait naître dans mon esprit.

Ari-AIHK TUOIM'MWN. Ml\

Aprôs celte élo(Hi(Mil(î pliiidoii ic M. !•' Proniioiii- {général pril de nouveau la i)aiole pour répli(jucr au défenseur de Ti'oppniaiHi. M° Lacliaud fit à ce iiouvean ré(jui.siloire une émouvante répli(juo. Puis après le résumé de 1\I, le Président, résumé qui dura deux licures, le jury rendit un verdict qui reconnaissait Troppmann coupable sur toutos les questions sans circonslancos atténuantes.

La Cour condamna Tiuppmann a la peine de mort. La foule, qui avait assisté aux déliais, était tellement passionnée et avide de vengeance qu'elle applaudit à l'arrêt de la Cour.

Troppmann fut exécuté (piehpies semaines après sa condamnation.

:m(; plaidoyers dk m" i.achacd.

Lettre fie Tropp?nami à son frère, <}rrite le r^ octobre 18G9.

Pari^:. l*-'- ortobro 1809.

Cher frère,

Tu sais probablement quel iiiallieur, qui m'est arrivé; mais je n'ose pas me plaindre quand je pense à ma famille, surtout à notre mère, qui doit mourir de honte et de chagrin ; tout l'avenir de notre famille est désormais perdu. Je donnerais ma vie avec plaisir si je pouvais racheter cette honte qui pèse en ce moment sur ma famille. Si je pense à eux, je voudrais me briser la tête contre les murs de mon cachot, et ils me regardent probablement pour plus coupable que je ne suis. Car je le jurerais sur Tamourqueje porte à notre mère, que je n'ai pas porté la main sur l^s victimes; le seul espoir que j'ai encore, c'est qu'on arrête l'assassin ; mais en ce moment il y a trop de chose contre moi pour que je puisse avoir le moindre espoir. Tâche de consoler notre famille aulant que cela te soit possible. Car moimôme je n'oserai pas leur écrire. Si seulement Dieu voudrait que toi ou notre père fit quelque invention qui vous rapporterait un peu d'argent pour qu'ils pourraient tous aller en Amérique; du moins là ils échapperaient à la houle qui les accable ici; fais ton possible pour alléger le poids qui les oppresse et ne pense pas plus mal de ton frère qu'il ne l'est réellement. Je ne veux pas le demander de leuis nouvelles, car je pense bien dans quel élat vous êtes tous; mais si tu voudrais m'écrire, écris-moi à l'adresse indiquée en attendant que le sort décide de moi.

Je vous embrasse tous de tout mon cœur, si vous daignez de me regarder encore digne de ça.

Ton frère,

J.-B. Troppma.nn.

J.-B. Troppmann, boulevard Mazas, 23, Paris.

Février 1875.

COl'R D'ASSISES DE LA SEINE

AFFAIRE DU GEiNERAL DE WIMPFFEN

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