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TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE LA SEINE

(6« chambre)

Audience du 20 mars 1863.

Président : M. Roiiaclt de Fleury.

Ministère public : M. Aubépix, substitut du Procureur Impérial

Prévenus : M. GARCtA, M. Calzado.

La faille que la société excuse le moins, le délit pour lequel elle n"a pas de pardon, est assurément le vol ou la tricherie au jeu. Il y a, dans cet acte, une déloyauté honteuse, qui répugne d'instinct aussi bien aux personnes du peuple qu'aux gens bien élevés, qui font partie de ce qu'on appelle le monde. Quand pareille tricherie a lieu dans les tripots de bas étage, la justice fait son devoir et la société plaint les malheureuses viclimes; quand elle est commise dans un salon, la société indignée chasse le coupable avec mépris et demande contre lui une répression des plus sévères .

Le vol au jeu, commis dans les salons de madame Barucci par M. Garcia, auquel on donnait M. Calzado pour complice, devait exciter au plus haut point l'indignation et la curiosité de tous les mondes de Paris.

Cet événement s'était en effet passé dans ce monde qui, pour n'être pas le vrai, n'en est pas moins biillant et élégant ; dans ce monde, auquel Alexandre Dumas fils, philosophe et moraliste, a donné un certificat de vie, en créant

lo2 PLAIDOTERS DE M* LACHAUD.

deux chefs-d'œuvre : la Dame aux Camélias et le Demi- Monde.

Ce procès permettait aux curieux d'espérer que les portes du salon de madame Barucci, femme galante et très à la mode, seraient toutes grandes o-uvertes et qu'on pourrait ainsi en surprendre les mœurs et les joyeusetés.

On savait que la partie de baccarat incriminée avait eu lieu pendant une fête donnée par cette dame, pour l'inauguration de son nouvel hôtel des Champs-Elysées; on savait aussi que dans son salon se trouvaient ce soir-là réunies quelques jeunes femmes, que la mode avait mises en évidence et aussi plusieurs de ces jeunes gens, fils de famille, qui faisaient partie de ce qu'on appelait la jeunesse dorée, et à la têle desquels se trouvait alors le brillant et chevaleresque M. de Gramont-Caderousse.

L'instruction avait, en effet, révélé que les principaux témoins devaient èlre : M. Feuilhade de Chauvin, M. le vicomte de Poix ; M. le marquis de Vineux; M. le marquis de Vivens ; M. le prince Demidoff; M. le marquis de Gramont- Caderousse; M. Angel de Vallejo de Miranda, gentilhomme de la maison de la reine d'Espagne.

Madame Barucci avait aussi invité M. Garcia et M. Calzado. La présence de ces deux messieurs devait ajouter quelque intérêt à la soirée, toute de plaisir, qui était promise aux habitués de la maison.

M. Garcia avait, comme joueur, une grande réputation ; il avait fait sauter la banque à Hombourg ou à Wiesbaden, et on répétait partout qu'en Allemagne il avait gagné 600,000 francs dans une même soirée et reperdu 800,000 francs le lendemain. Lui-même avait affirmé avoir gagné quatre miUions, en une année, dans les maisons de jeu elles avoir à peu près reperdus.

11 était connu de M. Miranda, qui avait souvent joué et perdu contre lui des parties importantes, dont on parlait beaucoup dans ce monde facile et brillant.

M. Calzado, qui avait, lui aussi, quelque peu la réputation d'un joueur heureux, était directeur du théâtre Italien. Sa présence dans le salon de la femme à la mode, où le tout Paris élégant se donnait rendez-vous, était donc toute naturelle.

La soirée s'était passée gaiement entre ces jeunes gens,

tous du même monde. Après un souper joyeux, on fU, sur la demande de M. Garcia, une partie de Éaccarat tournant.

M. Garcia tenait les cartes ; il avait déjà passé plusieurs fois en gagnant toujours; l'enjeu était enfin monté à l'énorme somme de 64,000 francs ; M. de Miranda ayant fait banco perdit encore cette somme; il y avait ainsi sur la table 128,000 francs, lorsque la partie fut arrêtée par M. Feuilhade de Chauvin. On venait de découvrir que M. Garcia ne jouait pas loyalement et qu'aux cartes de la maison il avait ajouté des cartes préparées d'avance. On accusa ouvertement M. Garcia de tricher et de voler.

Sur l'aveu, qu'il fit, d'avoir apporté des cartes, on voulut le forcer à rendre l'argent qu'il venait d'escroquer ; mais comme il ne rendait qu'une parlie de l'argent qu'il avait mal gagné, on fit la proposition de fouiller tous les invités. Tous les jeunes gens se soumirent volontiers à cet examen. M. Garcia jeta alors, à tort et à travers dans le salon, tous les billets qu'il avait sur lui, et on fut obligé de faire ce qu'on a appelé la chasse aux billets de banque.

M. Calzado, pendant toute cette scène, s'était tenu à l'écart, ne parlant à personne; il refusa de se laisser fouiller. Dans les différentes parties, jouées pendant la soirée, il s'était fait l'associé de M. Garcia. Depuis la fatale découverte, il était soupçonné d'être le complice de Garcia ; ce refus changea les soupçons en certitude; la certitude devint plus grande encore quand on ramassa, h, ses pieds, un paquet de billets de banque, que quelques convives affirmaient avoir vu tomber de son pantalon.

L'argent fut presque complètement retrouvé; on rendit à chacun ce qu'il avait apporté, et on laissa partir l'homme coupable et celui qu'on regardait comme son complice.

Le lendemain, la nouvelle de ce scandale se répandit dans tout Paris; elle arriva jusqu'aux oreilles de la justice, qui sut faire son devoir.

C'est ainsi que M. Garcia et M. Calzado, après une enquête minutieusement faite, furent traduits devant le tribunal de police correctionnelle de la Seine.

Le jour de l'audience, les abords du tribunal correctionnel furent envahis par une foule énorme. Depuis la mémorable affaire Verger, assassin de l'archevêque de Paris, on n'avait

pas vu, disent les chroniques du temps, un pareil concours et des désirs si ardents pour assister à un débat judiciaire.

On savait que M. de Miranda devait se porter partie civile et qu'il avait chargé IVP Crémieux et M» Laurier de la défense de ses intérêts. M'' Lachaud avait accepté la défense de Calzado ; on disait que M. Garcia se présenterait à l'audience, ainsi qu'il l'avait promis, et serait défendu par M^ Léon Duval.

La présence de tous ces grands avocats à la barre du tribunal rendait l'affaire encore plus intéressante.

Aussi quand, à onze heures trente-cinq minutes, le tribunal entra dans la salle d'audience, il se fit un tel bruit dans les couloirs et dans le vestibule, qui précède le tribunal^que le Président ne put pas ouvrir l'audience. Tout le monde voulait entrer dans le prétoire ; il était déjà à peu près plein, et il se produisit alors une bousculade épouvantable. Les gardes purent avec beaucoup de peine s'opposer au flot des envahisseurs. Ce n'est qu'après trois quarts d'heure de bruit et de tumulte que le silence se rétabht et que M. le Président put ouvrir l'audience.

Cette affaire, commencée à onze heures du matin, ne fut terminée, après une séance de nuit, que le lendemain à deux heures et demie du matin et le public, désireux d'assister à tous les débats, resta à l'audience, malgré l'heure avancée, jusqu'au prononcé du jugement.

Aux débuts de l'audience, ^1"= Phihs, remplaçant W Léon Duval, retenu loin du palais par un deuil de famille, se présenta au nom de M. Garcia absent, pour demander une remise de l'affaire.

Le tribunal n'accorda pas la remise et passa outre aux débats. M. Calzado se présentait donc seul devant la justice.

M^^ Laurier, avocat de M. de Miranda, qui se portail partie civile, posa immédiatement des conclusions pour admettre son intervention en cette qualité.

Mo Lachaud, avocat de Calzado, s'opposant à l'admission de ces conclusions, présenta quelques observations; puis le tribunal rendit un jugement, qui admettait l'intervention de M. de Miranda et lui donnait acte de sa constitution de partie civile.

Après la clôture de cet incident, M. le Président Rohault de Fleury interrogea les témoins, qui étaient très nombreux.

AFFAIRE GARCIA ET CALZADO. lo5

Les dépositions les plus importantes et les plus intéressantes furent celles de MM. Angel de Miranda, Feuilhade de Chauvin, de Graniont-Caderousse, de madame Barucci.

Interrogé par M. le Président, Calzado expliqua qu'il connaissait peu M. Garcia, bien qu'il lui eût, une fois, prêté quelc[ue argent à Hombourg. Il dit que M. Garcia l'avait fait inviter chez madame Barucci, mais qu'il ne s'était rendu à cette invitation que par curiosité, pour voir la nouvelle installation de cette dame.

Il reconnut qu'il avait mis 10,000 francs ^ans une partie de M. Garcia, mais il nia avoir été son associé. Il affirma avoir perdu dans cette soirée l'argent qu'il avait apporté et il assura que celui qu'on avait trouvé à ses p.ieds ne lui appartenait pas.

Après cet interrogatoire, M. l'Avocat Impérial Aubépia prit la parole pour développer ses réquisitions.

M* Laurier, avocat de M. de Miranda, soutint les conclusions qu'il avait prises. Il lit une plaidoirie flne et mordante, selon la nature de son esprit caustique.

La parole fut ensuite donnée à M'^ Lachaud pour présenter la défense de M. Galzado. Il s'exprima en ces termes :

Messieurs,

Un très grand bruit se fait autour de cette affaire ; les passions s'agitent et les calomnies les plus intéressées se répètent de toutes parts.

A quelque point de vue qu'on l'examine, ce procès est plein d'enseignements et de tristes leçons. Le moraliste, qui voudrait l'étudier, y trouverait peut-être les plus curieuses révélations sur l'époque dans laquelle nous vivons. Mais je ne parle pas au nom de la société, je n'ai pas la mission d'apprendre à chacun le respect et la dignité qu'il se doit à lui-même, et puisque M. l'Avocat impérial n'a trouvé dans la nuit du i février que des délits à constater et des éloges à donner, je ne dois pas me montrer plus sévère que lui et j'ajouterai que je ne serai même pas aussi sévère que l'avocat de la partie civile. M. de Miranda a gémi, par l'organe de son défenseur, sur le danger du salon de madame Barucci, sur le danger de semblables maisons. C'est ainsi qu'il parle. — Messieurs, l'institution de la partie civile est une bonne chose; et la partie civile a bien fait d'intervenir, puisqu'elle nous apporte le premier mot de morale, qui se soit fait entendre ici.

Mais venger la morale outragée, ce n'est pas plaider mon procès. Mon procès est de rechercher si Calzado est un escroc, si le ministère public le démontre et si l'on peut déclarer qu'il est coupable quand la preuve n'est pas faite.

Si je ne plaidais pas devant vous. Messieurs, si je ne vous connaissais pas, et si, sans compliments, chaque

AFFAIRE GARCIA ET CALZADO. iol

jour je ne proclamais pas, bien haut, quels hommes vous êtes, je serais effrayé.

N'a-t-on pas tout fait pour surprendre votre rehgion? Est-ce que les calomnies, anciennes et nouvelles, ne se sont pas agitées de façon à tuer moralement Galzado avant l'ouverture de ces débats? Il faut enfin que la lumière se fasse, il faut que tous les masques tombent, il faut que tout soit connu; et quand la lumière aura été faite, quand tous les masques seront tombés, quand tout sera connu, les efforts, qui seront faits pour obscurcir la vérité devant vous, deviendront, je l'espère, impuissants.

Quel est-il cet homme? Est-ce un chevalier d'industrie, vivant d'expédients abominables, errant sans patrie et sans famille, volant partout, et s'enrichissant des dépouilles de ses victimes?

On l'a dit, et pourquoi s'en étonner? la jalousie et l'intérêt expliquent tout; plus heureux que d'autres, son travail a été récompensé par le succès. Il a acquis une fortune importante. Devenu directeur d'un théâtre tombé, il Fa relevé, et là, où on ne trouvait que des ruines, il a amené la gloire et la prospérité. Il y a des jaloux, qui ne peuvent vous pardonner votre bonheur; il y a des cupides, qui ne seraient pas fâchés de prendre votre place, et qui seraient heureux si cette exploitation brillante, que vous avez créée, pouvait leur profiter. Tous les moyens leur sont bons. Je ne veux pas citer de noms ici, cela ne me serait cependant pas bien difficile; mais je n'accuse que quand j'ai le droit d'accuser et je ne m'attaque pas aux absents, qui ne peuvent pas se défendre, soyez-en assurés.

Toutes ces calomnies, toutes ces infamies ne peuvent pas avoir d'autre origine.

Quelle est en effet la vie de Galzado?

Il est né en 1805, à Valladolid; il y est resté jusqu'en 1839; négociant estimé, il y a commencé sa fortune. Bon citoyen, il faisait partie de ces légions nationales

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espagnoles, qui combattaient la guerre civile. J'ai là des certificats, que je ne vous lis pas, mais que vous verrez ; ils attestent toutes ces choses et démontrent son courage et son amour pour le bien. En 1840, il est allé à Cadix, qu'il n'a pas quittée jusqu'en 1849. Chose étrange! cet homme si dangereux, ce chevalier d'industrie si audacieux d'après la prévention, est estimé partout où il passe.

Il reste dix ans à Cadix, toujours occupé des mêmes choses et sans que jamais aucune accusation puisse le saisir, sans que jamais la calomnie essaye même d'élever contre lui un de ces soupçons infâmes, qui sont comme le germe fécond, d'où sort la déconsidération même pour la plus honnête des existences.

De 1840 à 1849, il s'est occupé d'affaires de banque ; il a établi des messageries entre Cadix et les villes voisines. Il a fait autre chose encore, il a entrepris un grand commerce de tabac entre Cuba et les diverses villes de l'Espagne, et c'est ainsi qu'il a fait fortune. Que nous dites-vous là? s'écrie-t-on ; il n'a pas fait à Cuba un grand commerce de tabac, il y a fait un commerce d'escroc. J'ai hâte d'arriver à une calomnie, qui se précise. Elle lève la tète, et je veux enfin la broyer sous le pied avec le mépris qu'elle mérite.

Oh ! la jolie fable, en vérité ; et vraiment, pour m-cntir ainsi, il faut avoir une imagination bien riche. Écoutez. Il achète un navire, le plus grand des navires qu'il peut rencontrer, et il le charge de cartes biseautées. Oui, oui, tout cela est bel et bien biseauté, et le navire fait voile doucement et arrive majestueusement jusqu'à la Havane. Puis, vous connaissez la suite, Galzado achète toutes les cartes de l'île de Cuba, oui, toutes, sans exception. Il vend alors celles qu'il a apportées; il joue, et comme on ne joue qu'avec ses cartes, il gagne à coup sûr, il gagne toujours !

Quelle charmante légende, n'est-ce pas. Messieurs ! comme elle doit vous paraître vraisemblable! Et cepen-

dant, c'est M. de Miranda qui nousraconte cette fable, il l'a entendu dire..... mais il n'y a pas cru, il n'est pas assez naïf pour fêla. Pour toute réponse, je veux vous lire une attestation de M. le capitaine général de l'ile de Cuba, qui en sait autant, apparemment, que M. de Miranda.

Vous pensez bien. Messieurs, que des infamies comme celles, qu'on reproche à Calzado, ne sauraient passer inaperçues ; si elles s'étaient produites, l'administration locale en eût été avertie. L'administration, qui en a entendu parler, a dû faire une enquête; n'a-t-on pas été jusqu'à dire que Calzado avait été expulsé de l'île de Cuba? Or le gouverneur de Cuba, écrivant au consul général français à la Havane, s'exprime ainsi :

« Le chef supérieur de la police, à l'ile de Cuba, me « dit, à la date du 18 du mois dernier, ce qui suit :

« Excellence,

« D'après tous les renseignements, recueillis par les « employés de ma dépendance sur M. R. Calzado, au- « jourd'hui domicilié à Paris, il ne résulte contre lui Il aucune action en poursuite judiciaire, ni même de Il procès administratif, pour des raisons contraires à la «I probité, pendant tout le temps qu'il est resté à la Ha- « vane. Ce que j'ai l'honneur de porter à la connais- <i sance de Votre Excellence et en réponse à votre com- <i munication du 19 avril dernier. »

Que voulez-vous que j'ajoute? L'administration supérieure ne sait rien de tout cela. Tous les limiers de la police de Cuba ont été mis à l'œuvre, et il se trouve que la probité de Calzado n'a jamais été soupçonnée. Eh bien! maintenant, laissez-le se promener pavoisé, votre beau navire, avec ses cartes déloyales, je vous assure que je n'y prends plus garde.

Calzado est venu en France en 1855, et il a été nommé directeur du théâtre Italien. Qu'il me soit permis de m'étonner que M. l'Avocat impérial ne m'ait pas devancé

dans l'observalion que je vais faire? Est-ce que vous pensez que le ministre d't^tat donne le théâtre des Italiens à un homme aux antécédents suspects? que le premier venu n'a qu'à se présenter pour que la porte lui soit ouverte? S'il en était ainsi, j'en rougirais pour mon pays ; car la protection du gouvernement pourrait alors être acquise aux malhonnêtes gens. De deux choses l'une : ou on a trompé l'administration supérieure, ou elle n'a pris aucun renseignement. Je demande qu'on me dise si l'administration a été trompée, et qu'on le prouve ; car je ne peux pas supposer qu'on donne un des premiers théâtres de France à un homme sans aveu, à un homme taré, par cette seule raison qu'il aura dans sa poche 500,000 à 000,000 francs, qu'il peut perdre sans éprouver un grand dommage. Je n'admets pas qu'on ignore d'où il vient, quels sont ses antécédents et sa moralité !

Ah ! s'il en était ainsi, je dirais tant pis pour le ministre et tant pis pour nous. [Mouvement .) Mais cela n'est pas possible, et pareil oubli de tous ses devoirs ne peut être reproché à une administration sérieuse. En 1855 il a été nommé directeur parce qu'on connaissait son honorabilité et sa solvabilité. N'aurais-je que ce fait, je pourrais vous dire : Calzado n'est pas l'homme que vous avez dépeint. On a pu lui donner sans scrupule ce théâtre, qu'il a fait magnitique, après l'avoir relevé, quand il était perdu.

Que de récits, grands dieux! sur son exploitation. Que de calomnies nouvelles depuis son séjour à Paris ! J'en avais entendu quelques-unes avant cette audience ; ici elles se sont augmentées. J'aurais du malheur dans cette partie de ma cause, car j'ai des documents qu'il faudra bien croire, si, pour Galzado, il est encore une vérité qu'on suspecte ; vous vous souvenez de ce ridicule bruit, qui est arrivé jusque dans cette enceinte. Oui, dit-on, M. Galzado a de bons artistes, il les paie très cher ; mais qu'est-ce que cela peut lui faire ? Il y gagne toujours, il les fait jouer, et VUt dièze de Taui-

berlick ne lui coûte rien ; il lui rapporte, au contraire. Oui, oui, il y a un témoin, et des plus honorables, qui vous a raconté cette fable..., je l'avais déjcà entendue et j'avoue qu'elle me semblait si singulièrement ridicule que je ne pouvais qu'en rire ; mais la chose devient sérieuse, il n'est plus possible d'en douter. Oh! puissance de la calomnie ! il n'est pas d'absurdité que tu ne rendes vraisemblable ! Voilà ma réponse, une lettre de Tamberlick.

« 5 mars 186-3.

f( Monsieur Calzado,

« La persistance d'un bruit d'après lequel vous m'au- « riez gagné au jeu la plus grande partie des appoin- « tements, que j'ai touchés sous votre direction, me « force à vous adresser ces lignes, dans le but de dé- « mentir cette fausse assertion.

« Et pour que l'on ne puisse attribuer cette démar- « che à d'autres raisons qu'au désir de rendre hom- « mage, à la vérité, je m'engage à payer 50,000 francs « à la personne, qui pourra prouver que j"ai joué avec « vous soit à Paris, soit ailleurs.

« En vous autorisant à faire de cette lettre l'usage « que vous jugerez convenable, j'ai l'honneur de vous « saluer.

« E. Tamberlick. »

Elle est originale, la lettre, et elle a son cachet de vérité, qui ne trompe pas. M. Calzado n'a jamais joué avec Tamberlick, et Tamberlick s'engage à payer 50,000 francs à qui lui prouA'era le contraire. Allons! monsieur de Miranda, prouvez le contraire. Une belle partie à gagner : ."50,000 francs ! un coup de baccarat ! {Rit^es.) Mais permettez-moi de dire que, jusqu'à ce que vous donniez celte preuve, il ne faut plus en parler. Il faut renvoyer celte calomnie à la suite du navire qui, en France, ramène sans doute les cartes de l'île de Cuba. {Nouveaux l'ires.)

162 PLAIDOYERS DE M" LACEIAUD.

Que VOUS dirai-je, Messieurs, au sujet de l'administration de Galzado, qui ne soit connu de tous les artistes. Cet homme qu'on fait si indigne, d'une cupidité qui le porte aux escroqueries les plus sales, est pour les artistes un directeur excellent, un bienfaiteur.

Voici une lettre, écrite par une grande artiste, madame Alboni. Elle sait, elle, qui n'a jamais eu de secours à demander à Galzado,. car elle est très riche, que d'autres, qui n'ont pas été dans cette situation, ont toujours été écoutés par lui ; et en ce moment où il est indignement accusé, où on l'écrase sous les soupçons et les calomnies les plus affreuses, elle lui écrit ce petit mot, inspiré par une àme généreuse et qui prouve que, si madame Alboni a un immense talent, elle a aussi un grand cœur.

« Munsieur Galzado,

« Sur le point de terminer l'engagement que j'avais « contracté avec vous, permettez-moi, Monsieur, de « vous dire que je me rappellerai avec plaisir les sept « saisons que j'ai passées, sous votre direction, au théà- « tre Italien; car vous avez toujours agi avec la plus « parfaite honorabilité. Et chaque fois que je vous ai « prié de vous intéresser à un artiste malheureux, vous « vous êtes conduit en homme de cœur.

« Je suis heureuse de vous exprimer ces sentiments « et de rendre justice à vos bons procédés.

« Agréez, monsieur Galzado, mes salutations distin- « guées. »*

« Marietïa Alboxi-Pepoli. »

Voilà l'homme ! Y a-t-il d'autres accusations qui se précisent? Oui, il y en a deux encore. Mais il y en a une que j'ai de la peine à examiner, j'en conviens : c'est celle qui lui reproche des tricheries commises au jeu chez le duc Délia Rocca. Mon Dieu! je ne veux rien dire à M. le duc de Gramont-Caderousse, qui puisse le

blesser; mais il faut bien que je remarque que sa mémoire a été deux fois en défaut aujourd'hui. Je ne mets pas en question sa bonne foi, mais il me permettra de lui dire que ses souvenirs ont été malheureux. Que lui avez-Yous entendu dire ce matin dans ses déclarations? Qu'en 1858, Calzado a été chassé de chez le duc Délia Rocca où il volait au jeu; il marquait les cartes, les 8 et les 9, avec son ongle. Je demande comment il s'y prenait, et le duc répond : « Oh ! il le faisait à la vue, sous les yeux de tous. » Monsieur le Président m'a demandé alors, si j'avais une autre question à faire, si j'étais satisfait. « Très satisfait, ai-je répondu, je ne pouvais désirer une réponse meilleure. » Est-ce que vous pourrez jamais accepter qu'un homme, entouré de joueurs, bizeaute les cartes sans plus de mystère? Avouez que cela n'a pas pour mérite la vraisemblance.

J'ai demandé à M. le duc de Gramont comment il se faisait qu'il eût oublié ce fait dans sa déposition écrite; je lui ai dit qu'il eût bien fait d'en parler; qu'il est regrettable de réserver pour l'audience un fait, une de ces accusations inqualifiables, qui tuentun homme quand il n'a plus le temps de se défendre. M. de Gramont répond : « Je n'en ai pas parlé parce que tout le monde le savait. » Mais qui donc le savait? A qui l'avait-il dit ? A madame Barucci. Madame Barucci est appelée : « Oh ! non, non, vous ne m'avez pas dit cela ; vous m'avez dit que la présence de M. Calzado mettait du froid dans la société. » Et M. Feuilhade de Chauvin : « Non, vous ne m'avez pas dit cela ; vous m'avez dit que vous n'aviez pas confiance en M. Calzado. » Et puis deux autres témoins sont indiqués ; l'un est venu déclarer qu'il n'assistait pas à cette soirée, mais qu'il avait entendu dire certaines choses, surtout, Messieurs, surtout depuis que ce malheureux procès occupe si vivement l'opinion publique.

N'ai-je pas raison de dire que M. de Gramont-Caderousse n'était pas très heureux dans ses souvenirs,

i64 . PLAIDOYERS DE M* LACHAUD.

puisque ce fait si notoire, dont il n'avait rien dit dans sa déposition écrite, il ne pouvait le faire contrôler par personne. Mais au moins M. le duc Délia Rocca est à Paris, il va parler! Non. M. Délia Rocca est à Vienne. C'est bien loin lorsqu'il faut avoir, à l'instant même, un renseignement précis. A la rigueur il y a le télégraphe, mais heureusement nous avons mieux que cela. Hier, hier encore M. le duc Délia Rocca a envoyé, par son secrétaire, à Calzado, un témoignage d'amitié et de sympathie. Il est resté l'ami du malheureux qu'on accuse. Or M. le duc Délia Rocca, qui est un aussi bon gentilhomme que qui que ce soit, dont l'honneur vaut l'honneur des ducs les plus honorables du monde, M. Délia Rocca est son ami. Est-ce assez vous prouver que Calzado n'a pas volé chez lui et qu'il ne l'a jamais chassé de son salon?

Voici, Messieurs, une carte de M. Ferragut, secrétaire du duc Délia Rocca, déposée au domicile de Calzado, hier, je le répète, et portant au dos cette phrase en espagnol et dont voici la traduction :

« M. le duc Délia Rocca charge aujourd'hui M. Fer- « ragut de manifester sa sympathie à M. Calzado. S'il « peut lui être utile à quelque chose, il lui prouvera <( qu'il est reconnaissant de la manière généreuse, dont K M. Calzado a agi envers lui dans les circonstances « difficiles où il s'est trouvé. »

Je n'ai pas à insister, j'ai entre les mains une preuve providentielle, qui justifie M. Calzado, au nom du duc Délia Rocca. Vous êtes convaincus que le gentilhomme ne donne son estime et sa sympathie qu'à celui qui en est digne. M. Calzado, dans les salons de M. le duc Délia Rocca, n'a jamais manqué à l'honneur. Vous le dites avec moi. Je crois Calzado assez vengé du fait Délia Rocca, et il ne doit plus, dans le moment où je parle, s'en inquiéter.

Enfin, il est une dernière accusation sur laquelle j'ai quelque peine à m'expliquer. Ce n'est pas M. Mongenot

AFFAIRE GARCIA ET CALZADO- J6o

qui m'embarrasse,... le pauvre homme ! Ah 1 mon Dieu ! il lui est bien difficile de savoir qui a pu tromper. Certes, ce n'est pas lui; oh! je l'affirme, il est un brave homme, il suffit de le voir pour reconnaître cette vérité. Si j'éprouve quelque embarras, ce n'est pas que les faits, rapportés par M. Mongenot, me préoccupent, non, c'est que dans cette affaire il s'est passé quelque chose, qui me cause un regret profond, et que ce regret s'adresse au ministère public. Il a des pièces que je ne connais pas; et il a gardé, pour lui, des documents que j'avais le droit de connaître avant l'audience, et qu'on ne m'a pas montrés.

Il s'est, en effet, passé un fait, que M. Tavernier nous avait raconté, que je savais déjà et dont j'ai la preuve par l'instruction. Le commissaire de police, après que l'instruction a été terminée, a fait une enquête sur Calzado, et il a dressé des procès-verbaux. Madame Tavernier lui a donné sa déclaration ; où sont ces pièces, je le demande?

Comment! dans un pays comme le notre, quand l'instruction est finie, et quand l'administration de la justice, ou même la police, croit qu'il est utile d'ouvrir de nouvelles enquêtes, ce qui est son droit, il sera permis, quand la prévention aura les mains pleines de documents, de les laisser ignorer jusqu'à la dernière heure à la défense, et de venir ensuite lui jeter à la face des témoins dont elle ne sait pas même les noms et qu'elle ne peut pas être préparée à combattre !

Le tribunal sait bien tout le respect que je professe pour l'autorité quelle qu'elle soit ; je n'attaque jamais, et il faut que le fait soit bien grave, qu'il soit la violation la plus manifeste du droit de la défense pour que je le signale avec cette vivacité au tribunal et à l'opinion.

Le fait Mongenot, je l'ignorais; mais en voyant ce qui se faisait, je pouvais m'attendre à quelque révélation. On s'était présenté chez plusieurs personnes, on leur

166 PLAIDOYERS DE M" LACIIAUD.

avait dit : « Je viens au nom de M. le Procureur impérial vous demander si Calzado ne vous a pas volé. » Et sur la réponse négative de ces personnes, l'inconnu répondait : «Vous êtes bienbon enfant. Il est prouvé qu'il trichait toujours ; il sera condamné certainement. » J'ai des pièces qui constatent ces conversations. Certes, le Parquet n'agit pas ainsi, mais tout ceci est étrange, et ce sont des procédés nouveaux.

Le lendemain, un commissaire de police, dont voici la carte, se présentait au nom de la police, faisant une enquête, interrogeant tous ceux qui avaient connu Calzado. Eh bien! il faut croire que ces démarches ont été bien infructueuses puisqu'on n'a pu découvrir que cet infortuné M. Mongenot. Et vraiment, la campagne de la police est une campagne qui est toute à mon profit, car si vous n'avez rien trouvé, c'est qu'il n'y a rien ; si on s'est rendu partout, interrogeant les joueurs, qui peuvent avoir perdu, et on est toujours mécontent quand on a perdu, il faut que la probité de Calzado n'ait pas été suspectée puisqu'elle n'a pas été accusée. Enfin, on arrive à cet excellent Mungenot, qui n'accuse pas, quoi qu'en dise M. l'Avocat impérial.

J'ai entendu les questions que M. le Président a faites à M. Mongenot, questions auxquelles le brave homme n'a pas pu répondre, et je me demande encore, très sérieusement, s'il peut y avoir dans sa déposition quelque chose, qui doive rester à la charge de Calzado.

En effet, qu"a-t-il dit? Depuis trente ans, il se réunit avec des amis (il y aurait cinquante ans que cela ne changerait pas la thèse). « M. Calzado, dit-il, est venu dans notre réunion chez Véfour ».... (oui, ces soirées, passées dans cette réunion, lui ont coûté 185,000 fr. en quatre ou cinq mois ; c'est payer bien cher le plaisir de se trouver avec M. Mongenot et ses honorables amis) ; puis un jour, on s'est aperçu que les neuf des cartes étaient marqués (on dit qu'au baccarat ce sont

les seules cartes importantes). Très bien. — Est-ce Calzado qui marquait ces huit et ces neuf? — Je n'en sais rien. — Vousavez cru quec'était Calzado? — Dame, Monsieur, nous avons bien pu avoir un soupçon. — Est-ce que vous l'avez exclu de votre réunion? — Non, Monsieur. »

Eh bien! messieurs. Est-ce que M. l'Avocat impérial répondrait de tous les autres invités de M. Mongenot? Pense-t-il qu'il ne soit jamais entré chez Véfour que Calzado, qui pût commettre de semblables actes? Ne peut-il pas y avoir des Grecs à Paris, s'il y en a en Espagne? Quand on veut trouver un homme coupable de toutes les iniquités, c'est chose facile; mais, quand on veut raisonner, c'est chose impossible. On a trouvé les huit et les neuf marqués dans un jeu de cartes neuves chez Véfour. Est-ce que c'est Calzado qui avait apporté ce jeu de cartes neuves ? Qui peut et ose l'assurer? Si vous n'en savez rien, pourquoi l'accusez-vous, lui, plutôt qu'un autre? On a dissous la Société et on l'a reconstituée plus tard sans Calzado. Qu'est-ce que cela prouve ? Tous les membres anciens faisaient-ils partie delà nouvelle Société depuis sa reconstitution? Le témoin a dit plusieurs. Ce qui ne prouverait pas qu'il n'y ait eu qu'une seule exclusion.

Mais Calzado s'est-il présenté, l'a-t-on repoussé? a-t-il su que cette Société avait été reconstituée? M. le Président avait précisé la question ave.c un soin extrême : « A-t-il su qu'il était exclu, que c'était un outrage qu'on lui faisait? — Dame ! Monsieur, répond le témoin, je ne sais pas s'il a su que nous étions reconstitués. Mais, s'il ne l'a pas su, comment voulez-vous qu'il vienne ? S'il ne se doute pas que la réunion est rétablie quinze jours ou un mois après sa dissolution, comment voulez-vous qu'il se présente ?

Ils étaient trente ou quarante personnes qui faisaient partie de ce diner; or, un jour, on s'est aperçu que les cartes n'étaient pas loyales; chacun a pu avoir des

soupçons, l'un sur l'autre ; et puis on se sépare. — Mais on avait vu Calzado venir, on l'avait vu monter, descendre. Puisqu'il venait dîner tous les vendredis, on a pu le voir et monter et descendre.

Messieurs, ah ! Messieurs, est-ce que vous ne trouvez pas que la discussion doit avoir nécessairement un terme et que l'inquisition, même la plus passionnée, doit s'arrêter? Jugez maintenant le passé de Calzado.

Je crois avoir répondu à toutes les préventions ; les calomnies, qui sont insaisissables, je ne peux pas les aborder ; mais celles qui se précisent, je les combats et je les détruis. M. l'Avocat impérial vous a dit : Calzado avait une mauvaise réputation, et il n'y a pas d'effet sans cause. Mon Dieu! quelle parole imprudente ! Le ministère public ne voit donc pas combien il est facile de ruiner une réputation si la passion ou l'intérêt l'exige. Tenez, Messieurs, prenez le magistrat le plus intègre du monde, le fonctionnaire le plus irréprochable, attachez à leurs personnes un misérable habile et persévérant, qui ait intérêt à les faire passer pour des fripons et des coquins' il peut arriver qu'ils soient perdus ou tout au moins déconsidépés ; les chemins de la calomnie, ne le savez-vous pas, sont tracés de telle sorte que, quand on y est entraîné, on y marche toujours d'un pas fatal; et fussiez-vous. Messieurs, l'honnêteté incarnée, fussiez-vous la vertu par excellence, si on avait un intérêt puissant à vous perdre et si un homme habile voulait avoir raison de votre situation et de l'estime qui vous entoure, il n'aurait qu'à vous calomnier. Hélas ! cela est bien triste à dire, mais cela a été dit, il y a bien longtemps : qu'il calomnie! qu'il calomnie! il en restera toujours quelque chose.

Et quand, comme Calzado, on est un joueur, quand on a ce grand défaut, eh bien ! que voulez-vous? il sera facile de dire : il joue beaucoup; il gagne souvent, il a gagné quelquefois de grandes parties. C'en est assez,

il est facile de supposer, de répéter qu'il est un misérable, et s'il a beaucoup voyagé, on peut aisément mentir sur ce qui se passe au loin : Il est très facile de déshonorer un homme en plaçant à la Havane, à Cadix ou ailleurs les plus indignes et les plus absurdes accusations.

Messieurs, il faut que je m'arrête dans cette préface. Tout ce que j'ai pu trouver, je l'ai discuté; tout ce que l'on m'opposait, je l'ai attaqué ; il faut me rendre cette justice, que je combats la prévention courageusement. Je n'y vais pas avec détour. Que M. l'Avocat impérial soit convaincu que je répondrai à toutes ses accusations ; mais je combats avec des armes loyales ; mais j'aime à combattre au grand jour de l'instruction et non dans les ténèbres des rapports de police.

Messieurs, il faut maintenant parler d'un autre personnage, qui occupe la première place dans ce procès ; de Garcia, Garcia le phénomène le plus extraordinaire des joueurs, de Garcia la terreur de toutes les banques, qui a eu contre elles des succès inouïs et sans précédents, et dans ces banques cependant on ne peut pas voler, car dans les jeux d'Allemagne tout est loyal.

On y trouve tout de même la ruine, mais on n'y est jamais trompé, ni jamais trompeur. Garcia a fait ce que, avant lui, personne n'avait osé faire. On l'a vu gagner 600,000 francs en une journée et perdre 800,000 fr. le lendemain; tout ceci, soyez-en sûrs, a de l'importance vis-à-vis de Calzado. Il a vu dans Garcia, joueur, un personnage considérable, car plus on a d'audace dans l'audace, plus on est important. Ici, vraiment, Messieurs, je m'étonne qu'on ne s'explique pas que Calzado puisse prêter quelque argent à Garcia sans supposer un concert frauduleux. Vous ne savez donc pas ce .que c'est que la camaraderie du tapis-vert, si vous donnez ainsi aux choses les glus simples une si coupable signification?

En 1860, Garcia va dans les maisons de jeu d'Allemagne, et il y est complètement mis à sec ; mais pas en

un jour : ruiné le matin, il était millionnaire le soir; puis il perdait le lendemain pour regagner ensuite des sommes énormes. C'était une pluie d'.or, qu'onn'avait jamais, avant lui, vu tomber avec une pareille abondance. Et si ce triste procès n'était pas survenu, Garcia resterait comme le joueur le plus intrépide qui eût jamais tenté la fortune. M. Calzado, comme les autres, admirait son audace, et lorsque Garcia lui emprunte 1 ,000 francs, il ne les lui refuse pas. Quoi ! vous croyez que Calzado pouvait lui refuser 1 ,000 francs ? [M^ Laurier fait un signe {iffirmatif.) Je demande à mon confrère la permission de n'être pas de son avis. Il connaît peu le cœur du joueur, s'il ne sait pas qu'on se soutient contre la mauvaise fortune et qu'on conspire en commun contre la mauvaise chance. Les 1,000 francs prêtés ont été rendus. Les deux joueurs ne se sont plus revus jusqu'en 186:2.

En 1862 Calzado a eu le bonheur ouïe malheur de gagner beaucoup d'argent à Hombourg. Garcia était dans la déveine ; il faut me pardonner le mot, il est technique. Calzado avait gagné 140,000 francs; il prête à Garcia quelquesbillets, puis Garcia revientàlacharge.

Vous êtes heureux, dit-il ; il faut que vous m'aidiez ; cette mauvaise veine, qui me poursuit, ne sera pas éternelle.

Je ne peux pas toujours vous donner de l'argent, dit Calzado, qui continue à prêter quelques sommes, et puis quand il est arrivé jusqu'au chiffre de 13,000 francs, il a trouvé que c'était suffisant, même pour obliger le plus ardent des joueurs. Et il n'a plus donné d'argent. Ils se sont ainsi quittés et se sont retrouvés à Paris. Quelque temps après, Garcia a rendu à Calzado f),000 francs sur les 13,000 francs qu'on lui avait prêtés ; 7,000 francs sont encore dus.

Quels ont été, depuis cette époque, les rapports de ces deux hommes? Presque nuls. Vous en doutez? Voilà cependant des preuves, de ces preuves qui ne doivent

pas tromper lorsqu'il s'agit de joueurs. Vous savez que Garcia, dans les premiers mois de cette année, a organisé de grandes partie's. Si Calzado et Garcia sont deux associés, ils seront souvent ensemble. Eh bien ! Garcia a donné de magnifiques fêtes auxquelles M. de Miranda se rendait. lia reconnu, dans l'instruction, qu'il y a perdu des sommes importantes. Calzado n'a jamais assisté à ces fêtes.

Nous verrons tout à l'heure si cette association criminelle a pu naître chez madame Barucci ; mais très assurément, si ces deux hommes veulent tromper au jeu, il faut reconnaître qu'ils se rencontreront presque toujours dans des réunions où l'on joue. Or, je dis à la prévention qu'elle est dans l'impossibilité d'établir qu'avant la partie, faite chez madame Barucci, une rencontre ait eu lieu entre Calzado et Garcia à une partie importante. J'ajoute que M. de Miranda lui-même a donné des fêtes. On ne devait pas y jouer. C'est entendu, onne doit jamais jouer, et on joue toujours; c'est ainsi que, chez madame Barucci, on avait bien décidé qu'on ne jouerait pas, et l'on y tenait des coups de 00,000 francs au baccarat. Est-ce que dans ces parties, engagées aux soirées de M. de Miranda, Calzado s'y est jamais trouvé ? Et ce n'est pas là une révélation? Comment! il faut que ces deux hommes marchent ensemble, vous les faites coauteurs, vous les unissez dans cette voie désolante, qui doit les conduire au délit, et vous ne les trouvez jamais ensemble? Et si vous demandez à M. de Miranda, qui a perdu si souvent avec Garcia, s'il a joué avec Calzado, il répond qu'il a joué une seule fois au cercle, et que Calzado a perdu 2,000 francs.

Il faut, sur cette partie du débat, se résumer. Il y a eu entre Garcia et Calzado des relations de joueurs en Allemagne, l'un a prêté de l'argent à l'autre. A Paris leurs relations ont été peu suivies. Je vous citerai un détail, qui n'est rien en apparence, mais enfin un di-

recteur, qui a un complice, un ami, lui donne ses entrées dans son théâtre, et Calzado les donnait assez facilement, chacun le sait. Eh bien! jamais Garcia n'a occupé une place aux Italiens sans la payer. Tout cela, pour les personnes qui vivent dans le monde, a une signification.

Enfin quand il y a de grandes fêtes, où l'on peut gagner ou perdre beaucoup d'argent, Calzado n'y va pas, Garcia s'y rend tout seul. Il n'y a donc pas d'intimité entre eux ; il n'y a donc aucun de ces rapports, qui pourraient permettre de croire qu'ils ont comploté l'acte indigne, qui leur est reproché.

Ceci dit, je pourrais arriver bien vite à ce qui s'est passé chez madame Barucci. Et cependant, puisque M. de Miranda veut qu'on parle de lui, il faut bien que je dise un mot sur sa personne. Je ne comprends pas pourquoi il est intervenu dans ces débats comme partie civile, et je dois croire, après avoir entendu son défenseur, qu'il a voulu faire faire son apothéose ; car personne n'a attaqué son honneur et il n'avait pas besoin de le défendre ; si cette raison n'explique pas son intervention, il intervient donc pour se faire rendre l'argent ; et quoi qu'il en dise, je suis bien tenté de croire que la question de susceptibilité est ici pour peu de chose et que la question d'intérêt y est à peu près la question principale.

Oh ! j'ai bien entendu M. de Miranda faire proclamer par son défenseur que l'argent, que vous lui donneriez, serait dépensé en bonnes œuvres. Cela se dit souvent et n'engage à rien. Mon adversaire le sait, et l'interruption de M. le Président lui rappelait, s'il l'avait oublié, que ces déclarations sont parfaitement inutiles devant la justice.

Pour moi, je ne ferai pas à M. de Miranda l'injure de douter de sa parole ; je crois à son intention ; mais un joueur a de tels besoins,... de tels entraînements que son argent, l'argent de ses charités est toujours exposé.

Enfin, j'y consens, c'est pour faire des charités qu'il est ici. Puis il n'est pas fâché de faire connaître ce qu'il prétend être. Nous avons en France notre noblesse, nos grands noms; nous les connaissons, mais nous avons de moins grandes connaissances sur la noblesse espagnole. M. de Miranda a trouvé une heureuse occasion pour nous apprendre que son père a été ministre ; que sa mère est la gouvernante des enfants du duc de Montpensier. Je ne peux pas dire non, je n'en sais rien. Mais je forme un vœu sincère, c'est que les enfants du Prince, qui sont Princes français, malgré les malheurs de leur famille, reçoivent de leur gouvernante de sages enseignements, et qu'elle les préserve surtout de la passion du jeu, de ce fléau, dont mieux qu'une autre elle peut juger les terribles effets.

Que voulez-vous? un procès fait bien; celui-ci a donné au beau discours, que vous avez entendu, l'occasion de se produire ; M. de Miranda lui devra, peutêtre, son entrée au Jockey-Club; et il a si bien fait ses preuves qu'il compte, grâce à ce débat, éviter quelques boules noires.

[M. de Miranda proteste par une dénégation énergique.)

M" Laciiaud. — Vous n'y aurez que des boules blanches; mais passons.

Voilà bien des raisons pour expliquer l'intervention de M. de Miranda comme partie civile : se consoler des sommes qu'il a perdues; obtenir de l'argent; faire parler de lui, laisser dire que s'il joue 60,000 francs, c'est qu'il a en réserve des sommes beaucoup plus importantes sans doute; ce qui n'est pas toujours vrai, mais ce qui se croit volontiers. Je ne m'étonne plus alors de voir ici M. de Miranda, et c'est assez parler de lui.

Ceci dit, le débat est plus libre. Nous connaissons Calzado, nous savons, ses rapports avec Garcia, nous avons dit le secret de l'intervention de M. de Miranda; arrivons à la soirée de madame Barucci.

Calzado y était invité ; j'ai l'invitation que madame Barucci lui avait adressée, invitation faite dans la formule ordinaire. Il ne pouvait s'en étonner, madame Barucci connaissait depuis longtemps le directeur des Italiens où elle avait une loge, et M. Calzado s'était présenté quelquefois chez elle. C'était une soirée dans laquelle on devait jouer. Je ne crois pas qu'on voulût faire une partie aussi considérable que celle qui a eu lieu, mais on devait jouer. Garcia était invité, et on devait faire une petite banque. Un témoin l'a dit très franchement ; c'est M. de Bremilly, que vous n'avez pas entendu ici, mais qui a déposé devant le juge d'instruction. Il a dit ceci :

« J'ai été étonné de voir M. Calzado et M. de Miranda « que je ne connaissais pas. Quant au sieur Garcia, « j'avais entendu dire vaguement qu'il viendrait pour « faire une banque. »

Ceci est très clair. Est-ce que vous croyez qu'on invite Garcia pour souper sans jouer? La conversation eût été charmante, je n'en doute pas; il y avait dans cette réunion des dames, douées d'un esprit très agréable, j'en suis sûr.

Tous ces attraits n'auraient pas, je le crois, beaucoup touché Garcia : il aime le jeu, on l'invitait où l'on devait jouer.

Nous voici arrivés au procès. Que doit prouver le ministère public? Ceci : que Calzado a été l'un des auteurs de l'escroquerie qui a été commise, ou qu'il en a profité sciemment. Il n'y a pas moyen de sortir de là. Mes deux propositions sont incontestables, et M. l'Avocat impérial ne les contestera pas. Il faut donc suivre l'un après l'autre tous les faits, afin d'arriver à cette preuve que vous me devez et dont je ne vous ferai pas grâce. Prouvez-moi donc que Calzado et Garcia se sont entendus. Ce ne sont pas des soupçons que j'accepterai, ce qu'il me faut, c'est une preuve certaine, certaine, entendez-vous, de cette allégation. Voyons comment les faits se passent.

Calzado arrive presque le premier. Il n'a pas vu Garcia, ce jour-là; il a passé la soirée à son théâtre et il en est parti pour se rendre directement chez madame Barucci. Quant à Garcia, il a passé, lui, toute la soirée au cercle, jouant avec M. de Miranda, et lui gagnant, en compagnie de quelques autres personnes, beaucoup d'argent. C'est déjà quelque chose, car vous comprenez bien, que s'il y avait eu complot entre ces deux hommes pour tromper M. de Miranda, qui est un joueur, avant d'aller chez madame Barucci, Calzado serait allé rejoindre Garcia. Il est bien certain que Calzado ne serait pas arrivé le premier et Garcia l'un des derniers.

Les invités arrivent l'un après l'autre; quelques-uns sont étonnés, dit-on, de voir Calzado dans le salon de madame Barucci. Il est possible que sa figure, que sa personne ne plaisent pas à tous ces messieurs. M. de Poix vous a dit trèsnettement : « Ce devait être une soirée passée entre les habitués de notre cercle, entre les hommes de notre monde, et lorsque j'ai vu Calzado et plus tard Garcia, cela ne m'a pas convenu. » Tout cela est bien possible, et je ne veux ni m'en étonner ni le contester. Je constate seulement que Calzado est venu l'un des premiers et Garcia l'un des derniers.

Quand Garcia est arrivé il a demandé à jouer; ici se place un fait, qui pour moi, je l'avoue, ne peut prouver que l'innocence de Calzado. Garcia lui dit qu'il a apporté des cartes. Qui a entendu ce propos? Personne. Et qui l'a déclaré? Calzado. Messieurs, je vous le demande, réfléchissez bien sur ce point si important : si Calzado avait été de mauvaise foi, s'il avait pu croire qu'on le considérerait comme le complice d'un homme qui voulait faire une méchante action, est-ce qu'il aurait fait cette déclaration ? est-ce qu'il aurait dit : « Garcia ma avoué qu'il avait apporté des cartes »? est-ce qu'il aurait raconté dans quelles circonstances cette déclaration lui avait été faite? Souvenez-vous, Messieurs, de la déposition de M. Feuilhade de Chauvin et vous serez édifiés.

ne PLAIDOYERS DE M'= LACHAUD.

En effet Calzado est avec Garcia, ils causent ensemble, et je ne sais à quelle occasion Garcia lui dit : « J'ai apporté des cartes de mon cercle impérial. » Et voilà tout. Calzado lui répond : « Cela ne se fait pas ; » et il n'en est plus question entre eux.

Comment voulez-vous conclure de cet aveu que Calzado s'était concerté avec Garcia pour apporter des cartes déloyales et commettre une escroquerie? Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que Garcia seul ait eu cette singulière précaution? Il est un joueur, comme il n'y en a pas un autre, qui craint qu'on n'ait pas de cartes et qui, voulant jouer à tout prix, a la précaution d'en apporter.

Calzado est, lui aussi, un joueur, mais il est un joueur loyal. Je ne sais pas si je me trompe. Messieurs, mais par cela seul que Calzado a raconté la conversation, qu'il avait eue avec Garcia, il est, à mon sens, innocent; coupable, il n'en aurait pas parlé à M. Feuilhade de Chauvin, dont vous vous rappelez la loyale déposition. Pour vous. Messieurs, qui voulez raisonner, qui voulez tirer d'un fait ce qui s'y trouve, vous reconnaîtrez dans la sincérité de Calzado la preuve de sa bonne foi.

Ce fait que le ministère public relève, je le relève donc aussi et je supplie le tribunal de se le rappeler alors qu'il délibérera, car l'empressement qu'il met à raconter à M. Feuilhade de Chauvin ce que lui a dit Garcia est une preuve de sincérité dont il doit lui être tenu compte.

On commence à jouer. Garcia a proposé de faire un trente et quarante, et tout va se disposer pour la partie. On a joué, dans cette nuit, à trois jeux différents ; il est important de ne pas les confondre; car si on confond tout, on ne pourra plus arriver à reconnaître la vérité.

Pour le trente et quarante on apporte une table de la cuisine. Garcia dessine lui-même avec de la craie, qu'il prend dans sa poche, les différentes cases nécessaires à cette partie, et le jeu commence.

AFFAIRE GARCIA ET CALZADO. d77

Il y eut dans cette banque, entre Calzado et Garcia, une association. Les trois banques, qui ont été faites au trente et quarante, ont été toutes trois faites en société. Le jeu était loyal, puisque ces messieurs ont perdu trois fois. Il faut bien croire que les cartes n'avaient pas été préparées, puisque ces trois banques leur coûtent 50,000 francs. C'était pour allumer Miranda, répète son avocat, fpii aime ce mot avec passion. 50,000 francs ! Mais c'est très cher; et il y a peu de joueurs, qui osent risquer autant d'argent pour allumer leurs futures victimes, puisque allumer vous plaît. Songez, en effet, que les escrocs pouvaient bien être attrapés à leur tour; 50,000 francs est une jolie somme, et pour une nuit de plaisir, le gagnant pouvait s'en contenter et les garder. Cette supposition n'est pas sérieuse.

Mais, dit-on, vous étiez associés et on ne l'a pas su. Comment ! on ne l'a pas su ! Mais plusieurs témoins le disent, au contraire, expressément. Je veux vous lire les dépositions de trois d'entre eux, et vous verrez si publiquement, sans mystère, Calzado ne s'est pas associé avec Garcia, ce qui d'ailleurs est dans les usages : ces sortes de banque se font à deux, presque toujours.

Je sais bien qu'il y a quelques témoins, qui ont dit qu'ils ne se doutaient pas de l'association; mais il suffira que d'autres l'aient connue pour que cette association n'ait pas été cachée. Écoutez madame Barucci :

« M. Garcia se plaça à la table pour faire une banque « avec M. Calzado. Ces messieurs disposèrent les car- « tes et ime certaine somme, qui s'élevait à 20,000 francs. . . << Une première fois M. de Miranda fît sauter la banque « de ces messieurs. »

Un témoin que vous n'avez pas entendu, M. Demidoff, a été infiniment plus précis :

« J'ai été surpris, avant l'arrivée de M. de Miranda, « de voir le sieur Calzado jouer contre M. Garcia, bien

« qu'il fût associé dans la banque, et, plus tard, lors « de la partie engagée contre M . de Miranda, de le voir « ponter contre ce dernier. »

Et entin, M. Tronchon :

« Je m'étais placé en face du sieur Garcia et j'avais « commencé à jouer un louis, lorsque M. Garcia ma- « nifesta le désir de voir prendre ma place par le sieur « Calzado, qui, disait-il, devait faire les paiements. Le « sieur Calzado se mita jouer contre la banque, tenue « par Garcia... Sans avoir entendu dire qu'il fût associé « avec le sieur Calzado, je l'avais supposé en le voyant « se placer devant lui au début de la partie. »

Et M. de Miranda vous disait à l'audience qu'il avait vu M. Calzado remettre de l'argent à Garcia pour faire la banque au trente et quarante, ce qui, assurément, était la meilleure preuve qu'ils ne dissimulaient pas leur association.

Que voulez-vous de plus précis et de plus clair? Qui donc a douté ? Où était le mystère ?

Tous ceux, qui ont eu intérêt à le connaître, l'ont connu, et Calzado n'avait aucun intérêt à le dissimuler.

Mais se présente, tout aussitôt, la seconde objection.

Quoi! vous avez donc joué contre la banque? contre vous-même ? — Mais sans doute, comme à la Bourse on joue en même temps à la hausse et à la baisse. Ce n'est pas plus difficile à comprendre que cela. On fait des combinaisons par lesquelles on modère ses chances de perte, et on garantit toujours une partie de son capital. Messieurs, vous n'êtes pas joueurs, mais vous êtes des hommes de bon sens, vous comprenez bien ceci : J'ai 10,000 francs engagés dans une banque, il ne me convient pas de tout perdre ; je m'arrange de façon à n'exposer, en définitive, que 3 ou 4,000 francs. Où est donc la tricherie? où est le mal dans ces combinaisons, dans ces plans de stratégie de joueur?

Calzado et Garcia pouvaient s'associer très raisonnablement, très légitimement, parce que cela ne faisait de tort à personne. Jouer contre la banque, c'était un moyen d'amortir les conséquences fâcheuses qu'une mauvaise taille pouvait avoir pour le banquier ; et il est impossible de dire qu'il y eût dans ce fait une charge contre Calzado.

Pour me résumer sur ce premier point, je vous prie de me dire quels peuvent être, dans la partie de trente et quarante, au point de vue de la prévention, les faits qu'on relève contre Calzado. Il n'y a rien. Tout a été perdu.

J'ai dit tout ce qu'il y avait à dire sur ce premier point; je ne crois pas avoir besoin d'insister, et je passe à un autre ordre d'idées.

Je dois m'expliquer sur une partie d'écarté, qui parait attirer l'attention de la prévention et qui me semble être étrangère aux faits mêmes du délit. M. de Miranda avait gagné au trente et quarante, Garcia lui propose une partie d'écarté ; il refuse, et la partie ne continue pas. Plusieurs témoins déclarent que Calzado et Garcia ont fait une partie d'écarté, mais qu'elle n'avait rien de sérieux.

J'avoue que je ne m'explique pas pourquoi les prévenus se seraient ainsi, devant tous, amusés à faire une partie ridicule. Dans quel but? Était-ce pour éveiller l'attention ? Eh! lorsque l'un des joueurs ne donnait pas de la couleur demandée, il forçait ainsi le spectateur à avoir des soupçons que des coupables se gardent bien de faire naître.

Voudrez-vous bien me dire pourquoi ces escrocs auraient agi ainsi ? Qu'avaient-ils à redouter en jouant un jeu sérieux en apparence ? S'ils sont d'accord, la partie finie, ils se partageront les enjeux ; il est évident que l'un n'aura rien gagné à l'autre. Si ce sont des complices, remarquez qu'ils vont exagérer l'apparence sérieuse afin de ne pas se laisser découvrir. Mais voilà

180 PLAIDOYERS DE M' LACllAUD.

des personnes, qui veulent voler et qui, au lieu de jouer gravement, sérieusement, comme on doit le faire quand on engage son argent sur le tapis, vont jouer d'une manière tellement aLsurde que tout le monde le remarquera. Mon Dieu! Messieurs, à moins de supposer que ces deux hommes étaient insensés, il faut reconnaître qu'ils n'ont pas voulu tromper au moyen de cet écarté et que la prévention ne peut rien y trouver qui lui soit utile.

Ce qui est vrai, et tout l'explique, c'est que, M. de Miranda ne voulant pas jouer, Galzado ne se souciait pas de faire une partie d'écarté contre Garcia. Le motif est très naturel : Garcia n'avait pas d'argent ; il en devait h Galzado ; il restait à Garcia à peine 4 ou 5,000 francs. Il est clair que Galzado est un homme trop sérieux pour jouer une grosse partie avec un joueur, qui a peu d'argent, quand il en a, lui, davantage. Or, que s'est-il passé? Ces deux messieurs se sont mis à la table de jeu ; ils ont engagé la partie, espérant que M. de Miranda viendrait y prendre part. Gela n'a pas convenu à M. de Miranda. Galzado a pu, alors, rejeter les cartes sans y attacher aucune importance, ne . voulant pas jouer avec Garcia.

Mais enfin, Messieurs, ces faits peuvent-ils intéresser la prévention? Nullement. Prouvez que j'ai trompé, que je me suis associé à la tromperie, si Garcia l'a commise. Voilà la question, et nous n'y sommes pas encore, car il n'y a eu de tromperie possible qu'au baccarat. Dans tous les faits, qui précèdent cette partie de baccarat, quelque effort qu'on fasse, on sera dans l'impossibilité d'en indiquer une.

On est allé souper, on a soupe très longuement et très bien; M'= Laurier nous l'apprend, et je le crois sans peine, puisque l'avocat de M. de Miranda insiste si particulièrement sur cette partie de la soirée. Pendant le souper, Galzado s'est levé de table, il est sorti ; il paraît qu'il a demandé son paletot pour y prendre des cigares,

AFFAIRE GARCIA ET CALZADO. i8l

^on mouchoir, je ne sais quel objet. Il veut fumer, c'est son habitude ; on lui indique le petit salon, il y fume. 11 demande le cabinet et on lui montre celui qui est le plus près de la cuisine; il s'y rend. Là-dessus, l'avocat de la partie civile s'est écrié : « Mais pourquoi le cabinet des domestiques au Heu du cabinet de la maîtresse <le la maison?» Et mon confrère est entré dans une série de détails et de promenades dans lesquelles je lui demande la permission de ne pas le suivre. {On rit.) Calzado s'est rendu dans le petit cabinet des domestiques... Ou"est-ce que vous pouvez en conclure ? Qu'on ne lui a pas fait les honneurs de celui de la maîtresse de maison, et pas autre chose. Mais voilà l'adversaire qui a trouvé, et il a les honneurs de cette invention, qu'il est allé y préparer des cartes. Où a-t-il vu cela? En a-t-on trouvé en sa possession? l'a-t-on vu en décacheter?

Il ne suffit pas de faire une semblable hypothèse ; il faudrait faire plus, il faudrait la prouver, et vous ne prouvez rien, vous n'essayez même pas. Vous vous bornez à dire qu'il a été dans le cabinet des domestiques, et votre esprit se perd en commentaires pour trouver ce qu'il a pu y faire Vous me le demandez? (jue voulez-vous que je vous réponde? 11 a été au cabinet parce qu'il avait besoin d'aller au cabinet, voilà tout! {Nouveaux rives.) Il a été à celui-là, parce qu'on ne lui en a pas indiqué un autre.

Ce matin, M. de Gramont-Caderousse a produit une allégation qui, évidemment, était une erreur, et qui pouvait avoir une sérieuse importance. M. de Poix s'est chargé, sur ce point, de rectifier l'erreur commise par M. de Caderousse. M. de Gaderousse aurait dit que, pendant le souper, Calzado était sorti et que Garcia était sorti peu de temps après lui. Ce n'était pas la preuve •qu'ils s'étaient entendus ; mais enfin, cette sortie des deux prévenus pouvait avoir une certaine gravité.

Eh bien ! M. de Poix affirme que Garcia n'est pas sorti pendant le souper. « J'étais en face de lui, a-t-il

« dit; j'ai vu sortir Galzado, je l'ai vu rentrer ; Garcia ne « s'est pas absenté. » Devant cette affirmation, M. de Caderousse est beaucoup moins sûr ; il n'a plus qu'une certitude morale de la sortie de Garcia. C'est fort insuffisant. Nous avons appris que M. de Gaderousse, placé derrière une corbeille de fleurs, ne devait pas bien voir, et M. de Poix, qui était en face, qui voyait bien, ne peut pas se tromper.

La sortie de Galzado n'a donc aucune importance et ne peut servir à la prévention. On se lève de table, on fait cette troisième partie de trente et quarante sur laquelle je ne reviens pas et on arrive à la partie de baccarat.

Je suis, autant que je le peux, exact dans la discussion; je n'ai pu vous faire grâce d'aucun détail, puisque la prévention fait résulter la culpabilité de Galzado de toutes ces petites circonstances. Je vous ai démontré que, jusqu'ici, il n'y avait rien à sa charge. Voyons ce qui s'est passé dans la partie de baccarat et ce qui résulte des dépositions. Si je ne vous montre pas, jusqu'à l'évidence, que rien de certain ne s'élève à la charge de Galzado, ce sera ma faute; car je ne crois pas que jamais discussion ait été plus facile que celle-ci.

On se met à jouer au baccarat ; on fait plusieurs tours sans Garcia. Galzado perd, remarquez bien ceci, une somme d'environ 12 ou 13,000 francs, je ne sais pas exactement le chiffre. Il lui restait, quand Garcia est revenu, 1,500 francs. Qu'était devenu Garcia? Qu'avaitil été faire? Nous le savons maintenant; il était allé dans un cabinet d'aisances, et là, certainement, il avait ouvert des paquets de cartes. Les avait-il préparées ? Je n'en sais rien. Je n'ai ni à l'accuser, ni à le défendre ; mais il avait ouvert des paquets de cartes, et la preuve, c'est que madame Barucci en a trouvé les enveloppes dans la cuvette. Ges cartes, jusqu'à ce moment, n'avaient pas été décachetées ; elles n'ont pu servir au trente et quarante, puis- (lu'elles étaient encore cachetées en la possession de

Garcia au moment où la partie de baccarat commence. Il faut préciser le moment où Calzado a pu savoir que Garcia s'en était servi. Il n'a pu le savoir que si Garcia le lui a dit, — chose que la prévention n'essaye même pas de prouver, — ou bien s'il a pu le remarquer.

Ainsi, pour tout homme qui veut raisonner honnêtement et sans prévention, lorsque Garcia est rentré pour prendre sa place à la table de jeu de baccarat, il faut établir que Calzado devait savoir qu'il allait se servir des cartes apportées. Et sur ce point capital, je demande des preuves. Il savait, me dit-on, qu'il avait des paquets de cartes, il l'a vu s'absenter, et il a dû se douter qu'il allait les décacheter et les préparer.

Il a dû se douter/ Je me demande, en vérité, comment je puis avoir à répondre à un semblable argument. Mais lorsque Garcia, que je croyais un honnête homme (je n'avais pas la preuve du contraire), m'a dit qu'il avait apporté des cartes, et lorsque je lui ai fait observer qu'on ne faisait pas cela dans les bonnes maisons, j'ai dû penser qu'il se tenait pour averti, et que, après m'avoir promis de ne pas demander à s'en servir, il les laisserait dans sa poche ; et vous voulez que je devine qu'il va escamoter les cartes de la maison pour en substituer d'autres ? Il faudrait être sorcier, se douter que l'on a près de soi un prestidigitateur et un homme qui ne veut plus être loyal. Est-il permis, raisonnablement, de dire que Calzado a dû deviner toutes ces choses? Non; en vérité^ c'est le bon sens qui répond.

Garcia prend sa place à la table de jeu. Où se met-il? Messieurs, il est un point, dans l'instruction, que j'ai le regret de n'avoir pas vu établir d'une manière plus précise et qui est un point capital, c'est de connaître exactement la place que Calzado et celle que Garcia occupaient autour de cette table de jeu. Étaient-ils à côté l'un de l'autre? Pouvaient-ils facilement communiquer? Un témoin, un seul, M. le comte de Gernouville, a été entendu sur ce point. Il a dit : « Je suis sûr que Calzado

« se trouvait à côté de mademoiselle Constance et il de- « vait être séparé de M. Garcia par trois personnes. « Ces deux messieurs occupaient à peu près les deux « points extrêmes d'une table ovale ; ils n'étaient pas en « face l'un de l'autre. »

Ainsi, il y avait une table ovale; aux deux extrémités se trouvaient les deux prévenus; trois personnes les séparaient; ils pouvaient se voir, mais ils n'étaient pas en face l'un de l'autre. Lorsqu'on a dit à Calzado qu'il a dû voir Garcia ajouter des cartes aux jeux de la maison, on ne pense pas à ceci, que d'autres, mieux placés que lui, n'ont rien vu. M. de Miranda était en face de Garcia, il n'a rien vu ; mademoiselle Constance, qui était plus rapprochée de lui que Calzado, n'a pas vu plus que les autres ; ceux qui ont pu voir, ce sont les voisins les plus près de Garcia, M. de Gramont-Caderousse ou les personnes qui, debout, se tenaient derrière lui; mais, quant à Calzado, il était impossible qu'il pût s'en apercevoir.

Veuillez faire attention à ceci, je vous en conjure. C'est là, si je ne m'abuse, l'argument capital de ma cause ; et des magistrats, tels que vous, qui veulent juger (car vous ne subissez pas la pression du dehors), pèseront ces raisons graves. Garcia a été au cabinet tout seul. Calzado l'ignore; Garcia prépare ses cartes sans lui, et il revient, il ne lui parle pas. Calzado ne sait rien. Garcia s'assied; il n'est pas près de Calzado, et ce dernier ne peut voir ce qu'il fait ; où donc est la preuve indispensable que Calzado a connu, qu'il a vu ce qui allait s'accomplir? Elle n'est pas directe, je viens de le prouver. Est-elle du moins indirecte? C'est ce qu'il faut examiner. Garcia a-l-il fait un signe ? a-t-il dit un mot? Non. L'escamotage qu'il afait, — car prendre descartes et les remplacer par d'autres est un véritable escamotage, — Calzado ne l'a pas vu et il n'a pas pu le voir. Personne ne l'a remarqué; les cartes se sont augmentées, c'est là tout ce que les voisins ont pu cons-

tater ; mais l'instant où elles se sont ainsi augmentées, personne ne peut l'indiquer, le préciser.

Mais, dit-on, vous avez joué pour lui ! Il fallait bien jouer pour lui ounepasjouer dutout. Si vous connaissez le jeu de baccarat, vous n'ignorez pas que si un joueur fait banco, tous les autres sont forcés de s'abstenir puisqu'il couvre tout le jeu. Or M. de Miranda avait toujours fait banco; il a tenu sans cesse tout le jeu de Garcia, qui avait les cartes, et depuis le premier coup jusqu'au dernier de Gi,000 francs il en a été ainsi. Lorsqu'un joueur fait toujours banco il faut ou demander et obtenir de celui qui tient les cartes, d'entrer dans sa partie, ou ne pas jouer. C'est ainsi que Calzado, on ne prouve pas le contraire, est entré dans la partie de Garcia. M. DemidofT, auquel Garcia l'avait offert, aurait pu faire exactement la même chose, s'il n'avait préféré refuser cette offre, ainsi que M. de Poix l'a déclaré ce matin. Le seul reproche, qu'on puisse faire à Calzado, le seul fait qui pourrait prouver sa culpabilité sur ce point, c'est de s'être trouvé par hasard avec un homme qui gagnait, et de s'être intéressé dans son jeu; et cela, alors qu'il n'a pu jouer contrelui, parce qu'il y avait un gros joueur, qui faisait toujours banco et absorbait tout.

Interrogez les faits avec moi; vous voyez que je n'entends pas me payer de phrases, que je suis pas à pas tous les faits, qui se sont passés pendant cette nuit du ■4 février. Je ne néglige rien. Je prouve que vous ne pouvez me demander compte de ce que Garcia a pu préparer au cabinet ; je prouve que je n'ai eu avec lui, depuis son retour dans le salon, aucune communication, et que si je me suis intéressé dans son jeu, dans lequel j'ai gagné environ 15,000 francs, c'est qu'il n'y avait pas possibilité de jouer autrement. N'est-il pas évident, dès lors, que la prévention jusqu'à présent est impuissante ?

Une réflexion s'empare de moi; je vous demande la

permission de la produire. Ce qui, àmon sens, démontre sans réplique que Calzado ne peut être coupable, c'est la stupidité même de l'acte qu'on lui impute ; car enfin Calzado et Garcia ne sont pas des insensés. Vous dites qu'ils sont venus chez madame Barucci pour voler. Ils ont dû, dans ce cas, préparer avant de venir tous leurs moyens d'escroquerie. Eh bien ! non, ils n'ont rien préparé ; ils pouvaient faire, chez eux, ce que Garcia fait tout seul dans les cabinets ; ils ont mieux aimé s'exposer. Voilà un homme, qui a 57 ans, une grande situation; c'est un escroc, un voleur, je le veux bien ; mais enfin accordez-lui l'intelligence du vol et l'habileté de l'escroquerie. Garcia a la main plus habile, plus expérimentée, soit ; c'est lui qui prépare les cartes, mais il les préparera hors de la maison de madame Barucci. Il n'arrivera pas avec des cartes qui sont encore cachetées, qu'il ira ouvrir dans un cabinet dans lequel il peut être vu. Agir ainsi, convenez-en, c'est de la folie! Ce n'est pas tout encore; s'ils sont d'accord, ces deux escrocs, l'un des deux au moins conservera sa raison. Il examinera les cartes, il verra s'il est possible de tromper avec quelque sécurité. Vous n'avez pas vu les cartes ajoutées par Garcia; je vous en supplie, regardez-les. Est-ce que vous croyez qu'elles ressemblent à celles de madame Barucci ? détrompez-vous, rien n'est plus dissemblable. Les cartes de la maison de madame Barucci sont des cartes unies, elles ont servi, elles sont presque grises ; celles que Garcia avait apportées étaient recouvertes d'une couche d'argent brillant; les cartes de madame Barucci avaient des figures simples ; les cartes de Garcia étaient à deux têtes ; et puis, les piques, les trèfles, les carreaux, les cœurs, ce qu'on appelle le dessin, tout cela était encore différent. Ce que je vous dis est attesté par l'expert commis pour examiner ces différentes cartes. L'expert est le fabricant même des cartes de madame Barucci, celui qui avait fourni au cercle agricole les cartes qu'on avait rapportées le 4 février.

« On m'a chargé, dit-il, d'examiner 11 jeux de cinquante-deux cartes de ma fabrique et quatre jeux de la fabrique de Luné ville.

« Les cartes de Lunéville (apportées par Garcia) sont blanchies par derrière d'une couche de blanc d'argent.

« Les cartes de ma fabrique sont sans préparation de ce genre.

« L'habillage des figures n'est plus le même (manière de colorier).

« Les fers emporte-pièces des piques, des carreaux, cœurs et trèfles diffèrent également. »

C'est-à-dire que rien ne se ressemble ! N'est-ce pas plus que de l'audace? C'est du délire. Est-ce qu'il était possible de ne pas être découvert ?

On avait déjà joué avec les cartes de la maison, et voilà que, tout à coup, il se glisse au milieu de ces cartes des cartes avec des images, des costumes différents, avec des dessins complètement distincts. Chacun va réclamer. Comment voulez-vous que deux hommes, qui s'entendent pour le vol, puissent commettre une pareille ânerie. C'est le mot. N'yaurait-ilenfaveurdeCalzadoque ce fait, cela suffirait ; car il est certain que chacun de vous reconnaîtra l'impossibilité d'une pareille entente. Oui, faites de ces deux hommes des escrocs, mais des escrocs ayant l'intelligence vulgaire. Ne leur faites pas faire ce travail insensé dans un salon comme celui de madame Barucci. Qu'ils soient trahis par une circonstance imprévue, je le veux bien; mais au moins ne leur faites pas imprudemment étaler leur crime. Cet argument, je le répète, m'a frappé quand j'étudiai cette affaire; je compris alors et je crois encore qu'il y a là, pour vos consciences, quelque chose qui peut les éclairer.

Mais pourquoi nous occuper de tous ces détails ? Pourquoi vous soumettre ces arguments dont je n'ai pas besoin? Encore une fois, j'attends que M. l'xVvocat impérial prouve la part que Calzado aurait prise à la préparation des cartes, la connaissance qu'il a eue

188 PLAIDOYERS DE M" LACIIÂUD.

du mélange des cartes apportées par Garcia, la connaissance qu'il avait de l'escamotage, qui a été fait par Garcia, faisant disparaître des cartes et les remplaçant par d'autres. La place qu'occupait Calzado, celle de Garcia, les autres faits qui se sont produits, établissent que Calzado était là quand Garcia était ailleurs, et que par conséquent ils ne peuvent être solidaires l'un de l'autre.

Eh bien ! ceci établi, que va-t-il se passer ? C'est ici que j'appelle votre attention. M. de Caderousse a des doutes. On arrive, on observe, et on s'aperçoit bien vite qu'ily a des cartes suspectes. M. de Gramont-Caderousse dit aussitôt à Garcia — avec des hommes comme ceux-là, il n'y a pas de ménagements à prendre — : « Vous êtes un voleur. » Garcia balbutie, hésite, et l'on a la preuve qu'il a ajouté un certain nombre de cartes. Tout le monde garde sa place. Et lorsque, tout à l'heure, M® Laurier disait qu'il est probable que Garcia faisait passer de l'argent à Calzado chaque fois qu'il gagnait, il oubliait que le dernier coup était de 61,000 francs et qu'il est établi qu'au moment où la scène a commencé, où on a interrompu la partie, Garcia avait mis 128,000 francs dans sa poche. N'oubliez jamais cela. Messieurs, c'est là un point capital dans cette affaire. On découvre ce qu'on appelle le vol, on le constate, et Garcia met dans sa poche la totalité de la somme qu'il a devant lui. Ce fait est attesté par tous les témoins.

Alors commence une scène, que je ne veux pas décrire; elle dure trois heures et demie. Garcia avoue qu'il a apporté des cartes ; il dit que c'est un fétiche de joueur, une de ces marottes qui n'indiquent pas la mauvaise foi. On ne veut pas accepter ses explications; on lui déclare qu'il rendra l'argent ou qu'on enverra chercher le commissaire de police. Au moment de ces pourparlers, un de ces messieurs fouille dans la poche de Garcia, il y trouve des cartes. Il parait qu'il y en avait de cachées dans son gilet, sous ses aisselles, partout enfin. Depuis la découverte de la fraude jusqu'à la

fin de la scène, Calzado et Garcia ont été loin l'un de l'autre et Calzado n'a pas pu communiquer avec Garcia. Quand on vient supposer que Garcia a pu passer de l'argent à Calzado, il faudrait au moins dire qu'ils se sont rapprochés, qu'une communication a été possible. Vous connaissez l'instruction, et je la connais aussi; il n'y a rien, je l'affirme, qui permette de faire cette hypothèse. Ce qui est vrai et ce dont tous les témoins déposent, c'est que tout le monde était indigné ; chacun exprimait son indignation à sa manière. Ces jeunes gens, très ardents, très généreux, très loyaux, s'emportaient dans des phrases vives. Je le comprends, c'est de leur âge et de leur sang. Calzado est resté à l'écart. Loin de se rapprocher de Garcia, qui, je le répète, avait pris tout l'argent qui se trouvait sur la table, il reste assis dans un fauteuil. C'est même un des reproches qui lui sont faits par l'instruction. «Vous ne vous êtes pas assez indigné, » lui a-t-on dit.

Que voulez-vous? c'est affaire de tempérament et de caractère ; chacun s'emporte à sa façon, et ceux qui crient le plus ne sont pas toujours ceux qui s'indignent davantage ; il y a beaucoup de gens qui ne disent rien, et qui sont plus malheureux, plus offensés que d'autres. Oui, Calzado a été atterré de voir un compatriote, un homme avec lequel il avait eu des relations, il y avait une heure à peine, qui avait été son associé au trente etquarante, accusé et peut-être coupabled'une aussi grande infamie.

Comprenez tout ce que cette situation avait de pénible, comprenez aussi qu'elle explique l'attitude de Calzado. Mais lorsque madame Barucci va le trouver et lui dit : « Monsieur Calzado, vous le voyez, M. Garcia ne veut pas rendre l'argent ; intervenez, car enfin vous le connaissez, il est votre ami. — Non, madame, ce n'est pas mon ami, c'est mon compatriote, et c'est bien assez. » Il se lève et s'adressant à Garcia, il lui déclare que, devant le fait qui se produit, il doit rendre l'argent.

Dans cette dernière partie des faits, où est, je le demande encore, la preuve qui doit accabler Cakado?Il faut que le ministère public s'explique franchement. Entend-il trouver une preuve de culpabilité dans l'embarrasdecethomme? Eh bien! non,iln'oseraitpasledire.

Mais il y a un autre reproche plus grave que celui-là, je le reconnais, et je veux l'aborder sans plus tarder. Calzado a refusé de rendre l'argent qu'il avait gagné en s'intéressant dans le jeu de Garcia. Je comprends bien l'objection qui nous estfaite. Vous ne pouvez douter de la fraude de Garcia, dit-on ; vous lui donnez le conseil de rendre l'argent; et le vôtre, comment pouvez-vous le conserver en sachant quelle est son origine? Car si vous ignoriez que Garcia est un escroc, lorsque vous pariez pour lui, le doute n'était plus possible après que la tricherie était dévoilée.

Cet argument. Messieurs, a pu vous impressionner; aussi permettez-moi d'appeler votre attention sur ce point. Je m'explique l'attitude de Calzado. Il a compris que tout était annulé dans la partie de baccarat et que chacun rentrait dans l'argent qu'il avait. Ainsi, vous le savez, on a laissé à chacun des joueurs, à Garcia luimême, la somme qu'il déclarait avoir apportée. Eh bien, Calzado était venu avec 40,000 francs; il avait 15,000 francs environ, quand il a commencé le baccarat; il avait perdu d'abord, il a regagné ensuite ; et il a cru, je le répète, pouvoir conserver une somme qui le laissait dans l'état même où il se trouvait avant le baccarat. A-t-il eu tort? a-t-il eu raison? Ce n'est pas la question. S'il avait caché son gain dans la partie de Garcia, oui, alors vous pourriez avoir un soupçon; mais il ne l'a jamais nié ; chacun le fixe à peu près au même chiffre: 15 ou 10,000 francs. C'est la somme qu'il avait dans son portefeuille; c'est la somme qu'il reconnaissait avoir gagnée avec Garcia.

M. le Président interrompt M<= Lachaud et rappelle M. de

Caderousse et M. de Poix pour leur demander si M. de Gramont et d'autres joueurs ont perdu pendant la taille de Garcia.

Il résulte de leurs déclarations que M. de Miranda avait toujours fait banco contre M. Garcia; mais que Garcia avait proposé à ces messieurs de jouer contre lui en dehors et qu'il les avait gagnés.

M. le Président, après cette explication, rend la parole à M« Lachaud, qui continue ainsi :

Garcia n'a rendu d'abord que 40,000 francs, c'était une dérision ; il venait de mettre dans sa poche plus de 120,000 francs. Vous savez alors ce qui se passe; il faut bien vous le rappeler, car vous devriez en tenir compte pour examiner le seul point, qui devient une charge contre Calzado.

Garcia se promène de place en place, laissant tomber partout des billets ; il en tombait de son gilet, de son pantalon, il en plaçait où il pouvait, sur les meubles, dans les rideaux, et il ne faisait pas un pas sans laisser une trace de son passage.

J'ai extrait des dépositions des témoins le texte même de leurs déclarations. Je pourrais vous le lire pour bien établir au milieu de quel désordre les billets apparaissaient, mais c'est inutile, et cela n'est pas nié par la prévention.

C'est ici que se place le fait incontestablement le plus grave contre Calzado. On a voulu le fouiller; chacun se soumettait à cette mesure, il a compris qu'elle était dirigée contre lui. Il s'en est offensé et il a refusé. On dit qu'après qu'il eût montré son portefeuille, qui contenait 16,000 francs, il s'est échappé tout à coup de son pantalon un paquet renfermant 14,000 francs de billets de banque, qui sont venus tomber à ses pieds. J'ai retenu très exactement sur ce point la déclaration des témoins et je la rappelle en citant textuellement :

Madame Barucci : « J'ai vu tomber le paquet du bas « de son pantalon. »

M. Feuilïïade de CuAUviN : « On trouva le paquet à « ses pieds. »

M. DE Caderousse : « Calzado s'est déplacé, on a « trouvé à ses pieds 14,000 francs. »

M. DE Poix : » Je n'ai pas vu tomber les billets de « banque, mais j'en ai vu entre les jambes de Calzado. »

M. DE VivERS : « Je n'ai pas vu tomber les billets, « j'étais placé devant Calz^ado, on les a trouvés derrière « lui. »

Il résulte de tout ceci que, près de Calzado, on a trouvé un paquet de billets. Je reconnais que l'impression des témoins est que ces billets sortent de ses vêtements. Mais cette impression peut-elle devenir une certitude? qui pourrait l'assurer?

Je viens d'établir qu'il y avait des billets de banque partout, que Garcia ne faisait pas un pas sans en laisser tomber ; or, quelle que fût la vigilance des personnes qui se trouvaient là, il n'était pas possible de tout ramasser exactement.

Appréciez maintenant combien il est difficile d'affirmer que les billets, tombés aux pieds de Calzado, sortent nécessairement de son pantalon. Est-ce qu'il n'est pas possible que ce paquet ait été ramené, à l'insu de tous, près de Calzado? qui peut dire non? Les robes traînantes de ces dames, qui circulent dans le salon, le pied de l'un de ces messieurs, une cause inconnue a pu rapprocher ces billets. Sur un tapis, pendant la nuit, alors que les ombres des meubles étendent autour d'eux une certaine obscurité, comment ne pas admettre une cause d'erreur si facile à commettre ?Si quelqu'un les avait vus sortir de sa poche, ces billets, je serais bien forcé de croire, mais on les a aperçus aux pieds de Calzado, et on a supposé, car on n'a pu le voir, qu'ils sortaient du bas de son pantalon.

Vous ne pouvez acquérir aucune certitude par la déposition des témoins, que je n'accuse certes pas de mauvaise foi, mais qui se trouvaient dans les conditions

les moins favorables pour échapper à l'erreur et à la prévention, et si j'ajoute qu'il y a à l'existence de tous ces faits quelques impossibilités presque matérielles, il faudra bien admettre que c'est là une preuve peu rassurante.

On a beaucoup ri du coiffeur que nous avons appelé et qui est venu vous dire que, pour descendre le pantalon de Calzado, il avait fallu presser la tige de botte. On a eu tort de s'égayer aussi facilement ; car si le pantalon est trop étroit pour laisser un passage suffisant au paquet de billets de banque, il faudra bien qu'il s'arrête. Je vais réjouir encore l'adversaire ; j'ai fait demander au tailleur de Calzado la mesure de ses pantalons. J'ai le nombre des centimètres aux genoux et au bas du pantalon. Ces détails peuvent paraître plaisants; cependant si un pantalon est très serré du bas, il sera presque impossible qu'il puisse y passer quelque chose d'un certain volume, et comme l'argument est très sérieux, voici la mesure exacte des pantalons de Calzado : 42 centimètres au genou; ii centimètres au bas de la jambe.

Il faut ajouter que Calzado porte des caleçons, qu'il a des bottes, et qu'un objet, s'il s'était glissé dans le pantalon, tomberait dans la botte et ne pourrait pas tomber par terre. Je ne veux pas dire que ce soit d'une impossibilité absolue; il ne faut pas exagérer, je veux seulement vous démontrer la difficulté de tout cela et ajouter un motif de plus pour vous empêcher d'accepter l'opinion si incertaine que les témoins vous apportent.

Mais je me demande pourquoi Calzado aurait dissimulé ces 1 4,000 francs s'ils avaient été en sa possession; 14 et 16 qu'il avait faisaient 30,000 francs. Cette somme n'avait rien d'excessif; il avait apporté 40,000 francs. J'ai le reçu du caissier du théâtre, qui les lui avait donnés. Personne n'avait à compter avec lui. En admettant qu'il eût été fouillé, il n'avait rien à craindre. Si la somme avait été très forte, si on n'avait rien trouvé en la possession de Garcia, et si tout l'argent gagné était sur

194 PLAIDOYERS DE M" LAGHAUD.

lui, je comprendrais sa terreur, et je comprendrais aussi qu'il eût employé tous les moyens pour en faire disparaître une partie.

Mais Garcia avait l'argent gagné, il le jetait partout dans le salon. Calzado, qui ne s'était pas rapproché de lui, n'avait rien à redouter. Il avait joué dans le jeu de Garcia, il y avait gagné ; chacun l'avait vu ; il ne le contestait pas; il devait donc avoir de l'argent.

Nul ne pouvait s'étonner de la somme qu'il possédait ; d'où pouvait donc lui venir une inquétude? et pour quelle raison se serait-il débarrassé de 14,000 francs? Plus vous y réfléchirez, Messieurs, et moins vous trouverez vraisemblable le fait dont on accuse Calzado. Et si alors vous vous rappelez combien l'erreur a été facile, vous n'hésiterez pas un seul instant à reconnaître que le paquet de billets de banque ne venait pas de lui.

Il ne me reste plus à examiner qu'un dernier fait qui a excité l'indignation très vive du ministère public et de l'avocat de la partie civile, fait qui me paraît, je l'avoue, avoir pris des proportions vraiment exagérées ; je veux parler de la visite, qui a été faite par Garcia à Calzado au moment de son départ.

Garcia est venu, cela est vrai. Calzado ne l'attendait pas et son arrivée lui a causé une pénible surprise, Garcia venait s'excuser de ne pouvoir rendre à Calzado, en partant, l'argent qu'il lui devait. La conversation a eu lieu en présence du secrétaire de ce dernier, qui en rapportera fidèlement tous les détails.

Que faire? vous demandez à Calzado de se précipiter sur Garcia, de le mettre à la porte avec colère et avec outrage ! S'il l'avait fait, ne diriez-vous pas que c'est là une comédie d'indignation? Garcia s'excuse, il dit qu'il n'a pas voulu tromper, et comme il est d'usage, en Espagne, d'offrir toujours à celui qui se présente pendant qu'on est à table de prendre part au repas, le secrétaire, si ce n'est pas même Calzado, invite Garcia; celui-ci prend un bouillon et se retire..

Je sais bien, avant de les avoir entendues, les grandes phrases qu'on peut faire sur ce sujet. Mais en laissant décote toute cette rhétorique, songez, Messieurs, que s'ils eussent été complices, ces deux hommes auraient pris plus de précautions pour se visiter ; et demandezvous si, lorsque vous voyez Garcia venir çans mystère et sans aucune précaution chez Calzado, s'il ne résulte pas de cette visite la preuve morale que Garcia n'était pas uni par un pacte honteux à Ihomme qu'il allait si publiquement visiter.

Voilà, Messieurs, toute cette affaire, et après l'avoir si longtemps examinée, je cherche encore une preuve capitale qui doive perdre Calzado. S'il suffisait de susciter des impressions, je pourrais trembler, car il est trop facile de les exciter pour ne pas les rendre à volonté redoutables.

Vous, Messieurs, qui résistez à ces entraînements dangereux, vous vous rappellerez qu'aucune charge directe ne s'élève contre Calzado, que le délit commence au moment du baccarat, et qu'aucun fait antérieur ne peut s'y rattacher ; vous vous souviendrez que Calzado est étranger à la préparation des cartes, qu'il n'a pu communiquer avec Garcia depuis que cette fatale partie a été engagée et que rien, absolument rien, n'autorise à dire qu'il a été son complice.

Souvenez-vous encore de l'attitude de Calzado depuis cette prévention. Son premier soin est de se rendre chez le ministre d'État pour lui demander une enquête; il la sollicite de l'administration, il l'attend de la justice. Il ne fuit pas, lui, et vous le trouvez] à votre barre au jour où il y est appelé. Ce n'est pas à lui, qu'on peut reprocher ces lettres que le ministère public blâmait si vivement. Sa conduite, depuis le jour de la prévention, a été simple, modeste, digne et comme il convient à un innocent.

Messieurs, vous lui rendrez justice, j'en ai le ferme espoir. Son honneur a été cruellement atteint, ses in-

térêls sont gravement compromis. Il n'a pu conserver son privilège, et le théâtre Italien, qu'il a si merveilleusement ressuscité et dans lequel une partie de sa fortune est engagée, il l'a perdu; qui sait les conséquences désastreuses qui peuvent en résulter? à quels sacrifices n'est-il pas exposé? Oh ! je ne veux pas en douter, car ce serait une trop odieuse ingratitude, et l'administration en e^t incapable, personne ne peut penser à enrichir son successeur à ses dépens. Ce serait trop odieux! mais enfin. Messieurs, de sa fortune il adviendra ce qu'il pourra. C'est uniquement de son honneur que je me préoccupe ici; de l'honneur de son nom, du nom de son fils, de ce cher jeune homme qui est un modèle par son dévouement et par sa conduite; pour lui du moins tous n'ont eu qu'estime et sympathie, la calomnie l'a respecté. Laissez-moi dire qu'un tel fils doit avoir un père digne de lui, et que cette noble et vive affection ne peut être inspirée que par une âme loyale et honnête.

Dans un instant. Messieurs, une voix puissante va me répondre. Ma voix est épuisée, malade depuis quelques jours, je n'ai plus de forces après cette si longue audience. Mais la partie civile insiste trop pour qu'on puisse lui refuser de prendre de nouveau la parole.

Soit! qu'ils réunissent de triples eff'orts et de triples discours pour combattre Galzado. Je ne m'y oppose pas. Seulement qu'ils soient moins assurés de leur victoire, car leur ardeur dans cette lutte inégale témoigne de leur inquiétude et du péril que court leur accusation.

Si ma parole peut encore arriver jusqu'à vous, je répondrai à mon tour, sinon je trouverai un auxiliaire généreux et puissant aussi, pour compléter cette défense.

Enfin, Messieurs, ne sais-je pas que ce ne sont pas nos paroles qui entraînent votre conviction? Notre seule ambition doit être de marcher avec vous, en nous éclairant ensemble aux lumières de la discussion. J'ai accompli ma tâche sans attaque contre ceux que je devais respecter, mais avec une liberté d'appréciation

qui est mon droit et que je ne laiserai jamais sacrifier enlre mes mains.

Vous avez tous les éléments de décision, jugez maintenant. Je crois Calzado innocent; l'élude de cette aflaire a fortifié ma conviction; il me paraît impossible, si vous éloignez les préventions et si vous vous rattachez seulement aux preuves, que vous puissiez hésiter un instant. J'ai fait mon œuvre, à vous d'accomplir la vôtre. J'ai confiance dans ma cause et je vous demande l'acquittement.

Après la plaidoirie de M*" Lachaïul, M" Crémieux, bien qu'il fût plus de minuit, prit la parole pour répliquer au défenseur de Calzado et la garda pendant une heure.

Enfin M'' Lachaud, indisposé depuis plusieurs jours et épuisé par sa belle et logique plaidoirie, pria M" Massu, un des maîtres dans l'art de bien dire, de le suppléer et de répondre à, M"= Crémieux. M*^ Massu ayant terminé sa réplique à deux heures du matin, le tribunal entra clans la chambre du Conseil pour en sortir à deux heures et demie avec un jugement qui déclarait Garcia et Calzado coupables du délit d'escroquerie et condamnait Garcia à cinq ans de prison, et Calzado à dix-sept mois de la même peine, et tous les deux à une amende de 3,000 francs. De plus le jugement, faisant droit aux conclusions de la partie civile, condamnait (îarcia et Calzado solidairement à payer k M. de Miranda 41,000 francs à titre de dommages et intéièts.

M. Calzado fit appel de ce jugement. Le public, quand raflaire vint devant la Cour, montra pour assister aux nouveaux débats le même empressement qu'il avait montré pour entendre les premiers débats devant la police correctionnelle.

L'all'aire fut jugée par la Cour dans l'audience du 17 avril 1863, sous la présidence de M. de Gaujal, M, Dupré-Lasale remplissant les fonctions de ministère public.

M" Crémieux, qui se présentait au nom de M. de Miranda, s'en rapporta aux conclusions de M. l'avocat général.

Puis la Cour, après avoir entendu M'' Massu au nom de Calzado et M'= Lachaud, qui répliqua à M. l'avocat général, rendit un arrêt qui confirmait le jugement de prenuère inslance.

Mars 1864.

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