‹ Plaidoyers de Ch. LachaudChapitre 19 sur 21 · V. (Même numéro) : « Le général Trochu avertissait la · texte numérisé non relu

V. (Même numéro) : « Le général Trochu avertissait la

révolution que douze mille prétoriens de l'émeute, déjà signalés par les troubles scandaleux de Châlons, étaient campés sous les murs de la capitale. Les faubourgs tressaillirent et la gauche législative comprit que l'heure allait sonner.

a Ce qu'il est permis d'affirmer, parce que le fait,

tout immoral qu'il soit, est indéniable, c'est que des relations intimes s'étaient établies entre la gauche révolutionnaire qui méditait le renversement de l'Empire, et le chef militaire chargé de défendre le gouvernement dont il avait sollicité et surpris la confiance.

VI. — (Même numéro) : « Il salua et s'étant profondément incliné devant l'Impératrice, il lui tint ce petit discours : <' Madame, si votre police est bien faite, elle a dû vous dire « que les députés de la gauche ont tenu chez moi plusieurs « réunions ces jours-ci. Que Votre Majesté n'en prenne pas (( ombrage, mon dévouement est sans bornes el s'appuie « sur une triple garantie : Je suis Breton, catholique et « soldat. »

« Prévenir les soupçons par une feinte franchise,

dénoncer la gauche en cas d'insuccès, se garder à pique en même temps qu'à carreau, et trahir tout le monde en se plaçant sous le saint nom de celui qui fut vendu trente deniers par Judas, tout cela en trois révérences et en quatre membres de phrase: avouez c^ue c'est un chef-d'(Euvre ! »

VII, — (Même numéro) : (( L'Impératrice lit remarquer que c'était surtout la Chambre qu'on menaçait el qu'il était urgent de sauvegarder le lieu de ses séances plutôt que les Tuileries. Mais (ceci est à noter pour l'histoire), autant le général Trochu se montrait empressé et chaleureux pour ce qui regardait l'Impératrice, autant il parut peu explicite pour ce qui concernait la défense de la Chambre.

'( Faut-il rappeler que le premier soin de l'intègre général fut de prendre à Jules Favre sa Présidence pour se l'appli-

AFFAIRE Di: GÉNEUAL TROCIU'. 'io&

quer àlui-même? Celait à prendre ou à laisser. Président, le général s'engageait h servir la République ; non Président,il devenait capable de sauver la Régence.

« Mais enfin, lorsque le palais fut menacé, l'Impératrice fil chercher l'homme qui s'était ofl'ert à mourir pour elk^^ sur son honneur de Breton, de catholique, de soldat. On vint apprendre à la Régente que le général Trochu avait passé devant les Tuileries mais sans y entrer, et qu'il siégeait à l'hôtel de ville où la République était proclamée. Tout était fini ; la trahison venait d'assurer le triomphe de l'émeute. »

2" D'avoir au même lieu et à la même époque, par la publication des écrits sus-relalés, lesquels ont été vendus et distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux publics, commis le délit d'outrage envers le général Trochu, dépositaire de l'autorité publique, à raison de ses fonctions et de sa qualité, notamment dans les passages suivants desdits écrits :

(Numéro du 23 janvier) : « Je reconnus à l'instant même le personnage que j'avais vu de près à Londres, dans le musée de cire de madame Tussaud, entre Dumolard et Tropmann: c'était M. le général Trochu. »

(Numéro du 27 janvier) : « La première sentence appartient à M. le général Changarnier : c'est Tartuffe coiffé du casque de Manffin. »

(Même numéro) : « C'est le mot de M. le maréchal df Mac-Mahon devant le commissaire d'enquête : Je le croyais un honnête homme. »

Contre Vitu :

De s'être, au même lieu et ii la même époque, rendu complice des délits ci-dessus qualifiés, en fournissant à de Villemessant les articles dont s'agit, pour être publiés et en l'aidant et assistant avec connaissance, dans les faits qui constituent la diffamation et l'outrage envers le général Trochu :

Délits prévus par les articles 1'='', 13 et 16 de la loi du 17 mai 1819; 6 de la loi du 25 mars 1822; 1" et 3 de la loi du lo avril 1871 ; 59 et 60 du Code pénal;

Ordonne la mise en prévention desdits de Launay de Villemessant et Vitu, et les renvoie devant la Cour d'assises du département de la Seine, poury être jugés;

Ordonne que le présent arrêt sera exécuté à Ja diligence .du Procureur général.

Fait au palais de justice le 8 mars 1872, en la Chambre «lu conseil où siégeaient: .M. Falconnet, président; MM. de Faget-Baure, Fleury, Cassemicbe, David, Perrot, conseillers composant la chambre des mises en accusation et qui ont ^signé le présent arrêt avec M. Gorgeu, greffier.

Signé : Falconnet, Faget de Baure, Fleury, Cassemich?, David, Perrot, Gorgeu.

Après la lecture de ces diflférentes pièces, le Président interrogea MM. deVillemessantet Vitu.

M. le général Trocbu, invité ensuite à donner à MM. les jurés les raisons de ses poursuites, expliqua qu'ildemandait une condamnation parce que les deux articles du Figaro ne s'attaquaient pas seulement à ses actes de fonctionnaire public et de général en chef, mais qu'ils attaquaient surtout son caractère et son honneur.

Après l'audition des témoins de MM. de Villemessant et Vitu et de ceux de M. Trocbu, M'' Allou prit la parole pour soutenir la demande de M. Trocbu. Il s'efforça dans sa iDclle plaidoirie de disculper le général et d'expliquer sa conduite dans les diftërentes fonctions qu'il a remplies.

L'Avocat général Merveilleux-Duvignau succéda àM° Allou, pour prononcer son réquisitoire et soutenir l'accusation.

M° Grandperret, défenseur de M. Yitu, répondit aux deux adversaires de son client ; il le fit avec fermeté, avec dignité et dans un magnifique langage.

Le général Trocbu ne voulut pas rester sous le coup de cette éloquente plaidoirie, et il fit un long discours p,our expbquer aux jurés quel homme il était et quelle avait été la raison de sa conduite.

M«Lachaud prit la parole le dernier et, résumant l'affaire, ■jI répondit au général Trocbu, à son avocat et au ministère jîublic.

PLAIDOlRIt: DE AP LACHALD

Messieurs,

Je viens répondre à M. le général Trochu, et je veuxle faire avec calme et mesure. Je laisserai de côté certaines provocations ardentes que vous avez entendues; hier. M. le général Trochu défend son honneur, il i> des privilèges qui n'appartiennent qu'à lui. Les faits dominent les paroles; lorsque j'aurai résumé une fois de plus ce procès, les preuves que nous vous devons seront faites, je l'espère ; et les grands et éloquents discours, prononcés dans cette enceinte, n'empêcheront pas la justice de faire son œuvre et de prononcer l'arrêt que nous attendons.

En assistant à ces débats je me disais qu'il y avait des expiations inévitables. Dieu le veut ainsi. Lorsqu'elles tardent à venir, ceux, qui doivent les subir, semblent entraînés par un égarement fatal à se précipiter eux-mêmes au-devant du jugement qui leur est réservé. N'est-ce pas ici un des plus grands exemples qui puisse en être donné? M. le général Trochu avait des com])tes à rendre à l'histoire ; mais l'histoire est quelquefois lente à se faire, et il a voulu que les faits de cette période de sa vie fussent solennellement enregistrés et fixés ; il l'a voulu : qu'il soit satisfait. L'heure est venue où toute la vérité va s'inscrire irrévocablement dans le livre de la postérité.

L'histoire est faite, et ces grands débats la donneront saisissante à la postérité.

Après la plaidoirie si magnifique de mon honorable confrère M- Grandperret ; après la démonstration si vigoureuse, si nette, si précise qu"ilnous a fait entendre-

:3o8 PLAIDOYEIÎS DE M' LACIIAUD.

hier, j"ai bien peu de clioses à dire ; et quant à moi, à cette heure du débat, je cherche plutôt à faire un irésumé qu'une plaidoirie.

Mais d'abord. Messieurs, qu'il me soit permis de répondre à M. l'Avocat général, et de m'étonner d'une •observation qui s'est produite dans ses deux discours. Est-elle juste ? vous allez en juger.

Nous faisons, dit-on, l'opinion ; nous arrivons jus- .que dans cette enceinte entourés de ces excitations fâcheuses, qui peuvent troubler vos consciences, et l'honorable organe du ministère public gémit presque de cette situation qui est faite à votre impartialité. Pourquoi ces paroles, Monsieur l'Avocat général? Mais vous ne lisez donc que les journaux favorables à la défense -de notre adversaire, vous ne lisez donc pas ceux qui nous accablent et nous outragent? Oui, vous avez raison : ce procès est un procès d'opinion. Oui, les plaies sont encore saignantes, et l'on ne peut pas devant de semblables souvenirs rester calme.

Dans cette lutte d'opinion, vous le savez et vous devez ie savoir, chacun a ses journaux. Ah ! nous faisons l'opinion contre M. le général Trochu ! écoutez donc comment on fait l'opinion contre nous. Un journal nous (\ injuriés, diffamés de la façon la plus odieuse ; il a accompagné des épithètes les plus grossières les noms (les honorables témoins que nous avons appelés ici. Je ne citerai qu'une seule phra<e d'un journal que je ne veux pas nommer.

« J'écoutais, dit ce journal, avec bonheur, avec vo- « lupté ! je savourais leurs paroles. Que peuvent-ils bien <( dire pour leur défense, ces misérables auteurs de <( nos calamités et de toutes nos hontes? »

Et l'article se continue sur le même ton ; je n'en lis pas davantage. Un autre journal, que je ne confonds pas avec celui-ci, un journal honnête, rédigé par des écrivains honorables, mais que les passions politiques •^''garent en ce moment, nattaque pas seulement les

AKFAIHE Dr GENERAL TROCIU'. 350

prévenus, il atta({ue aussi les défenseurs ; et alors que nos journaux répètent avec nous que M^ Allou est un des beaux caractères, et un des plus admirables talents de ce temps-ci, écoutez comment ce journal honnête traite les défenseurs de ceux qui sont poursuivis : mes deux confrères sont des comparses, illustres comparses vous le savez ! Ils sont sans talent, et quant à l'avocat. Messieurs, qui a l'honneur de parler devant vous en ce moment, voici ce qu'on en dit :

« Comme il va s'emparer des douze jurés! Au fond « M^ Lachaud méprise profondément ces braves gens. ^< Il les a trompés tant de fois ! Mais il est plein pour « eux de déférence apparente. »

Yoilà ce qu'on écrit. Monsieur l'Avocat général, et il est bien regrettable que vous ne le lisiez pas.

Pour moi, est-ce que je suis atteint par de pareilles attaques? Est-ce que. Messieurs les jurés, vous ne dédaignez pas, comme moi, l'injure qui nous est faite? Passons ! Cependant qu'il reste établi, s'il vous plait, que dans cette lutte toutes les opinions s'ag]tent. Vous n'avez pas le droit de dire que ce sont nos amis et nous, qui seuls cherchons à troubler la justice du jury. Il faut rentrer dans la vérité, et la vérité vous la connaissez.

Ceci dit, arrivons au procès.

Je plaide pour le Figaro, pour M. de Villemessant, qui est ici, parce que sa loyauté ne lui a pas permis de ne pas y être. Mon honorable contradicteur. M** Allou, n'aurait pas mieux demandé que d'écarter M. de Villemessant de ces débats. Il était à Nice au moment où l'article a paru; il n'avait qu'un mot à dire : ces articles, je ne les ai pas connus; j'en suis responsable légalement, mais je n'ai pas su qu'on imprimait pareilles choses dans mon journal. La prévention s'arrêtait devant lui. Il n'a pas cru devoir dire ce mot. C'était un mensonge, il n'a pas voulu le faire; et, si on attaque souvent M. de Villemessant, je ne sache pas que jamais sa loyauté ait pu être suspectée.

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{Quelques rumeurs s'élèvent en ce moment, au fond de la salle, dans la partie où se trouve le public debout.) M. le Président réclame le silence et M'^ Lachaud s'écrie :

Monsieur le Président, je vous demande, je vous conjure délaisserions les murmures se produire. Je suis dans le sanctuaire de la justice ; et, s'il en est qui l'oublient, tant pis pour eux. Quant à moi, je ferai mon devoir; et, si l'on changeait la nature de celte enceinte, j'ai aussi l'habitude des foules, et, quand je fais mon devoir, je ne crains personne.

M. de Villemessant n'avait donc qu'un mot à dire pour décliner la responsabilité de ces articles ; il n'a pas voulu le dire, parce que cela eût été un mensonge, et il vous a raconté la vérité. Un homme considérable dans la presse, M. Vitu, dont vous n'atteindrez pas, croyezle bien, la moralité, parc* qu'il a perdu un petit procès civil dans une revendication de meubles. Passons, une misère ! . . .

M. Vitu dit à M. de Villemessant qu'il voulait faire une étude sur M. le général Trochu. C'était son droit. Quand on monte au pouvoir, il faut en accepter les conséquences. M. de Villemessant a répondu à M. Vitu : « Faites votre article ; prenez le temps ; ayez des preuves ; arrivez avec des justifications qu'un galant homme doit apporter dans de semblables récits, et j'imprimerai. » M. Vitu a fait son œuvre. Vous avez déjà pu apprécier. Messieurs, si c'est là une œuvre de calomnie ; vous l'apprécierez bien mieux encore, tout à l'heure, quand nous discuterons le discours de M. Trochu, qui s'est si souvent écarté de l'affaire. Les articles ont été imprimés, et M. de Villemessant n'a pas voulu se séparer de M. Vitu; il l'a dit avec courage et avec dignité : car il reste toujours attaché à ceux qui écrivent dans son journal.

Il y a une parole que M. l'Avocat général a produite au débat et qui m'a étonné.

Oui, M. de Villemessant a été souvent condamné, mais

il l'a toujours été pour le compte des autres; est-ce que jamais un article écrit par lui a été poursuivi ?

M. l'Avocat général a jeté un grand mot dans le débat ; et ce mot, M. le général Trochu l'a reproduit hier : « Outrage à la morale publique. » Oh ! vous savez bien que c'est un article d'un autre, imprimé sans que M. de Yiljemessant l'ait lu! Il a été responsable devant la loi, voilà tout. Ah ! Messieurs, quand on vous aparlé des condamnations de M. de Yiliemessant pour des délits de presse, on aurait dû se rappeler que, lui, il ne fait pas comme beaucoup d'autres, et qu'il n'a pas la prudence de prendre des gérants postiches, qu'on paie Ijour la police correctionnelle ou pour la Cour d'assises.

Quand son journal est attaqué, il est au premier rang ; il couvre sa marchandise! Messieurs, c'est un exemple de courage et d'honneur, qui en vaut bien un autre. Ne parlons donc pas de ces condamnations qui n'ont rien à faire au débat ; et laissez-moi vous dii^e, mon cher confrère Allou, que lorsqu'il y a deux jours, admirant votre plaidoirie, je vous entendais faire ces petites critiques du Figaro, ces petites malices trop au-dessous de vous, je me disais que véritablement le moment était mal choisi, et vous me rappeliez ces débats dans lesquels une actrice de petit théâtre, qu'on trouve laide et sans talent, se donne le plaisir de faire calomnier un ^eu le Figaro.

Messieurs, restons dans la cause; nous sommes engagés dans un grand procès qu'il nous faut plaider et il faut le plaider comme il convient de le faire. C'est un procès qu'on intente au Figaro. Il est courageux, le Figaro : il défend l'ordre ; il est en butte à beaucoup d'attaques, et son immense succès, Messieurs, est la cause de toutes ces excitations qui se font contre lui. Est-ce que vous avez trouvé un journal plus brave dans les mauvais jours? Kst-ce que M. de Yiliemessant ne joue pas sans cesse la fortune de son journal, et môme le sort de sa personne ? Est-ce que vous ne savez pas

({u'on l'outrage chaque fois que la démagogie peut prendre librement ses ébats ? Vous le savez ; eh bien ! alors il faut lui rendre ce témoignage. Des journaux comme celui-là, ils amusent peut-être, mais ils rendent incontestablement des services.

M. l'Avocat général vous disait qu'il avait créé une génération à son image ; eh bien ! Messieurs, il enseigne à cette génération la bravoure, le patriotisme, la charité. Dites-moi s'il y a un journal au monde, qui se soit, plus que lui, intéressé aux malheurs sociaux, s'il y a une infortune privée ou publique qui lui ait vainement tendu la main, ou pour mieux dire, au-devant de laquelle il ne soit pas allé pour la secourir généreusement et délicatement. Voilà ce qu'est le Figaro. Vous l'avez dit, M. de Villemessant, dans ces débats, n'a pas perdu sa considération, et croyez qu'aujourd'hui il ne la perdra pas davantage. Voilà tout ce que j'avais à vous dire du Figaro, et je n'en aurais pas parlé si on n'avait pas rendu ces explications nécessaires.

Et maintenant, au procès, rien qu'au procès, à la véritable affaire ! Que M. Trochu se rassure, nous n'allons pas plaider le procès de l'Empire, mais le sien. Non, tout le talent dépensé pour défendre sa cause ne fera pas illusion. Ah ! je sais qu'il est commode de laisser croire ici que l'Empire seul est enjeu. On a armé de ce côté tous les ennemis de l'Empire. Eh bien ! non, il n'y a pas d'Empire ici, il n'y a pas de politique ; il y a un procès, qui s'adresse à un acte d'honnêteté et d'humanité, pas autre chose.

Je ne sais pas, Messieurs, quelles sont vos opinions politiques et je ne m'en inquiète pas. Je sais que vous êtes d'honnêtes gens, je sais que vous respectez fidèlement une promesse que vous faites ; je sais que vous êtes ménagers du sang de vos concitoyens. Cela me suffit. Le procès est là, on n'en changera pas la nature.

Ah! qu'on dise que les témoins, appelés à la requête des prévenus, ont été de grands fonctionnaires de l'an-

€ien gouvernement, peu importe; vous pouvez même • lire qu'ils sont les plus importants personnages du parti bonapartiste : cela ne fera pas faire un pas à la cause. M. de Villemessant, lui, n'est pas bonapartiste; il n'a pas appartenu à l'Empire, et quant à son défenseur, entendez-le bien, il a dans le cœur des souvenirs; il n'oublie pas la bienveillance dont on l'honore; mais quand il a ainsi payé le tribut de gratitude qu'on doit surtout au malheur, il peut se redresser pour dire que, quant à lui, il n'a appartenu à personne, il ne doit rien à l'Empire, ni à aucun gouvernement. C'est son indépendance qu'il affirme, et c'est son indépendance qui plaidera avec lui.

Maintenant, Messieurs, il faut écarter du procès tout ce que M. le général Trochu y a placé hier et qui n'est pas la cause. Il a présenté la défense de M. le général Schmitz; mais qui donc l'attaque? Est-ce que nous ne savons pas tous qu'il est un brave et loyal militaire? Au milieu de l'agitation publique de Paris, le général nous apprend que des soupçons indignes et absurdes se sont élevés contre le général Schmitz. Qui donc en a gardé le souvenir? Laissons cela, ce n'est pas le procès du général Schmitz que nous plaidons en ce moment, pas plus que celui de tous les généraux malheureux dont le général Trochu a cru devoir nous entretenir hier : le général Dupont, le général Vandamme, d'autres même qui ont été accusés, calomniés. Qu'est-ce que cela me fait ? Ce n'est pas mon procès !

Je vais le fixer, ce procès; et MM. les jurés verront que nous entrons là dans le véritable objet du débat. Il y a deux articles, deux articles ardents. On n'écrit pas ces choses-là sans que la main tremble, sans que l'esprit soit ému; et, quand je parle de l'esprit, Messieurs, je me trompe, c'est le cœur surtout qui bouillonne à de semblables souvenirs. Voici les points sur lesquels il faut soutenir la discussion et je les fixe : l'attitude de M. le général Trochu au 2 décembre; la

1304 PLAIDOYERS DE M' LACIIÂUD.

tidélité de M. le général Truchu à l'Impératrice et ani Corps législatif; les motifs qui l'ont déterminé à engager la bataille de Buzenval, et quelques-uns de ces mots relevés principalement par M. l'Avocat général, qui les a appelés des outrages.

Voilà le débat! il est là. De la guerre de 1870, dont on vous a entretenus longuement bier, je ne dirai pas un mot. Est-ce que c'est là mon procès ! C'est un grand malbeurpour la France. (Jui, dans l'histoire, en portera la responsabilité? Nous tous sans exception, sans exception ! Le gouvernement a fait des fautes, l'opposition a fait des fautes, et la France, dans son impatience de vaincre, a poussé le gouvernement à cette fatale guerre. {Rumeurs.)

Est-ce que vous avez oublié. Messieurs, ces transports d'allégresse à la pensée des batailles, qui allaient s'engager ? Est-ce que vous avez oublié ce peuple tout entier aveuglé, criant: A Berlin! à Berlin! et ces passions, que rien au monde ne pouvait contenir?

Voilà peut-être ce que dira l'bistoire, mais ce n'est pas le débat. Je n'ai pas à insister; la cause, je le répète, n'est pas une cause politique; c'est une cause d'honnêteté, elle est là !

Le moment n'est-il pas venu de nous occuper de la conduite de M. le général Trochu à l'époque du 2 décembre; de la vie militaire du général; de ses relations

avec l'Empire ? Est-ce que vous croyez que je suis

embarrassé pour rendre hommage à la carrière militaire de M. Trochu? 11 a été un soldat brillant; il a été un officier de premier ordre; qui dit le contraire? Ce procès a donné à son éminent avocat l'occasion de tresser à M. le général Trochu des couronnes qu'il peut mériter. Peu nous importe. Je passe à côté de ces souvenirs de la vie intime du général et je les respecte, comme je sais respecter tout ce qui est honorable. Mais est-ce que c'est le débat? Est-ce qu'il s'agit de savoirs! M. Trochu a été un vaillant militaire, si son intelligence

€t son courage étaient supérieurs à l'intelligence et au courage des autres officiers?

M. Trochu se plaint de ce qu'on a assuré que, vers le 2 décembre, il avait prêté au gouvernement un concours qu'il lui a refusé. Mais voici les faits : Le 2 décembre vous avez résisté, oui, peut-être; mais quelques jours après, non, assurément! Est-ce que vous croyez que le coup d'État s'est fait en un jour? Est-ce que vous pensez qu'il y a là seulement quelques heures qu'il faut examiner? Ah! ce n'est pas à vous, Messieurs, qu'il faut dire de semblables choses; car tous les gens de bon sens m'arrêteraient et constateraient mon erreur. Eh bien ! qu'a-t-on dit? On a dit que M. le général Trochu s'était rallié bien vite à ce gouvernement nouveau. On a dit que ses résistances avaient cédé bien vite et que s'il avait protesté, il n'avait pas tardé à profiter du coup d'État. Est-ce vrai? Est-ce que les dates ne sont pas là? Et à qui donc espère-t-on faire illusion? Le 2 décembre, M. Trochu proteste; il a le courage et il a bien fait de mettre sur un registre de vote : non, si c'était sa conviction. Mais le 5 janvier, il a un poste de confiance chez le maréchal de Saint-Arnaud : il est sous-directeur du personnel. Quelle est donc cette fonction, je vous le demande. Dans les débats, Messieurs, on a fait venir un témoin, qui a dit que M. Trochu avait accepté, cette situation par ordre. Par ordre, une situation administrative ! par ordre, "une situation de confiance ! par ordre, la direction morale et matérielle de tous les officiers de l'armée française! Allons donc ! Oui, l'otTicier français doit obéissance à son supérieur. Par ordre, il prend garnison dans telle ville; par ordre, il combat; par (irdre, il obéit; par ordre, il est un brave et loyal militaire; mais par ordre, il n'est jamais le confident d'un ministre, qui a fait le coup d'État le 2 décembre, quand il est si hostile à ce coup d'État

Et puis, quels sont donc, Messieurs, les avancements, pour ne pas dire les faveurs, que M. le général Trochu

a obtenus? Est-ce que je m'en plains? Est-ce que je ne les trouve pas mérités? Est-ce que je dis que l'Empire a eu tort de donner à M. Trochu l'avancement le plus rapide, qui ait été vu parmi tous les officiers de l'armée? Est-ce que je m'étonne que l'Empire l'ait fait Grand Officier de la Légion d'honneur, lui, le plus jeune des membres de cet ordre? Je ne m'étonne pas, général; vous l'aviez mérité. Je ne veux constater qu'une chose : c'est que l'Empire a été juste pour vous ; c'est que vous n'avez pas été un martyr, et que des martyrs comme vous auraient eu une de ces situations douloureuses que tout le monde leur envierait. Eh bien! sur ce premier point; voilà tout ce qu'il y a à dire. Vous pouviez avoir plus encore. Vous avez refusé de faire l'expédition de Chine. Ah ! je crois que vous avez bien fait, car votre successeur y a été admirable, et a montré ce qu'il valait à tous les points de vue. Est-ce donc le procès? Vous n'avez pas voulu être ministre sans doute encore. J'ai dit qu'après le coup d'Etat du 2 décembre, vous vous étiez associé à l'Empire ; j'ai dit que l'Empire avait eu pour vous toute la justice que vous méritiez; j'ai dit qu'il ne fallait pas qu'on pût croire que vous aviez été traité comme un de ces soldats qu'on oublie. Et tout cela. Messieurs, est parfaitement vrai. Eh bien! alors, est-ce que la première question n'est pas résolue? Non ! Est-ce que vous croyez que je vais parler des commissions mixtes? Est-ce que cela regarde mon procès?

Je ne dirai qu'une chose : les commissions mixtes ont été établies le 25 janvier; le décret, qui les constituait, est signé par le ministre de la guerre, et depuis le 5 janvier, c'est-à-dire depuis vingt jours, vous étiez à côté de lui, son confident et directeur du personnel. La preuve sur ce premier point! Mais ces faits n'apparliennent-ils pas à la discussion ? Croyez-vous donc que les officiers, — qu'ils soient royalistes, bonapartistes ou républicains, il y en a d'honnêtes et de glorieux dans toutes les opinions, — ne peuvent pas les dire elles dis-

ciiter comme je le fais, sans passion? Arrivons à Châlons, voyons ce qui s'y passe.

A Châlons, M. Trochu est nommé Gouverneur de Paris par l'Empereur. Gomment? dans quelles circonstances ? par quelle influence ? Qu'est-ce que cela nous fait ! Gela est indifférent. Je ne retiens qu'une chose : c'est que nommé Gouverneur, on a donné à M. Trochu la plénitude du pouvoir qu'il pouvait désirer. Il est revenu à Paris avec une lettre de service, qui mettait à sa disposition toute l'armée de Paris. Il a voulu ramener les mobiles avec lui ; l'Empereur a consenti à ce qu'il les ramenât.

Ici, Messieurs, il faut nous entendre. Hier, M. le général Trochu faisait de ces braves et jeunes soldats un éloge, qui était bien mérité. Est-ce que, par hasard, M. Trochu suppose que, seul, il a de l'admiration pour ces jeunes héros ? Nous aussi, nous pleurons ces braves enfants. Nous aussi, nous étions émus lorsque vous parliez de ce vaillant et malheureux commandant Baroche. Ah! vous aviez raison d'en parler. Il y avait là un oubli, qui était involontaire... Vous l'avez dit et je vous crois, car une omission volontaire eût été une impiété infâme dont vous êtes incapable. Nous aimions donc les mobiles comme vous les aimiez, mais nous en parlons parce que peut-être, au point de vue de la discipline, il y avait quelque inconvénient à les faire revenir à Paris. Sur la question de leur retour, il n'y a pas de doute; quand on a avec soi la déclaration du maréchal de Mac-Mahon, personne au monde ne peut protester. L'Empereur ne voulait pas vous donner les mobiles; il vous les a donnés, mais il l'a regretté. Il y a une autre déclaration que le noble maréchal a apportée à cette audience, au sujet de la marche de l'armée. Vous savez, Messieurs, qu'à cet égard les assertions de M. Trochu sont inexactes ; c'est le maréchal, qui le dit, et je ne discute pas quand j'ai un pareil homme avec moi.

On ne vous a donc rien refusé, on vous a tout donné; vos exigences, on les a acceptées. Toutàl'heure, lorsque

nous parlerons des journées des 3 et 4 septembre, nous verrons si vous avez le droit de vous plaindre d'un manque d'autorité.

Le général arrive à Paris, il est conduit auprès de l'Impératrice par M. Henri Chevreau, ministre de l'intérieur. Il est accueilli comme il devait l'être, et Sa Majesté lui aurait dit, plaçant le salut de la France audessus des intérêts de la dynastie : « Il faut rappeler les princes d'Orléans. » Le mot est vrai. Vous prétendez que c'était un piège. Ah ! un piège, dans un pareil moment ! Et pourquoi? Parce qu'on vous croyait orléaniste. Est-ce qu'à cette heure suprême, il y a des partis et des opinions? Est-ce qu'il y a autre chose que la France? Ah.! je vous plains de n'avoir pas compris combien cette parole était généreuse. Vous le savez bien : l'Impératrice avait toujours protesté contre les lois d'exil. La guerre était désastreuse ; et dans son cœur de femme, dans son amour pour le pays, elle avait le sentiment que tous les braves Français devaient servir la cause de la patrie. Il y avait encore sur la terre étrangère des hommes valeureux. Ils voulaient combattre pour la France et l'Impératrice nous disait qu'il fallait en ouvrir les portes il tous ses enfants. C'est un piège! Oh! je vous plains, je le répète, d'avoir douté.

Ensuite, Messieurs, une proclamation est faite. Le général Schmitz l'a déclaré : M. Trochu avait oublié le nom de l'Empereur dans cette proclamation; il le rétablit, puis il le supprime de nouveau sur l'invitation de l'Impératrice. Elle désirait qu'on effaçât le passage dans lequel on disait que le général précédait CEmpereur de quelques heures, et cela parce que l'Empereur ne devait pas revenir à Paris. N'était-il donc pas facile de mettre ce nom de l'Empereur dans un autre passage pour ne pas laisser planer un soupçon contre l'Impératrice ? On élève un soupçon injurieux contre Sa Majesté. On a semblé dire que c'était elle, dans des pensées ambitieuses, qui avait voulu cette

suppression. M. Trochu a protesté lui-même contre une pareille pensée. Je passe.

Il était mal accueilli, dit-il, il s'est vu en présence d'hommes publics qui n'avaient pas confiance en lui. •Qu'avait-il à faire? Il ne voulait pas donner sa démission, pensant cju'à ce moment le général devait rester au poste du devoir et du combat. Je le veux bien, mais est-ce qu'il n'est pas tout-puissant ? Est-ce que sa nomination n'est pas signée par l'Empereur ? Est-ce qu'il n'a pas sa lettre de service? Pourquoi n'a-t-il pas . réclamé ce pouvoir qu'on lui refusait, à ce qu'il prétend? Pourquoi ne s'en est-il pas expliqué nettement -avec les ministres ? Pourquoi ne leur a-t-il pas dit : « Je suis avec vous, vous êtes avec moi? » Dans des circonstances aussi graves le doute devient incertitude : sontils hostiles ?

Le général Trochu veut prononcer, pour s'excuser, ce mot que vous n'avez pas oublié : la trahison ! et il dit que c'est contre lui qu'elle a été faite. Vous, tra;hi! et qui donc s'était engagé vis-à-vi.s de vous? Vous, trahi! vous, et qui donc vous avait fait serment de fidélité? Ah! il ne faut pas ici d'équivoque, il faut que les mots restent ce qu'ils doivent être. Oui, j'entendais bien votre avocat dire qu'il y avait autour de vous une mauvaise volonté insigne, que vous vous brisiez contre des résistances de toute nature. Ceci, c'est un défaut de confiance, ce n'est pas une trahison. Et, je vous le répète, ce défaut de confiance, il vous était bien facile d'en avoir raison.

Ceci dit, abordons bien vite la grande question de ce procès. M. Trochu a-t-il été fidèle à l'Impératrice et au Corps législatif, autant qu'il le devait être? C'est là le procès ! il est là et il n'est que là. Tout le reste va s'eff"acer devant ces deux grandes questions. M. l'Avocat général l'a bien compris : il n'a traité que celles-là.

Eh bien ! voyons! A l'Impératrice, au Corps législatif qu'a-t-il promis? Qu'a-t-il fait? Qu'est-ce que

l'histoire doit dire de sa conduite ? Ce ne sont pas là les actes de FEmpire, j'imagine, et à moi, du moins, on ne dira pas que je plaide autre chose que la cause.

Voici les faits ; ils ne sont pas très nombreux, mais ils sont décisifs. Quand je les aurai rappelés à vos souvenirs, je n'aurai qu'une chose à vous dire: Mettez la main sur vos cœurs et répondez si vous eussiez agi ainsi que M. Trochu l'a fait.

L'hnpératrice ! Lui a-t-il fait toutes les promesses dedévouement? Au Conseil, il s'était expliqué. Est-ce qu'il a parlé alors de la malveillance des ministres ? Est-ce qu'il s'est plaint alors de cette situation intolérable qui lui était faite ? Vous avez entendu tous les ministres ; vous avez entendu les Présidents des deux grands corps de l'Etat.

Hier, le général essayait de raconter les faits à sa manière, il disait : « J'ai répondu à l'Impératrice : Tout est fini, on ne peut pas se défendre. » Ah! il n'y a pas d'opinion, qui conduise au parjure. On vous avait interrogé, général, sur une lettre écrite au journal Le Temps. M. Schneider a pris la parole et il vous a demandé ce que vous feriez pour résister à l'émeute. Vous connaissez, Messieurs, la réponse du général Trochu. Il n'y a pas ici d'équivoque : Vous avez dit que vous feriez votre devoir. Cela n'a pas suffi, un autre ministre vous a pressé en vous disant: « Votre devoir, sans doute, mais leciuel ? » Et vous avez répondu : « Je me ferai tuer. »

[Le généi'al Trochu affirme du geste et souligne chaque phrase du mot : « C'est vrai. »)

Ce sont des mots qui s'enregistrent ; ce sont des mots qui\ivent ; ce sont des mots, qui vous accompagneront dans l'histoire; des mots, que tous les efforts et toutes les décisions judiciaires ne pourront pas effacer : Je me ferai tuer!

Est-ce que c'est une seule fois que vous avez parlé ainsi? Est-ce que le lendemain, vous n'avez pas fait des

protestations plus accentuées et plus énergiques? Est-ce" qu'à de nouvelles observations, vous n'avez pas répondu cette phrase stéréotypée dans toutes les déclarations : i< Madame, je me ferai tuer, s'il le faut, sur les marches du Corps législatif; et pour Votre Majesté, sur le seuil des Tuileries! » Voilà ce que vous avez dit. Ce n'est pas tout encore, et avec cette élo- (juente parole à laquelle je suis le premier à rendre hommage, pour fixer davantage la confiance qu'on devait avoir en vous, vous avez dit à cette femme impressionnable et malheureuse : « Je suis soldat, catholique et Breton; je me ferai tuer pour Votre Majesté. » Le mot a été dit, et bien dit. Hier, vous n'avez pas pu le retirer du débat. 11 n'y a pas de témoin qui l'ait entendu, et cependant vous ne direz pas qu'il n'est pas vrai.

Ah ! c'est ici que je suis à mon aise pour parler de l'Impératrice ; ce n'est pas de la souveraine que je" parle, c'est de la femme. L'Empire est tombé ; s'il se relève jamais, ce qui est dans le secret de Dieu, sa dernière heure a été, au milieu de nos douleurs, une' heure de gloire pour la femme qui le représentait à Paris. {Applaudissement et mu7vnures.) Vous le savez bien, général Trochu, et vous l'avez dit : « Jamais concert d'éloges n'a plus noblement entouré la malheureuse femme qui allait quitter la France. » Ici, tous les témoins sont unanimes, et dans nos désastres c'est une consolation pour elle et pour la France.

Que nos afflictions ne nous enlèvent pas ce qu'il y a de meilleur dans le caractère français : le respect pour la femme accablée.

L'Impératrice, pensant au pays seul, disait : « Rien pour la dynastie, tout pour la France. » Eh bien! c'est cette femme, qui parlait ainsi et à laquelle vous aviez juré fidélité, que vous avez abandonnée !

Oui, vous l'avez abandonnée. Écoutez. Je ne me perdrai pas dans les détails inutiles de la cause. Il y a.

-^72 PLAIDOYERS DE M' LACIIAUD.

• deux faits pour moi, et il n'en faudrait qu'un pour vous condamner. Le 3 septembre, au soir, on apprend la défaite de Sedan et il n'est pas possible de prévoir quelles catastrophes terribles vont suivre. L'Impératrice apprend cette fatale nouvelle, et un homme de cœur, M. Henri Chevreau, — ceci n'est pas de la politique — va vous trouver, général Trochu, et il vous dit : « Venez, général. L'Impératrice a le cœur brisé : elle souffre les plus horribles douleurs, comme souveraine, comme mère, comme épouse. Une parole de pitié et de consolation de votre part lui fera du bien. Ce n'est pas seulement l'Impératrice, qui a besoin .de vous, c'est la femme et la mère. »

Quel est celui qui refuserait cette pitié à l'étrangère ? Ne la doit-on pas à la femme à laquelle on a promis -de mourir à la porte de son palais ?

Le général est fatigué; il n'a pas dîné, il ira après son repas. Et il n'y est pas allé.

Ah! Messieurs, le procès est là ; il est là.

Laissons les grandes batailles connues et inconnues, oublions tout. Il y a là une femme que vous respectez, qui souffre, une femme qui a besoin de vous; vous n'avez qu'à traverser la rue. Vous n'avez qu'à ouvrir une porte, il y a une communication entre votre palais et celui de la souveraine. Elle fait un appel à votre pitié, et vous n'avez pas eu pitié pour elle, à qui vous aviez fait le serment de mourir ! Je vous le demande, Messieurs, est-ce là un fait que nous ayons le droit d'évoquer? Entendez la réponse du général Trochu : il voulait donner sa démission ; il était mal avec les ministres. Les ministres ! la démission ! qu'est-ce que tout cela ? La politique dessèche donc tous les cœurs ? Est-ce qu^il s'agit de savoir si vous dominerez le général de Palikao, ou s'il restera votre supérieur ? Il s'agit de savoir si, à cette femme, désespérée et qui vous tend les bras, vous porterez une parole de consolation et de pitié : voilà tout. Vous ne l'avez pas fait !.

AFFAIRE DU GÉNÉRAL TROCllF. 37J-

Vous ne l'avez pas fait : c'est la culpabilité quidomine toutes les autres. Qu'on appelle cela du nom qu'on voudra : vous avez dîné, vous avez dormi, vousvous êtes reposé et vous avez laissé mourir dans l'agonie une pauvre femme qui n'avait d'espoir qu'en vous.

Voilà la vérité, voilà ce que dira l'histoire 1 Voilà la cause; elle est là, palpitante dans le cœur de tous les braves gens!

Le lendemain vous êtes venu. Vous avez eu avec l'Impératrice une conférence intime, et M. Chevreau lui en^ demandant le résultat, elle faisait un signe, qu'a traduit M*^ Allou et qui ne voulait pas dire : « Tout est perdu » : mais : « Il ne faut plus compter sur le général ïrochu. »• C'est M. Chevreau qui l'a dit, et il a eu raison. Il était sept heures du matin; l'Impératrice est partie à troisheures et demie. Vous n'êtes plus allé la voir.

Vous dites que vous n'aviez pas de commandement, que vous êtes resté dans votre cabinet pendant six heures, que vous avez envoyé le général Schmitz aux Tuileries, mais que l'Impératrice était partie. Vous êtes resté six heures au Louvre ! et pendant six heures vous ne lui avez pas apporté une parole, vous n'avez pas veillé à son départ! vous n'avez pas, vous Gouverneur de Paris, essayé de la protéger, sinon contre les dangers auxquelssa vie pouvait être exposée, au moins contre les dangers que pouvait courir son honneur, comme femme et comme souveraine! Vous n'avez rien fait! Nous allons voir ce que vous avez fait pour le Corps législatif. Mai& je vous le dis, moi : il n'est pas un homme au monde qui, vis-à-vis de l'Impératrice, se fût conduit comme vous l'avez fait! {Applaudissements immédiatement répinmés.)

Il y avait les protestations solennelles que vous savez;: il y avait les engagements, que vous connaissez ; il y avait . des serments, non pas politiques, entendez-vous? — le serment politique, je n'en ris pas, mais j'ai trop souvent appris ce qu'il valait, — il y avait les serments d'un-

homme de cœur à une femme qu'il respecte, le serment de celui qui est fort à celle qui est faible ; le serment de l'homme puissant à la femme abandonnée. Ces serments, ils n'ont pas été tenus! Voilà, Messieurs, ce qu'a fait le général Trochu. Avons-nous le droit de le lui dire? cela nous est-il permis! Ce n'est pas de la politique, cela; ce que nous avons discuté, l'histoire l'appréciera. Ainsi, M. l'Avocat général disait que de ces faits il resterait sur le général, non pas une tache, mais une trace ineffaçable; oui, inefîaçable, vous avez bien raison.

Le Corps législatif! Voyons, que devait-on faire? Qu'at-on fait? Cela n'est pas une révolution, soit. C'est un effondrement : tel est votre mot. Je le veux bien; mais si l'Empire s'en va, il reste les représentants de la nation, le Corps législatif.

Qu'a fait le général? Nous allons le savoir. Il avait promis au Corps législatif ce qu'il avait promis à l'Impératrice; il a été averti du péril — c'est M. Schneider qui l'a déclaré, — le 3 ou le i septembre.

Il n'avait pas d'autorité, pas de puissance ! Ah ! Messieurs, cela est à discuter ; mais d'ailleurs ce n'est pas de la force dont pouvait disposer le général Trochu que je .m'occupe, c'est de ce qu'il a fait lui-même. Le 3 septembre au soir, il y avait eu des troubles ; on avait porté un homme blessé à la porte du Gouverneur, qui avait fait un discours promettant justice. Le i septembre, il ne lui était pas possible de savoir ce qui se passait? tout le monde le savait, tout le monde? Chacun a vu la garde nationale de certains quartiers réunie en groupes et se .dirigeant vers l'assemblée.

Où était le devoir ?

Avec ou sans soldats, l'homme populaire, le premier personnage de la capitale où devait-il être ? A côté du Corps législatif! L'Empire, dites-vous, n'était plus possible ; mais si l'Empire meurt, la nation vit toujours.

Où était la nation? Est-ce qu'elle était avec les députés .avancés et les démagogues ardents du Corps législatif?

AFFAIRE DU GÉNÉRAL TROClill. 37o

^'on, elle était là où était le Corps législatif tout entier!

On envoie chercher le général Trochu. Il monte à cheval et n'arrive pas à l'Assemblée. Il rencontre M . Jules Favre, qu'il connaissait et qu'il a dit ne pas connaître!

Il y a là un incident, Messieurs, sur lequel je m'arrête un peu. — Oh! je ne parle pas de conciliabules : — Il y a une chose étrange, c'est que les ennemis de l'Empire aient été ceux qui protégeaient et défendaient le plus ardemment l'autorité de M. le général Trochu.

Lisez le Journal officiel du 27 août, du 3 septembre; dans ces deux séances on demande l'omnipotence pour lui ; c'est M. Jules Favre, c'est un député de la même opinion, qui fera la même demande ; et quant à M. Jules Favre, les souvenirs du général Trochu l'ont bien mal servi. Il ne connaissait pas M. Jules Favre! il a été souvent au Corps législatif.

M. LE GÉNÉRAL Trocuu. — Jamais. (Le général Trochu est alors très agité; M° Allou fait les plus louables efforts pour le ramener au calme.)

M^ Lacraud. — Général, je vous en prie; j'ai écouté avec un profond respect vos explications : vous pouvez m'écouter sans respect, mais en silence. Un homme politique, qui ne connaissait pas M. Jules Favre! Est-ce

possible? il ne le connaissait pas (jiiouvement) et

quand ils se sont rencontrés, leur premier sentiment a été de se donner une poignée de main. Qui le dit? M. Floquet. Il a déclaré que lorsque M. Jules Favre a aperçu le général Trochu, il lui a tendu la main. Il ne connaissait pas M. Jules Favre!

Voyons, Messieurs, tout est étrange dans cette partie de la cause. M. Jules Favre déclare qu'il a vu le général, qu'il est allé chez lui pendant deux heures, qu'il l'a entendu parler; et puis, il semble que ces messieurs ont le désir de rester complètement étrangers les uns aux autres! Entendez M. Ernest Picard, le charmant M. Ernest Picard — vous vous rappelez bien, Messieurs, la

déclaration de M. d'Andelarre — vous savez qu'un jour à l'Assemblée nationale M. Ernest Picard disait : « Ah ! le général Trochu, je ne l'ai jamais vu, moi, avant le A septembre! » M. d'Andelarre lui dit : « Ah! ah! cher collègue, prenez garde ! je vous ai vu chez lui. » Et M. Picard, qui est rarement embarrassé, — vous le savez, — a fait une pirouette en disant : « Puisque vous le savez, je n'ai plus à le cacher. »

Tout cela est étrange, tout cela m'étonne, tout cela m'émeut. Ah I ne parlons pas de conspirations, de conciliabules; je n'ai pas besoin de ces grands mots, j'ai un fait. Vos amis déclarent et disent, un du moins, qu'il ne vous a pas vu, quand vous l'avez vu. Mais revenons à l'Assemblée. Il est 3 heures et demie ; le général rencontre un flot de peuple ; on lui dit que tout est fini, qu'il n'a qu'à rentrer au Louvre. Il y rentre, se déshabille et prend un costume civil. Quelque temps après, à la demande du nouveau gouvernement, il estàl'Hûtel de ville. Le général, hier, dans un mouvement oratoire, disait : M Que vouliez-vous que je fisse? Est-ce que je pouvais laisser la France sombrer? Est-ce que, au-dessus de la dynastie, il n'y avait pas le pays? Est-ce que mon de voir, à moi, n'était pas, avant tout, de sauver la capitale? »

Oui, vous ne deviez pas, à ce moment-là, briser votre épée et rentrer dans la vie privée. A ce moment-là, vous étiez Gouverneur de Paris; vous pouviez rester Gouverneur, mais ce qu'il fallait faire, je vais vous le dire : au lieu d'aller à l'Hôtel de ville, il fallait venir au Corps législatif. Voilà où était votre place ! Il y avait là unhomme d'Étatillustre, M. Thiers, qui vous y attendait sans doute ; il y avait à côté de M. Thiers un homme, qui n'a pas mes opinions, mais mon amitié et mon estime : M. Grévy. M. Grévy et M. Thiers ont jugé le 4 septembre comme il fallait le juger! C'est là qu'était votre place; voilà où était l'honneur; voilà où était le devoir; voilà où était la France. Il fallait rester général, mai&

général de la France et non pas général de l'insurrection comme vous l'avez été !

Alors, Messieurs, j'ai bien le droit de me demander ce que le général Trochu a fait pour l'Assemblée, pour le Corps législatif.

(Des applaudissements se font entendre; ils sont accompagnés de quelques murmures qui se produisent dans le fond de la salle et au banc des avocats. M*^ Mathieu le fait observer à son confrère.)

M* Lachaud : Non, mon ami, cela m'est indifférent. Derrière moi, on murmure : laissez faire, laissez dire ; il parait qu'on ne se croit pas, ici, dans une salle de justice, mais autre part; laissez faire ! les gens qui ont raison n'ont jamais peur: qu'on siffle, qu'on blâme, cela m'est égal. Je dirai, ici et ailleurs, tout ce que j'ai à dire, et je continue.

Donc, Messieurs, le général Trochu est allé à l'Hôtel de ville et il a accepté la Présidence du Gouvernement insurrectionnel, quand il n'était pas encore dégagé des liens qui l'attachaient à l'Empire.

Est-ce que c'est vrai ? Il y a deux témoins, qui le prouvent : le général de Palikao, M. Jules Favre. Choisissez : un seul suffit. Vous êtes allé, général, au ministère de la guerre, Président de la Défense nationale. Vous n'êtes sorti de l'Hôtel de ville qu'après avoir accepté ce titre.

Vous avez entendu, Messieurs, la déposition du comte de Palikao, vous avez entendu celle de M. Jules Favre disant : « Il nous a fait une déclaration, nous lui avons répondu, et il a été Président de la Défense nationale. »

M. Jules Favre a fini par ces mots, dont vous vous souvenez : « Il est allé au ministère de la guerre, comme M. Picard aux finances, comme M. Gambetta à l'intérieur. »

Conswitmotwn est!

Voilà comment on a défendu l'Impératrice! voilà comment on a défendu le Corps législatif!

378 PLAIDOYERS DE M' L.VCIIAUD.

Et VOUS voulez, Messieurs, que de semblables actes passent inaperçus clans l'histoire ! Et vous voulez que quand un homme, — c'est le mot de M. l'Avocat général — fait des improvisations de conscience comme celles-là, on ne s'étonne pas un peu de l'improvisation faite ? Vous voulez qu'on les accepte et que le sentiment de la pudeur publique ne s'indigne pas quand on trouve un homme, le matin, chef d'un Gouvernement auquel il a promis fidélité et dévouement, et le soir, directeur du Gouvernement qui a remplacé celui du matin, sans autre intervalle que le temps de quitter son costume, son habit de général pour prendre un frac et aller à l'Hôtel de ville.

Ici j'en appelle à tous; ici, c'est à l'honneur de tous que je m'adresse ; il y a là des faits qui sont tellement saisissants, tellement évidents, qu'il n'y a pas deux manières de les interpréter; et, on vous le disait hier, ce grand exemple de défaillance n'a été donné qu'une fois : ' on vous citait ce ministre napolitain qui, dans notre siècle, tint la même conduite, Liborio Romano. Ah! dans son pays aussi c'était un effondrement; dans son pays, Garibaldi fut acclamé par la population napolitaine avec des transports de joie. Eh bien! écoutez ce qu'a dit de cet événement un grand historien, un grand prélat, dont vous ne désavouerez ni la sainteté, ni l'éloquence, Mgr Dupanloup, évèque d'Orléans :

« Un Liborio Romano, cette rare figure de traître, <( qui accepte de François II le ministère de l'intérieur, « pour y organiser toute trahison; qui proclame Fran- « cois II « son auguste maître » et bientôt après, fait « des adresses « au très invincible Garibaldi, rédemp- « leur de l'Italie », mérite et reçoit de la main de Gari- ^< baldi l'épée d'honneur, qui lui convenait, et ce même « portefeuille qu'il tenait de François II. »

Le général Trochu. — Et les Prussiens ?

M^ Lacraud. — Je n'ai plus rien à dire. Les Prussiens on s'en défendait mieux avec M. Thiers, qu'avec la

AFFAIRE DU GÉNÉRAL TROCIIU. o79

Défense nalionale. Nous en parlerons. Mais laissez-moi vous dire que, quand de pareilles faiblesses se trouvent dans la vie d'un homme, il est bien permis de les signaler : on le peut, on le doit. Quand un homme s'est ainsi trompé, cet homme n'a pas le droit de demander une absolution complète. Non, il faut avoir rendu de grands services pour se la faire accorder. Un jour, dans l'antiquité, un grand homme l'obtint : c'était Gicéron. Il était accusé, lui aussi. Le chef de ses accusateurs était César, on était au Forum et Gicéron ne répondit à l'accusation que par cette phrase : « Je jure que tel jour jai sauvé la patrie. » Il avait raison, le peuple n'en demanda pas davantage; chacun cria après lui : (( Il a sauvé la patrie! » Et on lui pardonna. Général Trochu! avez-vous sauvé la France? Alors nous vous pardonnerons. Non, vous ne l'avez pas sauvée; et pourquoi? {Profond mouvement.)

Vous ne l'avez pas sauvée, parce que ce siège auquel nous allons arriver, et Buzenval, qui a été un des derniers épisodes de cette lamentable lutte, tout cela a été fait avec la conviction de l'insuccès. Oui, il l'a dit luimême, lui, le général Trochu : « C'était une folie héroïque; » et l'un de ses amis, membre du Gouvernement de la Défense nationale comme lui, M. Ernest Picard, a dit quelque part : « Le général Trochu »

M. Trocuu. — Il n'est pas de mes amis.

\P Lachaud. — « ... portait le deuil du siège avant même qu'il fût commencé. »

M. Trocuu. — M. Picard est un ennemi.

jVP Lachaud. — Voilà, Messieurs, le point qui nous reste à examiner. En me résumant d'un mot, je dis à MM. les jurés : Est-ce que vous pouvez absoudre des actes comme ceux que je viens d'examiner devant vous? Estce que vous leur donnerez la sanction de la justice? Estce que vous les rendrez honnêtes? Est-ce que vous direz que M. Trochu a bien faitd'agir ainsi? Ah! pardon, le penser ce serait vous offenser. Ces faits sont vrais;

380 PLAIDOYERS DE M*" LACIUUD.

OH a eu non seulement le droit, on a eu aussi le devoir de les blâmer.

Arrivons au siège. Du 4 septembre je ne dis rien. Il y a eu deux ou trois dépositions qui vous font juger, Messieurs, quelles ont été les conséquences de cette révolution.

M. le général de Chabaud-Latour disait : « Le 4 septem- « bre a mis en désarroi tous les ouvriers, qui étaient « occupés aux travaux de la défense de Paris ; il y a eu « 100,000 hommes qui n'ont pu travailler pendant huit « jours. »

C'est le premier fait. Il y en a un autre. Ah ! celui-là, voyez-vous, il est cruel au cœur de la France. Je parle de la paix, paix fatale, paix désastreuse, mais qu'il fallait avoir le courage de signer quand elle était nécessaire.

Vous le savez bien, après le 31 octobre, au mois de novembre, on vous demandait une bande de l'Alsace ou toute l'Alsace et 2 milliards, rien que deux. Des témoins vous l'ont dit : MM. de Guilloutet et Vuitry notamment.

Voilà, Messieurs, tout ce que je veux vous dire des conséquences du 4 septembre.

Et le siège! Ah! pour le juger, pour l'apprécier, il faut avoir été à Paris à cette époque. M. de Villemessant y était, M. Vitu aussi, moi également. Ceux qui n'étaient pas à Paris ne savent pas ce qu'a été le siège. J'en appelle à vos souvenirs; a-t-on jamais vu une confusion semblable, une incapacité militaire et administrative arrivée à un pareil degré ? C'est de l'histoire, et de l'histoire d'hier. Est-il possible. Messieurs, que les émotions, que nous avions tous alors, se soient effacées de vos esprits au point que vous ne vous en souveniez pas ? Vous rappelez-vous cette constante incurie ? Vous rappelez-vous ces promesses fallacieuses, ces éternelles proclamations, ces bulletins bavards, qui nous indignaient lorsque le soir, autour des mairies, nous en entendions la lecture?

Vous VOUS rappelez bien cela? Chaque bataille, un massacre; chaque tentative contre l'ennemi, un revers, des revers toujours ! Ce qu'il y avait au monde de plus pénible et de plus douloureux, il fallait le subir. Oui, nous étions résignés aux souffrances matérielles comme aux souffrances morales, et il y a une souffrance que nous nous étions imposée : oui, nous avons voulu avoir confiance dans le Gouvernement de la Défense nationale. Ah! on a reproché à M. de Villemessant les articles du Figaro parus à cette époque! Mais vous tous, qui étiez à Paris, vous savez bien (ju'il fallait les faire ainsi; qu'à ce moment nous étions entre les scélérats et le Oouvernement de la Défense.

Pour les honnêtes gens, il n'y avait pas de milieu : nous étions avec lui, parce que la fatalité le voulait ainsi. Nous vous subissions pour échapper aux assassins et aux incendiaires. A ce moment-là, nous étions soumis devant vous ; mais un jour, nous devions vous demander descomptes;cejourestarrivé,etnousvous interrogeons.

Voilà ce qu'a été la Défense au point de vue administratif. Au point de vue intérieur de Paris, rien, rien, rien 1 Nous avons vécu ainsi misérablement; tout ce qui a servi pour nourrir les Parisiens a été amené, demandé par M. Clément Duvernois, et c'est là, pour lui, un souvenir glorieux. Du 4 septembre au jour de l'investissement, ils n'ont pu faire arriver ni un grain de blé, ni un animal qu'on pût livrer à la consommation publique. Oh ! c'est de l'histoire, et tous vos gestes, tous vos sourires n'empêcheront pas la vérité de se faire jour. Voilà ce que nous étions, voilà ce que nous faisions. Mais je ne m'occupe pas de tout cela, j'arrive à Buzenval.

Vous savez comment les opérations militaires ont été jugées. Vous n'admettez pas la compétence d'un homme, qui n'a été que capitaine dans la légion étrangère ; vous récusez les journalistes, que vous dédaignez. Mais voici un colonel, M. le baron Stoffel ; celui-là, il faut l'accepter.

M. TROcnu. — Non.

M' LAcnAUD. — Les amis du 4 septembre s'en sont cependant assez servis contre l'Empire. M. Stoffel avait été délégué à Berlin ; il avait écrit des lettres fort importantes, on ne l'avait pas suffisamment écouté. C'est un officier brillant, il est un homme distingué; enfin, l'armée tout entière vous dira avec moi qu'il est digne de juger les opérations militaires. A propos de la défense de Paris, voici ce qu'il dit :

« Quant à la défense de Paris, attendez, mon cher « ami, pour vous former un jugement, que la lumière « se fasse. Ne croyez rien de ce que vous diront les « personnes intéressées ou les membres de cette détes- « table société, dite d'admiration mutuelle, qui nous <( trompe et nous déprave depuis plus de trente ans! « Ils abusent de notre crédulité et de notre vanité « nationale pour nous représenter la défense de Paris « comme une défense sublime ; mais suspendez votre « jugement, et je vous donnerai des renseignements, « qui vous démontreront que le commandant en chef « a fait de la défense de Paris un épisode où le gro- « tesque le disputait au lugubre, et que son ineptie y a « atteint de telles limites qu'elles ont touché de près « au crime. »

Et vous n'avez pas poursuivi! Comment êtes-vous aujourd'hui aussi sévère pour le Figaro ? Comment faitesvous ce procès, alors que l'époque des catastrophes est plus éloignée? Mais il y avait des journaux qui avaient écrit ; M* Grandperret vous lisait, à l'audience précédente, un article autrement violent que celui de M. A^itu. J'ai là des brochures, des journaux contenant des accusations de la même nature : ils sont unanimes, ils crient à l'ineptie et disent qu'on pourrait supposer le crime. Vous ne dites rien, et quand le moment vous paraît favorable, quand vous espérez que la douleur sera calmée, que les ressentiments se seront éteints, vous venez, ici, demander pour l'histoire une consultation à

ces jurés, qui sont devant vous. Ce n'est pas possible. Nous avons été de bonne foi, et là, Messieurs, est le procès. Oui, M. Vitu a écrit l'histoire ! Mais où est, dans ses écrits, l'intention mauvaise sans laquelle il n'y a pas de délit. Nous avons apprécié ce que les autres ont apprécié. Est-ce que par hasard M. Vitu a inventé quelque chose de nouveau ? Non ! il a pris tous les traits qu'il a écrits et qui ont été imprimés dans le Figaro, il les a pris dans tous ces documents publics qui sont connus, qui ont été appréciés et jugés et contre lesquels vous n'avez absolument rien dit. Cela est l'évidence, Quant à Buzenval, eh bien! nous allons en parler. II est un mot de M. l'Avocat général qui nous a été particulièrement sensible. Nos documents ont été choisis avec légèreté. Ah ! si j'étais seul à cette barre, je ne relèverais pas le mot. Mais, prenez garde ! c'est un mot fâcheux, et j'ajoute que nous avons puisé aux documents les plus solennels et que, pour le fait de Buzenval, c'est l'enquête de la Commission de l'Assemblée nationale qui va nous servir. Est-ce que M. l'Avocat général l'accusera aussi de légèreté?

M. l'Avocat général. — Ah! permettez!

M*^ Lacuaud. — Ah! vous avez. Monsieur l'Avocat général, critiqué ma légèreté !

M. l'Avocat général. — J'ai parlé de beaucoup de légèreté pour les documents employés par M. Vitu au sujet des événements de 1851 , et je n'ai pas parlé de ceux de la Défense.

M*" Lacqaud. — Cette explication donnée et je m'en félicite, j'arrive à Buzenval. Quelle est la question? Il n'y en a qu'une seule. Buzenval était-il possible? Buzenval correspond-il à une nécessité du siège pouvant amener un résultat heureux ?

M. le général Trochu. — Oui!

M*^ Lacuaud. — Buzenval n'a-t-il pas été au contraire entrepris pour forcer Paris à capituler? Voilà le procès, et c'est M. le rapporteur de la Commission d'enquête de

38i PLAIDOYERS DE W LACIIAUD.

l'Assemblée nationale qui va nous répondre. Ah! que vous vous soyez trompé, c'est le sort de tous, et les généraux les plus habiles peuvent se tromper ; mais ce n'est pas une erreur que je constate, c'est une préoccupation que j'établis. Est-il vrai qu'on ait joué Paris affolé, voulant une résistance à outrance, parce qu'on lui cachait tout, parce qu'il ne savait rien, ni sur les ressources dont on disposait, ni sur la situation : rien, rien, rien ! et qu'avec cette bravoure instinctive de la nation, il voulait cette dernière sortie, cette sortie torrentielle? Ah! si alors on a fait Buzenval pour amener Paris à une capitulation, est-ce une faute ? Si on a sacrifié des hommes à un résultat impossible, comment peut-on qualifier un acte semblable, je vous le demande ? Tout est là ; car enfin les généraux et les gouverneurs ne sont pas faits pour suivre les passions populaires. Quand la foule s'égare, est-ce que le devoir de l'autorité n'est pas de la maintenir? Si Paris était insensé, noblement insensé, est-ce que vous n'aviez pas l'obligation supérieure de l'arrêter dans sa folie? Est-ce que vous ne deviez pas lui dire, au risque de votre vie, que ce qu'il demandait était une chose irréalisable? Mais vous n'étiez au pouvoir que pour cela, et si vous avez suivi les mouvements de la foule, pourquoi déteniez-vous l'autorité ?

Eh bien ! écoutez ce qui est lu à l'Assemblée nationale : c'est la Commission officielle, c'est M. de la Rochethulon qui va parler et vous dire qu'en résumant tous les documents qui ont été recueillis, cette bataille de Buzenval ne pouvait avoir pour but que le résultat ijue je vous indique.

« Ce combat, décidé seulement le lundi 16 janvier... »

M. Trocuu. — C'est une erreur matérielle.

M^ Allou. — Ce n'est pas l'Assemblée nationale qui parle, mais le rapporteur d'une commission.

.\P Lachaud. — Vos vivacités me prouvent que vous sentez que j'ai raison. {Vifs murmures dans la salle.)

Cliaque chose a son enseignement et ces interruptions me confirment dans mon opinion. Murmurez, vous me confirmez dans ma thèse.

Le Président. — La défense est autant protégée qu'elle peut l'être.

M" Lachaud. — A côté de votre bienveillance, Monsieur le Président, il y a des sentiments tout différents.

Le Président. — Des manifestations sympathiques i3e sont fait entendre.

M^ Lachaud. — Oui, mais il yen a d'autres. Revenons au procès; peu importe que l'avocat plaide mal, très mal, s'il dit la vérité I

Je ne suis pas de l'avis de M. l'Avocat général qui pense que tout ce que dit M. Trochu doit être accepté sans condition ; je prends le rapport de la Commission d'enquête et voilà ce qu'il dit :

« Ce combat, décidé seulement le 16 janvier, fut livré sans grand espoir de succès par les chefs militaires. Mais le Gouverneur voulait apaiser l'opinion publique et en quelque sorte lui prouver quil y avait des Prussiens autour de Paris. »

Et puis en note :

« A un des conseils de guerre qui précéda le combat de Buzenval, un général discutait un plan d'attaque, lorsqu'un membre du Gouvernement de la Défense nationale s'écria: « Général, ce n'est pas cela; il faut que « la garde nationale fasse une grande sortie.» Le général l'épondit : « La garde nationale n'est pas organisée pour « livrer un combat en rase campagne. » — « Gela ne fait « rien, général, répliqua le membre du Gouvernement, « l'opinion publique ne s'apaisera que lorsqu'il y aura dix « mille gardes nationaux par terre. »

« Le général Ducrot dit alors: « Si le but est de faire « tuer dix mille gardes nationaux, vous pouvez cher- « cher un autre commandant en chef. Mais laissez-moi « vous dire que ce n'est pas aussi facile que vous " pensez, de faire tuer dix mille gardes nationaux. »

C'est le rapporteur de la Commission d'enquête de l'Assemblée nationale, qui parle ainsi. Voilà ce qu'il dit de Buzenval. On sait que la défense n'est pas possible ; mais la garde nationale est surexcitée : on la fera se battre et on fera tuer trois mille hommes. M. Trochu. — Mais, non !

M"^ Lacuaud. — Oh! 3,000 tués ou blessés ! Pauvres morts! morts de qualité, disait le général, comme s'il y avait des morts de qualité parmi ceux qui meurent pour l'honneur de la France ! Pauvres victimes expiatoires! Pauvres enfants ! Pauvre Regnault 1 grand artiste qui s'est fait tuer si généreusement, croyant qu'il venait aider à sauver la patrie ! Vous êtes morts, non pas parce que vous deviez vaincre ; vous êtes morts, parce (lu'il fallait apprendre aux Parisiens que la Défense nationale était incapable et qu'au lieu d'avouer ses torts, elle préférait verser le sang innocent qui a été répandu.

Voilà Buzenval! Voilà Buzenval !

Eh bien! Messieurs, j'ai fini. La preuve est-elle faite? Est-ce que la politique, est-ce que l'Empire ont quelque chose à faire ici ?

Reste un délit encore, celui des outrages. Ah! des outrages dans un procès comme celui-là ! Parler d'outrages! M. l'Avocat général est le seul qui en ait parlé; il en a parlé deux fois. Ah ! je rends témoignage à mon adversaire et au général Trochu. Des outrages ! grand Dieu! Voyez-vous la preuve faite sur les diffamations, et les prévenus condamnés pour outrages ? Le triomphe serait encore plus grand, vous le comprenez bien. Des outrages ! Comment voulez-vous qu'on s'arrête à ces choses, lorsqu'on pense à la fidélité oubliée, au sang répandu. Comment voulez-vous qu'on soit calme et qu'on en parle avec une convenance parfaite? Non, on en parle avec colère et non autrement ; l'homme, qui serait si correct, ne serait pas sincère. Quand l'historien n'a pas assisté aux scènes qu'il

AFFAIRE DU GEiNERAL TROCilU. 387

raconte, quand il n'a pas souffert de toutes les souffrances dont il parle, alors il peut être calme. Mais lorsque le sang, qui a coulé, n'est pas encore séché; lorsqu'on se rappelle tous ces désordres et tous ces désastres, ah! Messieurs, on en parle comme M. Vitu l'a fait et on ne peut pas en parler autrement ! Et d'ailleurs, ces outrages, quels sont-ils? Un mot du général Changarnier ! Vous avez dit vous-même que le général Changarnier l'avait prononcé. Il a dit ce qu'il a voulu dire. Il a été, comme toujours, l'homme gracieux par excellence, qui unit à beaucoup d'esprit un' grand talent militaire.

Comment 1 un personnage de cette importance dit un mot comme celui-là, que je ne veux pas reproduire, et parce qu'on le reproduira, il y aura outrage ! Un mot du maréchal de Mac-Mahon ! Il a donné lieu à une longue discussion grammaticale ; mais le mot a été dit. Il y a aussi un autre mot dont M. l'Avocat général a seul parlé, celui de Judas. J'ai là un livre que vous n'avez pas poursuivi et dans lequel on trouve cette phrase : Le général Trochu sera placé, dans l'avenir, entre Ponce Pilate et Judas.

M. Trocuu. — Ce sont mes ennemis.

M* Lachaud. — Vos ennemis, qui ont le droit de vous juger, s'ils le font avec impartialité et justice. Vous entendez bien (jue le procès est fini et plaidé. Qu'avais-je à vous démontrer? Que nous avions le droit d'apprécier des actes comme ceux-là. Que nous l'avons fait. Cette démonstration, j'ai essayé de la faire. A vous. Messieurs, de juger si elle est complète.

Que reste-t-il encore? une observation de M. l'Avo^ cat général.

Il a dit: « Ilesttrop tôt pour juger le général Trochu. Attendez quelque temps. Ce ne sera pas alorsM. Trochu (|ui pourra s'en plaindre. » Mais enfin ce procès, n'est-ce pas lui qui nous l'intente?

A vous maintenant de prononcer. Quant à moi, je

.^S8 PLAIDOYERS DE M^ LACHALD.

■VOUS l'affirme, je m'assieds sans crainte. Dans une péro- •raison magniflque, M* Allou vous disait, en rappelant un mot de Démosthènes et en parlant comme aurait pu Je faire ce grand orateur, il vous disait : « Messieurs, quand vous sortirez, vous serez tranquilles : la loi •veille. » Et il se plaçait ainsi sous la protection de la loi.

Mais est-ce bien vous, qui pouvez invoquer la loi ? Tous l'avez oubliée, vous l'avez violée, vous l'avez mé- -connue. Vous venez chercher un refuge auprès d'elle. Vous embrassez les autels que vous avez brisés. La question est bien simple et bien nette. Messieurs les jurés : vous aurez à vous demander si les reproches, que ■nous avons adressés à M. Trochu, sont établis ; vous aurez à vous demander si sa fidélité a été ce qu'elle devait être; vous aurez à vous demander s'il a été scrupuleux de ses devoirs, s'il a été ménager du sang français, et si la bataille de Buzenval est une œuvre qu'il faut respecter ou qu'il faut cruellement blâmer.

Quand vous vous serez posé ces questions, vous jugerez. Ah! je suis tranquille. Vous jugerez le général Trochu; vous le ferez avec douleur, vous le ferez avec fermeté. Votre verdict, il appartient à la justice, il appartient à l'histoire. On jugera votre verdict. Soyez fermes : ne sacrifions pas tout à la fois; et que, plus tard, quand on relira ces grands débats, on ne puisse pas dire que dans ce pays tout était perdu, et que la justice elle-même était énervée!

La péroraison de celte éloquente plaidoirie de M« Lachaud fut à peine terminée, qu'aussitôt de nombreux applaudissements se firent entendre dans la salle d'audience.

Le Président M. Legendre fit ensuite un résumé très court, plein de mesure, de tact et d'impartialité. Il expliqua aux jurés avec beaucoup de netteté la différence qu'il y a, au point de vue de la loi, entre la diffamation et l'outrage.

Après avoir terminé son résumé, le Président remet aux

AFFAIRE DU GÉNÉRAL TROCIIU. SSÎT

jurés les onze queslions qu'ils avaient à lésoutlre tant snr la diffamation que sur l'ouliage, et qui correspondaient aux différentes parties des articles poursuivis parle général' Trochu.

A la suspension de l'audience l'agitation fut grande dans le public ému par tous les incidents de ces débats, et par la belle et éloquente plaidoirie de M" Lachaud. 11 fut immédiatement entouré et il eut beaucoup de peine à échapper aux félicitations de ses admirateurs.

Cette plaidoirie fut un grand succès oratoire pour M^ Lachaud. L'éloquence et l'habileté, dont il fit preuve en cetteoccasion, démontrèrent qu'il pouvait plaider avec un égal succès et un égal talent les affaires politiques et les alfairea^ criminelles.

Cette affaire fut la première affaire politique qu'il plaida, et il la plaida comme un maître. Ses principales qualitéss'y montrèrent dans tout leur éclat : la netleté dans les arguments, le bon sens dans la discussion, la simplicité dans le discours et par-dessus tout l'oubli de lui-même, ou, si vous' aimez mieux, l'absence de toute réclame personnelle.

On remarquait encore que, dans cette belle plaidoirie, le souffle patriotique qui animait l'orateur ne l'avait pasempêché d'user d'urbanité et de politesse envers celui qu'il combattait.

Après deux heures de délibération, le jury rentra dans la salle d'audience et rapporta un verdict qui acquittait MM. de Yillemessant et Vitu sur les questions de diffamation et les reconnaissait coupables sur la question d'outrage .

La Cour les condamna pour outrage chacun à un mois de prison et 3,000 francs d'amende.

Ce verdict fut commenté avec ardeur par toute la presse. Il semblait à quelques-uns qu'il y avait contradiction dans la réponse du jury. Le plus grand nombre approuvait cette décision; elle prouvait, disaient-ils, qu'on avait le droit de dire au général Trochu, à propos de ses actes politiques et militaires, tout ce que M. Vitu lui avait di*; mais qu'il' avait eu tort d'employer des expressions grossières, de mauvais goût et outrageantes. Le verdict, prononcé en faveur des auteurs des articles, était en réalité prononcé contre le général Trochu.

-^90 PLAIDOYERS DE M" LACIIAUD.

Le général ïrochu le comprit si bien, que ne voulant pas laisser le verdict sans réponse, il fit paraître, quelques'mois après ces débals, un livre inlitulé : VEmpire et la défense de Paris devant le jury de la Seine (1).

(1) Dans le courant du mois de février ou de mars 1884, la Bévue historique a publié une de'pêche de Gambetta, envoyée par lui de Tours à M. Jules Favre.

Le Figaro du 3 mars 1884 a reproduit le post-scriptum de celte dépêche qu'il est utile, dit-il, de publier parce qu'il établit celte triste vérité historique que la sortie du 19 janvier, bataille de Buzenval, fut un acte inutile auquel le gouvernement ne croyait pas.

Gambetta ajoute ce post-scriptum à une dépêche, qu'il envoyait au moment où il recevait par pigeon la nouvelle de cette sortie.

Post-scriptum de la dépêche :

« Je ne peux, dit Gambetta, je ne peux m'empêcher de relever « avec un sentiment d'amère douleur les lignes, qui la lermi- '< nent et annoncent clairement que le gouvernement n'a aucune « confiance dans sa tentative ; qu'il la représente comme la der- :i nière et qu'il accepte, avec une résignation trop philosophique, '< qu'elle doit clore la longue série de nos efforts, oubliant sans '< doute qu'on n'a jamais fini de faire des efforts pour sauver sa " patrie et que la résignation en pareille matière a, dans tous les « temps, reçu un nom plus dégradant.

'< J'ai les plus tristes pressentiments, et habitué, comme je le il suis, à ressentir toujours fidèlement les émotions du peuple " de Paris, même à distance, j'ai la conviction que ce peuple ne « supportera pas une telle fin et je redoute pour vous tous une « issue tragique, pour Paris un déshonneur et pour la Républi- « que une ineffaçable honte. »

Décembre 1873.

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