VIII PREFACE
avait été prodigue envers lui ; elle lui avait donné en surabondance les qualités du bon sens, de l'imagination et du cœur. Le concours de ces trois qualités maîtresses a fait de lui le grand avocat que nous avons tous aimé et lui a acquis dans le barreau la grande place qu'il y tenait.
Les affaires criminelles font ordinairement horreur aux âmes délicates. Le sang dont elles sont pleines, les gens de condition inférieure et sans aveu qui le plus souvent commettent les crimes, inspiraient du dégoût et une répulsion bien naturelle ; le public désertait les salles d'audience où elles se jugeaient, on les regardait comme des affaires banales et vulgaires.
Qui, plus que Lachaud, a su relever ces sortes d'affaires dans l'estime publique ? L'honneur des hommes y est souvent mis en jeu : cela est pour le moins aussi intéressant que le péril aucpiel leur fortune peut être exposée.
Entre les mains de Lachaud, une affaire criminelle n'était plus une affaire vulgaire et banale, elle changeait de physionomie. On n'y voyait pas seulement un crime, un criminel et l'horreur qu'ils pouvaient inspirer, on reconnaissait dans ce criminel un être humain comme les autres, mu et agité par des passions humaines. Chaque affaire devenait alors un roman, un drame en action dont le grand avocat était le metteur en scène. Les médecins dissèquent les corps, Lachaud disséquait les âmes et les cœurs et, passé maître en celle science, il en rendait l'étude intéressante et attachante pour tout le monde. Son imagination ardente, aidée par son grand cœur et par son indulgence voulue, faisait