‹ Plaidoyers de Ch. LachaudChapitre 5 sur 21 · PRÉFACE. IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. IX

souvent jaillir de la conscience de ses clients de nobles et bons sentiments qu'ils y tenaient profondément et inconsciemment cachés; beaucoup de ceux qui l'entendaient reconnaissaient en l'écoutant des émotions intimes et secrètes qu'ils avaient éprouvées, tant il est vrai que Lachaud parlait le cœur. Après avoir ainsi secoué les hommes dans le plus profond de leur être et leur avoir donné des émotions inattendues, il en devenait le maître. Quoi de plus naturel?

Ce n'est pas seulement devant la cour d'assises qu'il savait ainsi transfigurer les affaires qu'il plaidait; devant les chambres correctionnelles il savait aussi, avec un grand art et une grâce séduisante, faire d'une cause tout à fait insignifiante une petite idylle, une petite historiette qui charmait le juge et en faisait un vaincu.

Les succès de Lachaud ont été très grands et très nombreux ; ils n'ont eu aucune influence sur sa nature charmante. Ceux qui l'ont connu n'ont pas oublié sa verve gauloise, son esprit athénien et sa bonhomie pleine de cette modestie qui le rendait si naturel et si aimable.

La vie passée au uiilieu de toutes les misères de ce monde, la confidence reçue de beaucoup de turpitudes, l'expérience du cœur humain acquise au prix de la perte de beaucoup d'illusions, au lieu de lui inspirer du mépris et du dégoût pour l'espèce humaine, l'avaient rendu doux et compatissant aux malheurs des autres; son esprit juste et droit reconnaissait le mal où il était ; mais sa nature généreuse et son cœur lui faisaient comprendre les souffrances morales des autres et le rendaient indulgent.

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