MONSEIGNEUR
‘“ En réponse à l'honneur de vos lettres des 7 et 0 mai, je dois protester à V. G. que je suis très satisfait des explications que Mgr de Tioa a bien voulu me donner sur l’Université projetée à Québec ; lesquelles se trouvent contirmées par sa dernière, Nos Collèges pouvant participer aux privilèges de eette Institution, je serai justifiable à leurs veux si plus tard on venait à dire que j'ai porté plus d'intérêt à un établissement étranger qu'à ceux (le c+ diocèse. La raison qu'il faut s'unir pour donner à une pareille inslilulion toule l'imporlance qu'elle peut el doit avoir, sera loujours péremploire pour moi.”
Question.—Les autres Evêques consentaient à cet arrangement-là ?
M. Hamel.—Oui. Il n'y a que Mgr de Montréal qui ait fait d'abord des difiicultés.
On signa donc alors une requête pour Rome. Cette requête est signée par les Evèques d'alors de la Province de Québec, et de plus, par l'Evêque Administrateur de Kingston ; car il n'y avait à cette époque qu'une seule province ecclésiastique comprenant le Haut et le Bas Canada. L'Evéque de Toronto, qui n’avait pu signer avec ses collègues, envoya séparément sa supplique au Saint-Père en faveur du projet.
Il fallait aussi s'adresser au pouvoir civil pour l'érection civile. On sollicita Lord Elgin de vouloir bien appuyer de son influencs la demande
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de l'Université Laval à Londres. Cet illustre gouverneur lit, non pas des difficultés précisément, mais des objections, 11 y eut une assez longue correspondance avec l'Archevèque d'une part, et le Supérieur du Séminaire” de l'autre, pour demander des renseignements, Ainsi le 8 mai 1852, le Secrétaire Provincial écrivait à l’Archevéque la lettre suivante :
# Bureau du Secrétaire,
‘“ Québec, le 8 mai 1852.
‘# MonsEIGNEUR,
‘“ J'ai reçu ordre de Son Exce!lence le Gouverneur G“néral d'accuser réception de votre lettre en date du 3 de ce mois par laquelle Votre Grandeur prie Son Excellence de vouloir bien appuyer auprès du Ministre des Colonies la demande que les Directeurs du Seminaire da Québec se pro-
osent de faire à Sa Majesté d'une Charte qui accorde à leur établissement es avantages et les privilèges d'une Université.
“ Avant de prenire cette demande en considération, Son Excellence désire obtenir des renseignements plus étendus sur le plan proj'té, les moyens actuels ou disponibles de le mettre à execution, les diverses facultés et divisions particulières de ces facultés dans lesquelles des chaires sont ou seront établi-s, et l'époque à laquelle on espère que l'Institution ainsi augmentée en utilité et en importance sera en pleine opération,
‘“ Son Excellenc: désire aussi être informée si l'on se propose d'étendre à tout le Bas-Canada les avantages attendus, et si l’on espère une coopération dans les autres parties de la Province,”
Cette demande était une véritable condition, car, dans une entrevue qu'eut le Stpérieur du S'minuire avec Lord Elgin, celui-ci lui dit: “ Je suis bien d'avis que les catholiques doivent avoir leur Univer:ité de mème que les autres dénominations re igieuses ont la leur. Mais je ne voudrais pas que le gouvernement vint à recevoir d’autres demandes analogues pour les catholiques.”
Au reste cette intention formelle de Son Exc2llence résulte de la correspondance qui suivit. Mgr Turgeon transmit au gouvernement les renseignements voulus sur l'administration, l'enseignement et les moyens de la future institution. Ces renseign-ments démontraient certainement la suffisance des ressources pour une Université purement diocésaine. Il faut croire qu'ils ne parurent pas suflisants pour celle qu'on exigeait, car le 12 mai 1852, le gouverneur flt transmettre à l'Archevèque copie de l'ordre en Conseil suivant :
1271 May, 1852.
“ On the letter of His Grace the Archbishop of Quebec, requesting that Your Excellency may be pleased to support with your recommendation the application which the Deputy of the Seminary of Quebec
intends making to Her Majesty 1h# Queen fur a Royal Charter conferring to their Institution the advantuges and pnivileges of a University.
mines tt Éo tte tas.
er ver
“The Committee have no hésitation in arknowledging the justicn and propriety of securing {o the numerous and impa:tant bodg of Catholies in Love” Canada, he benefit of a Universi,y which they have been until now deprived of ; and they will be prerared to consider with a favorable eye any matured and well defined plan for corrying into effect the chjrct in contemplation by the Seminarv ef Quebec and to recommend the same to the Imperial Authorities when à! te ma le apprrent that this institution is in a position and with means equal to the important task they propose to undertake."
(Certilied) “ Wu I LEE, “ Act. C. E. C. ”
Mgr Turgeon écrivit dè: le lendemain à Son Excellence, soilicitant Ja ré-onsid'ration de sa demande, donnant sa garantie de la suflisance des moyens du Séminaire et envoyant une copie du projet de Charte.
Cette fois, on se montra sitisfait, et le 5 juin 1852, le secrétaire provincial transmit à l'Arche: èque l'ordre en Conseil sui ant, adopt® la veilie:
“ On the applicotion cf the Drectors of the Seminary cf Quebec, throu.h {lis Grace tbe Ar hbishop of Quebec, praying ILs Exellencey to recommend the avplication which they intend to make for a Royal Charter conf riing upon their Institution (he privileges and advaniages of a Universitv.
“ Ilaving seen the letters addreesed to the Governor General by His Grace the Archbishop of Quebec on the 131h ultimo, subwitting the draught of a Charter such as he Seminary of Quebec would wish 10 obtain for the purpose of conferring upon that Insut tion the privileges of a University : baving also seen the report of the Atllorney General of Lower Cona ‘a, stating that there is nothing therein contained repnguant to the Laws of the Country: having taken into cons deration the assurance given hy the Archbishop that the Sminary is prepured immediate|y Lo place toat Instiuiion upon the footing of a University, and having ascertained that it alradv possesses extensive libraries and va uable collections of plhilosophical and other apparatus for assisting in imparting a knowledge of the sciences, the Comunittee would respectfully recommend to th: Imperial authorities that a grant such as sought for be conferred on that Institution.
“ Certified, ‘“ (Signed) “ VWM. II. LEE.”
Ii est donc bien d'montré que l'intention de l'autorile civile a été de ne recommander l'octroi de la Charte en Angleterre qu'après s'être assurée que le Séminaire de Québec mettrait son Université sur un pied suflisant pour toute la province en ce qui regarde les catholiques. Ce quiest certain encore, c'est que le Séminaire da Québec a dû en prendre l'engag'ment. Maintenant, quant à l'exécution, le Séminaire de Québec a-t-il tenu sa parole? J'espère que tous les membres de ce Comité lui rendront cette
justice de reconnaitre qu'il a loyalement fait sa part du contrat ; on lui a plutôt, à cet égard, reproché le trop que le trop peu.
La Charte, appuyée comme elle l'était par le Gouverneur-Général en Conseil, fut accordée à Londres sans aucune difficulté, et signée par la Reine le 8 décembre 1852.
Quant à la supplique au Sant-Père, elle fut portée à Rome par celui qui fut le premier Recteur de l'Université Laval, l'illustre M. L.-J. Casault, que j'avais l'honneur d'accomyagner en quaïité de secrétaire. Il partit de Québec le 15 mai 1852. En passant à Londres, il reçut l'assurance que la charte serait accordée, et il se rendit à Rome pour le mois de juillet. Remarquons encore ici que la supplique dont M. Casauit était porteur, contenait cette phrase, dont la portée n’échappera à personne :
‘“ L'Archevèque et les Evêques susdits croirnt que le Séminaire de Québec, s’il est érigé en Université, avec l'appui de l'autorité ecclésiastique et le consentement du pouvorr civil, sera uue institution suflisante pour l'état de la Province, Slaltui Provinciæ accommodalam, et utile à la religion.”
Si ce n'était pas une université Provinciale de titre que demandaient NN.SS. les Evèques, ils n’en demandaient pas moins une université pour loule la Province. Quoique la supplique fût signée par tous les Evèques, le Saint-Père, contre l'attente de M. Casault, fit des difficultés et dit : J'ai besoin d'autres renseignements ; il faut que je consulte encore les Evèques. M. Casault essaya par tous les moyens possibles de faire valoir l'urgence de sa cause. Mais le Saint-Père ne voulut pas changer la position qu'il avait prise. M. Casault revint assez triste de cette audience. Il rencontra le secrétaire de la Propagande, devenu depuis le Cardinal Barnabo, et lui exposa sa surprise et son chagrin de ce que le Saint-Père avait refusé d'accéder immédiatement à sa demande. Il lui fit remarquer que l'époque était très propice, vu que le gouvernement était alors très bien disposé, et que si l’on retardait trop, on s’exposait à n2 pas rencontrer plus tard une aussi favorable disposition de la part des autorités civiles. Voici à peu près le mot à mot de ce que répondit Mgr Barnabo : ‘“ Eh! mais, que voulez-vous? Le Saint-Père a assez de difficultés sur le dos. Voici que ‘Angleterre ne veut par reconnaitre les titres ecclésiastiques donnés par le Saint-Siège ; elle ne veut pas non plus ériger civilement l'Université de Dublin. Croyez-vous que le Saint-Père va se mettre une nouvelle difficulté sur les bras?” M. Casault répondit que nous étions dans une bien meilleurè position que l'Irlande vis-à-vis l'Angleterre, et
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que celle-ci nous accordait beaucoup plus de faveurs. Comme Mgr Barnabo se montrait incrédule, M. Casault lui dit: « Nous avons eu l'assurance en Angleterre que la charte royale allait nous être accordée. Si nous vous en envoyons une copie authentique du Canada, croyez-vous que le Saint-Père nous accordera notre demande ? ”’—4 Oh! alors, répondit Mgr Barnabo, ce sera bien différent : je ne crois pas qu'il y ait de difficulté.”
M. Casault revint donc au Canada, plein d’espérance. A la fin de décembre arrivait à Québec cette charte tant désirée, dont on s'empressa d'envoyer à Rome une copie authentique. Quelque temps après, le 6 mars 1853, le Saint-Père envoyait un premier Bref qui accordait, non à l’Université, mais à l’Archevêque de Québec, le pouvoir de conférer les degrés en Théologie à ceux qui auraient fait leurs études théologiques à Québec. Comme on le voit, c'était loin d'une érection canonique: mais enfin c'était un commencement de reconnaissance ecclésiastique. Ce n'est que sur de nouvelles instances que l’on obtint, plusieurs années plus tard, pour l'Archevêque de Québec, le pouvoir de conférer les mêmes grades à ceux qui auraient étudié dans les Grands Séminaires affiliés.
Dans tous les cas, avec le premier indull, nous pouvions nous dire reconnus à Rome, nous pouvions faire conférer les degrés en Théo'ogie, nous avions notre charte royale ; nous pouvions donc commencer.
On n'avait pas attendu le décret de Rome pour manifester une joie universelle au Canada.
A la premiére nouvelle de l'arrivée de la charte, ce fut une exaltation générale, Plus tard, vers la fin de l'année 1853, à la suite de l'Archevèque de Québec, tous les Evèques de la Province s'empressèrent de faire connaitre par des mandements à leurs ouailles leur contentement de voir que nous avions une Université catholique,
Dans son mandement du 27 décembre 1853, Mgr. Bourget cc ence ainsi:
« Nous avons donc enfin, N.T.C.F., une Université catho'ique, C'est la joyeuse nouvelle que nous annonce notre vénérable Métropolitain. »
Mgr Prince, Evèque de St.-Hyacinthe, dans son mandement du 18 Janvier, 1854, dit :
“Notre but, en ce moment, n'étant que de porter à votre connaissance les faits religieux qui vous intéressent et qui se sont passés dans le cours de l’année dernière, nous nous bornerons à vous mentionner celui de
l'érection du Séminaire de Québec en Universilé provinciale, sous le nom d'Université Laval, »
Les règlements concernant l'organisation intérieure de l'Universit furent c :mmuniqués à NN. SS. les Evèques pour avoir leur avis. Dans une lettre adressée au Supérieur du Séminaire à ce suj:l, en date du 2 décembre 1853, Mgr Bourget écrit :
4....d'oi communiqué à Mgr de Cyilonia votre proj»t de ‘règlement concernant le Conseil de L'Université." A notre avis, rien n'est plus désirab'e que le parfait accomplissement de ce règlement, (Après q'e'ques remarques sur le réglement conrernant les élèves, renvirques aurquelles on a eu égird, Myr aj ule:) Mais c+ n'est là qu'une ilée à laqueils j: ne tiens nullemeut. J'adhere au contraire à tout ce qui sera décidé ; et je ferai tout au monde pour qu'ici l'Université soit considère comine elle doit l'être,
‘“ Eu cons'quence, ce sera de grand cœur que je me conformerai à tout ce qui sera fait à Quebec. pour encourager un établissement si prsieux, Si même Mgr l'Archevèque était de cet avis, je ferais volontiers publier, dans le diocvse de Montreal, le document qu'il doit adresser à son Archidicerse. El comme l'Université de la Mélrono e esl celle de la Province on pourrait, ce me semble, en faire une œuvre provincinle, Dans ec» cas, l'on f'rait. pour l'Université, ce que l'on a ‘ru devoir faire pour certaines
RS Ê : RQ etes mesures d'un intérêt général St, pour donner de l'importance à l'ensrignement du catéchisme, l'on a jugé qu'un mandement commun pro luirait un bon eflet, peut-être qe l'on pourrait proceder de même, pour dosn r Pélan à l'enseignement universitaire, qui est le haut enseigueiment de la relision, ”
En voilà assez, je crois, pour démontrer que l'Universite Laval a ét", non-se-ulment érigée, mais accrplée comme provinciale de fuil. Ge n'est qu'accidentellement qu'elle n'en a pas eu le titre, On n'a pas vou'u le lui donuer offi‘iellement pour ne pas s’exposer à des embarras en Ang'elerr?.
L'oc'roi de la charte avait donc rencontré les désirs da tout le monde,
Question.—-Pourquoi s'est-on adressé en Angleterre, plutôt qu'à la Législature jrovinciale ?
M. Hamel—0O: a pensé qu'une charte royale donnerait beaucoup plus de foice à une instilution comme on voulait en avoir une pour les catholiques ; d'ailleurs on avait l'exemple des autres Universités de la Province qui avaient toutes des chartes royales. On ne voulait pas avoir moins de prestige qu'elles.
M. Taillon.—Je trouve, à la page 3 du Mémoire de l'Ecole, une lettre de Mgr l’Archevèque de Québec à Mgr Bourget, dans laquelle il lui écrit, à la date 27 avril 1552:
« Le Séminaire ne prétend point accaparer /e monnpole du hiul enseignemenl et son uniqüe but est d'obteni le commencement d'une Uuiver-
ani 19e
sité, en $'ÿ prenant de facon à obtenir une fois ce qui pourra ètre oblenu plus lard pour d'aulres maisons. Eten altendanr cette obtention, on l’a fait remerquer, aucun des élèves des autres maisons d'éducation ne serait privé de l'avantage de prendre les degres.
«Ma demande aux Evèques de la Province se réduit à solli iler leur concours dans la supplique au chef suprême de l'Eglise pour obtenir une Université quine portera ras le titre d'Université Proviner.le, et ce dans la crainte de donner à nos ennemis l'ecca ion de nous faire obstacle, Novs ne creYous pas même et pour cette wèmne raison, devoir là qualifier d'Universite de Quebec; il faudra que nous lui trouvions un autre nom.»
A la page 4 du même mémoire, je lis aussi l'extrait suivant d'une lettre du Recteur de l'Université à Mgr l’Archevèque, en date du 4 juin 1$59:
« Mais l'établissement d'une seconde uriversité, qui serait aujourd'hui prématuré, deviendra avant bien des annérs utile el niém- necessaire, l'autant plus que nous n'avions pas l'intertion ‘e fui e dela nôtre le rent z-vous d'une jeunesse bien nombreuse. Nous savons trop ce qu'ont toujours été ces grandes réunions de jeunes gens, pour voulur que le nombre des élèves de (1) nos facultés de Médecine et de Droit depasse de b aucoup la certaine, Un peu de polience donc elle tour de Montréal vientra, non seulement sans iuconvéuient pour personne, muis pour ie pius grand avan age de tous.»
‘et-ce que ces lettres sont authentiques ?
M. [am:l.—Je pense que oui. (?)
M Taillon.—Comment conciliez-vous ces passages avec ce que vous venez de dire ?
M. Iamel.—Bjien facilement, et ces lettres ne me font pas peur.
Le Séminaire de Québec avait accepté des obligations très ouéreuses, en faisant, lui aussi, ses conditions, qui avaient été acceptées. Oblig’ de mettre l'Université Laval sur le pied d'une université provinciale et digne de ce nom, il n'avait commencé qu'après s'être assuré du concours de toute la Province. 11 supyosait done qu'il y aurait entente pour diriger, autour de ses chaires universitaires, autant que possible, les élèves de tous les diocèses. Mais, d’un autre côté, il ne prétendail pas au monopole du haut enseignement, pourvu qu'on ne lui lit pas une concurrence ruineuse. On
(1) Dans le Mémoire de l'Ecole, la lettre se lit ainsi. Le rédacteur du Mémoire n’a oublié que deux petits mots, comme on peut le Voir en confrontrnt avec le Mémoire sur l’Université Laval publié en 1862, où l’Ecule a pris cetextrait, etoù cependant la phrase se lit ainsi, page 52: * pour vouloir que le nombre des élèves de chacune de nos facultés de Médecine et de L'roit dépasse de beaucoup la centaine ” M. Trudel, se basant sur l'absence de ces deux mots, a faitun long argument devant le Uomité des bills prives, pour mettre l'Université Laval en
contradiction avec elle-même! Nous n’en accusons pas M. ‘“lrudel, qui a été induit en erreur, sans le savoir ; mais tout de même, l’argument tombe,
(2) Ce n'est que plusieurs jours après la fin du plaidoyer que M. Hamel s’est apeiçu de la soustraction des deux mots.
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a fait, devant ce Comité, un grand argument contre nous à propos de monopole. Et cependant que demandions-nous ?
Nous avons demandé simplement à ceux qui voulaient une université indépendante à Montréal, d'attendre que les circonstances vinsent a légi« timer l'érection d'une seconde université dans la province.
On uous avait obligé à établir l'Université Laval sur un pied suffisant pour qu’elle püût faire honneur à la population catholique totale de la province de Québec. Les éloges que MM. les opposants ont bien voulu faire à l'Université Laval telle qu’elle est, me dispensent d'insister, el montrent que je n'ai pas besoin de prouver que le Séminaire de Québec a fuit franchement et noblement sa part du contrat, et qu'il a réussi à mettre les choses sur un pied qui ne fait pas, je crois, déshonneur à la province de Québec.
Aussi était-il juste d'attendre qu'il y eût place pour deux universités avant de songer à en ériger une seconde. Si Montréal eût été moins imnatient, puisque la ville de Québec avait eu la chance d'avoir son Université la premiére, Montréal aurait peut-être eu effectivement son Université avant longtemps.
Je ne suis pas prêt à admettre tous les chiffres qui sont donnés sur le nombre des élèves de Montréal, car déjà on a fait, à Rome, de ces assertions que les documents officiels ont prouvé être fort au-dessus de la réalité ; mais enfin, en admettant que ces chitfres sont voisins de la vérité, il est possible qu'avant peu, réellement, deux Universités eussent pu exister sans trop se nuire. Comment le reconnaitre ?
Il faut toujours qu’on puisse faire face aux dépenses. Le Séminaire de Québec s’es. Chargé des frais de l'Université Laval. Sait-on à combien, se montent ces dépenses? Le Séminaire est obligé d'ajouter tous les ans, en sus des revenus provenant de l'Université, de 810,000 à $12.009 par année, pour couvrir les dépenses de l'Université. C'est un sacrifice que le Séminaire de Québec s’est imposé aux dépens de son œuvre principale, le petit et le grand séminaire, qui sont la fondation même de Mgr de Laval. S'est-il imposé ce sacrilice pour toujours ? Non, mais il l’a fait pour un certain nombre d'années, et dans l'espérance que le nombre croissant des élèves venant de tous les diocèses, permettrait, au bout d’un certain temps non pas d'égaliser les revenus aux dépenses, mais simplement de réduire , l'excès des dépenses de telle sorte que les sacrifices fussent un peu en proportion avec le bien produit.
M. Taillon.—Dans cette Somme de dix à douze mille piastres, comme Vous dites, comprenez-vous l'intérêt du Capital employé à la construction des édifices ?
M. Hamel.—Nous avons coutume de considérer Je capital versé dans les constructions comme Capital perdu, Aussi l'on ne Comrnie pas dans le déficit annuel l'intérèt du capital payé. Les circonstances h ureuses, providentielles et malheureusement temporaires ont permis au Séminaire de rencontrer assez Promplement la plus grande partie du ccût de l'Université. I! ne reste donc qu’une dette représentant la différence, qui a été en diminuant, L'intérêt seul de cette différence, qui pesait sur 1 Univer« sité, entrait dans le délici annuel. Quant aux $300,000 qui représentent le coût des constructions et des musées, c’est un Capital perdu. Si l'on y joir.t les $10 000 de déticit annuel payées depuis 30 ans, on arrive à une somme {olale de 8600,000. que le Séminaire a donnée au Pays pour établir et soutenir l'Université, et dont il ne demandera jamais compte ni à Montréal, ni à la Province. Mais, du Moins, a-t-il droit d'exiger qu'on ne lui fasse pas de concurrence avant que le nombre des élèves ne permette de diminuer cet énorme delicit.
M. Tuillon.—La somme va-t-elle en diminuant ?
M. Hamel.—Je ne le crois Pas encore, par la raison qu'il a fallu presque constamment ajouter. Toutefois, ces drnières années, il ÿ a peut-être eu diminution, mais ç'a été aux dépens des Professeurs, dont les honoraires ont été diminués,
M. Tailios.— Pourriez vous nous donner un état exact du déficit par année, peur constater si cela suit une marche régulière ?
M. Hamel —J ne sais Pas quelle est la somme elfective dépensée chaque
Propremeut dite de Mgr de Laval, c'est-à-dire, le petit etle grand séminaire Sont en souflsance à cause de l'Université. Ainsi, il ÿ a longtemps que nous devions faire la bâtisse, qui est actuellement en Construction ; c'est l'Université qui a été la cause du délai,
M. Taillon.—Vous avez dit tantot que si Montréal avait été moins pressé, il aurait pu avoir son Université bientôt, Je vcudrais vous demander dans combien de temps le tour de Montréal serait arrivé en supposant qu'il n'eût pas perdu patience.