‹ Plaies d'armes à feu; mémoire sur la cautérisation et description d'un spéculum à basculeChapitre 12 sur 29 · HT · texte numérisé non relu

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Facultés intellectuelles s'altèrent de plus eu plus. 11 est encore sensible a l'impression des sons et des signes extérieurs ; niais son cerveau est d'une lenteur extrême a témoigner cette impression , et alors qu'il l'a perçue , il la conserve longtemps. Ainsi, si l'on demande au malade : comment cela vat-il? et s'il répond : ça va bien , on est sûr de voir celte mémo réponse se reproduire long-temps après et a toutes les questions, quelque disparates qu'elles puissent être d'ailleurs. Avez-vous dormi? — Ça va bien. — Voulez-vous manger? — Ça va bien , etc. , etc.

Malgré cet état , il demande cependant continuellement a

boire et a manger la fièvre persiste, la suppuration est

très-abondante et parfois peu louable : on panse matin et soir. Bientôt un vide apparaît au centre de la plaie, et des tentatives sont faites plusieurs jours de suite pour aller a la recherche de la balle. Des pinces à pansement, introduites avec beaucoup de prudence, pénètrent à deux pouces de profondeur dans Tépaisseur de la masse cérébrale ; mais on ne sent rien de résistant, et on est obligé de borner là, pour le moment , ces sortes d'explorations , qu'un léger mouvement du malade aurait pu rendre promptement mortelles. Jusqu'au 1-4 août , le malade resta dans le même état ; a cette époque la fièvre, qui s'était un peu ralentie, se ranima de plus belle, et une pleuro-pneumonie se déclara; le 15 une saignée fut prescrite, mais les symptômes persistèrent dans le même degré d'intensité ; le 16 la pneumonie augmente et unépanchement se forme dans la cavité gauche de la poitrine ; bientôt le malade ne parle plus, il semble avoir perdu la faculté de voir et d'entendre, tout empire, et le 23 août il expire.

Autopsie. — Le corps est dans un état voisin du marasme. On enlève avec soin la voûte du crâne ; des bourgeons charnus s'élevaient sur la dure-mère , au niveau du contour de la

plaie : des désordres incalculables avant la mort existaient a la hase du crâne ; le lobe gauche du cerveau contenait du pus fétide et épais, rassemblé en foyer; la dure-mère était décollée dans une grande étendue. L'intérieur de l'abcès était entouré par des fausses membranes ; dès lors on pouvait facilement suivre tout le trajet de la balle. La balle était arrêtée dans la fosse latérale gauche; elle était allongée et contournée sur elle-même ; sa longueur était d'un pouce environ sur quatre lignes de largeur. Dans un de ses replis elle contenait des portions d'os et de cheveux. On remarque plusieurs abcès circonscrits hors du trajet du projectile ; ils occupent le sommet du lobe gauche.

Les viscères de l'abdomen sont sains; mais les poumons sont enflammés; la plèvre gauche contient une immense quantité de liquide aibumineux. N'arrive- t-il pas chez les animaux sur lesquels on a expérimenté sur les nerfs pneumogastriques, une altération fort remarquable du poumon? Les renflemens nerveux et les nerfs qui communiquent avec eux ont donc une grande action sur les importantes fonctions des organes de la respiration. C'est, en effet, ce qui a été démontré par les vivisections.

Quelquefois la balle est tellement unie a la dure-mère, qu'il est impossible de l'extraire sans produire des ébranlemens a la masse encéphalique, et sans déchirer, dans une étendue quelquefois considérable, cette membrane elle-même. Dans ce cas, il n'y a pas a hésiter, il faut enlever la dure-mère et la balle au moyen d'une section circulaire; c'est du moins ce que conseillent plusieurs chirurgiens, et entr'autres Perey. Assez souvent la balle est douée d'un degré d'impulsion tel qu'une partie d'un côté du crâne est entièrement enlevée, et avec elle la portion correspondante de la dure-mère. Le cerveau est mis a nu dans une assez grande étendue; a ce

point il est bien rare que les blessés résistent ; la eonnnotion qu'ils ont éprouvée et la contusion de la substance cérébrale finissent presque toujours par les emporter. Cependant il n'en est pas toujours ainsi , et quelquefois on voit guérir ceux qui avaient été le plus gravement frappés , tandis que ceux qui, en apparence , avaient peu de chose , viennent donner démenti a votre pronostic, et vous apprennent, par leur mort, a être a l'avenir plus circonspect, et a ne vous prononcer qu'après un long et mûr examen.

Au premier aspect d'une plaie de tète un peu étendue produite par un projectile, on serait assez disposé a sacrifier les lambeaux de peau a demi détachés, tant ils paraissent meurtris et altérés. Il semble qu'il est impossible qu'ils puissent encore reprendre vie, et que le traitement doit se borner à combattre les accidens qui peuvent se déclarer vers le cerveau. Cependant il n'en est rien, et tel lambeau que vous croyez devoir sacrifier, lors même que l'altération dont il est le siège paraît extrême , s'agglutinera aux autres parties si vous le relevez et que vous le mainteniez même par des points de suture si besoin en est. Il faudra toutefois laisser cà et là des points libres qui permettront l'écoulement du produit de la suppuration. Lorsqu'on néglige cette précaution, il arrive assez souvent qu'un phlegmon diffus se développe sur une grande étendue, et alors le cas est grave. Heureux même si, par des incisions nombreuses et habilement ménagées , vous parvenez à vous rendre maître du mal, et a prévenir l'inflammation des méninges.

Toutes les fois également qu'un décollement considérable existe, surtout s'il y a du sang épanché, surtout si l'ouverture produite parla balle est étroite, alors il faut débrider sans timidité, c'est le seul moyen de prévenir des accidens souvent

funestes, et particulièrement ces érysipèles de cuir chevelu qu'avec raison on redoute tant.

Assez souvent la balle vient se perdre dans l'épaisseur de l'apophyse raastoïde , et y reste enclavée. Après s'être assure de sa présence par le stylet ou la sonde cannelée, il faut sans tarder procédera son extraction : si les moyens ordinaires sont insuffisans, on appliquera une couronne de trépan, et on la dégagera ainsi des parties au milieu desquelles elle se trouve retenue. Le projectile une fois extrait, les lambeaux seront rapprochés, et on pourra éviter ainsi des fistules et des inflammations graves de l'oreille ou du rocher. J'ai vu de ces fistules qui ont duré un temps infini, et qui n'ont guéri complètement qu'après l'extraction d'une grande quantité d'esquilles.

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