‹ Plaies d'armes à feu; mémoire sur la cautérisation et description d'un spéculum à basculeChapitre 14 sur 29 · PLAIES PAR ARMES A FEU DES RENFLEMENS NERVEUX · texte numérisé non relu

PLAIES PAR ARMES A FEU DES RENFLEMENS NERVEUX

Le premier degré des plaies par armes a l'eu des renflemens nerveux, est la contusion. Le cerveau, le cervelet , la protubérance, la moelle allongée et la moelle épinière, peuvent être le siège de ce genre de lésion ; mais , comme on le pense bien, le cerveau et le cervelet en ont offert plus de cas, et cela parce qu'ils sont plus superficiellement placés et moins abrités que les autres portions de la masse encéphalique. Du reste, la consistance peu considérable des renflemens nerveux, leur vascularité, leur étendue , leur situation , sont autant de dispositions anatomiques favorables a ces conclusions.

Les corps étrangers lancés par la poudre produisent des efiVts variables sur ces tissus délicats , et ces effets, comme sur les autres parties de l'économie vivante, dépendent delà forme du corps étranger, de sa vitesse, de sa direction , etc. Ici ils ne font qu'effleurer la surface; Ta ils désorganisent superficiellement leurs couches extérieures ; tantôt ils les réduisent en pulpe molle mêlée a du sang, tantôt ils pénètrent fort avant dans leur épaisseur, et détruisent tout ce qu'ils touchent à une grande profondeur. Si la balle se contente de produire une contusion en venant donner sur la dure-mère qu'elle ne traverse pas, quelques vaisseaux sont rompus, et il en résulte des épauchemens de sang dans la pie-mère ou a la surface du centre nerveux frappé. Dans d'autres circonstances, et si la contusion est plus forte, les vaisseaux capillaires qui le pénètrent sont aussi rompus , et l'on remarque de petites ecchymoses, de petits foyers de sang ça et la répandus dans son épaisseur. D'autres fois on trouve un sablé rouge; ailleurs c'est du sang épanché par plaques et imitant assez bien un dessin marbré. Si la désorganisation est plus profonde, si la balle a traversé la masse cérébrale, il peut arriver qn' une partie de cette masse soit entraînée par la balle, et sorte au milieu du sang et des débris osseux détachés. A ce point tout est confondu; on reconnaît a peine la structure des tissus , et il est impossible de distinguer la substance grise de la blanche. C'est ce que j'ai pu bien constater, a plusieurs reprises, suides chevaux et des chiens tués par des coups de fusil. Assez souvent j'ai rencontré du sang épanché en caillots ; je puis également assurer que ce sang n'est jamais infiltré loin du point contus, particularité qu'explique du reste assez bien la structure de la substance nerveuse , son état compact, son peu de perméabilité et son absence presque absolue de tissu cellulaire.

Il ne m'a plus été possible de retrouver de traces d'organisation sur tout le trajet parcouru par la balle : les substances blanche et grise , et particulièrement cette dernière, étaient comme combinées avec le sang ; c'était une sorte de bouillie, une espèce de lie de vin épaisse et peu chargée en couleur. Chez les chevaux qui avaient été saignés après la blessure , quand elle n'était pas instantanément mortelle, le cerveau était bien moins injecté que chez ceux qu'on avait abandonnés a eux-mêmes ou qui étaient restés morts sur place. Ce résultat prouve une chose, c'est que, dans des blessures pareilles , il ne faut pas être sobre d'évacuations sanguines. On doit , en effet , les répéter souvent , très-souvent ; c'est le meilleur moyen d'éviter une trop grande compression du cerveau, un épanchement de sang qui peut persister même longtemps après l'accident-, c'est également la meilleure médication pour maintenir dans de justes bornes le travail inflammatoire qui doit suivre , et les abcès qui peuvent se former, comme aussi de rendre la circulation et la respiration plus faciles , plus naturelles , et partant d'améliorer l'état du malade.

La contusion, au premier et au second degré, peut exister avec une commotion , et alors la mort peut être instantanée ; mais il faut attribuer cette terminaison fatale plutôt a l'ébranlement nerveux générai qu'a la lésion locale elle-même. La contusion au troisième degré peut amener la mort presque aussi subitement que la commotion, cela va sans dire : on en a vu beaucoup de cas ; seulement, c'est qu'alors la balle aura parcouru un long trajet , et aura intéressé une de ces parties dont nous ne connaissons encore que peu la fonction , mais dont l'importance est grande pour la vie, puisque sa lésion , quoique minime, suffit souvent pour la faire cesser. Quelquefois, a la suite d'une plaie énorme, a la suite d'une

désorganisation éteijdue de la substance cérébrale, et lorsque tout faisait présager une lin inévitable et prochaine , on est tout étonné de voir le malade résisler, la suppuration, tonte abondante qu'elle est, ne l'affaiblit pas anssi rapidement qu'on i'avait pensé; la plaie se déterge ; une portion du cerveau, trop profondément altérée , tombe en gangrène et s'échappe avec le pns , et , a la grande surprise du chirurgien , la vie se ranime, la cicatrisation se fait sur tout le trajet parcouru par la balle; en un mot , le malade guérit.

Dans ces cas , c'est-à-dire lorsque la substance nerveuse a été très-maltraitée par le projectile, mais pas assez pour que !a mort ait lieu subitement, bientôt la suppuration est abondante et très-fluide : on dirait de la sérosité floconneuse : elle s'écoule par mouvemens intermittens, mais réguliers et isochrones aux battemens du pouls ; la respiration ne m'a jamais paru l'influencer. Cette suppuration ne tarde pas a prendre un caractère particulier; elle laisse exhaler une très-forte odeur alliacée. A ce point, il n'y a plus de doute; l'inflammation a envahi la substance cérébrale , et celle-ci va bientôt sortir avec le pus, par masses variant en volumes, mollasses, pulpeuses, et toujours sans aucune trace de l'organisation primitive. Chaque jour voit disparaître une nouvelle quantité de cette substance , et si la mort ne venait y mettre obstacle , un des côtés du crâne finirait par se vider. J'ai vu moi-même deux cas dans lesquels un des lobes du cerveau avait été ainsi presque entièrement expulsé a l'extérieur. L'intelligence décroissait à mesure que la masse cérébrale diminuait , et l'on pouvait ainsi assister à la destruction graduelle de chacune des facultés qui , dans l'homme , par leur ensemble , constituent cette intelligence. A mesure que ce mystérieux travail de la pensée perdait de son énergie, la perception devenait aussi moins active, moins complète, et tous deux suivaient les

mêmes phases d'anéantissement. Plus tard , et lorsque le terme funeste approchait, on remarquait de loin en loin des sortes d'interrègnes où l'intelligence n'existait plus et ne se manifestait que par intervalles. Alors encore les impressions paraissaient être perçues, mais leur transmission était impossible : les sens s'éteignaient par degrés ; la sensibilité générale elle-même disparaissait au milieu de toutes ces morts partielles, et la vie quittait enfin ce cadavre anticipé.

Que si, au contraire, la plaie extérieure est très-étroite ou bouchée, et que les parties gangrenées, ainsi que les liquides épanchés , ne puissent pas s'écouler facilement, alors ordinairement la marche des symptômes est bien plus rapide , et la mort arrive plus promptement, si on n'a pas la précaution d'inciser et d'appliquer le trépan. Néanmoins,, quelquefois l'altération procède avec lenteur, et la vie ne s'éteint qu'après une série de désordres qui devaient, d'après ce qu'on observe d'habitude , être plus promptement mortels. L'observation suivante prouvera combien il faut parfois d'altérations profondes , pour que certains malades succombent; je ne donnerai ici que l'autopsie, celle d'un blessé dont j'ai déjà parlé , etc.. La balle avait pénétré vers le milieu de la partie latérale gauche du nez , au point où le cartilage s'unit a l'apophyse montante de l'os maxillaire supérieur , et était venue mourir derrière l'oreille droite, d'où elle a été extraite. Chemin faisant , elle a brisé les cornets et les ailes du sphénoïde, la portion verticale et une partie de l'horizontale de l'os palatin, une grande partie de l'apophyse maxillaire , l'apophyse styloïde du temporal , une partie du corps du sphénoïde du côté droit , une petite portion du rocher et de l'occipital. La plupart de ces fractures ont été faites par contrecoup; on ne peut les concevoir autrement. Le canal carotidien a été largement ouvert , et le sinus maxillaire communi-

quait librement avec le nez; de plus , les deux fosses nasales n'eu faisaient presque plus qu'une, tant était grande la perte do substance qu'avaient éprouvée l'os palatin et la laine perpendiculaire du vomer. J'ai également rencontré plusieurs portions d'os fracturés qui s'étaient vicieusement consolidées avec les os du crâne. Ainsi l'aîle externe de l'apophyse ptérigoïde s'était recourbée vers le trou ovalaire du sphénoïde, et une autre portion d'os s'était consolidée dans l'intérieur du crâne avec l'occipital , vers le point où celui-ci était fracturé.

Indépendamment de ces graves lésions , j'ai rencontré un .abcès volumineux qui s'était développe dans l'épaisseur du lobe gauche du cervelet : il était comme enkysté et circonscrit par de fausses membranes; il avait, du reste, presque le volume du lobe dont je viens de parler. La face inférieure de celui-ci était singulièrement ramollie et tachée par un liquide noirâtre.

Le malade avait éprouvé des douleurs atroces sur toute l'étendue de la face du côté droit. On le conçoit sans peine , la lésion anatomique en rend compte facilement. La saillie osseuse dont je viens de parler s'avançait en effet vers le trifacial ; «lie avait irrité et enflammé les parties au milieu desquelles est plongé ce nerf, et l'inflammation avait gagné le tissu du nerf lui-même. Il existait en même temps une paralysie de la face du côté droit : rien de plus simple, le nerf facial avait été coupé par la balle, au niveau de sa sortie du crâne.

On pense bien que la suppuration a été longue et abondante : elle a duré, en effet, pendant tout le temps qu'a vécu le blessé : des fistules se sont établies sur plusieurs points différais ; des esquilles en ont été extraites a plusieurs reprises , mais particulièrement de celle qui existait derrière l'oreille, «est-a-dire dans l'épaisseur de l'apophyse masloïde.

Le cervelet était trop près du désordre pour qu'il ue s'en ressentît pas; a la longue, en effet, l'irritation s'est transmise de proche en proche jusqu'à lui , et l'abcès dont j'ai parlé en a été la conséquence. A mesure qu'il se formait , les symptôtômes prenaient plus de gravité, des éblouissemens et des étourdissemens tourmentaient le malade ; quelquefois ils étaient si intenses qu'il était chancelant, ne pouvait marcher, et était menacé d'évanouissemens. Cependant les évacuations sanguines amélioraient son état, mais leur effet n'était que de peu de durée, et quelques jours plus tard c'était a recommencer. Dans des cas pareils, dans les inflammations des masses nerveuses , qu'il y ait déjà abcès ou non , l'art offre peu de ressources , et c'est particulièrement sur les saignées qu'il faut insister. Si elles ne peuvent éviter que le mal fasse des progrès , elles ont au moins l'avantage de les ralentir : le malade en éprouve toujours un soulagement marqué. Il ne faudrait pourtant pas s'en tenir l'a, s'il existait sur quelque point du crâne une fistule par où du pus a odeur alliacée viendrait a s'écouler. Si l'orifice fistuleux était peu large , et surtout s'il se manifestait des symptômes de compression , alors il faudrait, sans hésiter , appliquer une ou plusieurs couronnes de trépan , et aller, avec prudence , a la recherche du foyer purulent.

Dans le cas qu'on vient de lire, si l'on s'était conduit ainsi, peut-être aurait-on pu sauver le malade ; mais je ne dis que peut-être, car l'altération, comme on l'a remarqué, était déjà bien avancée.

La face, par sa situation, par sa forme, par la disposition des parties qui entrent dans sa composition , est très-sujette à être endommagée par les projectiles lancés par la poudre, elle lest plus souvent que le crâne proprement dit, et on concevra facilement la raison de cette différence, si on remarque qu'elle offre toujours au corps vulnéraut une surface assez étendue ; qu'elle est d'habitude dirigée dans le sens de ces corps; qu'elle offre des irrégularités, des dépressions, des cavités qui sont tout autant de circonstances favorables pour que les projectiles y trouvent une prise plus facile, tandis que la forme arrondie du crâne et le poli de ses os les détournent facilement quand ils ne viennent pas le frapper en plein. Ce n'est pas que, le plus ordinairement, soit au milieu des camps, soit dans les combats singuliers, soit par suite des tentatives de suicide , la balle qui atteint d'abord la face ne parvienne bien aussi jusqu'au crâne et ne le blesse à son tour; mais toujours est-il que, dans ce cas, la plaie de celui-ci n'est que consécutive a la première.

De toutes les plaies, celles de la face sont sans contredit au nombre de celles qui méritent le plus d'intérêt. Il ne faut , pour s'en convaincre, que faire attention a l'importance de cette région , tant sous le rapport de sa destination , puisqu'elle reste toujours exposée aux regards, que sous celui de ses privilèges, puisque la nature en a fait, si je puis ainsi dire , la patrie commune de tous les sens. La disposition de ses parties, sa structure, la distribution harmonique de ses organes, leur délicatesse et cette étonnante mobilité de ce qu'on appelle ses traits, tout, en un mot, annonce, pour cette région du corps, une sorte de prééminence accordée par la nature sur toutes les autres parties , je dirai même un empire qui ne saurait être contesté. Nous ne saurions donc

( ro"i )

décrire avec trop d'intérêt les lésions diverses de cette sorte de panorama moral , ainsi que le dirait un romantique , et pour faire la comparaison commune de ce miroir vivant où toutes les passions humaines viennent tour a tour se réfléchir. Si nous sommes un peu longs dans cette description , l'importance même des parties nous servira facilement d'excuse.

La balle, ou tout autre projectile lancé par une arme meurtrière , peut borner ses ravages a une seule région de la face ou les étendre a plusieurs , et c'est aussi ce qui arrive le plus communément. Tantôt elle s'arrête dans une des cavités naturelles qu'on y remarque, tantôt elle passe outre et multiplie ses dégâts. Ravaton, Schmuckcr, etc., citent des cas curieux dans lesquels ils parlent de balles arrêtées dans les sinus frontaux , sans lésion aucune de la paroi interne de ces cavités ; mais il faut le dire, ce ne sont que des exceptions, et des exceptions bien rares , car le plus ordinairement le projectile brise aussi cette paroi interne et s'enfonce dans le cerveau : elle est eu effet si fragile , si mince ! Quoiqu'il en soit , le fait est possible , puisqu'il a été observé : la raison , du reste , peut l'admettre sans trop de répugnance , on le conçoit. Il y a plus, c'est que des balles ainsi logées dans la cavité de ces sinus y sont restées pendant un temps fort long sans déterminer aucun accident -, dans d'autres circonstances , après un séjour plus ou moins prolongé, on les a vues cheminer vers les fosses nasales et sortir par ces cavités.

Enfin, ce que je viens de dire pour des balles, je le dirai aussi pour des corps plus volumineux, pour des biscayens , par exemple; le fait est plus extraordinaire, sans doute, mais il est tout aussi possible ; l'observation en fait foi.

Tantôt le corps étranger n'a aucune influence sur la plaie d'entrée du projectile, et celle-ci se cicatrise facilement et prompteraent, parce que le produit de la supuration s'écoule par le nez; tantôt, au contraire, la carie et la nécroses'em-

paie des esquilles les plus extérieures, et il reste, pendant un temps variable, une fistule au niveau de cette plaie. Je ma rappelle avoir observé à l'hôpital Saint-Louis , il y a déje longues années, un vieux militaire, reçu dans les salles du professeur Riclierand. Il était alors dans un coma profond : une fistule assez large se faisait remarquer à la partie antérieure et inférieure du front; a chaque expiration une certaine quantité d'air en était expulsée et avec lui un pus roussàtre et très-fluide. C'était une véritable fistule aérienne ; ce malheureux était presque sans vie quand il nous arriva : il ne nous laissait plus d'espoir; sa mort devait être inévitable et prochaine; lebiscayen, cause première de tous ces accideus, fut retiré par la bouche , mais le résultat prévu n'en survint pas moins et il succomba peu de temps après. A l'autopsie on rencontra une carie de la paroi postérieure du sinus et un abcès dans l'épaisseur du lobe antérieur du cerveau correspondant.

Dès que la présence d'un corps étranger dans ces sinus est bien constatée, il faut, suivant Percy et plusieurs autres chirurgiens recommandables, procéder immédiatement a son extraction , en agrandissant , si besoin en est , l'ouverture extérieure, soit a l'aide de forts ciseaux, soit a l'aide de tout autre instrument approprié. Le conseil me paraît bon et prudent, car malgré qu'on ait observé des cas où ces corps étrangers sortaient d'eux-mêmes et sans accident, il n'en est pas moins vrai que leur présence dans ces cavités peut être suivie d'accidens terribles , ainsi qu'on vient de le voiv par l'observation précédente. Seulement , je préférerais au ciseau l'application d'une couronne de trépan, d'autant mieux qu'ici cette application est facile, rapide, peu dangereuse, et cela parce qu'on n'agit que sur la lame externe du sinus. Cela fait , c'est-à-dire le corps étranger étant bien mis a découvert, on n'aura aucune peine a l'extraire au moyen d'un levier ou

mieux encore au moyen d'une forte pince a mords. Que si l'on avait affaire a un lingot de fer pointu et implanté dans l'épaisseur des os, il faudrait également en faire l'extraction après lavoir déchaussé, si le cas l'exigeait, et l'arracher en employant les insi rumens que la disposition des parties indiquera comme les plus favorables a cet effet, mais il faudra toujours procéder avec ménagement et prudence, et éviter ies ébranlemens un peu forts de la masse encéphalique. Si on ne pouvait parvenir a l'extraire sans cet accident , il vaudrait mieux l'abandonner, pendant quelque temps, aux efforts de la nature. Plus tard, en effet, le travail inflammatoire, aidé de quelques secousses légères qu'on lui imprimerait chaque jour , parviendrait à le détacher, et alors son extraction serait facile et sans danger.

Plaies de l'œil et de l'orbite. — Parfois , lorsque l'amorce de l'anne a feu est trop près de l'œil, des grains de poudre pénètrent dans l'épaisseur des paupières et même de la conjonctive oculaire. Dans ces deux cas , les accidens peuvent être nuls ou a peu près nuls ; mais le plus souvent ils déterminent des symptômes inflammatoires graves qui demandent toute l'attention du chirurgien. Le plus souvent il suffira d'agir comme si on avait affaire a une ophthalmie simple, et les moyens anti-phlogistiques ordinaires rempliront ce but : alors en effet le corps étranger sera chassé au dehors par les seuls efforts de la nature, ou bien sa présence cessera d'être pour les tissus une cause d'irritation; il restera la indéfiniment et sans autre conséquence qu'une légère tache noire qu'il entretiendra a la place qu'il occupera, mais il n'en est pas toujours ainsi ; souvent même sa double action, comme corps chimique et comme corps étranger, sera une source d'accidens graves et sans cesse renaissans ; il faudra à tout prix en amener l'extraction , surtout s'il est logé dan sl'épaisseur du globe

de l'œil. Dans la majeure partie des cas , on sera forcé a cet effet de faire une légère incision qui le dégagera et ramènera au dehors spontanément, ou bien on ira le saisir avec une petite pince, ou Lien encore on le chassera avec une petite aiguille mousse on tout autre corps ; bref on se conduira comme pour les autres corps étrangers qu'on a déjà remarqués dans cette région du corps. Dans ces tentatives, cela va sans dire, on procédera toujours avec discrétion et ménagement ; la délicatesse de structure de l'organe comme son importance en font une loi.

Parfois on a rencontré des grains de plomb dans l'épaisseur des paupières : tantôt innocens pour ces voiles mobiles , on les y a abandonnés, tantôt cause d'irritation, il a fallu les détacher et les extraire. Quelquefois aussi on a vu de ces mêmes corps pénétrer dans l'épaisseur du globe de l'œil. Dans quelques circonstances la vue n'en a pas été endommagée, ou du moins ne l'a été que temporairement , c'est lorsque le petit corps n'avait fait que traverser l'organe de part en part , sans s'arrêter dans son épaisseur; d'autres fois , au contraire, sa présence au milieu des tissus qui le composent , des humeurs qui le baignent, est devenue la cause d'accidens formidables et la perte de l'organe en a été la suite ; les cas de ce genre ne sont nullement rares.

Ou a vu assez souvent la commotion communiquée a toute la tête, par suite d'une plaie produite au crâne ou a la face par un projectile un peu volumineux, unbiscayen, par exemple, amener un décollement de l'iris et donner lieu, de ce côté, a. une perte incomplète de la vue; dans ce cas le rôle du chirurgien est très-borné. Combattre par des moyens appropriés l'inflammation consécutive qui peut s'en suivre, tout se réduit a ce peu de soins : il ne peut rien contre le décollement lui-même ; tout au plus , suivant la disposition du

décollement , suivant son étendue , lui serait-il permis de l'augmenter dans telle ou telle direction pour donner aux rayons lumineux un passage plus large et plus facile ; il ferait 3a ce qu'on fait quelquefois , ce que la commotion elle-même avait commencé, je veux dire une pupille artificielle. Alors , tout bien compté , le même œil en posséderait deux. Quelle influence cela pourrait-il avoir sur la vision?

A la dernière révolution, j'ai vu deux malheureux que le hasard a frappés d'une manière bien funeste. Tous deux étaient borgnes depuis long-temps et tous deux reçurent une blessure qui atteignit l'œil sain et les rendit complètement aveugles. L'un d'eux fut surtout horriblement mutilé par un biscayen; les parties molles furent singulièrement endommagées; l'apophyse zygomatique , l'os de la pommette , le maxillaire supérieur furent eux-même brisés , détruits en plusieurs endroits -, la guérison eut lieu cependant, mais quelle guérison! par quelles douleurs, par quels sacrifices ne fallut-il pas l'acheter! On peut voir , par ces deux exemples , jusqu'à quel point la fatalité peut aller, et combien parfois les jeux de hasard sont bizarres et malheureux.

Assez souvent la balle, après avoir désorganisé l'œil, traverse la voûte de l'orbite et va continuer ses désordre dans Tépaisseur même du cerveau ; alors le dégât est ordinairement épouvantable, et si la mort n'est pas immédiate , elle arrive plus tard et après une série de phénomènes variables suivant les points lésés, mais toujours a la suite de tourmens et de douleurs extrêmes. La conduite que le chirurgien doit tenir dans ces pénibles circonstances ne diffère pas de celle qu'on suit habituellement dans les plaies d'armes a feu *, extraire les corps étrangers et combattre les accidens inflammatoires par tous les moyens connus, voilà a peu près tout son rôle. Toutefois il ne perdra pas de vue qu'ici l'énergie est commandée

impérieusement et qu'on ne saurait trop insister sur les évacuations sanguines générales et locales ; ce n'est qu'en se conduisant ainsi que dans quelques cas, rares il est vrai, on a pu obtenir quelques succès inespérés.

Si un grain de plomb est perdu dans l'œil et qu'on ne puisse en découvrir la présence, il n'y a rien a faire qu'a se rendre maître des accidens inflammatoires; si c'est une balle, il faut débrider et la retirer. On agira de même si c'est tout autre corps étranger un peu volumineux ; sans cette précaution, en effet, on doit s'attendre a une inflammation terrible et qui peut être fatale aux jours du malade. Bidloo rapporte l'observation d'un blessé dans l'épaisseur de l'œil duquel était plongé un éclat de bois long et irrégulier ; l'extraction n'ayant pu se faire sans débridement, on coupa le corps étranger au niveau de la cornée et on abandonna le reste dans la certitude que la suppuration l'entraînerait plus tard au dehors. Le chirurgien fut cruellement trompé dans ses prévisions; l'inflammation fut extrême , elle se communiqua a l'autre œil et ce ne fut qu'avec grande peine qu'on put conserver celui-ci.

Dans le cas où un morceau de fer lancé par la poudre viendrait à traverser en même temps l'œil et l'orbite, pour pénétrer dans le crâne, et resterait ainsi au milieu de ces parties , faudrait-il encore, comme le conseille Percy, débrider le globe oculaire, et a l'aide d'une forte pince procéder a l'extraction de ce corps? Certes oui : c'est même le seul moyen de conserver les jours du malade , car en se conduisant ainsi on laisse a l'inflammation moins de chances de devenir extrême.

Plusieurs auteurs rapportent que des balles ont chassé le globe de l'œil de l'orbite et qu'on a pu replacer, avec un plein succès , cet organe dans sa cavité. Je ne sais jusqu'à quel point cela est possible; cependant s'il arrivait que cet organe tînt encore par son pédicule vasculaire et nerveux , il

serait prudent de le réduire et de le maintenir en place par des moyens appropriés. En se conduisant ainsi, on ne péril rait rien et l'on conserverait une chance de pins , c'est évident. Un nommé Covillard assure être parvenu a conserver ainsi l'usage de la vue a un blessé qui peut-être en d'autres mains rainait perdu \ la chose est très-possible.

Que si la balle était restée dans l'épaisseur du tissu adipeux de l'orbite, il faudrait l'extraire au moyen de cuillerons et des pincettes de Percy, et après avoir débridé, surtout si la plaie d'entrée, comme cela arrive souvent , n'offrait pas assez d'étendue. J'ai eu a observer deux faits a peu près semblables. Je me suis conduit ainsi dans ces deux cas , et le succès a été complet. Dans l'un d'eux , après avoir fait l'extraction du projectile, j'ai remis en place des portions d'os détachées de la pommette, et bien m'en a pris, car leur réunion s'est bien faite On croit bien qu'elles tenaient encore aux parties voisines par quelques débris fibreux.

Assez souvent les sourcils sont labourés par des projectiles. D'autres fois l'arcade sourcilière elle-même est brisée et enlevée en totalité ou en partie. Ces lésions, en apparence peu graves, peuvent cependant le devenir par leur voisinage du globe de l'œil , par le tissu cellulaire lâche et abondant qu'on rencontre a la paupière supérieure , ainsi que dans la cavité orbitaire , enfin par les nerfs nombreux qu'on y remarque. Un ancien militaire, affecté de spleen, se tira un coup de pistolet chargé a balle vers l'angle interne de l'œil. Le coup ayant été dirigé obliquement la balle glissa sur le coronal et sillonna les tégumens. La détonnation produisit une commotion considérable : rie.i de particulier d'ailleurs. La plaie fut pansée a plat et le malade fui largement saigné a plusieurs reprises. Bientôt un abcès se forma dans l'épaisseur de la paupière supérieure; on l'ouvrit. La partie des os du crâne mise

a découvert s'exfolia assez rapidement, et le malade fut bientôt guéri ou du moins était sur le point de l'être, quand un nouvel abcès parut vers la partie inférieure de la paroi antérieure de l'abdomen.

Pourrait-on admettre ici une certaine connexion entre cette collection purulente et la plaie d'armes a feu? Est-ce la une absorption purulente dont parlent quelques auteurs , toujours précédée par des symptômes généraux, comme ils le disent, symptômes qui avaient existé en effet dans le cas dont il s'agit? Est-ce une conséquence de la commotion? je l'ignore : ce sera tout ce qu'on voudra. Ce qu'il y a de bien positif, c'est que l'ouverture de l'abcès une fois faite , tout est allé pour le mieux et que le malade a parfaitement guéri. Voila l'essentiel : guérissons d'abord , et plus tard nous expliquerons.

Dans les sanglantes et malheureuses journées de juin , j'ai eu l'occasion d'observer de graves désorganisations de l'organe qui nous occupe , et plusieurs fois j'ai éprouvé la satisfaction de pouvoir retirer de ces observations des réflexions qui me semblent utiles et peut-être nécessaires a la science. Disons-en quelque chose.

Le nommé Mestre (Pierre), âgé de 27 ans, militaire, reçut dans les journées de juin un coup de feu , de la partie interne de l'orbite droit vers le gauche , en traversant la racine du nez , sans donner lieu dans cet endroit a une plaie. Les tissus qui entouraient l'ouverture d'entrée du projectile et ceux qui se trouvaient sur son trajet, comme les paupières, les sourcils, étaient tous infiltrés de sang, plus ou moins contus, meurtris et triplés de volume par les liquides qui les abreuvaient. L'introduction du doigt dans l'unique ouverture faite par la balle fit reconnaître la fracture des os de l'orbite droit. La plaie fut agrandie, je recherchai le corps étranger, mais j'abandonnai bientôt mes tentatives, ne connaissant pas le

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