PLAIES D'ARMES A FEU DU COUDE-PIED
L'articulation de l'astragale , du calcanéum avec le tibia et le péroné, est tapissée, sur toutes ses surfaces articulaires, par une membrane synoviale qui forme de petits culs-de-sac dans les points où il y a moins de résistance, et est maintenue par de forts ligamens, des gaines, par où glissent des tendons,
Cette articulation tibio-tarsienne peut être frappée en differens sens par des projectiles, et tantôt ceux-ci traversent les parties extérieures a la membrane synoviale et aux os, et tantôt ils atteignent les extrémités osseuses avec ou sans lésion de la membrane séreuse.
P***eut, entre plusieurs blessures, l'articulation tibio-tarsieune gauche traversée de la malléole externe vers l'interne. Il y eut une inflammation violente, ankylose etatrophiedu membre.
F*** reçut au coude-pied droit un coup de biscaïen qui déchira les chairs, brisa les os, et ouvrit l'articulation. On fut obligé d'amputer la jambe vers sa partie moyenne.
T*** reçut une balle a la malléole externe du pied gauche. Quoique le projectile eût perdu une partie de son intensité, il en conserva cependant encore assez pour déterminer une ouverture, et laisser de la gêne et de la difficulté dans les mouvemens de l'articulation du pied.
M*** fut atteint d'un coup de feu au niveau de la malléole interne de la jambe gauche, de la région interne de cette apophyse, vers le bord interne du tendon d'Achille. Cette blessure a guéri avec amaigrissement du membre et une ankylose de l'articulation tibio-tarsienne.
A*** reçut un coup de feu a la partie antérieure de l'articulation tibio-tarsienne, vers l'attache du tendon d'Achille au calcanéum ; l'articulation fut traversée. Après avoir éprouvé des accidens graves, le blessé guérit, en conservant un raccourcissement et une ankylose complète.
C*** eut l'articulation tibio-tarsienne traversée. La balle pénétra par la malléole externe gauche, pour sortir vers l'interne. Cette blessure fut suivie d'une violente inflammation, laissa long-temps une fistule, et pour toujours une ankylose complète.
G*** reçut un coup de feu, au coude-pied gauche , de la
malléole interne vers l'externe, au travers de l'articulation. Cette blessure a laissé après elle une déformation du membre et une aukylose complète.
N*** eut l'articulation tibio-tarsienne droite traversée par une balle. L'ouverture de l'articulation , la déchirure des chairs et le brisement des os, nécessitèrent l'amputation de la jambe.
H*** fut atteint d'un coup de feu au pied droit, de la partie postérieure de la malléole externe, vers l'interne, avec lésion du tendon d'Achille. Il en reste beaucoup de difficulté et de gène dans les mouvemens du membre.
G*** eut l'articulation du pied droit fracassée par un coup de feu 5 on amputa la jambe. Des corps étrangers sont restés plusieurs jours dans cette articulation ou dans les environs, comme Rota en cite un exemple.
Comme on le voit , toutes les fois que les balles ou d'autres projectiles ont frappés le coude-pied, coupé des tendons et déterminé l'inflammation de leurs gaines, il est survenu une roideur et une difficulté plus ou moins grande dans les mouvemens. C'est a la suite des lésions des tendons qu'ont été observées les extensions forcées des doigts ou les flexions exagérées des orteils. Des faits précédens il résulte qu'une balle, par la percussion qu'elle détermine sur une malléole, peut donner lieu à de la gêne dans les mouvemens, parce que sansdoute la membrane synoviale, le tissu cellulaire extérieur aux ligamens ou aux tendons s'enflamment. Lorsque l'articulation a été traversée, que la membrane synoviale a été ouverte, il est survenu une inflammation , d'abord intense et ensuite grave; enfin elle était suivie d'une suppuration abondante, qui aurait fini par faire succomber les blessés, si l'amputation n'était venue les soustraire a la mort.
On reconnaît que l'articulation a été ouverte , au trajet de
la balle, à l'écoulement de la synovie et souvent même au simple examen des parties lésées ; car , dans certains cas , les blessures sont tellement larges que l'on aperçoit les surfaces articulaires.
Après une semblable lésion , il faut s'attendre à voir survenir des douleurs vives, un gonflement œdémateux du pour> tour de l'articulation, de la fièvre, de l'insomnie, une agitation qui est en rapport avec l'irritabilité du sujet , et une suppuration d'abord sanieuse, ensuite albumineuse et purulente. Il faut donc être toujours sur ses gardes pour prévenir ou combattre des accidens aussi implacables. C'est à quoi on parvient difficilement au moyen du repos, des saignées générales et locales , et de boissons narcotiques.
11 est rare qu'autour de l'articulation , des abcès nombreux ne surviennent pas, que des fistules ne s'y établissent, lesquelles ne se tarissent qu'après l'extirpation des portions d'os nécrosées, toujours en grand nombre.
Le pronostic porté par le chirurgien doit être fâcheux , car il est prouvé par les faits cités plus haut , que s'il ne succombe à l'abondance de la suppuration, le blessé est a jamais privé des mouvemens de l'articulation. Cette ankylose s'établit à la suite de la destruction ou de l'absorption des cartilages et de la fusion des os du tarse avec le tibia et le péroné. L'ankylose se fait a angle droit et presque toujours avec difformité. Si le malade guérit, les gaines de tendons qui se sont enflammées pendant le cours de cette longue affection, ne permettent plus a ceux-ci de glisser, si tant est qu'ils glissent encore dans l'intérieur de ces gaines, ou qu'avec peine; et indépendamment de beaucoup de difficulté dans la marche, le blessé est encore tourmenté par des douleurs vives, que la moindre secousse rend intolérables ; mais pourquoi la progression est-elle si douloureuse et si incertaine ? 11 est facile de
s'en rendre compte. Les monvemens ne se brisent plus dans l'articulation tibio-tarsienne, mais ils se continuent d'os a os; ils sont alors transmis d'une manière continue et uniforme sur le coude-pied, dételle sorte qu'une secousse , une chute, un saut sont très-douloureux, et peuvent même donner lieu à une fracture ou a de nouvelles altérations des os qui naguère étaient malades.
Combien de fois n'ai-je pas entendu ces malheureux se plaindre de la conservation de leur jambe, en considérant les accidens nombreux qu'ils avaient supportés , la gène douloureuse avec laquelle ils se servaient d'un membre resté roide, et les fistules qui , se renouvelant sous l'influence de la plus légère cause, se refermaient pour se rouvrir bientôt, et donner issue a des portions d'os nécrosées. Ils auraient mieux aimé une jambe de bois , et, en effet , elle me semble préférable ; avec elle, au moins, il n'y a plus de douleurs, et la marche est évidemment plus facile; c'est, au reste, l'avis de plusieurs chirurgiens.
J'ai été obligé d'amputer la jambe a un blessé, pour une ankylose de l'articulation tibio-tarsienne, avec nécrose et fistules de cette même articulation.
Un autre blessé qui avait eu l'articulation tibio-tarsienne traversée par une balle, et h qui je voulais conserver le membre , fut pris d'accidens graves ; ils diminuèrent bientôt d'intensité, mais la fièvre de résorption s'alluma, et l'on fut forcé, dans un autre hôpital, de pratiquer l'amputation de la jambe.
Considérant les accidens primitifs , l'abondance de la suppuration, la gêne extrême dans la marche, les vives douleurs qui sont produites par les secousses les plus légères, considérant enfin les nécroses qui semblent se renouveler continuellement, je déclare que l'amputation me semble nécessaire.
Si des corps étrangers avaient pénétré dans l'intérieur de
l'articulai ion, et y étaient demeurés, l'amputation me •semblerait encore plus urgente. Je n'approuve pas la conduite de Rota, qui, appelé près du général Pizeau, fit l'extraction d'une balle cachée dans l'articulation tibio-tarsienne. Je suis loin de regarder comme timides les deux chirurgiens qui entouraient le blessé, et si, comme on le dit, ils rougirent, je crois plutôt que c'était de la témérité de Rota que de leur peu de confiance en eux-mêmes. Après avoir coupé les tendons et les ligamens qui opposaient un obstacle a la sortie du corps étranger, il introduisit une petite curette , et le retira alors facilement. L'amputation, a mon avis, eiltété bien préférable; au reste, qu'est devenu le malade de Rota?., on ne ledit point.
Dans les journées de juin, j'ai eu l'occasion d'observer plusieurs plaies d'armes a feu de l'articulation tibio-tarsienne, avec ou sans complication de corps étrangers. Deux de ces blessés ont succombé, tant a la violence de l'inflammation de l'articulation du pied qu'a celle de l'arachnoïde.
L'un d'entre eux, nommé R*** (Michel) , entré le 7 juin a l'hôpital Saint-Louis, a succombé, le 20 du même mois, a un coup de feu reçu a la partie antérieure du coude-pied gauche. La balle fit une seule ouverture, et se logea au milieu des os du tarse. Il s'écoula par la plaie une certaine quantité de synovie, l'écoulement du sang fut peu considérable, mais bientôt le gonflement devint énorme et les douleurs très-vives; aussi fut-il apporté a l'hôpital pour y être soigné d'une blessure aussi grave. La violence des symptômes qui se développaient ; la certitude, en supposant qu'il ne succombât pas aux accidensinllammatoires, d'une ankylose et de toutes les incommodités qui la suivent, m'engagèrent a lui proposer l'amputation de la jambe, qui me semble être la ressource extrême et nécessaire dans un pareil cas. Dès que ce malheureux connut les douleurs qu'il avait it éprouver, et lorsqu'enlin on lui eut
fait appréciera combien d'accidens il était voué , même après la guérison, il ne balança pas un instant a se laisser opérer. Je pratiquai donc l'amputation de la jambe, mais le moignon fut envahi par la pourriture d'hôpital, qui fut combattue avec bonheur par la cautérisation et les ablutions d'eau-de-vie camphrée. Déjà j'espérais , lorsqu'il est survenu un délire, d'abord tranquille, puis furieux. Les convulsions des muscles de la face , les mouvemens incertains de l'œil , les efforts que faisait cet homme pour sortir du lit, les vomissemens, la petitesse du pouls et sa fréquence , tout annonçait une arachuitisdont je ne pus obtenir la disparition par des saignées, des applications de sangsues et la glace sur la tête.
A l'ouverture du cadavre je trouvai une couche d'un pus plastique déposé entre la pie-mère et le feuillet cérébral de l'arachnoïde , qui elle-même contenait une certaine quantité de sérosité purulente. Est-ce a la résorption des matières putrides que sont dus les troubles dans la circulation et l'arachnitis, ou bien aux craintes d'un homme qui se trouve sous le poids d'un jugement? Je n'ose résoudre cette question , seulement il me semble qu'il est plus naturel de penser que les liquides altérés pris a la surface du moignon ont circulé avec le sang et fini par altérer tous les organes.
Dès l'instant, en effet, où la pourriture d'hôpital a eu profondément envahi la plaie , il est survenu une grande mobilité nerveuse ; la peau est devenue brûlante , et ce n'est qu'après de vives douleurs et ces premiers symptômes généraux, que le délire s'est déclaré. Si des tourmens intérieurs avaient pu être portés assez loin pour bouleverser l'ame de ce blessé , ne se seraient-ils pas montrés plus tôt? Je n'ai trouvé chez ce malade que l'inquiétude de l'avenir et une tristesse bien naturelle après une semblable mutilation.
Je n'ai point vu ces craintes imaginaires que des chirur
giens amis de la contradiction ont, disent-ils , observées dans l'esprit des vaincus ; tous ces blessés , au nombre de plus de cent, ont attiré mon attention cinq ou six heures par jour, et je n'ai pas plus retrouvé dans les vainqueurs que dans les vaincus l'explication des désordres que l'on a recherchés avec tant de soin et d'une manière si scrupuleuse. Je n'ai pas remarqué non plus cet abattement dans les vainqueurs, et je n'ai pas vu qu'ils fussent si timides de leur victoire, j'oserais même dire le contraire ; comment donc expliquer la plus grande mortalité chez les militaires? Des noms ne me suffisent donc pas pour applaudir, je veux voirpar moi-même, et mon imagination a le malheur de ne pas voir toujours ce que l'on a vu. A propos de l'imagination, c'est une belle chose quand on imagine bien et quand on dit vrai ; mais quand on recherché autre chose que ce qui se voit, on peut se plaindre alors avec raison des hommes qui font mentir ainsi la vérité, pour avoir le plaisir d'être cités. J'ai pénétré l'esprit des soldats, celui des combattans et de ceux qui ont été blessés par hasard ; tous se sont plaints de leurs blessures, de la crainte des dangers, et je n'ai pas remarqué ces délires que l'on a si bien improvisés et auxquels on a fait jouer un rôle politique et médical. Honneur aux hommes qui s'occupent delà scienceexclusivcment, et qui méprisent ce vain fantôme et cette vaniteuse gloriole de paraître toujours sur la scène les premiers, sans but et sans motif! Je crois que ces chirurgiens, que je ne blâme pas, mais dont je juge seulement les paroles, ont été dignes d'eux-mêmes dans cette circonstance et dignes de ceux-là aussi qui faisaient volcaniser les tètes par l'excès de la température , et qui , a haute voix, proclamaient que la révolution de juillet était principalement due a l'influence de la chaleur. C'est une bien singulière digression que la mienne à propos d'une observation, mais je devais quelques mots à certains articles au sujet
des journées «Je juin, et je dirai pour me résumer que l'on voit en moi un contradicteur , mais de bonne foi , qui n'admet pas plus l'influence delà chaleur pour donner lieu aux révolutions et acharner les combattans les uns contre les autres , qu'il n'admet l'influence des gardiens éloignés d'une salle sur les hommes souffrans , qui ne s'occupent alors que de leurs maux.
La description de la pièce pathologique est trop curieuse pour que je n'en fasse pas mention ici. Le projectile a rencontré dans sa course un os spongieux, l'astragale qui a facilement été percé par lui. Il s'est logé dans son épaisseur , derrière la tète de cet os et au devant de son cou. Dans cet endroit, il s'est creusé une cavité, et semble, par son mouvement de rotation , avoir soulevé autour de lui une multitude de parcelles osseuses qui n'en sont pas séparées. La balle, peu déformée, était entourée par une certaine quantité de sang, et la surface de l'os qui formait cette cavité accidentelle était lisse, et il semblait qu'on avait pressé des portions osseuses pour régulariser cette cavité, absolument comme un terrain sablonneux et poreux dans lequel on aurait fait une excavation au moyen d'un corps rond.
Le pied , organe essentiel à la station, formé d'articulations nombreuses, avec des degrés variables de mobilité, dont les surfaces articulaires sont maintenues en contact par de forts ligamens, mu par des muscles intrinsèques et extrinsèques ; et matelassé par de la graisse, le pied , dis-je , a été fréquemment le siège de plaies d'armes a feu. Ces blessures peuvent être examinées suivant que les chairs seules ont été lésées, ou bien
qu'il y a eu atteinte aux parties osseuses, ou bien encore qu'elles ont été compliquées par la présence de corps étrangers.
Plaies d'armes à Jeu avec lésion des chairs seulement. — D*** fut atteint par un coup de feu , au pied droit, du bord externe de la région postérieure vers la partie moyenne de la face plantaire. Il guérit avec de la difficulté dans les mouvemens ; on sentait une dureté a l'origine du tendon du muscle fléchisseur des orteils.
F*** reçut plusieurs blessures (produites par des éclats de balle du gros plomb) \° au bord interne du pied droit ; 2° au genou du côté gauche; 2° au second orteil du pied gauche : il guérit heureusement.
L*** reçut un coup de feu au pied gauche, de la partie externe de la face dorsale vers le bord interne du second orteil ; après la guérison , il est demeuré quelque gène dans les mouvemens.
D*** reçut une balle morte, a la partie inférieure externe et un peu postérieure du pied. Elle détermina une escarre superficielle de la peau , qui ne guérit qu'au bout d'un temps fort long.
p*** reçUt un COUp de feu au pied droit, du bord interne vers le talon. Il guérit avec gène dans les mouvemens.
D*** reçut un coup de feu au pied droit , sur la face dorsale des deux derniers orteils. Cette blessure ne laisse aucune trace, aucune difficulté dans les mouvemens.
Comme on le voit, d'après ce qui précède, et comme je l'ai déjà dit, une percussion assez forte d'un os qui concourt a former une articulation (de la malléole, par exemple), détermine inévitablement de la gène dans les mouvemens, par l'inflammation partielle de la membrane synoviale.
Nous voyons aussi que la peau atteinte superficiellement et
frappée île mort ne s'est cicatrisée souvent qu'avec une lenteur extrême, a cause du peu de tissu cellulaire qu'elle contient et de la densité du derme.
Enfin il est prouvé par la courte analyse des observations précédentes que, lorsque les muscles ont été traversés par une Italie, et que l'inflammation a été un peu intense, il s'est formé une cicatrice ferme et solide , et qu'il en est résulté de la gène et de la douleur dans les mouvemens, comme chez le blessé qui eut le court fléchisseur des orteils traversé par un projectile.
Plaies d'amies à feu du pied avec lésion des os. — G*** reçut au pied droit un coup de feu qui déchira les chairs , brisa les os, et nécessita l'amputation de la jambe.
B*** fut atteint par un coup de feu au gros orteil gauche ; on fut obligé d'amputer la moitié antérieure de ce prolongement digiti forme du pied , ce qui a laissé au blessé de la gêne dans la marche.
D*** reçut au talon droit un coup de feu a ouverture unique; le projectile fut extrait. Le calcanéum avait été profondément atteint ; il resta de la gêne dans les mouvemens.
B*** eut le pied gauche traversé par une balle, du talon vers la base delà malléole interne, avec lésion des os. Il guérit, mais en conservant de la gêne et de la difficulté dans les mouvemens , et cependant sans ankylose.
J*** eut la face dorsale du pied droit traversée par une balle qui sortit parla région postérieure de la face plantaire, a traveis le tarse et le métatarse. Cette blessure grave a laissé une gêne permanente dans les mouvemens.
.1*** eut le pied droit intéressé par une balle , de la partie externe du talon vers la postérieure, a travers le calcanéum. Celte blessure guérit , mais avec gène dans les mouvemens.
L*** reçut un coup de feu au pied droit, de la pointe du premier orteil vers le sommet du premier os du métatarse. Cette blessure guérit avec difformité et ankylose de l'orteil ; il fut atteint en outre d'un second coup de feu a la face externe de la jambe et de la cuisse droites, par des morceaux de balle ou de grains de plomb.
S*** eut le pied gauche traversé par une balle, de la partie antérieure du bord interne vers la face dorsale. Les derniers os du métatarse furent brisés ; aussi après cette blessure est-il survenu une vive irritation , l'ankylose de plusieurs articulations , de la difformité, et enfin des douleurs et de la gêne dans les mouvemens.
C*** reçut au pied gauche une balle qui fractura la base des derniers os du métatarse. L'altération des parties osseuses entretient depuis long-temps des fistules , et ce blessé ne retrouvera jamais la facilité de ses mouvemens.
M*** reçut un coup de feu de la partie moyenne de la pointe du pied droit a l'intervalle qui sépare le premier orteil du second. Les deux premiers os du métatarse furent brisés. Cette blessure, entièrement cicatrisée, laissera toujours de la gène dans les mouvemens.
G*** fut frappé au pied droit par un coup de feu , de la face plantaire et des environs des premiers os du métatarse, vers le dos du gros orteil. Quoique les os aient été intéressés, cette blessure a pourtant guéri sans ankylose et sans difformité.
B*** reçut au pied droit un coup de feu qui traversa le premier et le second orteil. Ces blessures guérirent, mais avec ankylose de plusieurs articulations et une grande gène dans les mouvemens.
M*** reçut un coup de feu au pied droit, de la partie antérieure de la lace dorsale au travers du métatarse. Ce blessé
conserva après la guérison une grande gênfe ei une grande difformité dans les mouveniens.
L*** eut le pied gauche traversé par un coup de fen , de la face dorsale et interne vers la partie externe an devant et audessus de la malléole péronière. Cette blessure, dans laquelle les os du métatarse furent brisés, resta long-temps a guérir, et détermina l'ankylose de plusieurs articulations du pied.
M*** reçut deux coups de feu : 1° un au talon du pied gauche, de la partie supérieure vers l'interne, en traversant le calcanéum ; 2° et une autre de la pointe de la fesse vers le côté interne et supérieur de la cuisse. À cause de la grande étendue de parties molles traversée par le projectile, il resta de la gêne et de la difficulté dans les mouvemens de la cuisse. La première blessure ne guérit qu'après l' exfoliation de plusieurs portions du calcanéum; aussi est-il demeuré quelque embarras dans les mouvemens.
D*** reçut un coup de feu, de la partie supérieure de la malléole interne du pied gauche vers la partie externe du talon. La malléole brisée détermina des accidens inflammatoires graves , l'ankylose et l'atrophie du membre.
L*** reçut un coup de feu au pied droit , d'un côté du talon a l'autre, en passant derrière les malléoles. Cette blessure guérit sans ankylose, parce qu'aucune articulation ne fut intéressée, et que les parties molles seules avaient été lésées.
Il se présente une remarque importante, et qu'il me semble utile de noter avec soin : c'est la disposition des ouvertures d'entrée et de sortie. Comme dans les plaies d'armes a feu des autres parties du corps , les ouvertures d'entrée sont plus étroites que celles de sortie. Ainsi , si la balle a pénétré par la face plantaire, le point par où elle est entrée sera plus étroit que celui de sa sortie; et vice versa, si c'est par Ja face dor sale quelle a pénétré. C'est bien la la règle générale; mais au
pied elle demande plus d'extension. Comme dans cette région importante, les os sont serrés les uns contre les autres, de manière que le projectile se déforme beaucoup plus que dans tout autre endroit ; il en résulte que l'ouverture de sortie est toujours plus large qu'ailleurs; il faut cependant excepter le cas où la balle se serait effilée entre deux os.
Quelquefois, comme nous l'avons vu , ces ouvertures sont très-près l'une de l'autre ; dans d'autres circonstances , au contraire, elles sont fort éloignées, ce qui tient a la ligne suivant laquelle le coup de feu a été tiré.
Les chaussures ont subi les mêmes épreuves, cest-a-dire que l'ouverture de pénétration du projectile est arrondie, s'il l'est lui-même, et avec renversement des bords en dedans. On observe le contraire à l'ouverture de sortie de la balle. La, les bords sont renversés en dehors, l'ouverture est irrégulière et large ; c'est un fait constant et qui ne nous a pas encore offert d'exception. A l'examen des chaussures, nous avons pu dire si une balle avait été reçue de face ou en arrière.
Souvent il est arrivé aux personnes qui s'enfuyaient , d'avoir le pied traversé de la face plantaire vers la face dorsale, dans le moment où le pied était détaché du sol.
Plusieurs fois, dans les journées de juillet, chose curieuse, les parties charnues qui forment un coussin a la dernière phalange du gros orteil ont été traversées sans que les os fussent atteints. Cette dernière lésion a laissé une douleur dans la pression et une gêne dans lu station par suite de la contusion et de la déchirure des parties molles et des nerfs de cette région.
A la suite de ces blessures du pied , dans lesquelles les os ont été brisés, et qui guérissent avec plus ou moins de difformité, a la suite de ces inflammations développées dans toutes ou dans quelques-unes des membranes synoviales des os du tarse et du métatarse, il s'établit des ankyloses, avec diminu
lion tic l'espace qui mesure l'étendue de la station , par le resserrement des os brisés. Aussi la station est-elle fatiguante et douloureuse ; de telle sorte qu'elle ne peut avoir lieu que péuililement et pendant un temps très-court.
Les nécroses du calcanéum qui ont été constatées a la suite des perforations de cet os ont déterminé de grandes difficultés dans les mouvemens , après une guérisou qui s'est fait long- temps attendre, a cause de l'inflammation des muscles qui s'y insèrent et delà peineavec laquelle ils glissent les uns sur les autres. Enfin les blessés conservent long-temps des douleurs assez vives après la cicatrisation de celte plaie.
Plaies d'armes à feu du pied avec corps étrangers. — L'état spongieux et la mince écorce du tissu compact des os du tarse et du métatarse font que, comme cela a lieu pour le tibia a sa partie supérieure , les corps étrangers les pénètrent avec facilité, et peuvent y demeurer très-long-temps, comme le prouvent des faits positifs et bien constatés.
Formey rapporte que pendant sept ans on laissa dans le calcanéum d'un soldat une balle qui entretint un ulcère de mauvais caractère, dit-il, et qui n'était probablement qu'une fistule avec des fongosités.
Un autre auteur cite l'exemple remarquable d'un officier du régiment de Hainaut, qui conserva deux ans une balle dans cet os ; ce ne fut qu'au bout de ce temps qu'elle en sortit.
Pour le traitement, il se présente deux méthodes, l'une active et l'autre qui se borne a combattre les accidens inflammatoires. Dans la première on arrive au but avec des pinces ou une couronne de trépan ; dans l'autre on a recours aux saignées et au repos.
On a vu des balles se glisser entre les os du métatarse, et y rester enclavées. IJellosle cite un fait de ce genre; on a rap-
porté d'ailleurs plusieurs observarions analogues. Bayeux parle d'un autre projectile qui avait été pris entre le tibia et le péronée;et Formey raconte qu'une balle s'était fixée entre le cubitus et le radius. De larges incisions, des débrideraens étendus pour extraire facilement ces projectiles , seraient nécessaires.