PLAIES D'ARMES A FEU DES MEMBRES SUPÉRIEURS
Les régions claviculaire, scapulaire, huméro-claviculaire, par leur situation , leur étendue, leur rapprochement du tronc, sont très-exposées aux coups de feu ; c'est ce qui ressortira d'ailleurs de la lecture des faits que je vais rapporter.
Plaies d'armes à feu sans lésion des os et sans complication de corps étrangers. — S*** reçut a l'épaule droite un coup de feu qui, de l'angle inférieur du scapulum , pénétra jusque vers la partie moyenne du deltoïde. Le blessé conserva de la gêne et de la difficulté dans les mouvemens.
L*** fut atteint d'une blessure par arme a feu, en gouttière, a la partie postérieure de l'épaule gauche, du bord interne du scapulum vers la colonne vertébrale, en traversant les chairs.
A*** fut frappé a l'épaule droite , par une balle qui , de la partie antérieure, supérieure et interne, se dirigea vers l'angle supérieur de l'omoplate. Il reste de la gène et de la difficulté dans les mouvemens.
A*** reçut une balle a la partie antérieure et supérieure du moignon de l'épaule : elle ne fit qu'une seule ouverture, et fut extraite. 11 reste de la gène ci de la difficulté dans les mouvemens.
G*** reçut un coup de feu a l'épaule gauche, de la partie antérieure vers la postérieure delà clavicule et de l'ueroiniou. II resta peu dcdifliculté daus les mouvemens.
S*** reçut un coup de feu qui, de la partie externe du moignon de l'épaule droite, pénétra jusqu'à la colonne vertébrale. Après la cicatrisation, les mouvemens de l'épaule et du bras restèrent gênés.
C*** eut l'épaule droite frappée au-dessus et en arrière de la clavicule par un coup de feu qui traversa le muscle trapèze. Cette plaie guérit , mais avec adhérence de la cicatrice aux muscles, et par conséquent difficulté et douleur dans les mouvemens.
D*** reçut , a l'épaule droite, une blessure par arme a feu, qui se dirigea de la partie antérieure et inférieure vers la postérieure, en contournant l'humérus, li resta de la gène et de la difficulté dans les mouvemens.
R*** reçut un coup de feu a la partie antérieure et interne de l'épaule droite ; la balle fut extraite. Il resta un peu de raideur .dans les mouvemens.
C*** fut atteint d'un coup de feu a l'épaule gauche, de la partie inférieure et externe du moignon, vers le bord postérieur de l'omoplate. Quoique les chairs seules aient été traversées, cet homme n'en a pas moins conservé de la difficulté dans l'exercice des fonctions de ce membre.
L*** reçut une blessure, en gouttière, a l'épaule gauche, de la partie postérieure , interne et moyenne, vers le côté externe. Il resta un peu de gêne dans les mouvemens.
C*** fut frappé par un coup de feu , de la partie supérieure et antérieure de l'épaule droite, en arrière de la clavicule, vers la région supérieure du dos.' Il resta de la gêne , de la douleur et de la difficulté dans les mouvemens.
B*** reçut un coup de feu a l'épaule gauche, au niveau de
l'attache du deltoïde , à ia partie la plus saillante près de l'acromioo. Il guérit avec gène et difficulté dans les mouvemens.
T*** reçut un coup de feu au moignon de l'épaule gauche, vers le bord postérieur de l'aisselle. Il guérit, mais en conservant de la douleur et de la difficulté dans les mouvemens.
C*** reçut a l'épaule gauche un coup de feu qui détermina une blessure longue et profonde a sa partie postérieure des environs de l'acromion vers le bord interne du scapulum. Cette plaie guérit avec adhérence de la cicatrice , gène et difficulté dans les mouvemens.
M*** reçut un coup de feu a l'épaule et a la poitrine du eôté droit, de la partie moyenne et antérieure du moignon , a travers les muscles de la fosse sous-épineuse, vers la partie moyenne du dos. Les mouvemens de l'épaule ne se font qu'avec gène et douleur.
B*** fut atteint d'une blessure par arme a feu a l'épaule droite, de la partie moyenne et externe vers la région postérieure du moignon.
Nous serons courts dans nos réflexions, et nous dirons que toutes ces plaies d'armes a feu ont laissé, après leur guérison, de la difficulté dans l'exercice des fonctions dumembre. Gelaa été surtout évident pour l'épaule, qui est mue par des muscles nombreux et volumineux. La gêne, la douleur et la difficulté dans les mouvemens ont été surtout remarquables dans ces blessures, qui ont guéri avec adhérence de la cicatrice, a cause des tiraillemens.
Plaies d'armes à feu de l'épaule compliquées de la lésion des os. — J*** fut atteint d'une blessure par arme a feu, a l'épaule droite, de la partie antérieure au niveau de l'apopliyse eoracoïde vers l'angle supérieur et postérieur du Bca-
pulum , après avoir brisé la clavicule. Cette blessure guérit , mais eu laissant beaucoup de gêne et Je difficulté dans les mouvemens.
L*** reçut un coup de feu a l'épaule droite, de la partie antérieure et supérieure vers la postérieure, avec atteinte de l'extrémité scapulaire de la clavicule et perforation de l'acromion. Une pareille blessure a dû laisser de la difficulté et de la douleur dans les mouvemens du bras.
L*** eut l'épaule droite traversée par un coup de feu , de la partie supérieure et antérieure vers la postérieure. La balle passa sous la clavicule, qui fut intéressée; aussi le membre n'a-t-il pas conservé dans l'exercice de ses fonctions la même facilité qu'il avait auparavant.
J*** reçut une blessure par arme a feu au moignon de l'épaule gauche, avec déchirure des chairs et atteinte a l'acromion.
D*** reçut un coup de feu au moignon de l'épaule gauche, de la partie antérieure vers la postérieure, en passant entre la tète de l'humérus et l'acromion, qui fut perforé. Il guérit avec gène et difficulté dans les mouvemens.
C*** fut atteint par un coup de feu au moignon de l'épaule droite, de la partie antérieure vers la postérieure, avec lésion de l'acromion. Il resta dans le membre de la gène et de la difficulté dans les mouvemens.
M*** reçut un coup de feu a. l'épaule gauche, de la partie externe et postérieure vers l'épine dorsale, avec lésion profonde du scapulum. Cette blessure, longue a guérir, laissa beaucoup dé gêne et de difficulté dans les mouvemens du bras.
B*** reçut un coup de feu a l'épaule gauche, de l'angle supérieur de l'omoplate vers l'épine de cet os. Cette blessure guérit avec adhérence de la cicatiice a l'os.
II*** reçut un coup de feu a l'épaule gauche, de la partie antérieure vers la postérieure , a travers la tète de l'humérus , qui fut fracturé. Il guérit avec ankylose du bras sur l'épaule, par suite de la soudure de la tête de l'humérus avec le scapulum.
B*** reçut un coup de feu a l'épaule gauche, de la partie antérieure et supérieure vers la postérieure et externe. Cette blessure fut compliquée delà fracture de l'humérus, qui guérit avec ankylose et déformation du membre, après un traitement long et douloureux.
B*** eut l'épaule gauche traversée par un coup de feu , de la partie supérieure et antérieure vers la postérieure. La balle passa entre la tète de l'humérus et l'acromion, qui fut intéressé. Ce blessé conserva beaucoup de difficulté dans les mouvemens de l'épaule sur le bras.
Les plaies d'armes a feu de l'épaule ont été, dans des cas assez nombreux, compliquées de la fracture ou de la perforation des os qui la constituent. La perforation avec fracture de l'humérus a existé chez plusieurs individus; mais la perforation seule a été infiniment plus rare.
Par son étatspongieux l'omoplate peut être perforée dans tous ses points avec une facilité étonnante. La saillie de ses apophyses spongieuses les expose a être enlevées en partie , sans fracture du reste de l'os , ou a être perforées, comme on l'a observé plusieurs fois sur l'épine de l'omoplate et l'acromion. En portant le doigt a la surface de ces apophyses , on sent un vide, une place ronde, qui indique le passage de la balle et la perte de substance. La largeur et le défaut d'épaisseur du scapulum l'exposent a des perforations analogues a celles que l'on pourrait faire sur un papier fortement tendu.
On apporta à l'hôpital Saint-Louis un homme qui avait reçu un coup de feu à l'épaule. Le projectile avait tellement
labouré la surface du scapulum, qu'il avait réduit les apophyses eu une multitude d'esquilles ; on put en retirer quelques-unes , mais le plus grand nombre resta attaché aux muscles, de telle sorte que la plaie, largement débridée, était couverte partout d'aspérités. Plusieurs de ces esquilles furent entraînées par l'abondance de la suppuration , et d'autres ne purent être retirées qu'après leur isolement et leur nécrose complète. C'était une chose bien remarquable que le nombre de ces bourgeons que l'on apercevait a chaque pansement , et qui semblaient vouloir se confondre. Les aspérités osseuses étaient autant d'obstacles que le chirurgien enleva successivement , après avoir porté le doigt a la surface de la plaie et avoir reconnu par le toucher la présence de ces nombreuses esquilles. Ce même homme nous offrit aussi un exemple de pourriture d'hôpital survenue a la suite d'un écart de régime. Cet accident se renouvela chez lui plusieurs fois, quand il avait eu quelques rapports avec sa maîtresse ; on parvint toujours a dissiper les symptômes, aussitôt qu'ils apparurent, par l'application du citron.
La fracture de la tète de l'humérus a donné lieu a de graves aceidens, et cependant quelques malades ont été assez heureux pour guérir avec une soudure de l'humérus et de l'omoplate.
Assurément ici la déformation de l'humérus, l'ankylose complète de l'articulation scapulo-humérale est préférable a l'extirpation du membre. L'avant-bras et la main conservés peuvent encore être très-utiles au blessé, d'autant mieux qu'ici il n'y a pas besoin decette force, de cette grande solidité, indispensables aux membres inférieurs chargés de supporter le poids ducorps. Cependantle désir de conserver un membrethoracique ne doit pas compromettre la vie du blessé. Je reviendrai plus
lard sur ce point, en parlant des plaies d'armes a feu de l'avant-bras.
Plaies d'armes à feu de l'épaule, compliquées de corps étrangers. — E*** reçut une blessure par arme à feu , a ouverture unique et a balle perdue, a la partie postérieure de l'épaule droite, au-dessus de l'acromion. Cette blessure fut guérie, mais elle laissa de )a gène et de la douleur dans les mouvemens.
S** eut le moignon de l'épaule droite atteint d'un coup de feu , de sa partie antérieure vers la postérieure, avec lésion du deltoïde. Il resta de la gène, de la difficulté et de la faiblesse dans les mouvemens.
Th*** reçut à l'épaule droite un coup de feu qui ne détermina qu'une ouverture. Cette blessure fut suivie d'inflammation et d'abcès. La balle ne fut extraite que secondairement.
C*** reçut un coup de feu a la partie antérieure de l'épaule gauche. La blessure était a ouverture unique et a balle perdue; elle laissa de la difficulté et de la douleur dans les mouvemens.
V*** reçut un coup de feu a l'épaule gauche , de la partie postérieure et inférieure du scapulum vers le bord de l'aisselle; il guérit, mais il resta une partie de la balle vers le bord postérieur de cette région.
Il est donc vrai que des projectiles peuvent demeurer dans l'épaisseur des chairs, rouler sur les plexus, sur les artères et les veines sans intéresser ces derniers, et sans déterminer constamment desaccidens inflammatoires. Dans un de ces cas cités plus haut , la balle a percé la paroi antérieure de l'aisselle, absolument sur l'artère, la veine et le plexus ; elle n'a pas été extraite, et cependant il ne s'est point développé d'abcès. La
plaie s'est cicatrisée, mais il est resté une douleur constante qui augmente surtout dans les mouvemens du bras sur l'épaule et de l'épaule sur le tronc.
Chez d'autres blessés la présence d'un corps étranger a donné naissance a des abcès qui ne se sont taris qu'après une contre-ouverture et l'extraction de la balle.
Quelquefois une balle s'engage entre l'acromion et l'apophyse coracoïde et y demeure. M. de Bourienne, en -1760, voulut retirer une balle ainsi engagée chez un soldat, et il ne put y parvenir. Percy dit que dans ce cas il aurait tenté de l'extraire avec la gouge et le maillet. Il serait peut-être moins dangereux il' élargir la plaie, et, a l'aide d'une petite scie, de retrancher quelques portions des apophyses.
Si un projectile quelconque a labouré les chairs en laissant une espèce de pont représenté par la peau et même par les muscles , il faut débrider largement pour le détruire. Alors toute la surface est livrée aux regards du chirurgien qui examine les portions d'os qui doivent être enlevées ; alors les liquides s'écoulent facilement, et l'on peut apprécier toute l'étendue des désordres. Sans aucun doute, les accidens inflammatoires doivent se développer avec violence, mais ces larges débridemens en diminuent singulièrement l'intensité. C'est du moins la règle que j'ai suivie avec succès.
Lorsque la balle est perdue au milieu des chairs, que l'ouverture unique débridée ne laisse connaître ni le siège ni la présence du corps étranger, le chirurgien n'a rien de mieux à faire que de s'attacher uniquement a combattre l'inflamma tion. L'expectation blâmée par les conseils hardis de Percy ne me paraît pas une marche qu'il faille suivre d'une manière invariable. Ce chirurgien croyait qu'un corps étranger glissé derrière l'omoplate devait provoquer inévitablement une vive inflammation , donner lieu a une suppuration abondante.
Pour prévenir des accidens aussi graves, il conseillait d'agrandir l'ouverture d'entrée de la balle par des incisions étendues, et de découper l'ouverture faite à l'os, ou d'appliquer une couronne de trépan pour pouvoir introduire une pince et faire l'extraction du projectile. Si , avec un stylet , on sentait la balle derrière l'omoplate, on élargirait la plaie et on agrandirait l'ouverture de l'os pour extraire le corps étranger ; dans le cas contraire , de semblables tentatives ne pourraient être qu'infructueuses , nuisibles , et par conséquent blâmables. Où aller, en effet, rechercher une balle qui peutêtre s'est creusé une cavité dans l'épaisseur des parois de la poitrine, et dans un point fort éloigné de la première direction du projectile?
Percy ajoute que, si la nécessité forçait d'abandonner toute recherche et toute tentative d'extraction , on devrait encore faire une incision a la partie inférieure de l'omoplate , pour empêcher les fusées de pus, et préparer une ouverture de sortie a la balle ; mais d'une part, en agissant ainsi, on peut rendre la première plaie plus grave, et, de l'autre, faire une opération au moins inutile. N'est-il pas prouvé, d'ailleurs, par les faits cités précédemment , qu'une balle peut demeurer au milieu des tissus sans occasioner d'accidens inflammatoires, et plus tard, par les mouvemens de l'épaule, devenir apparente et facile a extraire?