LÀ CAUTÉRISATION EN GÉNÉRAL
Le mot cautérisation est un terme général employé pour indiquer l'action d'un agent qui brûle et désorganise; les caustiques chimiques et les cautères actuels produisent cette désorganisation.
Je ne ferai point l'histoire de la cautérisation , et ne répéterai point ce que d'illustres auteurs anciens et modernes ont rapporté dans leurs travaux particuliers, depuis Hippocrate qui nous a laissé des aphorismes si exacts et si énergiques , Marc-Aurèle, Séverin, jusqu'à Ponteau, Percy, etc. Mon but est de donner des détails sur l'action des caustiques, de faire un parallèle entre les différens agens chimiques , et de démontrer leurs effets salutaires et bienfaisans , tantôt comme moyens spécifiques , et tantôt comme modificateurs seulement de la vitalité de l'organe sur lequel ils agissent.
J'examinerai successivement l'action du sublimé, celle de la dissolution de sulfate de cuivre, du nitrate acide , de la potasse et du nitrate d'argent.
Le sublimé corrosif ', deuto-chlorure de mercure, est un des remèdes les plus puissans de la matière médicale , donné a l'intérieur sous diverses formes, et qui, administré avec réserve et par une main prudente , produit les plus heureux
effets sur Y économie animale. Je veux seulement m'occuper de son action sur la peau dans les maladies syphilitiques, et de ses effets sur les ulcères vénériens. Il rougit les tégumens, les rend sensibles, rugueux même par l'altération de l'épidémie, et parait augmenter momentanément leur épaisseur.
Il est certain que ce précieux médicament change la vitalité de cette membrane lorsqu'elle est malade, et il est prouvé que , sans ulcération , il produit de grands et d'importans changemens dans l'économie animale, par exemple, dans les douleurs ostéocopes et les exostoses.
Il n'agit pas seulement, dans ce dernier cas, d'une manière locale, maïs il est absorbé, quoi qu'en aient dit un ingénieux physiologiste et plusieurs autres expérimentateurs.
Les changemens qu'il apporte dans les maladies vénériennes sont assez nombreux pour que je puisse en rapporter quelques exemples.
Madame F** fut confiée à mes soins pour une coloration cuivrée générale de la peau, et pour une certaine épaisseur du derme, sans ulcération de cette membrane et sans traces de squammes. En interrogeant cette dame, il me fut facile de voir que j'avais affaire a une syphilide cutanée. Elle avait été affectée d'une blennorrhagie simple, qui disparut promptement.
Cette dame avait pris en vain des bains sulfureux et des remèdes internes. Je lui prescrivis des bains de sublimé tous les deux jours. Dans chaque bain on versait quatre onces d'eau distillée, dans laquelle on avait fait dissoudre une once ou une once et demie de sublimé corrosif. Dans le bain, elle éprouvait des picotemens, une rougeur apparaissait, et quelque temps après s'évanouissait par degrés. Plusieurs de ces bains médicamenteux firent disparaître les plaques cuivrées, et la peau diminua d'épaisseur. Plus tard , pour détruire ra-
dicalement l'affection générale , j'administrai les pilules de Zondi et une tisane de salsepareille.
Il n'est resté sur la peau de cette malade que quelques faibles colorations, qui n'ont nullement le caractère des premières.
Le sublimé m'a encore prouvé combien il était utile dans les douleurs ostéocopes ; l'exemple suivant le démontrera jusqu'à l'évidence.
Un jeune homme depuis long-temps avait a la peau des syphîlides squammeuses , caractérisées par la chute de plaques épidermiques et la couleur cuivrée. Le tibia et le radius étaient le siège de tumeurs douloureuses a la pression , insupportables pendant la marche, et terribles pendant la nuit. Des bains de sublimé furent administrés avec un plein succès, puisque les nuits devinrent calmes et la progression facile. Le gonflement du périoste diminua , sans que pour cela la tumeur disparût en totalité. Les bons effets du sublimé a l'extérieur m'engagèrent a l'administrer a petites doses a l'intérieur. Le gonflement vénérien des testicules perdit la plus grande partie de son volume. Imprudent par passion et ingrat par principes, il se livra au coït et marcha , ce qui réveillait les douleurs. Du reste, les taches de la peau ne reparurent pas. Ayant voyagé pendant long-temps, il vit paraître au front des pustules, qu'il combattit par le Rob deLaffecteur. Etaientelles la suite d'une nouvelle maladie vénérienne? qu'importe? Le sublimé avait eu une action marquée sur les syphilides tégumentaires, les exostoses et les douleurs ostéocopes.
Si le sublimé n'agit pas comme caustique sur cette membrane dans l'état sain , il n'en est pas de même lorsqu'il existe des ulcérations ou des pustules qui sont flétries par lui.
Lorsque dans une dissolution de sublimé on place un nior-
ceau de muscle, il se décolore, devient plus ferme ; l'albumine en est coagulé.
Si une dissolution concentrée est appliquée a la surface d'une ulcération, elle la blanchit comme le ferait un acide dans sa première action ; elle coagule les liquides et irrite les parties environnantes. Il suffit quelquefois de plusieurs applications réitérées pour voir les ulcérations vénériennes disparaître complètement, et beaucoup plus promptement qu'elles ne le feraient sous l'influence du cérat mercuriel et de l'onguent napolitain, employés quelquefois en vain.
Lorsque je faisais le service temporairement a la place de notre illustre professeur Dubois et de M. Paul , son fils, j'ai eu l'occasion de traiter par les bains de sublimé un homme avancé en âge, qui avait la matrice des ongles des orteils détruite par des syphilides ulcéreuses bien caractérisées. L'administration de plusieurs grands bains au sublimé guérirent ce malade, sans donner lieu a aucun signe d'empoisonnement.
Dans les larges ulcérations , la salivation peut se manifester ; mais ce n'est qu'après un temps très-long de l'usage de ces bains.
Il m'est arrivé plusieurs fois d'appliquer une dissolution concentrée de sublimé sur les chancres , et bientôt j'ai vu une couche blanche tomber, la surface de l'ulcération changer, des bourgeons vermeils paraître, et enfin une prompte cicatrisation se former. Il faut que cette dissolution ne soit appliquée que sur les points ulcérés , car différentes fois j'ai observé que la membrane muqueuse saine du gland et du prépuce se détachait par lambeaux.
La dissolution concentrée de sulfate de cuivre cautérise assez profondément les ulcérations, et particulièrement les chancres, pour en changer la vitalité , pour favoriser le dé-
veloppement de bourgeons vermeils et obtenir une cicatrice en quelques jours ; mais il faut que la dissolution soit saturée de manière a n'être pas trop caustique , pour éviter des douleurs très-vives. Le degré de saturation de la liqueur doit être en rapport avec l'irritabilité du sujet et l'étendue du chancre. On l'emploie avec succès lorsque la surface n'est pas trop enflammée. On applique de la charpie trempée dans ce liquide sur les parties malades, et on les maintient avec le prépuce glissé en avant. Bientôt la surface blanchit et les environs se colorent en bleu; la coloration disparaît au bout de plusieurs jours ; la mince escharre formée a la surface de la plaie tombe et laisse voir des bourgeons bien développés.
Je m'abstiendrai de citer aucun fait, quoique j'en aie d'assez nombreux a ma disposition.
C'est avec cette dissolution de sulfate de cuivre qu'on détruit la membrane qui tapisse des trajets fistuleux , entretenus uniquement par ce tégument nouveau et organisé.
Le nitrate acide de mercure, composé de huit parties d'acide nitrique et d'une de proto-nitrate de mercure cristallisé , est un des remèdes les plus énergiques employés contre certaines syphilides et quelques maladies de la peau, comme le lupus vorax.
Des pinceaux de charpie trempés dans ce liquide et promenés sur les surfaces malades sont nécessaires pour en faire
usage.
On n'a pas plus tôt touché l'ulcère, qu'il devient a l'instant même blanc, jaune, et enfin noir. Désormais il est frappé de mort superficiellement; aussi ce n'est plus qu'une escharre qui varie en épaisseur et en largeur.
L'action de cet acide est instantanée , et de vives douleurs sont le résultat de son application. Leur violence est en rapport avec l'irritabilité des sujets et l'étendue de la surface eau-
lérisée; leur durée est rarement la même, elle varie depuis quelques instans jusqu'à une journée entière.
La désorganisation produite par cet acide a été expliquée de diverses manières par les médecins. Les uns par la combinaison de son oxigène avec l'hydrogène des matières animales , d'où désorganisation , et d'autres par la grande affinité qu'a cet acide pour l'eau, qu'il aurait, suivant eux , absorbée des tissus. Quoi qu'il en soit de ces explications , l'escharre devient quelquefois noire instantanément, à cause de la quantité de sang charbonné par ce liquide.
A la chute de l'escharrequi a lieu à des époques variables, on trouve que la surface a changé de vitalité , qu'elle est plus rétrécie, vermeille, et que, dans certains cas, la cicatrisation est complète.
L'escharre tombe du deuxième au vingtième jour, ou même beaucoup plus long-temps après , et l'on aperçoit, lorsque la cicatrice est formée, tantôt une pellicule rougeàtre , et d'autres fois une surface blanche et solide, ce qui a été déjà indiqué par MM. Biett , Paillard, Cazenave fils, et plusieurs autres.
Le lupus vorax exige plusieurs cautérisations pour arriver à une cicatrice solide et à une guérison aussi complète que possible. Il faut avouer que cette dartre rongeante qui détruit le nez et les joues, d'abord superficiellement, puis profondément, est arrêtée dans sa marche par des cautérisations pins ou moins répétées-, mais cette mince peau qui succède aux cautérisations nombreuses peut devenir de nouveau , par sa vascularité, le siège de cette maladie , si l'on ne met tout en œuvre pour éviter les excitans nuisibles. Plusieurs fois j'ai vu reparaître la première affection , après l'avoir, en apparence, complètement détruite.
.J'ai traité par le nitrate acide une dartre mentagre qui avait
commencé par l'ulcération de chaque follicule sébacé. Des douleurs atroces se manifestèrent après chaque cautérisation , et cependant a la fin les follicules furent oblitérés , des cicatrices solides et difformes remplacèrent la surface suppurante.
Le nitrate acide est employé avec succès contre les végétations, les chancres et les ulcères syphilitiques.
Rien ne peut remplacer le sublimé corrosif, lorsque ces végétations semblent occuper l'épaisseur de la peau ; de même que rien ne peut remplacer l'instrument tranchant, lorsqu'elles sont volumineuses et rassemblées en groupe.
Les ulcères qui succèdent a l'ouveiture des bubons se guérissent, comme je l'ai fréquemment observé, par une ou plusieurs cautérisations avec le nitrate acide. A la chute de l'escarrhe , je retrouvai une cicatrice ferme et solide , un peu rayonnée et qu'aucun moyen n'eût pu terminer aussi promptement et aussi heureusement.
J'ai déjà parlé de ces ulcères syphilitiques qui se montrent a la matrice des ongles des orteils et qui sont beaucoup plus fréquens qu'on ne pense. Certainement que les bains de sublimé en triomphent, mais il n'y a aucun doute que la cautérisation par le nitrate acide, ne guérisse plus rapidement et d'une manière plus sûre.
Un artiste distingué, qui avait ressenti tous les effets d'une maladie vénérienne grave, éprouva, après une infection générale, tous les symptômes des syphilides ulcéreuses, entre les orteils et a la racine des ongles. Ces ulcères étaient découpés et les environs d'un rouge cuivré. Il était en traitement depuis quinze mois, et cependant le mal faisait des progrès. Je le brûlai avec le nitrate acide; il souffrit beaucoup, et dix jours après la cautérisation, les escarrhes étaient remplacées par des cicatrices solides.
Les ulcères de la gorge que rien n'a pu guérir, se cicatri-
sent avec une rapidité peu commune par le nitrate acide; les exemples de guérison sont très-nombreux , c'est pourquoi je ne les rapporterai pas.
Le nitrate acide a été conseillé dans la blennorrhagie, Dans la Gazette de saute' , on a publié plusieurs guérisons; je me suis empressé de répéter ces essais. L'auteur expérimentateur, sur quatre onces d'eau distillée , ajoutait une goutte ou une goutte et demie de nitrate acide, pour rendre le liquide propreaêtre injecté. Il est bien entendu que ces injections n'étaient et ne devaient être employées que dans l'écoulement chronique. J'ai fait faire de ces injections très-souvent, et j'ai vu que l'écoulement devenait quelquefois très-aigu , et que d'autres fois il diminuait momentanément, mais ne disparaissait jamais totalement.
Si un médicament peut donner lieu a des rétrécissemens, sans contredit c'est celui-ci.
Il me reste maintenant a parler de la cautérisation des ulcérations du col de l'utérus , au moven du nitrate acide de mercure.
Le col de la matrice est , comme on le sait, formé d'un tissu dense, serré, qui est de nature musculaire. C'est ce qui, hors l'état de grossesse, ne paraît pas aussi clair, parce que les fibres sont tellement disposées, qu'elles deviennent trèsdenses par leur rapprochement. La rareté du tissu cellulaire , la disposition des fibres musculaires, les plans antérieur et postérieur longitudinaux , qui s'effacent a mesure que le corps se dilate par le produit de la conception , l'arrangement croisé des fibres, plus profondément situées sur les côtés, et non disposées annulairement, enfin , une muqueuse vaginale et utérine, des follicules et des vaisseaux, ne seraient pourtant pas favorables aux inflammations du col de l'utérus et a des ulcérations, quoique la structure de cet organe soit complexe,
si dos causes sans cesse renaissantes ne le forçaient à devenir malade.
La fréquence des percussions , les irritations vaginales , les maladies vénériennes, l'introduction de corps étrangers, les accouchemens laborieux et l'acte du coït fréquemment recommencé, disposent le col de la matrice a l'inflammation, aux ulcérations et même au cancer. La phlogose du col de la matrice n'est-elle pas due a l'inflammation vaginale et a la fréquence du coït incomplet, le sperme, si liquide , si vital et si plastique , n'agissant pas sur lui comme un bain local , pour diminuer son excès d'érétisme , lorsque l'homme s'oppose a son heureuse influence?
Une fois enflammé, le col de la matrice se ramollit et s'ulcère. Ces ulcérations peuvent être très-nombreuses, occuper les deux lèvres ou une seule a la fois ; elles finissent, a la longue, par se confondre.
Le doigt introduit dans le vagin détermine, par la pression, de la douleur, et perçoit bientôt une augmentation de chaleur, une vive lumière, où la clarté d'une bougie réfléchie par le spéculum, nous montre le col utérin gonflé par des liquides, rouge par plaques ou uniformément, et des ulcérations grisâtres qui varient depuis la forme d'une lentille jusqu'à celle d'un cube ou davantage. La vascularité de ce prolongement utérin est quelquefois si grande que, par le plus simple toucher , il en suinte du sang comme d'une éponge.
On peut, je crois, comparer hardiment ces ulcérations à celles de la cornée et des membres inférieurs, qui ne cèdent qu'à la cautérisation ou à des moyens excitans.
Les femmes affectées de cette maladie éprouvent des douleurs dans les reins, des pesanteurs au fondement , des tirail-
lemens dans les aines, des chaleurs dans le ventre, des gonflemens de cette cavité, comme dans l'hystérie et de fréquentes bouffées de chaleur au visage. Tous ces phénomènes sont ou non accompagnés de fleurs blanches et rarement d'écoulement sanguin.
Les sangsues appliquées sur le mal lui-même, les narcotiques et les astringens employés tour a tour , diminuent bien l'inflammation, mais n'arrêtent pas la marche des ulcères. Aussi change-t-on alors leur vitalité avantageusement par le nitrate acide, comme on le fait avec le nitrate d'argent pour les ulcérations de la cornée.
Le spéculum , entourant le col de la matrice et protégeant le vagin, le chirurgien porte un pinceau imprégné de nitrateacide , et a l'instant la surface cautérisée blanchit, jaunit et devient noir., s'il suinte du sang. Les femmes ordinairement n'éprouvent aucune douleur après les premières cautérisations, mais plus tard elles ressentent de la chaleur, a mesure qu'on se rapproche du tissu sain ; des bourgeons se développent et une cicatrice blanche remplace l'ulcération. Pour arriver a ce but , il faut souvent un grand nombre de cautérisations , et j'ai entendu dire a M. le professeur Marjolin, qu'il avait été forcé de cautériser jusqu'à vingt fois, avant d'obtenir une guérison complète. A mesure que le col se guérit, les phénomènes précédemment énoncés s'évanouissent, et la marche, qui était difficile, douloureuse, incertaine, reprend son allure première.
M. le professeur Récamier est un des premiers qui aient conseillé le nitrate-acide dans de semblables altérations , et depuis il a été mis en usage par un grand nombre de chirurgiens, même pour des cancers de la matrice. Cet abus d'un remède est fréquent : quand il réussit pour une affection , on l'étend a toutes ; de la sa défaveur et son discrédit.
Plusieurs fois j'en ai fait usage dans des cancers de la matrice, j'ai eu lieu de m'en repentir; il n'en est pas de même dans les ulcérations précédemment décrites. Les effets ont souvent surpassé mon attente.
Une dame a été cautérisée par moi au moins quinze fois , pour des ulcérations au col de la matrice, et c'est alors que la sensibilité morbide est devenue moins grande et qu'une cicatrice blanche a remplacé cette rougeur par plaques et les u cérations. C'est une chose vraiment surprenante que l'action de ce caustique ne se fasse sentir sur le reste de l'économie qu'a la longue, en déterminant de l'irritabilité et en causant des espèces de chaleur. Tous ces phénomènes exigent de la prudence pour de nouvelles applications. Cette dame irritable, d'un esprit supérieur et d'une clarté d'idées parfaite, a pu m'indiquer jusqu'aux moindres nuances que lui faisait éprouver son action. Je commençai chez cette malade par une application de sangsues, qui diminua singulièrement les douleurs que produisait la pression et plus tard sur une ulcération large de plus d'un pouce, je promenai des pinceaux trempés dans le nitrate-acide. Cette ulcération se prolongeant entre les lèvres du museau de tanche, je glissai le caustique entre elles. Dans le commencement de la cautérisation, du sang suintait de la surface ulcérée, comme d'une éponge, mais dans les applications nouvelles du nitrate-acide, l'écoulement cessa.
J'ai une grande confiance dans l'action de cet agent puissant; cependant si une ulcération était trop profonde, si , de toute sa surface, suintait du sang, comme d'une éponge , je n'hésiterais pas a pratiquer la résection du col de la matrice. En continuant plus long-temps la cautérisation, pour peu que la femme fût disposée au cancer, cette affection ne manquerait pas de se développer avec rapidité. Si on persistait
dans son emploi , la maladie continuerait ses progrès , ou , si on voulait détruire le mal par des cautérisations profondes et répétées , en désorganisant le col de la matrice , on aurait a craindre une inflammation redoutable.
La résection a été faite tant de fois par un habile chirurgien , M. Lisfranc, que nous pouvons maintenant attaquer le col utérin sans hésiter et le retrancher. Le sang qui s'écoule est loin d'être un accident ; bien loin de la , il prévient l'inflammation de l'utérus ou du tissu cellulaire extra-péritonéal. Ce procédé , plus douloureux que la cautérisation par le nitrade-acide (puisque les femmes se plaignent presque toujours de l'introduction du spéculum et rarement de l'action du médicament) , est rapide et prompt.
La bizarrerie de la position du col utérin dans un cas, me force a en dire quelques mots.
Ne pouvant, chez une femme , apercevoir le col de la matrice au moyen du spéculum (quelle que fût la position delà malade), j'introduisis alors les doigts indicateurs et médius de la main gauche, je glissai dessus les pinces de Museux , fermées, et ne les ouvris, pour saisir le prolongement utérin, que lorsque j'eus protégé le vagin avec ces mêmes doigts et qu'après avoir mis les mors en leur pouvoir ; je l'attirai ensuite a l'extérieur, et j'en fis la résection avec un bistouri courbe. Après cette opération il s'écoula du sang, qui fut promptement arrêté. Des symptômes de métro-péritonite survenus, furent combattus heureusement par les saignées et les sangsues. Cette malade sortit guérie, et j'ai eu la satisfaction d'apprendre que sa santé générale était parfaite, et que nuls des symptômes de sa première affection n'avaient reparu.
J'ai plusieurs ibis cautérisé, avec le nitrate-acide, des ulcérations de la vulve qui ont guéri rapidement.
hespotasses h l alcool et du commerce ont été employées en
dissolution ou a létal solide, pour cautériser des ulcérations, des végétations, ou pour être appliquées sur des bubons.
Une dissolution de potasse un peu concentrée détruit les végétations rapidement. Les excroissances syphilitiques seront bien plus sûrement désorganisées par le nitrate-acide de mercure, quia, de plus que son action caustique, une vertu spécifique.
J'ai bien souvent vu disparaître, en un temps très-court , des végétations de la vulve ou du pourtour de l'anus, qui étaient anéanties et charbonnées , presque instantanément, lorsque la dissolution de potasse était concentrée.
On s'est servi, dans les cancers du col de la matrice, de la potasse en cône, pour les cautériser. L'action était instantanée, et souvent peu douloureuse, du moins pour les premières fois; mais à mesure qu'on se rapprochait du tissu sain, les accidens se déclaraient, une métro-péritonite se développait, et le traitement le plus énergique ne pouvait que rarement soustraire la malade a la mort.
La dissolution de potasse, portée sur les ulcérations non cancéreuses de la matrice, les charbonne, et peut réussir quoique la douleur soit plus vive que par le nitrate-acide.
Autrefois on faisait un abus de la potasse, et on en couvrait les bubons ; on l'a abandonnée sous prétexte qu'elle laissait des cicatrices difformes. Elle est nuisible dans les bubons aigus ; je crois, au contraire, que le mercure ayant été administré sagement, il faut couvrir ces tumeurs avec des morceaux de potasse caustique. Bientôt elles diminuent de volume, l'escharre tombe, la cicatrisation s'opère, et la cicatrice n'est point difforme, comme on l'a prétendu.
Je pourrais rapporter quatre faits observés à la maison de santé, rue du faubourg Saint-Denis. Ces malades avaient les
aines gonflées par d'énormes tumeurs qui résistèrent au traitement anti-vénérien , et la potasse seule amena des changemens remarquables et importans. Ils ne conservèrent pourtant qu'une cicatrice peu apparente.
— Cautérisation avec le nitrate d'argent. — Des médecins et entre autres M. le professeur Alibert, ont nue grande confiance dans le nitrate d'argent , contre quelques maladies de la peau; mais en chirurgie, on s'en sert de même que de l'alun calciné, pour réprimer des bourgeons trop développés et contre certaines ulcérations qui finissent par disparaître sans l'emploi d'un autre médicament.
Sur la cornée il se développe des ulcérations dont il faut changer la vitalité au moyen de la pierre infernale; bientôt elles se rétrécissent, des bourgeons se développent, et une cicatrice solide apparaît.
Au voile du palais se montrent quelquefois des perforalions qui ne sont pas de nature syphilitique, et que la cautérisation guérit complètement.
Un homme de quarante-cinq ans vint a la maison de santé pour y être traité d'une perforation qui occupait la partie moyenne du voile du palais. On aurait pu y introduire deux tuyaux de plume. Je la cautérisai une vingtaine de fois avec la pierre infernale, et chaque jour on voyait des changemens étonnans. Peu a peu elle s'est rétrécie, a perdu sa forme arrondie, une de ses lèvres a fini par passer derrière l'autre et par effacer entièrement cette perforation.
C'est au chirurgien a décider les cas où il convient de cautériser les petites ulcérations qui existent sur la verge ou sur les grandes lèvres. Plusieurs fois j'ai vu l'application du nitrate d'argent être couronnée d'un plein succès.
CAUTÉRISATION PAU LE lEU.
La cautérisation , caustica adustio, est l'action de brûler avec un fer dont les molécules admettent et émettent rapidement une grande quantité de calorique.
Les pathologistes ont classé , ainsi qu'il suit, les cautérisations par le fer rouge. Ils admettent :
\° La cautérisation inhérente, c est-a-dire que le fer est appliqué avec force pour désorganiser profondément les parties ; tl° La cautérisation transcnrrente , qui consiste a promener légèrement le bord du cautère cultellaire ou la pointe tronquée du cautère conique, de manière a ne pas frapper de mort toute l'épaisseur du derme; 5° La cautérisation par pointes, pour produire celle-ci on presse assez fortement avec la pointe du cautère conique pour détruire l'endroit de la peau qu'elle touche; 4-° On distingue encore la cautérisation lente ou par le moxa , et la cautérisation objective.
La cautérisation lente a été employée avec succès pour des névralgies que rien n'avait pu guérir; pour des tumeurs blanches où l'amputation semblait inévitable, et pour resserrer des poches anévrysmales.
Le petit nombre de moxas appliqués sur une tumeur blanche, avec carie des os, des cartilages et des destructions de la membrane synoviale , ne peut être que d'un faible secours. Chez deux malades dont la guérison était inespérée , trente ou quarante ustions chez chaque individu ont arrêté les fâcheux effets d'une pareille altération, et une ankylose complète a été avantageusement obtenue par ces moxas. 11 faut donc que leur application soit répétée et nombreuse pour que la douleur s'éteigne, que la tumeur diminue de volume, que la fluctuation soit moins sensible, que le sommeil se rétablisse
et que la guérison s'obtienne par une ankylose complète ou incomplète.
Les moxas produisent tous les degrés de la brûlure , et, avec une cautérisation aussi lente , on détermine a volonté l'excitation et l'inflammation que l'on veut développer.
On sait parfaitement que d'abord la chaleur rougit la peau, et y attire les liquides ; que son action devenant de plus en plus intense, des phlyctènes surviennent, et, qu'ensuite a mesure qu'elle augmente , l'épiderme se désorganise, jaunit, se charbonne et prend une couleur noire. Toute l'épaisseur de la peau finit par subir les mêmes épreuves si on continue son action.
J'ai appliqué des moxas en grand nombre ; tantôt je n'ai produit qu'une vive irritation et des phlictènes, tantôt j'ai détruit une partie de cette membrane , et d'autres fois son épaisseur. Par eux j'ai fait disparaître des gastralgies et des pleurodynies tenaces.
Les moxas laissent une cicatrice ineffaçable dont la saillie est en rapport avec le degré de brûlure.
Par cette cautérisation lente , il semble que tous les tissus se sont retirés , crispés vers le centre après la guérison.
Cautérisation prompte. — Telle est l'action rapide du fer rouge qu'il produit son effet a l'instar de la médaille qiie l'on frappe. Le fer rouge , promené a la surface du corps , finit par s'éteindre et par être très-douloureux , parce que la désorganisation des tissus ne se fait qu'avec une extrême lenteur.
Le fer rouge produit une douleur vive, mais instantanée , puisqu'elle cesse presqu'au moment où il n'agit plus. Le cautère actuel est plutôt effrayant que douloureux : quelques malades disent avoir éprouvé seulement de la démangeaison et une sensation agréable.
En parcourant la surface de la peau , le cautère actuel y dessine bientôt des lignes noires qui indiquent la trace du feu et la carbonisation del'épiderme: quelquefois le cuticule s'est collé au fer rouge , et toute une surface brûlée est dépourvue de cette membrane inorganique. Voila ce qui arrive lorsque le fer est peu chaud ou lorsqu'il est éteint sur les tissus vivans. Quoiqu'il en soit, l' épidémie tombe, et souvent la cicatrice est terminée avant sa chute; le plus ordinairement, cette membrane se détache seule ou avec une portion de peau frappée de mort, et laisse voir une surface rouge et couverte d'une fausse membrane.
L'organe brûlé développe une grande quantité de chaleur; il se tuméfie , il rougit, et si le malade se meut , les mouvemens deviennent douloureux ; de telle sorte que le soulagement ne peut être bien apprécié qu'après la diminution du gonflement. C'est ce que m'ont prouvé mes essais sur les tumeurs blanches. Il est donc vrai que par la cautérisation actuelle , le volume de l'organe augmente beaucoup , et que les douleurs seules de la brûlure existent , pendant que celles dues a la maladie disparaissent entièrement.
A la suite de l'ustionles cataplasmes laudanisés calment les douleurs ; mais nous ne nous servons de ce moyen que lorsque l'inflammation est trop violente ; car les compresses d'eau froide souvent renouvelées remplissent a merveille ce but. Nous amenons les ulcérations a cicatrisation par des linges enduits de cérat.
Quand le cautère actuel a parcouru légèrement la surface de la peau , il laisse a peine des traces de son action ; il n'en est pas de même lorsqu'il a sillonné avec lenteur le derme, et qu'on y a joint une certaine pression ; puisque alors une cicatrice fibreuse et solide remplace la perle de substance.
Le feu agit connue perturbateur , aussi les douleurs s'éva-
nouissent-elles instantanément pour ne plus reparaître dans les tumeurs blanches. Je ne connais que deux faits où elles n'aient pas disparu entièrement, et encore ont-elles diminué d'intensité.
Les mouvemens n'ont jamais été rappelés quand il y a eu fusion des os, et, au contraire, ils sont revenus complètement ou incomplètement si cette même fusion des surfaces articulaires n'existait pas.
Dans les paralysies, suite de lésions locales des nerfs, les mouvemens et la sensibilité sont revenus d'une manière plus ou moins parfaite, par cet agent puissant, le feu. Les donleurs atroces des nerfs, les névralgies ont été anéanties par lui ou bien diminuées. C'est son action qui arrête souvent la carie dans sa marche.
Telle est l'importance de la cautérisation contre certaines difformités que je dois entrer dans quelques considérations sur le mécanisme de la guérison des brûlures.
Ne sait-on pas que les suppurations prolongées a la suite de pertes de substance, finissent par se tarir et par laisser une cicatrice fibreuse, solide, et dont la force est telle qu'elle suffit quelquefois pour dévier les surfaces articulaires. Il semble que les parties environnantes ont été attirées vers le centre de la plaie.
Dès qu'une perte de substance est assez étendue, que la suppuration a été prolongée, toutes les parties molles environnantes qui offrent de la mobilité sont attirées par une sorte de crispation de la cicatrice vers le centre; si, au contraire, il y a un point plus fixe que les autres, ce sont les points mobiles qui subissent tous les changemens de rétraction. Prenons pour exemple les paupières : si un ulcère occupe leur face interne, la cicatrice donne lieu au renversement en dedans du bord libre de la paupière, et vice versa,
( -tu )
si t lie occupe la face externe de ces voiles mobiles. Ce sont ces phénomènes qui ont engagé M. Delpech a tenter un procédé pour la guérison du trichiasis , fondé sur les changemens que les cicatrices font éprouver aux organes.
Cette victime d'une basse vengeance a pensé, avec raison, que nulle autre perte de substance, aussi bien que celle produite par un fer ronge, ne pouvait produire de pareils changemens et une crispation aussi marquée que celle de la brûlure.
Une perte de substance par le fer rouge d'une partie des tégumens seulement, est bientôt recouvertede fausses membranes, et, plus tard, d'une cicatrice apparente et quelquefois rayonnée. La cicatrice est imperceptible lorsque la peau a été effleurée par le cautère actuel; et si toute son épaisseur a été désorganisée, le tissu fibreux qui forme cette cicatrice attire les parties environnantes vers le milieu de la plaie , tend a renverser le bord libre des paupières ou la circonférence mobile de tout autre organe.
Je ne parlerai pas de l'action du feu sur les trajets fistuleux aboutissant a. la carie de la colonne vertébrale, mais de l'utilité delà cautérisation lorsqu'il existe des abcès par congestion sans fistule.
Le nommé Epinat éprouva de violentes douleurs dans les reins, de la difficulté dans la marche et une grande gène dans les mouvemens de flexion de la colonne vertébrale par l'excès de la masturbation. Après de longues souffrances, les douleurs fixes de la colonne vertébrale cessèrent, et alors apparut un abcès a la face interne d'une des cuisses. Plusieurs chirurgiens conseillèrent la ponction de cet abcès ; mais quelques-uns connaissant la gravité del'ouverturedeces sortes de collections purulentes, songèrent a l'application du feu sur le point malade. M. Beauchène, chirurgien en chef de l'hô-
})i(al Saint- Antoine, brûla avec un fer rouge plusieurs endroits d'où partaient des douleurs. A la chute des escharres , on introduisit dans les plaies des pois a cautères : par cet énergique traitement , on vit la santé générale se rétablir et la collection disparaître a la longue. Il ne faut donc pas désespérer de ces vastes foyers survenus lentement et qui peuvent être résorbés par les heureux changemens opérés dans la constitution.
Les névralgies faciales ont quelquefois été suspendues d'une manière miraculeuse , pour toujours ou pour un temps assez long. J'ai cautérisé avec le fer rouge chaque côté du cou , la partie postérieure de la tête , son sommet , les parties latérales de cette boîte crânienne , et le creux de l'estomac chez une demoiselle pleine de courage et de résignation. La douleur disparaissait d'un lieu pour se concentrer sur un autre.
La névralgie de l'estomac, celle de la face et de la tète étaient si douloureuses que la malade désirait de nouvelles brûlures. Si son courage n'avait pas été en quelque sorte héroïque , j'avoue que j'aurais fini par ne plus oser la cautériser. Quoique l'amélioration ait été très-marquée toutes les fois que le fer rouge était promené sur une région douloureuse, quoiqu'elle ait eu plusieurs mois d'un calme parfait, il survient de temps en temps des douleurs vives qui se montrent sur tous les points de la tête; la vue est presque éteinte, les membres abdominal et thoracique, bien que sensibles aux corps extérieurs, ont perdu en partie le mouvement, et enfin une congestion cérébrale ne cesse jamais. L'intégrité de l'intelligence et cette qualité précieuse qui fait les âmes droites et justes, le jugement, existant dans toute leur force, il m'a paru que tout était en faveur d'une lésion organique vers la base de l'encéphale, dans les environs de la protubérance an-