‹ Plan d'écoles générale et spéciales pour l'agriculture, l'industrie manufacturière, le commerce et l'administrationChapitre 5 sur 9 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Partie théorique du programme de l’École centrale. — But général de l’étude des Mathématiques , de la Mécanique rationnelle , de la Physique. Chimie. — Physiologie. — Histoire naturelle. — Économie politique. — Statistique. — Législation.

Au point de vue où nous nous sommes placés, nous avons une tâche importante à remplir, c’est de prouver la réalité de cette formule : Les sciences ont une utilité industrielle. Cet énoncé fera sourire d’incrédulité quelques-uns de nos lecteurs, d’autres le trouveront trivial à force de vérité. Nous espérons leur prouver, s’ils ont la bonté de continuer à nous lire, qu’ils ont tort et les uns et les autres. Les industriels , qui font leurs affaires loin , et quelquefois en horreur de la science, verront qu’ils feraient moins de bévues, qu’ils agiraient plus sûrement , qu’ils réaliseraient plus de bénéfices , s’ils étaient plussavans. Les savans, qui vivent pour la plupart dans l’ignorance des besoins matériels de la société , reconnaîtront qu’ils feraient faire plus de progrès utiles aux sciences,

qu’ils les enseigneraient surtout d’une manière plus profitable, s’ils étaient plus industriels.

Nous allons passer en revue les sciences qui nous paraissent les plus utiles. Nous n’avons pas la prétention de les avoir rangées dans l’ordre qui leur convient sous ce rapport; toutes ne nous sont pas familières, et nous espérons que les savans spéciaux suppléeront aux connaissances qui nous manquent à cet égard, en publiant leurs vues sur l’utilité des sciences qu’ils cultivent. Car nous croyons que le moment est venu de faire une enquête générale sur les moyens dont l’homme peut disposer pour augmenter son bien - être et satisfaire le mieux possible ses besoins matériels et intellectuels. C’est une donnée indispensable, à l’époque où tout pousse à l’organisation d’une nouvelle société.

L’étude des mathématiques a un but général , autrement important que son but spécial. Ceux dont le bon sens naturel a été nourri et développé par des études positives et étendues, pourront trouver triviales les idées que nous émettrons sur ce sujet; mais la science défigurée qui circule aujourd’hui, la défaveur qu’elle a encourue, la réprobation attachée dans un certain monde au titre de savant, font assez voir que ces idées, quoique peu nouvelles, sont oubliées ou méconnues.

La faculté de raisonner, ou de déduire les conséquences successives d’un principe admis ou

d’un fait établi, est la source de tout progrès; elle forme en quelque sorte le caractère principal de l’intelligence humaine; mais pour produire des effets utiles, cette faculté exige , chez la plupart des hommes, les secours de l’éducation. Elle a besoin d’un exercice convenablement dirigé, surtout à l’époque de la vie où elle semble se développer.

Sur ce point le bénéfice de l’éducation est aussi réel que sur tout autre. Le peintre qui copie la nature avec le plus de perfection , ne ferait que des ébauches informes , si de longues années d’exercices ne l’avaient pas habitué à conduire son pinceau d’une main assurée. De même, dépourvu de toute culture , le raisonnement resterait inactif, lent ou incertain.

Or le choix de l’aliment que l’on doit offrir à cette faculté naissante n’est pas indifférent. Appliquée tout d'abord à une science imparfaite, dont les données sont plus ou moins incertaines et indéfinies, elle conserve toujours une allure douteuse, et une sorte d’incapacité d’acquérir ime conviction complète.

L’étude première des sciences abstraites, dont les principes sont évidens, dont les conclusions sont rigoureuses et dépourvues de restrictions, peut seule donner au raisonnement toute la rectitude désirable. Appliqué plus tard aux autres sciences, il y apporte l’habitude acquise de fuir les principes vagues et les fausses conclusions.

Voilà ce qui rend indispensable l’étude des mathématiques pures. Mais p>our donner à la faculté de raisonner l’activité et la spontanéité nécessaires à la recherche des vrais principes et de leurs conséquences utiles, il faut que leur enseignement soit dirigé d’une manière convenable. Il ne suffit pas de prouver les vérités qu’on veut établir, il faut indiquer surtout la marche qui a été suivie ou qu’on aurait pu suivre, pour y arriver. En abandonnant complètement les méthodes d’invention , et en leur substituant des méthodes de démonstration ou de vérification , tout-à-fait impuis^ntes comme moyen d’explorer de nouvelles vérités, on fait perdre à l’étude des math^atiques sa principale utilité.

Outre ce vice capital du mode actuel de l’enseignement des mathématiques pures, il en existe un autre non moins pernicieux, c’est l’absence de toute indication de l’utilité des théories que l’on y développe. Ce long enchaînement de théorèmes ne peut avoir d’autre but aux yeux de l’élève qui l’étudie , que de le mettre en état de passer des examens pour obtenir un brevet de capacité , ou l’admission à de certaines écoles.

Un mode d’enseignement qui offrirait , à chaque nouveau pas que l’élève ferait dans la science, et l'histoire de la découverte du point de théorie qu’on lui expose , et son utilité médiate ou imn^diate, n’aurait-il pas l’immense avantage d’étre

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beaucoup plus efficace , de donner du charme à une étude difficile , et même d’en inspirer le goût?

Les causes de ces vices et les moyens d’y remédier nous paraissent faciles à trouver.

Jusqu’ici les savans que la nature a doués largement de la puissance du calcul , inspirés par la gloire de reculer les limites de la science , et sans cesse occupés à surmonter de nouveaux obstacles, ce sont peu inquiétés du soin de vulgariser leurs découvertes. Ils ont al>ai|donné'ce travail important à des mathématiciens d’un ordre inférieur, d’une portée de vue beaucoup moins étendue, et qui ne pouvaient remplir qu’iraparfaitement cette mission.

Tant que les limites de la scieace ont été assez rapprochées pour que leurs efforts la fissent avancer à pas de géant; tant que les progrès de quelque science leur ont permis de fiiire de grandes découvertes, les savans privilégiés par la nature ne pouvaient s’occuper d’une œuvre plus utile que celle qu’ils ont choisie. Mais aujourd’hui que leur puissance ne peut s’attaquer qu’à des difficultés partielles ; qu’elle ne 'peut enfanter que des théories d’une utilité fort contestable; qu’ils semblent attendre que d’autres sciences aient fait plus de progrès , pour letir fournir un sujet d’activité effic'ace , ils doivent descendre à uqe œuvre moins glorieuse peut-être, mais plus profitable : celle de donner au monde de bons ouvrages élémentaires.

Le jour où ils sentiront que telle est leur niis> sion actuelle, la plupart des vices que nous avons signales dans l’enseignement des mathématiques disparaîtront promptement. Quelques essais précieux qu’ils ont faits dans cette direction ne permettent pas d’en douter.

D’un autre côté, pour enseigner la science sous le point de vue de son utilité, il ne suffit pas que les études du maître se soient bornées à apprendre les théories qu’il doit exposer ; il faut qu’il ait été familiarisé avec leurs applications, qu’il les connaisse toutes. Ce n’est qu’en possédant la science à ce point de vue d’ensemble et de généralité, qu’il peut remplir utilement les fonctions dont il est chargé. Or en est-il ainsi de tous nos professeurs ? L’enseignement des sciences, dans nos écoles normales, ne laisse-t-il rien à désirer sous ce rapport? Nous nous dispenserons de répondre à ces questions.

La nécessité d’adopter l’étude des mathématiques pures comme base de toute éducation positive, nous paraît suffisamment démontrée par ce qui précède. C’est le seul moyen de donner à la faculté du raisonnement toute la justesse et toute l’activité indispensables , pour bien se conduire dans toutes les circonstances de la vie, quelle que soit la carrière que l’on suive. Si cette vérité était reconnue généralement, et surtout si elle était mise en pratique , les sciences naturelles et les sciences

sociales seraient plus avancées qu’elles ne le sont aujourd’hui : il n’y a que des hommes positifs, ou possédant éminemment la faculté de raisonner» qui puissent accélérer les progrès de la civilisation, soit que la nature leur ait accordé cette puissance, soit que l’éducation ait bien dirigé leurs dispositions organiques.

En perfectionnant chez les Français le développement de la faculté qui nous occupe, on rendrait non-seulement un grand service à notre nation , mais on agirait puissamment sur les progrès de tout le genre humain. Eu effet, aucune grande masse d’hommes ne parait posséder généralement l’organe du raisonnement à un aussi haut point que la nation française ; il nous semble être le type principal de son caractère physiologique.

Quand on compare avec soin la série des évènemens qui se sont passés en France, à celle des évènemens de toute autre société d’hommes, il est impossible de ne pas être frappé de l’ordre plus logique qui semble dominer dans notre histoire. Quand on considère cette philosophie toute française qui consiste à interroger sans cesse l’expérience, à accumuler et à coordonner les faits, avant de bâtir des systèmes , à côté de ces philosophies étrangères , si métaphysiques , si vagues , que l’on voudrait en vain enraciner sur notre sol, on ne saurait méconnaître que le Français ne soit plus rationnel que l’Allemand et l’Anglais.

Sans doute d'autres nations peuvent nous opposer des hommes d’un génie extraordinaire , qui , devançant les temps, sautant au-delà d’une série de faits et de raisonnemens , ou plutôt les devinant en masse, ont fait de grandes découvertes; mais aucune ne peut offrir un aussi grand nombre de savans positifs que la France. Ix>rsqu’une science nouvelle apparaît sur une terre étrangère, elle semble ne recevoir son baptême d'existence que lorsque les Français s’en sont occupés , et l’ont en quelque sorte vulgarisée : l’économie politique en offre une preuve incontestable. Les progrès récens de la physique présentent aussi plusieurs exemples à l’appui de notre opinion. Enfin notre Académie des Sciences a été, et est encore la première en Europe; c’est son jugement et son approbation que l’on réclame de préférence.

Il est donc important pour le perfectionnement de l’homme en général, que l’on cultive en France tout ce qui tient à la faculté du raisonnement. C’est en quelque sorte la mission du Français dans l’œuvre de la civilisation européenne.

Il est un reproche hannal que l’on fait à l’étude des sciences abstraites , et sur lequel nous croyons devoir dire quelques mots , notre intention étant d’attaquer tous les obstacles qui peuvent s'opposer à la propagation des connaissances utiles. C’est un préjugé qui date du siècle dernier, et qui est encore adopté par beaucoup de personnes, que

les mathématiques dessèchent l'cune , ou s’opposent au développement des sentimens affectueux et des talens d’imagination.

A l’époque où les découvertes de Newton et les travaux de ses commentateurs mirent en évidence la puissance et l’utilité des sciences abstraites, pour l’explication de l’astronomie, seule science positive qui existât alors , des savans , étonnés de ces résultats , ont pu croire à la possibilité de tout expliquer au moyen du petit nombre de principes qui venafent d’être signalés; leur enthousiasme égaré a pu déifier la matière, prêcher l’athéisme, et qualifier du titre de faux préjugé et d’habitude dépravée , tout ce qui ne leur semblait pas une conséquence nécessaire de leur philosophie exclusive.

Mais aujourd’hui que le calme règne dans la tête de nos savans ; qu’une multUtKle de fiiits nouveaux ont été constatés; qu’un grand nombre de sciences alors inconnues ont augmenté le domaine de l’intcHigence; que la longue série d’évènemens politiques qui se sont succédé, ont assez montré combien l’homme est complexe , on ne saurait rêver une explication complète des phénomènes naturels , au moyen d’un petit nombre d’hypothèses sur la matière , sans être taxé d’ignorance > et de folie. Chaque jour le monde savant voit éclore de nouveaux faits .qui jettent des doutes sur les théories les mieux établies; ce qui conduirait plutùt à

faire croire à l’impossibilité d’expliquer jamais quoi que ce soit d’une manière complète.

La philosophie actuelle des sciences consiste à observer ou à interroger la nature, à accumuler des faits , à rapprocher ceux qui paraissent analogues , et à établir leur liaison probable , ou même simplement erapyrique. En présence d’un travail aussi multiple et aussi compliqué , le mathématicien ne peut que saisir oa attendre l’occasion d'appliquer le calcul à démêler la liaison nécessaire de quelques théories partielles; l’époque où il pourra s’occuper d’un travail d’ensemble s’éloigne de plus en plus, et il peut même douter qu’il soit donné à l’homme de jamais l’atteindre.

En voyant ainsi se restreindre et se limiter l’empire de la faculté qu’il possède, il ne saurait nier l’existence de principes sur lesquels elle n’aurait aucune prise , et est tout aussi disposé que le commun des hommes, à éprouver les émotions qu’il ne peut définir.

D’ailleurs le grand nombre d’élèves sortis d’une école célèbre, où les sciences abstraites ont été jusqu’ici l’objet principal de leurs études, et qui se sont répandus dans toutes les carrières , ont assez démenti , par leurs actions et leur conduite, l’espèce d’anathème que le préjugé dont il s’agit semblait lancer sur eux. Leur esprit de corps , l’amitié peu ordinaire qui a si souvent réuni leurs noms dans des travaux communs, cette espèce de

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franc-maçonnerie qui s’est établie entre eux, et qui les accueille si cordialement dans leurs voyages, enfin les nombreux services désintéressés qu’ils rendent journellement à la société, prouvent bien que, pour avoir étudié les mathématiques, on n’a pas le cœur moins bien placé que les autres hommes , qu’on n’en est pas plus égoïste pour cela.

Et cette classe d’individus élevés dans les sciences abstraites , n’a pas non plus montré qu’elle en fût plus incapable de briller dans les arts d’imagination; elle a eu ses poètes, ses peintres, ses littérateurs, ses musiciens; l’excès d’imagination a pu même quelquefois les rendre mystiques.

Loin de là au contraire, il semble que le genre d’études qu’on voudrait frapper de réprobation , ait fait fructifier chez les élèves de cette école les sentimens nobles de la nature humaine. Quelle classe de Français pourrait-on mettre au-dessus de la leur, qui fût plus attachée à ses devoirs de citoyen , qui fut plus fidèle à cette belle devise , qu’un héros fit inscrire sur son drapeau : Pour la patrie , les sciences et la gloire?

Dans ces inomens de fièvre militaire où la France, égarée par un génie puissant, semblait se croire obligée de bouleverser le monde pour l’intéresser à sa révolution , ces élèves ont été périr pour elle : un grand nombre de leurs promotions ont été entièrement moissonnées dans les combats.

lorsque l’Europe conjurée menaça de rayer la France de la liste des nations , leur dévouement ne fiit pas le dernier ; et plus tard...! mais suivons-les dans les temps de paix et de tranquillité : une grande partie de la gloire que la France a acquise dans les sciences leur est due. Les savans dont elle s’honore le plus aujourd’hui sont sortis de leurs rangs. Les nombreux cours destinés à propager les connaissances utiles et positives dans la classe ouvrière, sont presque tous professés par eux. Les travaux publics, l’industrie manufacturière, l’administration même , peuvent offrir mille preuves de leur zèle et de leur activité. En se dispersant par toute la terre, ils y ont propagé l’étude et la pratique des sciences. Enfin ils ont offert partout, et dans toutes les circonstances, un témoignage irrécusable du bien que peut produire une vaste association d’hommes élevés dans les sciences positives, et dont l’éducation a eu pour base l’étude des mathématiques.

Et c’est en partie à leurs travaux que la France devra l’œuvre complète de sa régénération. Toutes les idées que nous émettons aujourd’hui , ati moins celles qui ont quelque valeur, sont les leurs depuis long-temps. C’est cette communauté de sentimens , cette conformité de leurs vues et des nôtres, basées sur une. même habitude d’analyse et d’observation, qui nous font le plus espérer que notre ouvrage produira quelque effet utile.

La connaissance des principes généraux de la mécanique rationnelle nous paraît indispensable à toutes les personnes qui veulent suivre la carrière industrielle. Aucune science ne nous semble susceptible de leur être présentée d’une manière plus complète et plus profitable. l<es considérations qui suivent feront sans doute partager à nos lecteurs nos opinions sur ce sujet.

Personne ne niera qu’il ne soit utile de connaître les conditions auxquelles doivent satisfaire les différentes parties d’une machine, pour que son usage soit le meilleur et le plus économique possible; qu’il ne soit bon de savoir calculer le plus grand effet que l’on puisse attendre d’un moteur; les pertes de force et de temps que l’on doit éviter dans une machine en activité; celles que l’emploi de tel ou tel mécanisme ne permet pas d’annuler, etc. On reconnaîtra sans peine avec nous, que les ingénieurs, les chefs d’industrie, les directeurs d’ateliers, doivent étudier la science qui traite de ce genre de questions.

Or toutes leurs solutions dépendent de deux ou d’un petit nombre de principes, dont toute la mécanique rationnelle n’est qu’une série de conséquences : un principe général de l’équilibre, connu chez les savans sous le nom de principe des vitesses virtuelles; un principe sur les corps en mouvement, np'çeXk. principe des forces vives , et quelques autres moins généraux. lorsqu’on a

bien compris ces principes; qu’on en a lait un grand nombre d’applications, et qu’on s’est ainsi habitué à manier facilement les formules qui les représentent, on possède parfaitement toute la partie utile de la mécanique rationnelle, et l’on est en état de résoudre toutes les questions qui s’y rapportent, et qui sont d’un usage journalier.

Et cette perfection à laquelle les mathématiciens ont porté la science que nous considérons , en la réduisant ainsi à deux ou trois énoncés qui, bien compris, la contiennent en entier, nous fait dire que tous les hommes qui ont reçu une éducation dite libérale , devraient savoir les principes de la mécanique rationnelle. Il n’existe pas de carrière dans laquelle leur connaissance ne pût être utile, et surtout ne rectifiât les jugemens faux que l’on porte sur un grand nombre de choses.

Il y a des analogies si vraies , si réelles , entre certains phénomènes de l’ordre social et ceux que présentent le repos et le mouvement des corps inorganiques, que la connaissance des lois de la mécanique serait souvent d’un grand secours à nos législateurs et à nos gouvernans. Elle ne leur serait pas moins utile pour comprendre clairement les différences qui séparent le monde des corps bruts, de celui des corps organisés.

Et pour citer quelques exemples , nous ne croyons pas qu’il soit possible d’assigner exactement le bien et le mal des secousses politiques,

le gain et la perte qui résultent de l’introduction d’un nouveau procédé dans les arts , d’un nouveau mode de transport, si l’on ne connaît pas le principe des forces vives , et les phénomènes que doivent présenter le choc des corps. Quelque bizarre que paraisse cette opinion , on serait forcé de lui reconnaître une grande valeur, si nous signalions ici toutes les erreurs que présentent nos lois et nos institutions, quand elles ont pour but de réprimer les émeutes ou de régulariser les progrès de l’industrie.

Enfin si l’étude de la mécanique était plus générale, on verrait moins de gens perdre leur temps et leur argent à chercher des impossibilités , moins d’hommes à projet attribuer à une invention une propriété absurde, moins de capitalistes se laisser éblouir par ces prétendues découvertes.

Et qu’on ne croie pas qu’il faudrait de longues études pour obtenir ces résultats. Si l’on réduisait le cours de mathématiques pures à ce qui est indispensable à l’élève dont l’unique but serait de comprendre la mécanique rationnelle , si cette der^ nière science surtout lui était bien présentée, il parviendrait plus rapidement qu’on ne l’imagine au résultat désiré.

Sans doute la méthode que l’on a suivie généralement jusqu’ici dans l’enseignement de la mécanique, ne saurait être appliquée dans cette circonstance. Le plus souvent, tous les théorèmes,

tous le» cas particuliers de l’équilibre et du mouvement sont présentés les premiers; on les démontre successivement par des méthodes souvent très dissemblables , et ce n’est qa’après avoir suivi la longue chaîne de toutes ces propositions, que l’élève connaît les principes, les formules générales, dont tout ce qu’il a appris si péniblement n’est qu’une série de conséquences.

Il faudrait au contraire, après avoir établi un petit nombre de leinroes, donner d’abord la démonstration des principes ou des formules générales,- 8t en déduire ensuite tous les cas particuliers.

On a objecté à cette dernière marche, la difficulté de démontrer les principes généraux d’une manière assez simple , assez élémentaire pour que l’élève puisse les comprendre dès son entrée dans la science; mais c’est qu’effectivement on ne saurait comprendre tonte l’importance de ces principes , qui consiste uniquement dans leur généralité, qu’après avoir suivi un certain nombre de leurs applications. Voilà ce qui aiYive alors : l’élève comprend la démonstration en elle-raéme ( car il en existe d’assez simples pour un esprit suffisamment initié dans l’analyse infinitésimale), mais ce qu’il y a de général dans l’énoncé du principe est encore obscur pour lui. A chaque application nouvelle cet énoncé s’éclaircit, et après un assez petit nombre d’applications bien choisies, toute obscurité disparaît.

îj’élève arrive ainsi beaucoup plus rapidement à la connaissance exacte des principes généraux, et s’habitue à les considérer comme renfermant toute la science, beaucoup plus facilement que si cette science lui avait été présentée de la manière inverse.

Ce que nous venons de dire nous permet de définir le but général de l’étude de la mécanique , considérée comme une des bases de l’éducation industrielle; c’est de bien pénétrer l’esprit de l’importance et de la fécondité des lois générales ; de l’habituer à considérer une masse de faits sous un point de vue d’ensemble , à chercher, à bien définir l’idée principale d’un travail quelconque, et à en coordonner tous les détails de manière à ce qu’ils remplissent le mieux possible le but désiré.

Pa.ssons maintenant à la physique. Il est mutile de s’étendre beaucoup sur son but spécial; la connaissance des phénomènes du monde matériel qui nous entoure est désirée par tous ; personne n’ignore qu’elle ne soit indispensable aux chefs d’in-* dustrie. Mais son étude a un but général que nous devons signaler.

Lorsque la faculté du raisonnement, développée par les sciences abstraites, a acquis l’habitude de déduire facilement toutes les conséquences d’un principe posé; lorsque la mécanique a errcore excité son activité, eti ta pénétrant de toute l’utilité

lies lois ou (les principes généraux , il lui reste encore une étude bien importante à faire avant de se porter sur les sciences incomplètes, ou sur cette quantité innombrable de faits et de phénomènes que présentent la nature et la société : c’est d’apprendre à choisir et k discuter un principe.

Or aucune étude n’est plus capable de remplir cette lacune, que celle de la physique dans son état actuel : dans cette science , tous les faits que le hasard ou l’esprit de recherche accumulent journellement, y sont discutés, coordonnés, classés; aussitôt qu’une idée de système ou d’ensemble naît du rapprochement de plusieurs phénomènes , elle est soumise à la critique de l’expérience et de l’observation, et sa valeur réelle ou fausse est bientôt reconnue; là on recherche, on éprouve, avec les soins les plus minutieux, les lois empiriques qui semblent lier les faits ; et par ce travail pénible, mais utile, on marche d’un pas assuré vers l’époque où quelque génie extraordinaire (et peut-être tout le monde savant en masse) , proclamera les lois réelles qui régissent le monde physique.

Voilà la philosophie positive, la seule qui puisse guider sûrement dans la recherche de la vérité. A quelle meilleure école apprendrait-on à se méfier de l’esprit de système, à fuir les définitions vagues , à renverser des doctrines qui ne se paient que de mots dépourvus de sens et de valeur ?

Quand l’étude de la physique sera plus répaii-

<îue et mieux connue; quand, considérée comme base de toute éducation libéîale, elle viendra guider le raisonnement nourri de l’étude des sciences abstraites, et l’empécher de s’égarer par le trop vif désir de rencontrer, aujourd’hui même , une perfection de principes et d’ensemble dans des classes de phénomènes qu’il n’a pas encore été donné à l’homme de considérer sous toutes leurs faces :

Nos philosophes, nos médecins, nos physiologistes, feront faire des pas utiles et rapides aux sciences qu’ils exploitent , et qui seraient indignes du nom même de sciences, si quelques bons esprits, bien rares il est vrai , n’avaient déjà suivi la bonne route.

Nos législateurs abandonneront ces êtres métaphysiques qu’ils ont en quelque sorte déifiés pour en déduire leurs fausses théories, et pour déraisonner sur les institutions qui nous conviennent. Ils comprendront qu’il faut étudier, par la méthode de nos physiciens, l’histoire et la phy.siologie de l’homme, avant de rêver l’état social qui lui convient. Ils se contenteront, pour le moment, de consolider l’état transitoire dans lequel nous nous trouvons , de manière à ce que tout progrès évident puisse s’y greffer sans secousse.

Ils se garderont bien surtout de donner de telles racines à des institutions dont ils auront trouvé une solution prématurée, qu’il faille les renverser par des révolutions lorsqu’elles gêneront l’essor de

la civilisation , et mettre encore une fois notre nation en péril de destruction* Mais aussi ils étudieront avec soin les progrès des sciences, pour les encourager efficacement , et les besoins de la société, pour les satisfaire par des lois nouvelles. £t çes lois, il les élaboreront de manière à éviter tout choc fâcheux pour le présent et l’avenir.

Les sciences que nous avons considérées jusqu’ici nous ont paru avoir un but général à remplir, en développant le mieux possible l’intelligence de l’homme, quel que soit le genre de travail auquel il veuille consacrer son existence. L’utilité de celles dont nous allons parler ne peut guère être considérée que sous le point de vue de leur spécialité ou de leurs applications ; mais il en est dont la connaissance est indispensable dans tant de carrières différentes, qu’il est à désirer que beaucoup d’entre elles soient introduites dans le cours des études de l’école centrale.

La chimie , sœur de la physique, traitée avec la même philosophie positive , est du nombre de ces dernières. Il est bien peu d’arts industriels auxquels elle soit étrangère , et quelle ne puisse perfectionner. Et nous inquiétant peu du reproche qu’on pourrait nous faire maintenant de vouloir que tout homme dût tout savoir, reproche que nous avons déjà eu l’occasion d’écarter, nous dirons ici que nous ne voyons aucune profession où la chimie ne fût d’un utile secours.

L’agriculteur y puiserait des notions précieuses sur la nature et l’efficacité des engrais qu’il emploie, sur le développement des végétaux qu’il cultive, sur la confection des produits qu’il livre à la consommation et au commerce. Le négociant en emprunterait des moyens sûrs d’assigner la qualité des denrées qu’il achète et revend, d’évaluer les pertes et les avaries occasionées par les intempéries de l’air, lesdivers moyens de transport, et de corriger les défauts de ses marchandises.

L’administrateur qui consent à s’exiler pendant quelques années au fond de nos provinces , au milieu d’une population ignorante et superstitieuse, afin d’acquérir l’ancienneté et le service qui lui sont nécessaires pour postuler un poste plus avantageux, trouverait dans la connaissance de la clûmie le moyen précieux de soulager la misère, d’assainir l’habitation du pauvre, d’écarter les fléaux qui détruisent ses ressources. Quel bien ne produiraient pas des hommes instruits auxquels serait confiée la direction de certaines sous-préfecturcs de France où la civilisation n’est guère plus avancée que dans les contrées tle l’Europe qui avoisinent l’Asie !

programme de l’éducation industrielle ne saurait se passer de la physiologie , de cette science dont toutes les autres sciences attendent les progrès, qui doit nous apprendre un jour non-seulement la nature et le but de tous les ressorts de la

machine humaine , mais encore le nombre et le caractère spécifique des facultés qui composent l’intelligence de l’homme, les époques de la vie où elles tendent à se développer, l’influence des temps et des lieux sur ces développemens , la différence des races et celle des individus.

Si elle avait fait quelques pas de plus vers la solution de toutes ces questions , que de données précieuses ne fournirait-elle pas à ceux qui se chargent ou qui sont chargés du soin d’enseigner les hommes , de leur distribuer le travail dont ils doivent s’occuper , de les réunir en corps de société, de leur donner des lois et des institutions, de les réprimer, de les juger, de leur infliger des punitions !

Voilà la science que notre siècle doit faire avancer, dont le besoin se fait le plus sentir à l’époque actuelle , que tout ce qui a pouvoir et intelligence parmi nous devrait encourager de tousses moyens. Et c’est à cause de celte nécessité imminente, que nous proposons d’introduire cette science, si incomplète qu’elle soit , parmi les sciences que doit étudier tout homme recevant une éducation libérale , afin que son utilité et son imperfection même soient mieux senties, qu'un plus grand nombre d’êtres intelligens puisse s’en occuper et lui porter secours.

Que les médecins , continuant d’étudier l’anatomie et toute la partie matérielle du corps hu-

main, fuient tout-à-fait cette méthode conjecturale qui retarde encore les progrès de leur science; qu’ils adoptent franchement, comme plusieurs paraissent le faire aujourd’hui, la méthode positive de nos physiciens; qu’ils obser\'ent avec soin l’état d’exaltation et tous les désordres que les maladies apportent dans l’intelligence. Que des chefs d’institution, des pères de famille, suivent et notent à chaque instant les progrès et le développement des différentes parties de l’intelligence chez les enfans. Que les juges , les chefs d’ateliers, les directeurs d’hommes , recherchent et publient les similitudes et les nuances de caractère et de dispositions naturelles des individus qu’ils sont à même d’étudier. Que les historiens démêlent dans la série des évènemens survenus au milieu des sociétés d’hommes qui ont vécu ou qui vivent sur notre globe, les nuances de caractère et d’intelligence particuliers à chaque race. Que les philologues même, placés au point de vue de la grammaire générale, fassent ressortir du dictionnaire et de l’esprit de chaque langue, l'importance et la richesse relatives des idées et des mots qui les expriment.

Et l’on verra, nous n’en doutons pas, que la physiologie peut conduire à tous les résultats que nous avons énoncés. Nous avons été à même de réunir un assez grand nombre d’observations sur tous ces points , pour croire fermement à l’avenir

brillant que nous promettons à la science dont il s’agit. D’ailleurs, à en juger par des recherches publiées récemment, et par plusieurs ouvrages qui circulent, il y a beaucoup de personnes qui partagent notre opinion (*).

Un cours propre à donner aux élèves des connaissances générales et exactes sur l’histoire naturelle nous parait devoir précéder ou accompagner celui de physiologie. Il devrait donner une description , à grands traits , des trois règnes’de la nature , et faire sentir surtout l’esprit de la cla.ssification que les savans qui s’occupent de cette partie y ont introduite , et qui se distingue telle-

('*') Qu’il oou* soit permis d’énoncer ici une conséquence de nos recherches sur le type physiologique des races |

d’houunes. Elles feraient peuser à une sorte de mobilité progressive , à un perfectionnement lent dans la capacité li

d’intelligence de chaque peuple, mais qui seraient en granile partie l’oeuvre d’une succession de géne'rations ; en sorte qu’on ne pourrait les accéle'rer par des chaiigeinens d’institutions ou par l’éducation , que dans une étendue très limitée.

Si cette formule était reconnue vraie par des observations plus nombreuses, nous laisserions en déduire les conséquences à ceux qui, vivant depuis leur enfance au milieu de Paris , pre'tendent que le genre de gouvernement qu’ils préconisent convient aux Bretons et aux Wîmois , ou qui rêvent des cotistitulions pour les Espagnols et les Portugais.

ment par son caractère philosophique et rationnel, que l’étude de la science, sous ce seul point de vue , serait déjà d’une grande utilité.

I.ÆS connaissances qu’y puiseraient les différentes classes d’hommes spéciaux qui sortiraient de notre école centrale , ne sont pas douteuses. Ce cours faciliterait d’ailleurs l’étude de la physiologie , dont nous avons fait sentir l’utilité.

Un autre but bien important serait encore rempli par l’introduction de ce cours dans les études de nos élèves : c’est celui de mettre en contact avec les sciences dont il s’agit , des hommes ayant reçu une éducation positive. Quand on voit les progrès que quelques hommes instruits dans les sciences abstraites ont fait faire récemment à la géologie, la seule des sciences naturelles que des savans de cette nature aient étudiée , il est permis de croire que la médecine, par exemple, ferait des progrès plus rapides , si des hommes positifs venaient à s’en occuper.

Nous ne pouvons parler de la géologie sans regretter que toute son importance n’ait fias été sentie lorsqu’on a formé les programmes des écoles spéciales actuellement existantes. Elle est regardée comme tout-à-fait secondaire, et est à peine suivie à l’école où se forment nos ingénieurs des pontset-chaussées. Aussi , qu’en résulte-t-il ? c’est que si l’on voulait avoir des notions préliminaires suftisamment exactes sur la possibilité d’établir une

nouvelle voie de communication dans une diree tion déterminée , et sur la nature des difficultés que pourraient présenter la configuration du sol et la nature du terrain , ce ne serait pas un ingénieur des ponts-et-chaussées qu’il faudrait consulter pour cela , ce seraient tels et tels ingénieurs des mines, auxquels on doit la connaissance complète de la richesse minérale du territoire , et les découvertes les plus récentes de la géologie. Personne ne connaît mieux qu’eux la surface et la croûte superficielle de notre France; leurs indications ont une précision presque mathématique.

Il est encore une science dont il nous est pénible de voir l’en.seignement aussi négligé qu’il l’est en France : nous voulons parler de l’économie politique , seul chapitre de la physique sociale qui ait encore été étudié avec succès. Eh quoi ! cette science que l’Angleterre et la France, les deux nations les plus civilisées du monde actuel , ont enfantée ; qui a trouvé parmi nous un vulgarisateur si clair et si rationnel, que ses ouvrages élémentaires, traduits dans un grand nombre de langues, en sont considérés comme le catéchisme; cette science, que l’on enseigne dans toutes les universités d’Allemagne, et même en Russie; que tout homme pensant se hâte d’étudier aujourd’hui, quand il sent le besoin de se refaire une éducation qui convienne au monde tel qu’il est; cette science est presque oubliée dans le pro-

gramme de nos Facultés! Nos gouvernans et nos savans auraient-ils hérité de cette prévention qui porta un maître impérieux à exiler le plus distingué de nos économistes ?

Sans doute l’économie politique a ses défauts , ses théories trop exclusives; sans doute il lui reste encore beaucoup à faire, beaucoup de données et d’influences à introduire et à coordonner, avant que tous ses principes puissent être appliqués; mais elle seule peut donner des idées exactes de certains faits sociaux, de certaines institutions.

Étudiée et professée par des hommes que la persécution n’aura pas irrités, elle se dépouillera de son exclusiveté , de son caractère d’opposition aux actes du gouvernement ; elle s’enrichira des ^ théories qui lui manquent. Moins méconnue des autres sciences, qui l’ont injustement repoussée de leur sanctuaire, elle leur fournira et en recevra des secours précieux.

Il faut le dire franchement, nous ne concevons pas un négociant, un administrateur, ignorant l’économie politique; sans elle leur titre est vain, et leur place vide. Nos lois sont imparfaites, nos discussions parlementaires sont riches de mots et pauvres de résultats , uniquement peut-être parce que l’économie politique est ignorée de la presque totalité de nos législateurs.

Et à côté de l’économie politique il est une autre science toute nouvelle , presque inconnue ,

ilunt le besoin se fait sentir de plus en plus. Il s’agit de la statistique : non de cette statitisque partielle et trop restreinte qui s’occupe de certaines lois empiriques que l’on a démêlées dans le mouvement de la population , et des moyens de subsistance particuliers à certaines localités ; mais de celle qui envisagerait à la fois tous les besoins de l’homme , et tous les moyens qu’il a imaginés pour les satisfaire; qui enseignerait l’histoire agricole, industrielle et commerciale de tous les peuples , leurs moyens de crédit et de finances , leurs relations mutuelles; qui ferait connaître les productions propres à chaque territoire; les difficnltés particulières que la nature ou les institutions y opposent à la circulation des idées , des hommes , des marchandises ; qui donnerait la description des moyens de transport qui y sont employés, les perfectionnemens qu’ils ont successivement subis, et la manière dont ils ont été introduits; qui indiquerait les marchés, les débouchés de chaque production ; qui assignerait les avantages réels de toutes ces constructions, de toutes ces banques, de toutes ces associations qui se sont élevées dans les ports où converge le commerce du monde, ou dans les contrées principalement manufacturières et agricoles.

On concevra sans peine tout ce qu’une pareille science aurait d’utilité; combien de personnes courraient entendre le professeur qui l’enseigne-

mit, un iimicnt l’ouvrage qui la «iévelopperait. Eli bien , tous les matériaux de cette science existent , il ne s’agit que de les réunir. Un peu de bunne volonté de la part de ceux qui tiennent les rênes du gouvernement , et , en moins d’un an , ses consuls , ses ministres près des cours étrangères , ses marins ou ses voyageurs, ses préfets , ses ingénieurs, auxquels il n’a que des ordres à donner, lui auraient fourni la plupart de ces matériaux. £t bien des gens se trouveraient pour les réunir , les coordonner , et -indiquer les lacunes qui exigeraient de nouvelles recherches.

Nous ne balancerons donc pas à placer la statistique , telle que nous venons de la définir , au rang dessciences du programme de notre école centrale.

Puis une dernière science nous paraît généralement indispensable : c’est la science de notre législation , mais dégagée de toutes ces longueurs , de ces arguties , de cette longue suite de raisonnemens sur des principes au moins douteux , que l’on ne doit admettre pour la plupart que comme un moyen de transition : car il serait impossible que la société nouvelle s’organisât jamais d’une manière durable, si les progrès de la physiologie, et par suite ceux de la physique sociale , ne nous conduisaient pas à la découverte de quelques grandes vérités sur lesquelles nos lois devront s’appuyer, dont elles devront être toutes des conséquences logiques.

Ce serait désespérer de l’avenir progressif de l’intelligence humaine, que de croire à l’impossibilité de trouver jamais la solution complète des questions si souvent agitées de la peine de mort, d’un bon système pénitentiaire , du système municipal , des droits politiques , de l’expropriation pour cause d’utilité publique , etc.

Les sciences théoriques utiles aux industriels , autres que celles que nous venons de passer en revue, ayant une spécialité beaucoup plus limitée, nous n’en parlerons que lorsque nous exposerons les programmes des écoles d’application.

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