‹ Plan d'écoles générale et spéciales pour l'agriculture, l'industrie manufacturière, le commerce et l'administrationChapitre 8 sur 9 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des Ecoles spe’ciales' de l’Âgriculture , de l’Industrie, du Commerce, et de rA.dministration.

Avant de discuter les programmes des quatre écoles spéciales qu’il conviendrait de créer, nous devons parler des moyens dont le gouvernement peut disposer pour leur donner tout le crédit et l’importance nécessaires. Le succès de ces écoles exige impérieusement que les élèves qu’elles doivent former , trouvent à la sortie de ces établissemens une position fixe et déterminée dans la société , une place assurée dont l’avenir puisse satisfaire leur goût et leurs espérances , ou des avantages positifs d’une grande valeur. Cette nécessité ne nous paraît que transitoire.

Quand l’agriculture aura fait plus de progrès en France, quand les petits propriétaires auront senti tout l’avantage qu’ils retireraient à réunir les terres qu’ils possèdent, en fermes plus étendues, à les confier à des praticiens ou à des agriculteurs instruits et économes ; lorsque quelques essais dans

ce genre d’association auront fait comprendre la facilité qu’elle offrirait de mobiliser la propriété territoriale, et les immenses avantages de cette mobilisation , une école spéciale d'agriculture n’aura pas besoin que le gouvernement s’occupe du placement des sujets qu’elle fournira, ou qu’il leur assure des avantages particuliers.

Quand notre commerce sera plus étendu et mieux conduit; lorsqu’un système de voies de communication complet et bien coordonné , lui aura offert des marchés et des débouchés plus nombreux et plus sûrs ; que l’expérience aura indiqué aux négocians tout l’avantage qu’ils peuvent retirer d’une connaissance approfondie des sciences et des arts, notre école spéciale de commerce n’aura plus besoin de la tutelle du gouvernement; un de ses élèves, muni d’un brevet de capacité, trouvera facilement de l’emploi.

Il en sera de même de notre école spéciale de l’industrie , quand des chefs intelligens et instruits se seront multipliés à la tête de nos mines, de nos usines, de nos ateliers, de nos fabriques et de nos manufactures ; quand enfin un grand nombre d’hommes sortis de toutes nos écoles auront prouvé, par une longue expérience, que la pratique unie à la théorie est infiniment supérieure à la pratique seule.

Quant à l’école spéciale de l’administration , sa nature est d'étre constamment sous la tutelle du

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gouvernement. Il devra toujours y puiser une partie de ses secrétaires d’ambassade, de ses conseillers de préfectures, de ses sous > préfets, etc. Quand ses diplomates et ses consuls connaîtront mieux le commerce ou les travaux pacifiques de l’industrie et de la science ; quand leur séjour à l’étranger sera employé à connaître et à utiliser les expériences coûteuses que font nos voisins, à étudier les procédés nouveaux ou inconnus , et à introduire en France ceux que ne repoussent pas les différences du sol, du climat, du caractère national , les Chambres cesseront de renouveler leurs doléances annuelles sur les sommes que dépense le ministère des affaires étrangères en frais de représentation. Peut-être ce moyen coûteux de soutenir à l’étranger l’honneur de la nation paraltra-t-il moins indispensable, quand les qualités personnelles de ses représentans pourront mieux y suppléer. D’ailleurs l’opposition des partis perdra son caractère hostile et haineux quand des études soutenues, une vaste instruction et une capacité incontestable seront l’unique moyen de s’élever dans la hiérarchie administrative.

, Quelles que soient les épreuves par lesquelles il faudra passer pour parvenir à ces hautes positions sociales , elles ne cesseront pas d’être un objet d’ambition , et l’école d’administration sera toujours recrutée. Mais aujourd’hui il faut assurer d’une manière plus positive le sort des élèves de

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nos écoles spéciales de l’agriculture , de l’industrie et du commerce, ou au moins leur offrir des avantages particuliers et recherchés.

Nous supposons que les brevets de capacité, à la sortie de ces écoles, ne seraient accordés qu’aux élèves qui auraient donné des preuves de âattoir non équivoques, et subi des examens d’une grande sévérité. C’est une condition indispensable pour la réussite des établissemens que nous proposons.

D’après cela , on pourrait accorder les droits politiques d’élection et d’éligibilité aux contribuables porteurs de ces brevets , qui ne paieraient qu’une portion du cens exigé. Nous ne connaissons pas de garantie qui fut moins illusoire.

Les élèves de nos écoles spéciales jouiraient, durant leur séjour dans ces établissemens, d’un traitement semblable à celui des élèves des Écoles des Ponts-et-Chaussées et des Mines. Ce traitement pourrait leur être conservé pendant un nombre déterminé d’années après leur sortie, afin de leur donner le temps de se caser dans la société.

Les fermes-modèles , dont nous avons indiqué l’utilité,, et que le gotivernement devrait répandre ou multiplier sur le territoire, offriraient un large débouché aux élèves de l’école d’agriculture. V . is

I^es usines et les fonderies de l’État recruteraient leurs employés à l’école de l’industrie. Il

pourrait être créé une place d’industriel à chaque préfecture ou sous-préfecture , pour remplacer ou aider ce que l’on nomme ^architecte de la ville , sorte d’employé qui se trouve souvent chargé de travaux hors de sa portée. Ces débouchés seraient bio9, sufEsans pour entretenir notre école spéciale de l’industrie, jusqu’à ce qu’elle eût acquis le crédit nécessaire pour se passer de la tutelle du gouvernement.

L’État pourrait donner aux élèves sortis de l’école de commerce des places au ministère des finances, parmi ses consuls et vice-consuls, y puiser des receveurs de contributions. Pourquoi ne serait-il pas accordé aux premiers élèves de l’école du commerce, des prix ou des prêts assez considérables pour qu’ils pussent s’associer avec d’anciennes maisons de commerce ou en créer de nouvelles ? Ces premiers sacrifices seraient bientôt compensés par la plus grande instruction qu’ils répandraient dans le corps des négocians de nos ports et de nos principales villes.

Mais cessons de désespérer du bon sens et de la bonne volonté de tous ceux qui exploitent actuellement les carrières correspondantes à nos écoles spéciales : il en existe beaucoup auxquels il ne manque rien pour faire des praticiens distingués ; il en est d’autres, moins instruits, qui sentent profondément tout ce qu’on aurait dû leur apprendre; et nous ne doutons pas que notre système

d’éducation professionnelle n’obtienne leur assentiment. îlous croyons fermement qu’ils appuieraient de leur crédit et de tous leurs moyens les établissemens que nous proposons , et que leurs fils ou ceux de leurs amis viendraient y puiser une éducation solide, sans être attirés par les avantages que le gouvernement pourrait leur offrir.

Et il est encore un moyen précieux de donner de l’importance à nos écoles centrale et spéciales , c’est d’en ouvrir l’entrée aux étrangers qui le demanderaient , et qui satisferaient aux examens d’admission. Si ce privilège était accordé aux Américains, aux Suisses et aux Belges, dont la politique semble liée à la nôtre , au moins pour quelque temps , ne serait-ce pas un moyen puissant de resserrer encore plus étroitement ces liens passagers, et même de leur donner un long avenir ?

Pourquoi même n’y admettrait- on pas des sujets des autres nations, auxquelles leur position géographique ou le degré de leur civilisation <lonnent des intérêts différens, qui les entraînent dans une direction politique opposée à la nôtre ? Parmi les nations civilisées, aucune n’a adopté un système d’éducation aussi libéral que le nôtre : à Paris et dans quelques villes de province, des cours gratuits , confiés à l’élite de nos savans , sont ouverts en grand nombre; nul n’en est exclu, quelles que soient sa patrie et ses sympathies politiques. La

France a recueilli déjà une partie des avantages que devait lui assurer cette politique généreuse : l’influence que la civilisation française éxerce sur celle des autres pays, l’universalité de notre langue, le caractère contagieux que contractent chez nos voisins les idées dominantes chez nous, en sont le fruit ç et dans les circonstances menaçantes qui nous environnent , les sympathies secrètes qui existent dans les camps ennemis sont , après l’énergie nationale et notre confiance en nousmêmes, le plus sûr rempart que nous puissions opposer aux passions guerrières qui s’arment contre la France.

Nous allons maintenant présenter les programmes des quatre écoles spéciales que nous proposons de créer. I.es cours d’études théoriques et pratiques que nous y avons introduits ont un but spécial tellement évident , qu’il ne nous a pas paru nécessaire d’en motiver l’utilité par de longs développemens.

Il doit exister, vers le centre de la France, une étendue de terrain de quelques lieues carrées, où l’on puisse entreprendre avec un égal avantage toutes les principales cultures indigènes. C’est là que sèrait placée l’école spéciale de l’agriculture ; elle serait organisée en une vaste ferme avec toutes ses dépendances.

Les élèves suivraient dans cet établissement plusieurs cours que nous allons énumérer; nou.s

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indiquerons en même temps le genre des études pratiques qui leur correspondraient. | • ■> ■ •

Un cours complet de botanique et d’agriculture. Tous les travaux des champs et delà ferme seraient exécutés par les élèves; là ils mettraient en pratique les leçons de letirs professeurs. Un jardin botanique, plus complet qu'à l’école centrale, les mettrait à même de connaître à fond toute la richesse végétale du globe. " "

Un cours d’art vétérinaire. Des troupeaux* de toute espèce appartiendraient à l’établissement ; les élèves seraient alors à même de connaître les soins qu’ils exigent, de suivre leurs maladies et les traitemens qu’elles réclament. Un grand nombre de chevaux de labour ou de main serait nécessaire à l’établissement; un haras pourrait y trouver sa place; les élèves auraient donc des 'occa* sions fréquentes de pratiquer l’art vétérinaire.

Un cours de chimie végétale et d’industrie agricole. Nous voudrions que l’établissement contînt un laboratoire de chimie , une fabrique de sucre de betterave, une 'distillerie pour les eaux-de-vie de différentes espèces , une fabrique de vinaigre de bois, une corderie, une fabrique de toile, des forges de maréchaux, et même un atelier de charronnage.

Nous ne doutons pas que nos élèves-, habitués, à l’école centrale, à manier des instrumens, à travailler le bois et le fer, ne parvinssent assez

facilement à pratiquer ces différens arts de manière à les posséder parfaitement , et à savoir se passer aubesoin du secours d’autrui, lorsqu’ils seraient employés dans une ferme-modèle, ou qu’ils dirigeraient toute autre exploitation agricole.

Et l’administration de l’établissement , la vente des produits, l’achat des matériaux, la correspondance, tout serait conduit pas les élèves dirigés par des chefs capables.

Il nous semble qu’un jeune homme sorti de l’école centrale deviendrait, après deux ou trois années de séjour dans notre école spéciale d’agriculture , un agronome théoricien et praticien aussi complet qu’il est possible de le désirer.

L’école spéciale de l’industrie devrait être placée au milieu d’une ville manufacturière , telle que Rouen, Lyon ou Saint-Étienne. Les élèves y suivraient les cours suivons :

Un cours d’architecture et de construction ; des ateliers de modèles en briques, en plâtre et en bois, semblables à ceux de l’école centrale, permettraient aux élèves d’exécuter en petit , et dans toutes leurs parties, les constructions nouvelles qui leur auraient été décrites ;

Un cours de mécanique industrielle ; les mêmes ateliers, et un autre atelier pour le travail du fer et du cuivre, plus complet que celui de l’école centrale , procureraient aux élèves le moyen de former les modèles 4^s machines, ou les machines

mêmes employées dans les arts, dans les fabriques d’étoffes de toute espèce; il faudrait , par exemple, que , vers la fin de leurs études pratiques dans ce genre, les élèves pussent exécuter en commun des modèles complets de machines à vapeur ou de métiers compliqués : nous voudrions que l’établissement contint tous les élémens des manufactures de draps , d’étoffes de soie et de coton , et que les élèves , mélangés avec les ouvriers, y pussent suivre la pratique de ces industries dans tous leurs détails ;

Un cours de cdiimie appliquée aux arts : un laboratoire de docimasie , des fabriques de produits chimiques, une teinturerie, devraient faire partie de l’établissement ; nous voudrions qu’une usine à fer complète, depuis le haut-fourneau jusqu’aux laminoirs , pût y être mise en activité ;

Un cours de minéralogie et de géologie. Des cabinets où les minéraux seraient classés suivant différens systèmes, seraient ouverts aux élèves. La mé^llurgie serait comprise dans le cours précédent; l’architecture souterraine serait un des chapitres du cours de construction ; le grand et le petit sondage y seraient décrits avec soin et détail. Nos élèves auraient donc toutes les connaissances nécessaires pour occuper des places de directeurs de mines, pour diriger la recherche des eaux souterraines et leur distribution dans les villes.

Mais ce qui formerait surtout nos Jeunes indus-

triels, ce seraient des voyages qu’ils entreprendraient chaque année, réunis par groupes, et aux frais de l’établissement, d’abord en France, plus tard à l’étranger, pour étudieT les travaux publics, la géologie,' la métallurgie, et les arts de toute espèce. Leurs journaux de voyage devraient donner les 'détails de toutes leurs observations; et l’examen qu’en feraient leurs professeurs serait une des données principales du jugeraent définitif qui serait porté sur leur capacité et> leurs succès, à la sortie de l’école.

Les personnes qui ont, entrepris des voyages' de cette nature en sentent toute l’irapiortance ; rien ne laisse des traces plus durables dans la mémoire, que ces premières excursions. d’un jeune industriel, où, libre de ses actions et de ses pensées, il observe la nature et l’art , sans autre guide que l’instruction qu’il a reçue. Et de quelle utilité ne seraient pas pour la statistique et les progrès des arts, ces voyages faits chaque année par des jeunes gens actifs, et instruits ' dans Ies''sciences théoriques et pratiques ?

Nous voudrions qu’une vaste maison de banque et de commerce, dotée par l’État, fût établie à Paris, qu’elle eût des comptoirs dans tous les principaux ports de France , et qu’elle pût embrasser à la fois toutes les parties de notre commerce intérieur et extérieur. Ce grand établiissement, dirigé par des négocians intègi-es et capables 'qui auraient une

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part dans les bénéfices de l’entreprise, formerait notre école spéciale du commerce. , les élèves acquerraient des connaissances pratiques d’autant pins étendues que l’établissement serait rtonté sur une plus grande échelle. . . .

Une première année, ils rempliraient les. fonc* tions de commis à l’établissement central , se répandraient dans les maisons de banque, à la bourse, aux entrepôts, dans les ateliers de travail, partout où le banquier et le négociant sont conduits par leurs affaires. Une seconde année , ils seraient distribués dans les comptoirs des ports, où ilsj pratiqueraient le commerce de cabotage , d’importation et d’exportation. Enfin ^ pendant une troisième année, ils feraient les fonctions de commis-voyageurs dans toutes les contrées de l’Europe , oii ils se pénétreraient des liabitudes commerciales des différentes nations, de leur système monétaire , de leurs moyens de qrédit, de leurs besoins, de la nature de leurs productions.

Dans cette école, tout serait pratique; aucun cours théorique ne nous paraissant devoir être ajouté à ceux suivis dans l’école centrale. Toutefois il serait peut-être important que les élèves s’y perfectionnassent dans l’étude des langues étrangères.

1.,’école spéciale de l’administration serait nécessairement dans la capitale. Trois cours y seraient professés :1e premier de droit,. plus étendu et

plus complet que celui de l’école centrale; le se> cond d’histoire : cette science, encore incomplète malgré les progrès qu’elle a faits de nos jours, renferme cependant de grands enseignemens pour les hommes destinés à arriver au pouvoir ; elle’conr tient le germe le plus fécond de la science sociale ; elle est le résumé d’expériences souvent sanglantes faites sur l’espèce humaine ; ces expériences ont coûté le bonheur de bien des générations ; puisrsent-elles n’étre pas perdues pour celles qui nous remplaceront ! Enfin un cours d’administration, qui exposerait en détail la nature et la distribution du travail, aux Chambres, dans tous les ministères, au conseil d’état, dans les préfectures , enfin dans toutes les divisions et subdivisions de notre machine gouvernementale.

Cette école spéciale aurait une tribune à la chambre des Pairs, une à celle des Députés, des places réservées dans les tribunes publiques du conseil d’état et de tous les tribunaux; quelques élèves pourraient assister à chaque séance des conseils des ponts-et-chaussées et des mines , et du conseil de préfecture du département de la Seine.

Les élèves, distribués chaque jour, et à tour de rôle, dans ces différens lieux, seraient tenus de rendre compte des discussions qu’ils auraient entendues, ou des jugemens qu’on aurait rendus devant eux, en accompagnant ces mémoires de leurs

réflexions sur chaque débat, et de leur opinion motivée sur sa marche et son résultat.

Telles nous paraissent devoir être les études pratiques indispensables pour former un bon administrateur. Les meilleurs mémoires présentés par les élèves, sur toutes les séances qu’ils auraient suivies, devraient être publiés aux frais de l’établissement. Nous ne doutons pas que la lecture de ce recueil ne fût très profitable à toutes les personnes qui font partie de notre gouvernement et de nos administrations , et qu’elles n’y trouvassent souvent de bons conseils à suivre, et de bonnes idées à recueillir.

Pour donner aux trois écoles spéciales de l’agriculture, de l’industrie et du commerce, une plus grande importance, une influence plus générale et plus répandue sur la société , il conviendrait d’y admettre, outre les élèves de l’école centrale, auxquels nous donnerons le nom d’élèves internes, d’autres jeunes gens qui y seraient admis directement, après avoir subi un examen particulier. Nous appellerons ces derniers , élèves externes : ils ne jouiraient d’aucun des avantages dont nous avons parlé plus haut, et qui seraient exclusivement le partage des élèves internes ; le gouvernement ne se chargerait pas de leur placement; ils n’auraient droit à aucun traitement; et même, si les économies budgétaires l’exigeaient, ils seraient astreints à payer une sorte de pension

pour couvrir l’accroissement de frais que leur instruction occasionerait , quoiqu’il nous parût plus liboraLet mieux entendu de les recevoir gratuitement.

Le programme de l’examen qu’on leur ferait subir comprendrait : les mathématiques élémentaires, les élémens de physique, de chimie et d’histoire naturelle , et l’économie politique. Outre les cours et les exercices pratiques dé l’école spéciale dans laquelle ils entreraient, ils suivraient des cours destinés à perfectionner leurs connaissances générales , analogues à ceux de l’école centrale , mais beaucoup plus élémentaires , dans lesquels on se contènterait d’énoncer les vérités dont la démonstration serait hors de leur portée.

Ces cours seraient professés par les élèves internes les plus'distingués, qui feraient ainsi l’apprentissage d’une partie importante de leurs fonctions dans la société, celle de vulgariser et de répandre chez leurs concitoyens les connaissances qu’ils auraient acquises.

’ A. la fin de leurs études dans une école spéciale, les élèves externes subiraient un examen; il leur serait alors délivré un brevet de capacité qui deviendrait un titre important pour trouver de l’emploi dans des établissemens particuliers , si hotrfe système d’éducation professionnelle, et les écoles qui le composent, acquéraient dans le public ' foute la confiance que nous nous en promet-

tons. Et réellement pourrait-il en être autrement? Les théoriciens et les praticiens exclusifs auraientils des objections sérieuses à faire au plan que nous proposons? N’avons-nous pas constitué nos programmes et les examens d’entrée, de manière à satisfaire les plus difficiles d’entre eux?

-! Nous devons dire ici quelque chose sur l’alliance ide nos écoles spéciales avec cellés qui existent déjà.’ Si l’on a bien compris le but qui nous a fait introduire une grande variété d’études dans nos programmes, on concevra que l’école de l’industrie pourrait dispenser le gouvernement d’entretenir une école des ponts-et-chaussées et une école des mines. L’École des mineurs de St-Étienne et une partie des écoles d’arts et métiers deviendraient superflues les élèves externes de l’école d’industrie satisferaient aux mêmes besoins sociaux. Le corps des élèves externes de l’école d’agriculture pourrait remplacer l’École vétérinaire.

L’École des Ponts-et-Chaussées, dirigée par dos ingénieurs habiles et par des professeurs instruits, remplit parfaitement le seul but pour lequel elle a été créée J la beauté, la solidité et l’économie des travaux publics qui couvrent le sol de la France, en offrent mille preuves irrécusables. Nous croyons cependant qu’il' y aurait de. l’avantage à recruter le corps des ingénieurs des pontset-chaussées parmi lès élèves internes de notre école spéciale de l’industrie. *, t rit- j [ij

Des connaissances plus étendues en économie politique et en statistique permettraient à tous nos ingénieurs de s’occuper non-seulement de la partie technique d’un projet, mais encore de sa partie financière; car nous ne pouvons croire que le gouvernement persiste à les tenir dans une telle dépendance, qu’ils ne puissent donner leur opinion sur l’utilité réelle d’un projet, et qu’ils doivent toujours se borner à exécuter consciencieusement, et avec toute la perfection désirable, les travaux dont ils sont chargés. Suivant nous, il est du devoir, peut-être même de l’honneur d’un ingénieur, de refuser de se charger d’un travail qu’il reconnaît inutile ou mal conçu sous le point de vue financier.

Si les ingénieurs anglais ont réussi à couvrir l’Angleterre de tant de travaux utiles, malgré leur peu de connaissances techniques , c’est parce qu'ils discutent bien la partie financière d’un projet.

Si nos canaux offrent de beaux modèles de construction, et si cependant leur ensemble est fort incomplet, c’est que la partie technique a été jusqu’ici à peu près la seule qu’on ait bien étudiée en France.

Nous avons déjà eu l’occasion de témoigner notre regret que l’étude de la géologie ne soit pas regardée comme indispensable aux ingénieurs des ponts-et-chaussées. Il y a lieu de regretter aussi que leurs études ne leur aient pas donné des con-

naissances plus variées sur tons les arts industriels. lÆSvoyages qu’ils sont quelquefois obligés de faire à l’étranger, pour examiner des travaux qui se rapportent à leur spécialité, procureraient des résultats plus nombreux ou une moisson plus abondante. N’est-il pas étonnant que les chemins de fer et les ponts suspendus n’aient pas été importés en France par des ingénieurs des ponts-et-chaussées ?

Il est temps de donner au corps des ponts-etchaussées toute son importance, de profiter de toute l’influence qu’il peut avoir sur les progrès des arts, en introduisant dans le cours d’études des ingénieurs toutes les sciences de nos programmes. Il serait donc convenable de recruter les ingénieurs à notre école spéciale de l’industrie.

Loin de nous la pensée d’attaquer un corps aussi utile et aussi instruit que celui des ponts-et-chaussées! Que ses détracteurs ne croient pas que nous fassions cause commune avec eux , nous qui naguère avons élevé la voix pour défendre ce corps contre d’injustes préventions, qui voudrions le voir chargé de diriger les nombreux travaux publics dont la France a besoin, comme infiniment plus capable que qui que ce soit de leur donnertoute la perfection désirable! Les taches qui déparent cette belle institution sont des traces évidentes du despotisme de l’empire, qui craignait l’enseignement des sciences dont le nom seul était

une critique sévère de son système et de ses actes, et qui exigeait une obéissance passive de la part de tous les fonctionnaires de l’État. - i

Quand des réformes salutaires dans l’administration des ponts-et-chaussées auront brisé ces liens surannés; quand elles rendront aux ingénieurs toute l’indépendance qui leur est nécessaire pour remplir dignement leurs importantes fonctions, on verra surgir de ce corps des talens trop peu connus, qui cultivent aujourd’hui toutes les sciences, mais dans l’ombre, et dans la crainte de l’autorité, qui tient leur sort entre ses mains. L’avénement du nouveau directeur est peut-être l’aurore de ce jour de réforme tant désiré.

Le corps des mines , quoique peu nombreux , a eu une grande influence sur les progrès des arts et des sciences en France. La géologie lui doit ses dernières découvertes , et notre patrie lui devra la connaissance exacte et complète de sa richesse minérale et de la configuration' de son sol. Lorsque la chimie, dans sa, marche progressive, s’est attachée à analyser avec soin les substances minérales , pour découvrir les lois et les proportions de combinaison des substances simples qui les composent, nos ingénieurs des mines ont contribué puissamment à ccs nouveaux travaux.

Si l’industrie du fer s’est perfectionnée en France, si elle n’attend plus que de nouveaux moyens de transport, pour devenir aussi impor-

tante et aussi prospère qu’elle l’est en Angleterre, le corps des mines en est la principale cause. Ses ingénieurs, répandus dans les départemens,où leur spécialité n’est pas aussi prononcée que celle des ingénieurs des ponts-et-chaussées , ont utilisé leur temps et leurs connaissances à donner de sages conseils aux propriétaires de mines et d’usines , à les secourir de tous leurs moyens, à les défendre même auprès des autorités. Ils ont en quelque sorte réalisé, sur une petite échelle, la fonction d’avocat'Consultant que nous voudrions voir remplir par tous les hommes instruits qui sortiraient de nos écoles spéciales.

Les voyages qu’ils ont faits à l’étranger ont enrichi la statistique industrielle et métallurgique d’une multitude de données précieuses, dont ils ont eux-mêmes indiqué et introduit les applications. Ce sont eux qui ont fait sentir les premiers en France l’utilité des chemins de fer. La création de l’Ecole des mineurs de St-Etienne est due à leur zèle et à leur sollicitude pour les besoins de l’industrie. L’Ecole des Mines a donné le premier exemple du système d’élèves externes que nous proposons; de bons directeurs de mines et d’usines sont sortis de cette nouvelle institution; des étrangers y sont venus puiser une instruction solide, et ont emporté dans leur patrie un sentiment profond de reconnaissance pour la libéralité de notre nation.

Et c’est parce qu’il a donné, en quelque sorte, la preuve expérimentale de l’utilité de nos vues sur le cours des études de notre école spéciale d’industrie, que le corps des mines devrait être chargé de diriger l’enseignement des sciences qui le concernent, dans ce nouvel établissement, et qu’il devrait y recruter ses membres.

Les connaissances plus approfondies que l’ingénieur des mines aurait acquises sur l’art des constructions, lui seraient d’une grande utilité dans bien des circonstances, et lui permettraient de réagir utilement sur les progrès de cette science, par des travaux complets sur le choix de l’établissement et sur le mode d’exploitation des différentes carrières, sur la confection et la composition des mortiers, sur le meilleur mode de fabrication du fer employé dans les constructions , sur les difficultés que la nature et la configuration du sol opposent au tracé d’un canal, etc.

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