‹ Plan d'éducation pour les enfans pauvres, d'après les deux méthodes combinées du docteur Bell et de M. LancasterChapitre 13 sur 23 · DIVISION DU TRAVAIL. — PRATIQUES GÉNÉRALES A TOUT£S LES CLASSES · texte numérisé non relu

DIVISION DU TRAVAIL. — PRATIQUES GÉNÉRALES A TOUT£S LES CLASSES

Les enfans doivent tous être rendus à la classe à neuf heures le matin , et àdeux heures l'aprè^-dinée. Kd entrant ils ont soin d'attacher leurs chapeaux ou bonnets derrière (i) leur dos par une ficelle qui leur passe sur la poitrine , de manière à ce qu'il n'y ait pas de confusion après la classe pour reprendre ses chapcauit, ce qui arrive toujours dans les écoles nombreuses. L'heure sonnante, le maître d'école, ou , en son absence , le premier suppléant donne un -coupde sonnette, et alors tous les enfans se rangent, classe par classe , sur trois lignes de front en demicercle autour du bureau du maître d'école (3). Le plus jeune inspecteur commence une prière courte que l'école toute entière répète , verset par verset. Au deuxième coup de sonnette tous les enfans rtmipent le cercle en taisant un à-droite et un à-gauche, et vont se placer, en se suivant régulièrement, sur les

(■} Mr. L.

(a) Dr. B.

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Bancs qm appartiennent à chacaae d^lenrs classes» Lorsque le local n'a pas permis que les bancs con** tinssent tous les enÊins, les classes sont alors divi-» sées en pairs et impairs , et le maître d'^école ^ ou le suppléant , commande à une des séries de des^ cendre pour répéter les exercices^

Cette classe est composée des plus petits qui ne savent absolument rîen > et auxquels il faut montrer X alphabet , et apprendre de mémoire leurs prières : sa place est sur les deux banquettes latérales indiquées sur le plan , et devant lesquelles sont des tabiettMLOuvertcs de sable. Chacun des iudîvidus de cett^lasse ayant besoin d'être instruit séparément , il ne peut guère y avoir plus de vingt élèves pour un instructeur. La première opération est de leur apprendre les lettres de l'alphabet , et ou se sert pour cela d une méthode ingénieuse ( i ) , qui consiste à faire tracer aux enfans les lettres de l'alphabet, sur une large tablette peinte en noir , élevée vis-à-vis d'eux, comme une espèce de petit pupitre, et légèrement recouverte de sable sec; l'instructeur trace à l'enfant avec son doigt la première lettre , qu'il copie sur-le-champ de !a même manière et qu'U nomme : ce qui , sans aucune dépense , lui apprend ■ à lire et à écrire ; lui (ait distinguer et tracer les lettres ; temps, et réunit deux opérations, Tune

manuelle et l'autre intellectuelle, que Ton avait toujours coutume de séparer. Lorsqu'on a corrigé les lettres que l'erifant a tracées, on remue les tablettes de'sable , ou on passe dessus un rabot , et la surface se trouve disposée à recevoir une nouvelle empreinte , ce qui épargne le temps , le papier , les plumes , l'encre, et surtout évite à l'enfant des distractions qui l'empêchent de se fixer à ce qu'il fait. Lorsqu'on a fait écrire et nommer aux enfans toutes les lettres tant grandes que petites , on fait passer devant chacun d'eux une grande carte collée sur du carton , oii se trouve tout l'alphabet j il faut alors qu'ils nomment et écrivent les lettres sur le sable d'après ce carton , ce qui les leur classe définîtlvenieiit dans la télé. L'instmcteur les questionne au hasard , et c'est alors que commence déjà dans cette classe le principe fondamental de l'école , d'avancer ou de reculer en rang suivant le degré de connaissance , et les progrès que l'on fait. On calcule que les enfans ont besoin d'environ trois semaines pour bien savoir toutes leurs lettres, et de six semaines au plus pour les bien écrire. Sitôt qu'ils auront copié plusieurs fois l'alphabet du carton , on leur ôtera le modèle , et on leur fera tracer les lettres de mémoire , jusqu'à ce qu'on soît assuré qu'ils les savent bien toutes. On procédera de même pour leur faire écrire , reconnaître , ou prononcer quelques syllabes simples, telles que Ba, jSe,5i, qu'ils devront imiter «le même et épcler; mais on aura toujours soin de

ne pas leur donner de nouvelles leçons qu'ils i sachent parfaitement les anciennes. Seulement , pour , ne pas les tenir trop long-temps et les fatiguer par F tette occupation , on l'interrompra pour leur a^j prendre de mémoire les prières et le catéchisme. Il faut ne leur faire répeter que trois ou quatre mot» 1 fois et souvent les interrompre, en faisant continuer le voisin, afin d'être sûr qu'ils sont tous "attentifs et qu'ils ne répètent pas machinalement' ce qu'ils viennent d'entendre. Cette instruction .élémentaire tient ordinairement trois mots au |JaB pour les enfans les moins întelligens.

La méthode d'écriresur du sable, qui fixe l'attention des enËins, les amuse et est d'une grande économie dans les écoles publiques , n'est pas une in- Tenlion du docteur Bell ; mais c'est lui qui en a &i| le premier l'application aux écoles européennes, il l'a trouvéeétablie de temps immémorial dans l'Inde. Pedro Je k Valle en parle souvent. Le Nouveau Testament nous représente notre Seigneur écrivant ' . avec son doigt sur le sable , lorsque les Pharisiens lui amènent la femme adulière.

Deuxième Classe.

Les enlàns étant arrivés à cette classe sachant toutes leurs lettres et la composition en syllabes , on leur mettra entre les mains des cartes contenant des syllabes de deu-xlettresseulement.qn'ilsdevrontépeler, et écrire avec un poinçon sur de petites ardoises

4euspciidacsàIcurcou(i}. f-'iiistmcleurles interroge sur chacun de ces monosyllabes; il demande, par ■ exemple , à l'un mi , et l'enlaiit doit l'écrire sur l'ardoise et l'épeler sitôt après. Comme les autres ne savent quelle est la syllabe qu'ils devront épeler à leur tour, ils seront toujours attentifs à celle que prononce leur voisin pourpouvoir suivre sans interruption. On continue encore quelquefois dans cette classe à faire tracer les lettres sur le sable , mais avec plus de soin et en s'attacliant davantage à les bien former, jusqu'à ce que les enfans soient en état de les tracer sur l'ardoise. Cette ardoise doit être environ de huit pouces de haut sur quatre de large , et contenir en haut un alphabet gravé en creux et permanent que les enfans ont ainsi toujours sous les yeux. XjCS leçons d'arithmétique se bornent eucore dans cette classe à la connaissance des chiffres, et à la composition de nombres au-dessous de cent , par la jonction de deux chiffres. Le point important est ici, comme dans la première classe , de ne pas laisser passer une syllabe que les enfans n'en connaissent parfaitement la forme et la prononciation.

L'ancienne méthode obligeait les enfans à épeler un mot quelconque , en commençant par les premières syllabes et répétant toujours celles qui précédaient en ajoutant les nouvelles , comme , par

(ODr, B.ctL.

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exemple, le mot syUabe, on disait s.y. l. syl. ta. la ■ sylla, be. be, syllabe ; ce qui perd un temps considérable , fatigue les enfans, les distrait et arrête plutôt leurs progrès (jue de les avancer. Le nouveau mode, au contraire, en donnant aux cnfans une parfaite connaissaJice de toutes les syllabes, fait que les mots ne sont plus pour eux qu'un composé de deux , de trois , de quatre syllabes qu'ils n'out besoin que de diviser pour les connaître et les e'peler sur-le-champ. Ils se trouvent savoir lire quand ils saventles syllabes, comme on sait danser lorsqu'on sait les pas. Ce sont les élémens des éle'mens et une marche proportionnée à l'intelligence des enfans el au degré d'attention dont ils sont susceplibles. Cette méthode permet de faire encore suivre l'écriture avec la lecture ; car il n'est pas plus dlllicile de tracer une syllabe dont on voit les lettres, que de la prononcer quand on la connaît.

Troisième Classe ■ Arrivé au point de bien connaître les syllabes de deux lettres , on fera apprendre aux enfans sur une troisième carte lessyllabes composées de Irois lettres, et on leur fera écrire sous la dictée les syllabes de la dernière classe, sans leur en laisser la carte; de façon qu'on puisse être toujours assuré qu'en apprenant une nouvelle leçon ils ne perdent pas l'ancienne de la mémoire. L'instructeur , après avoir dicté une syllabe , inspecte les ardoises de chacuit

,âës élèves, etyoitsil nes'y trouve point de fautes. Il commande alors d'eflacer les ardoises, et il dicte une autre leçon. 11 fait de même pour les chifiFres. Il fait observer que tous ces comiuandemens doivent, autant que possible , être exécutés simultanément et comme dans une troupe militaire ; cette précision évite la perte du temps et accoutume les enfans à l'ordre , à la ponctualité et à l'attention.

Quatrième Classe- Cette classe, connaissant déjà les syllabes de deux et trois lettres et les nombres composés jusqu'à cent, lira et étudiera les cartes qui comprennent les syllabes et les mots de quatre lettres. Elle écrira sous la dictée de l'instructeur les Syllabes et les mois appris dans la classe pre'cédeute. Elle joindra aux études ordinaires les réponses du catéchisme etierécitdes prières usitées dans toute Técole.

Cinquième Classe.

C'est à cette classe que commencera la lecture des mots qui sont considérés comme la somme de plusieurs syllabes, et ffue chaque élève doit prononcer lentement syllabe par syllabe , et épeler ensuite : on demande , je suppose, à un enfant le mot vertu, a répète lentementfer-/uetépelle v. e. r. t.u.; paternité , pa-ter-ni-té ; on voit que son ïnlelligence n'est pas troublée par l'inutile répélilion do la première sjllabe , et qu'il s'accoutume à décomposer

les mots sans être obligé de penser à autre chose. Il arrive pitu tût aa but et sans autant de peine. H en est de même pour l'écriture et la combinaison deschiffres que l'on étendra dans cette classe aux nom* bres au-deià de cent , et en commençant le calcul des fractions , mais en faisant toujours marcher de front la lecture, l'écriture et l'arithmétique.

Sixième Claase.

Cette classe doit se trouver assez avancée pour . lire dans les livres, lesquels peuvent consister dans ' quelque Abrégé de la Bible, dans des catéchismes f &ciles, quelque recueil des pensées tirées des ancieus et quelques contes moraux. On a composé à ^ cet usage en Angleterre un petit Ahrégé de la Bible . oii les principaux faits sent exposés simplement , ' sans addition inutile, et de manière à fournir des questions concises auxquelles les enfans s'habituent aisément à répondre. C'est dans cette classe que les enfans doivent apprendre à suspendre le sens suivant les virgules et les points , à (aire les additions et les soustractions sur lesardoises , et à commencer à écrire sur le papier (i). L'instructeur devra I surtout obser^'er toujours , lorsqu'il fera lire la

( I ) Far économie , on se ««ri âstm iine\q»ti icolc% en Angleterre At papier^arion verniué, qai iiipjiorle très-bien reocre^ et tut Irqucl ou edice arec un peu d'eau lout ce qa'oa ■ i^crit. C<Uc Bulbode ériie ane des plus grandci ài^eoMi des ietAet.

classe, d'interrompre fréquemment l'enfant qui lira, pour passer inopinément à un autre , et s'assurer ainsi que tous sont attenti& et suivent le fil de la leçon.

Je n'entrerai point dans de plus longs de'tails sur les procèdes connus de l'enseignement quise suivent dans les autres classes , cl qui peuvent s'étendre trèsloin, d'après le même système. Je n'expliquerai pas non plus la méthode, quoique trè.s-I>onne , de M. Lancaster, pour apprendre l'arithmétique, parce ■que j'estime qu'il en existe en France cl eu Allemagne plusieurs qui valent à peu près autant, et que l'on est pins habitué à enseigner. J'ajouterai seulement ici qu'autant je crois cette méthode en général bonne pour apprendre auK enfaiis toutes les règles «élémentaires, autant je crois qu'elle est in-sufllsante pour des études plus avancées. Quand on est par- Tenu à un certain degré de connaissance dans les lettres, c'est l'étude, le silence, l'attention qui font taire des progrès ; c'est le temps qui mûrit la pensée. Le mouvement continuel , l'exercice militaire.quipeuventconvenir aux premiers elémens des sciences comme au maniement dcRarmcK, ne sontplusqu'un obstacle au développement des idées. Cependant lus partisans de cette métliodc pour les études classiipes et les liautea muthémattques « répondent à cette ohjectioD une chose juste : c'est que rien n'cmpéclie de laifser les enf'ans étudier le twips convettable , et de donner aux répétitions la

forme que l'on croitla meilleure; mais toujours estil qu'en faisant professer les eofans , on évite la plus forte et presque la seule dépense des écoles, le local et les maîtres , et qu'alors la classe moyenne de la société peut acquérir toute entière et presque sans frais un degré ^d'instruction qui, jusqu'à présent , n'était en général le partage que des gens riches on aîsés. Cette considération est bien importante dans un tenipsoù beaucoup d'individus, ruinés par les événemens, sont forcés de renoncer à donner à leurs enfans l'éducation convenable à leur situation passée, et qui pourrait leur servir à se placer avantageusement. En effet, ce nesontpoïnt les grands seigneurs ni le bas peuple qui sont la base de la société ; c'est la classe moyenne , de laquelle sortent les jurisconsultes, les médecins, les instituteurs , les ecclésiastiques, et qui a par conséquent dans les mains la fortune, la santé , l'éducation, les secrets des familles. Plus il y aura de lumières et de vertus dans celte classe, plus tous les intérêts sociaux seront assurés. Il existe à Edimbourg un collège où l'on apprend le latin , le grec , ' l'histoire et les hautes mathématiques par cette méthode ; et le succès parait être complet. Il vient d'en être établi un également à Londres, d'après le même principe, sousla direction de M. Matheson. U est de deux cent cinquante enfans, et l'instruction, y compris tous les livres, ne revient qu'à unschelling par semaine , ou environ deux guînées par an. Ces

dépenses seraient diminuées de moitié y si le profes* seur réunissait cinq cents élèves que son local peut contenir. IlFy a eu dernièrement un examen pu* blic, et l'on a été étonné du degré d'instruction de ces enfans ^ et surtout de Fég^té das progrès parmi eux.

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