I CHAPITRE XI
î DES RÉCOMPENSES ET PUNITIONS.
CI^.iI^TEs et espérances, peinesetplaisîrs, puni- [lions et recompenses, tels sont les grands mobiles (jui Tagitent les hommes enfans, et les enfans hommes dans cette courte vîe.D'atord soumis à nos paréos, ' et à DOS instituteurs, nous passons après dans les t mains de la destinée , qui souvent en aveugle détruit I. le bien , ou répare le mal que nous a fait l'éducation ; dn moins ne sommes-nousjamais aussi maîtres d'elle qu'on l'a été de nouspendant nos premières années. L'enfance est le temps de la vie le plus positif, et celui qui pouri'ait être le plus heureux, si ceuxà qui il est conGé savaient ou voulaient rempliravec sollicitude les fonctions dont ils se sont chargés. Il faudrait pour cela qu'ils s'attachassent moins à punir les fautesqu'à les prévenir, moins à réprimer le mal " qu'à encourager au bien , moins à exiger des enfans , «ne étude opiniâtre qu'à la rendre facile et agréable; ^ ■et c'est ce que le nouveau mode d'éducation semble il porter avec lui. En effet, l'extrême surveillance qui ■l'a lieu à tout moment éloigne l'occasion et détourne lïa volonté de mal faire; chaque enfant a près de lui l'son guide , son mentor, ou bien i4 est mentor luiême, ce qui l'élève trop à ses yeux pour lui per-
m re de s'oublier. (Dommentse montrerait-il répre-
,Iiensihle lorsqu'on lui a conlîe le droit de repriman-
Lder? Cette surveillance particulière est soutenue par
L la surveillance d'un instructeur sur un petit nombce
Jd'enfans , et d'un inspecteur sur toute l'écoïe. I^es
L enfans sont en quelque sorte enchaînés l'un dans
i l'autre , et participent tous de la dépendance et de
([.l'autorité. La discipline leur devient moins pénilde
h par le genre d'individus qui l'exercent, la science
f moins austère par la manière dont elle est enseignée.
Comme il y a cependant des degrés dans le bien
i jet dans le mal , il a fallu stipuler des récompenses
L jetdespunitionsjlespremlèresconsistentdansl'avan-
^ cernent à des classes supérieures , dans la nomina-
, lion à l'emploi d'instructeur, de surveillant, et dans
I certaines rétributions en argent, qui sont bien faibles
8ans doute, mais qui sont proportionnées à l'âge et
,,à la situation deces pauvres enfans. L'éducation qui
\ ..est ordinairement un si grand (ardeau pour les pa-
rens , et un si grand chagrin pour les enfans, est ici
-une jouissance pour tous les deux : aux parens elle
procure une ressource â venir dans les services que
' peuvent leur rendre leurs enfans; et aux enfans,
, elle commence déjà à enètreiuie, lorsqu'ils savent
.la mériter. Ces gratifications sont prises sur le fonds
.général de l'étude, auquel on ajoute toutes les petites
^ rctribbtions qu^ produisent les dons des étrangers
qui visitent l'établissement , des propriétaires rïche^
, deseuviroiisi^uilesouticDiifnt. Souvent oacoQvertil
ces sommes en achat de livres qu'on donne à certain jour de l'anae'e aux enfans les plus sages , et qu'ils vont porter dans leurs familles. Les lectures qu'ils eji font les confirment dans leursbons sentimens, et influentsouventsurceuxqui les approchent. On tient de plus un livre où sont inscrits les enl^ns qui se sont le mieux conduits , et dojit les noms sont Jus à un certain jour de l'aone'e. A l'école de Liverpool on a établi un autre usage également avantageux ;■ les enfans qui , pendant !e cours de leurs études > se sont distingués, sont nommés à «ne classe de mérite, et, après leurs études, on leur donne un certîlicat qui leur est utile pour tous les emplois qu'ils peuvent solliciter -par la suite.
Quant anx punitions , elles consisteront la plupart à perdre son-rang , à passer dans une classe inférieure , à rester sur un banc particulier après la classe lorsque les autres enfans retournent chez eux, à porter au front un ruban ou un papier , sur lequel est écrit la faute commise. Ces punitions ont lieu pour les fautes légères, telles que de venir tard à lia classe , de s y présenter sale , de tenir de mauvais propos , d'èlre inattentif, paresseux ou raisonneur; niais,siles fautes sontd'unenature plus grave, comme de mentir , de voler, de blasphémer, de frapper ses -camarades, de répliquer insolemment aux instructeurs, les enfans seront portés sur ce qu'on appelle le livre noir,c^i contient les offenses graves, sujettes .à des punitions exemplaires , telles que d'être mis en
Hfl
pneon pendant l'intefTalle des études, d'être n
publiquement comme un sn jet malinlentioiiDei^ eafind'ètreenclasde l'école. Ces diflërentes punitions, auxquelles il est rare qu'un enfant s'expose, ne scHit point laissées à l'arbitraire des instructeurs, ni même à la décision du maître d'école. Toutes les semaîoes il doit être établi un jury d'enfans composé de tons les surveillans , des instructeurs , et d'un certain nombre d'élèves choisis par ces derniers dans leurt classes respectives. Ce jury s'assemble sous la présidence du maître d'école , et , s'il est possible , en présencede quelques propriétaires protecteurs de l'éta- , blisseraent ; il procède dans les mêmes formes que les | jurjs auprès des tribunaux. L'enfant coupable est conduit devant lui ; on lit les faits à sa charge , il se ' défend.; les entans qui ont des motifs pour l'excuser, prcnnentia parole;on vaeusuite auxvoix;le maître les recueille en commençant par un des côtés du cercle , et prononce la décision de la majorité. L'expérience a prouvé que les enfans apportent danscette fonction une justice et une raison que l'on ne pourrait pas rencontrer plus exemplaire dans les homme^ âgés,* ils acquièrent pailla une idée de la dignité d'eux-mêmes, qui contribue beaucoup à élever leurs ;, sentimens.
Cette juridiction qui leur est ainsi confiée, éloigne tout-à-fait un des plus grands vices de l'éducation publique , et même de l'éducation particulière, Xhabitudâ de m«ottr pour cacher ses Taules ou
celles de ses camarades. Il semble quele précepteur soit un individu d'une autre nature, contre lequel il faut se réunir, se défendre, et qui ne cherche que l'occasion et le moment de punir. De là cette dîssir mulation si générale dans Ije^fance , cette coalition des enfans entre eux , cette KAeUté à ne pas se trahir, qui , sans doute , est bonne sous certains rapports , mais qui , poussie à l'excès, dégénère en sédition , en esprit vicieus et démocratique, e» tendance ré- Tolutionuaire, qui étouffe dans leur principe les sentimeos doux et vertueux. Sî le grand avantage de l'éducation publique est de présenter une image de la société , de commencer les rapports que les hommes ont entre eux , et de détruire les dispositions à l'orgueil que l'on contracte dans les éducations particulières , il faut, pour que cet avantage soit com- ,pJet , que l'image réelle de la sc^iété s'y retrouve j et on ne l'y voit que bien imparfaitement dans une réuniond'individus soumise à l'autorité absolue d'ua seul , sans aucun intei médiaire , sans aiyun anneau B la chaîne. Si, au contraire, dans ce nombre des obéissans, quelques-uns parviennent à de certains échelons du pouvoir, les autres apprennent alors à respecter les deux véritables titres daus le monde à l'autorité, l'âge et le mérite. C'est ainsi que se compose un régiment , une administration , un gouvernement. La possibilité d'être admis à l'exercice de la puissance en diminue le poids; le désir d'y narvenir excite le zèle ; la âur^'eillance facile de
celui qui l'exerce .prévient la faute , ou détourne (le la commettre. Ce croisement d'intérêts divers I dans cette petite société , si semblable à la grande, I détruit la tendance à la haine et à la révolte contré les supérieurs qui règne dans presque tous les colléges ; et il est aussi rare de trouver dans les écoles de Bell et de Lancaster un mnitre d'école qui soit haï , qu'il est rare d'en trouver uR dans les autres collèges qui soit aimé. D'ailleurs,. le nombre d'enfans que le maître doit surveiller dans les collèges, est trop considérable pour qu'il puisse distribuer avec justice les peines et les récompenses, et rien ne révolte autant les enfans, ainsi que les hommes, que le défaut de justice dans cette distribution.
Il ne faut pas croire cependant qne celte police des cnfâns entre eux , en fasse des délateurs ou des tyrans les uns envçj-s les autres. Il n'existe nulle pari autant d'union : maîtres et élèves se confondent dans leurs jeux, sans passion ou sans ressentiment , et, aussitôt ap^s la classe , ils ne semblent plus se rap- . peler delà situation respective qu'ils y occupaient, ,En effet , qu'auraient-ils besoin de se dénoncer? ib se voient ; de se soustraire à l'autorité ? ils se gou- ^vernent ; de s'aider ou de se nuire ? ils se jugent. Ce ne sont point des élèves tremblans sous la férule d'un maître , mais des concurrens occupés à devancer leurs rivaux. Le travail est pour eux im jeu , 1» Science une lutte, l'autorité une récompense.