CHAPITRE XllL
l^ipPLICATlON DE LA MÉTHODE PROPOSÉE A L'ÉDUCATJIOPI GÉNÈKALE DES EiVFANS PA U- ''VRES en EUROPE.,
On a vu dans les chapitres précédens lus détails Ae la méthode adoptée en Angleterre. On a pu juger combien elle étail facile , prompte et économique. Les seules dépenses qu'elle entraîne consistent dans l'instruction d'un certain nombre d'enfans maîtres d'école , qui puissent aller partout fonder de semblables établlsscmens. Une fois l'institution en actîarlté, son entretien est si peu considérable , que la ■aoindre souscription volontaire ou une légère contribution annuelle des paren.'i suffirait pour la soutenir. A Londres même, oii l'école centrale compte , parmi ses dépenses l'instruction des maîtres et maîtresses d'école pour les provinces, toute l'éducatlnn annuelle d'un enfant ne revient pas aux pareui ou ^ux souscripteurs à plus de cinq schellingsou sïx l\:
e France ; et , en raison de la différence du prix de Sput , elle ne reviendrait pas à un petit écu dans |C6 autres pays.
Les premiers fonds ont été fournis par des sous-
çiptions volontaires , ainsi que pour tes établisse-
bens de tout gem'e; et ce n'est pas une des choses
les moins meiveilleuses de l'Angleterre , que ces dons gratuits simultiplies, lo^'squ'il existe en outre un impôt eu iaycur des pauvres qui s'élève à plus de i4o millions de France par an, impôt qu'on peut regarder éf^alement comme volontaire , puisqu'il est voté lil>remcnt par les représentans de la nation , et qu'il n'en entre pas un sou dansles coffres de l'état. 11 serait trop long et hors de mon sujet d'entrer ici dans le détail des associations particulières qui s'occupent d'œuvres de charité , telles que les sociétés pour la suppression du vice , pour la guérison de la fièvre , pour la propagation de la vaccine, pour la distribution de la Bible, pour améliorer la condition des pauvres, pour le soutien des étrangère dans le malheur, des orphelins , des som"ds et muets , des femmes en couche , etc. , etc.
Ces fondations, répétées dans toute l'étendue dflt trois royaumes , attestent le bon usage que les Anglais font de leurs richesses et de leur temps : el qu'on ne dise pas que c'est à l'orgueil seul qu'on
I doit tant de bienfaits ; une grande partie de ces dons est le produit de charités anonymes (i), dont les généreux auteurs perdent à la fois le mériltt et
' la reconnaissance ; d'ailleurs , quand il en serait autrement , béni soit l'orgueil qui produit de pareik effets ! gloire au vice qui engendre tant de vertus !
(i) Voyez la noie A à la fin de ce volume.
Cette réunion pour les intérêts sociaux, cette achtion de la communauté, est peu connue dans le reste ■'de l'Europe ; elle avait lieu dans les pays d'états eu France, et produisait de bons efïéts; ou en sentia '•encore tous les avantages, si le système représentatif, qui en est la source , ainsi que de toule amélioration sociale, parvient enfin à se naturaliser parmi BOUS. En attendant, c'est presque partout le gouvernement seul qui peut prendre l'initiative dans les grandes entreprises; et je ne sais même pas si , dans lese'tatsmouarchiques, une administration centrale n'est pas préférable du moins pour une partie des travaux. C'est à ce principe que nous devons les magnifiques routes qui traversent en ligne droite toute la France , tandis qu'elles eussent été tourmentées en mille contours parles intérêts municipaux; il en est de même des quais, des canaux, des desséchemens. Aujourd'hui, pour rétablissement de la méthode d'éducation proposée , il serait à désirer que les Gouvernemens en fissent sur-îe-champ les premiers frais ; ils pourraient en conlier l'exéculiou aux administrations deshospices , qui sont presque partout dirigées par des hommes sages et zélés pour - ^ le bien,
La première et presque la seule dépense , consisterait à l'aire venir de Londres deux instiluteure tarlant la langue du pays et qui connussent bien Bïa méthode nouvelle, ou, ce qui serait préférable |jencore , y envoyer un certain uomhre de jeunes
gens qui l'apprendraient et l'introduiraient au bout de six mois dans une école (i), ou un hospice quelconque de charité ; cette dépense peut s'évaluera 1 0,000 (rancs environ. Pendant ce temps on prépa- ;rerait deux grandes salles pouvaat chacune contenir mille eni'ans , l'une destinée aux garçons , et l'autre aux filles. J'estime que l'achat des bancs, la peinture, le poêle et les autres petites dépenses coûteraient de même pour cliacune des salles jo,ooo francs; qu'il en coulerait une somme à peu près égale pour l'acquisition première du fonds de livres, cartes, ardoises, papier, encre , ce qui fait entent 40,000 fi-ancs.
Les dépenses annuelles coûteraient , pour l'école des garçons, ainsi qu'il suit :
Un maître d'école 'gagé 3, 000 fr.
Bois pour l'hiver 5oo
Renouvellement des cartes et livres. . 5oo Récompenses des élèves instructeurs. 600
Faux frais 4^0
(i) Plusieurs iwrsoancs Audiiiiit en Angleterre la mdlliode et sonl Aé\k en ëlat de l'ca&eigner. On disliiigiie dans ce nombre M. Martin de Bordeaux , et M. MorauJ , d'une familte irUndain fui) lie en Eipagnc.
Pour i'e'cole des filles :
Maîtresse d'école 2,4ot
Bois pour l'hiver 5oo
Renouvellement des cartes et livres. . 5oo Re'compeiises des élèves sui-veillaiites. 600 Renouvcjleraentdesaiguilles, fils, chiffons Coo
Faux irais 4*"*
5,000 J'ai mis toutes ces dépenses au plus haut; car, l'école une fois établie, on aurait un maître d'école pris pamiî les enfarls airivés à un certain âge, pour la ou i5oo francs, ainsi qu'une maltresse d'école. II est des pays où il n'en coûtera pas la moitié de la somme indiquée pour toutes les dépenses.
, Ces deux établissemens pourraient fournir chacun , au bout de quatre ans , le dixième de leurs élèves, pour être envoyés dans les provinces organiser chacun une école à riraitatïou de celle de la capitale. On sait par l'expérience, en Angleterre, qu'un enfant instructeur monte parfaitement une école de deux cent cinquante à trois cents élèves en quatre mois, et souvent en moins. Enne calculant que deux cents en^ns en quatre mois pour chacun, et en n'envoyant que le vin^liènit: des élèves de l'école centrale , c'est-à-dire , cinquante garçons ■et cinquante filles , cela produirait par an l'orga- Inisation d'écoles pour soixante mille eu faijs. Mais
celte progression serait bien plus rapide une " que les ccolcs des provinces seraient établies, et '■ qu'elles pourraient fournir elles-mêmes dans d'autres "/ subdivisions, ce qui aurait lieu également au Iwut (le quaire ans, à dater de la première fondation; en un mot, on voit qu'avec une somme de 40,000 fr. une fois payée, et celle de 10,000 fr. accordée pendant quelques années, la génération toute entière des pauvres pouiTait être élevée partout en douze ["ans, et qu'il n'existerait nulle part un seul individa I intérieur à un autre, dans les élémens importans ' de l'instruction , et qui ne pût faire un cbrctieu éclairé, un ouvrier intelligent, un homme vertueux. Quel plus grand et meilleur présent à faire à , Pélatj dit Cicéron, (jue d'élever et d'instruire la feunesae , surtout dans ces temps malheureux où les , mœurs ont tant sfiujferll C'est à les corriger par' t instruction que nous devons employer nos effoHs. Yn efl'et , c'est l'éducation dans les classes inférieures de la société qui manque à l'état actuel de la civi- , lisatioudans le monde. I-es classes moyennes ont r Élit partout des progi'ès considérables vers les hit mières, la richesse et l'indépendance; le peuple est [resté seul penché vers la terre, luttant contre les ' hcsoîns et osant à peine (ixer la voûte des cieux, <:œhim<]ue tueri. H attend que les hommes éclairés et puissans lui tendent une main secourable et le sortent des liens de l'enfance, ou des entraves des préJDgvcÛe grands efiqrts ont été déjà faits; maî^^
*quan(l 11 faut deseffoits, les progrés sont lents. L'institution britannique a l'avantage de ne présenter qu'une méthode à introduire , et non des sacrifices à «KÏger.
En jetant un coup d'œil sur Te'tat actuel de l'édu- Ifcation des pauvres chez les differens peuples, nous indiquerons quelques moyffns de la perfectionne!" d'après ce principe.
L'Angleterre se présente d'abord comme le pays qui, dans ses étroites limites, renferme peut-être plus de sagesse et de bien-être que dans le reste du monde; mais il ne m'est pas prouvé que le bas peuple soit ni plus heureux, ni plus instruit qu'ailleurs. On pouri'aît même croire qu'il l'est moins dans fes rilles, par les aumônes prodigieuses qu'on est obligé le lui faire , et par le nombre de vols qut se conimetent encore , malgré ces aumônes. Plusieurs caases , Ju'll serait trop long d'éuumcrer, me paraissent Sontribuer à ce uisi. La plus forte appartient à la nature mêmtt d'un grand étal manufacturier dont les produits doivent être vendus hors de son territoire. Q se compose alors une classe considérabk de gens subordonnés pour leur existence à des calculs incertains. Une guerre, un eucombrenieiit, une spéculaion fausse, une concurrence maladroite, produisent les maux que cause ailleurs la grêle ou la gelée, et
Eu-delà sans doute ; car les hommes sont plus capriieux que les saisons, et moins prodigues que la nature. Lorsque les pauvres liabitans de l'Auvergne
oa Je la Calice descendent chaque niontafjiies pour faire la récolte, li
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uns dans ieft plaines de la Bcauce , les autres dans les Costillesj ils sont sûrs de trouver à époque fixe l'emploi df leurs bras. Les peuples des pays de petite cultuK Ir sont encore phis; maïs une seule banqueroute à Birmingham ou a Manchester enlève souvent cinq cents individus à l'industrie , et les abandonne à la cbarité. On remarque que les ouvriers sont moins prévoyans que les laboureurs , et moins prépares k supporter des secousses imprévues. De là cette foule de vols et de crimes qui se commettent en plus grand nombre dans trois mois à Manchester que dans toute l'Ecosse pendant l'année. Ce n'est donc point, je pense, uniquement au manque d'éducation , ainsi que le croient les hommes instruits en Angleterre, qu'il faut attribuer les désordres dans les classes inférieures. C'est en général dans les besoins qu'il faut chercher les vices; mais, si le manqui; d'éducation n'en est pas la seule cause , toujours est* livrai que l'éducation en est le seul remède. C'est elle qui apprend l'ordre, la prévoyance, la sagessr pour l'habitude de la vie, et qui prépare à la résignation et à la vertu pour les circonstances malheureuses. Cette vérité est bien reconnue en Angleterre. Son imporlance a fixé l'attention générale , et l'édneation est aujourd'hui à la mode, comme l'ont été la ■vaccine, les mérinos, l'abolition de la traite. On ne domestit
-écrire. Partout on fonde des e'coles ; et si ce mouiTrement d'idées se continue , en même temps que .celui des capitaux comme il a lieu aujourd'hui , ^'Angleterre, dans vingt ans, présentera un phénoniène de civilisation, de puissance, de vertu et de , richesse, au-ilelà de ce dont on aurait cru les hommes capables. Si elle peut ajouter à cela de rester en paix quelque temps , et de n'entraîner les peuples qu'à être vertueux à son exemple , je ne sais de quelle expression la postérité pourra se servir pour écrire Bon histoire.
Voisins de l' Anfjletcrre par leur position , quoique bien éloignés d'elle en puissance , la Hollande , le Danemarck, la Suède, lui ressemblent en quelque L sorte par les mœurs , la religion et les liabitudcs. Là aussi on admire l'opiniâtreté dans Je travail , labor improbus. Le commerce occupe la plus grande parlie des classes inférieures , développe leurs facultés et éloigne d'elles le désir ou l'affreux besoin de voler. Des institutions sages ont déjà beaucoup avancé les connaissances utiles ; mais la passion de l'argent et l'insouciance de la vie aventureuse dans les peuples commerçans ont besoin d'être contenues par une éducation soignée. Le matelot Iiollandaîs, qui jadis marchait sur le crucifix au Japon , et qui se console encore de vingt naufrages dans quelques jours de débauche, ne serait pas trop bon pour élever ses enfans , s'il e'tait seul chaîné de ce soin. L'institution anglaise, qui diminue les dépenses et étend le bien-
£ait de l'éducation, serait particulièrement aval geuse dans ces pays où l'ccriturc et les opération calcul sont plus nécessaire» qu'ailleurs. Un Dano9 M. l'eldliorg , dont nous avons déjà parlé , et q étudié cette méthode avec soin, se propose de t troduirc dans le nord, ctde publier incessammeotl ouvrage sur ce sujet. Il est vraisemblable quel Daneraarck , qui a adopté le premier l'unité de poids et de mesures , et qui est à l'aflùt de toutes les connaissances utiles , ne négligera pas celle-ci , et la fera connaître daus les pays lointains ou il a des établiseemcns.
Des mœurs simples , un caractère franc et loyal , "flistinguentlespeuplesde l'Allemagne; et, si l'antique bonne foi , priscajîdea , die alte IVechtschajJ'enheit, venait à se perdre dans le monde , c'est sans doute dans ce pays qu'elle se retrouverait. A oes qualités anciennes se joint , depuis environ trente ans , une grande amélioration dans l'agriculture et les autres branches de l'industrie ; malheureusement les lamicres n'y sontpas'aussi communes que les vertus et que les richesses. Le peuple y est encore gros- «er , lourd, ignorant. Il se plaît dans une sorte de
idesse qu'il croit être du caractère; il prend pour de la faiblesse les mœurs douces et les manières polies. Beaucoup de pays ne fournissent même pas le nombre d'hommes sachant lire et écrire suffisant pour reniplir les fonctions où cette connaissance est uécessaire. C'est c« qui iiùt qu'une partie des bas-*.
ofiiciers dans les vogimens d'infanterie aiitricliienne est prise dans le Paiatinat et les villes de l'empire. JLe roi de Prusse actuel fut obligé, à son avènement an Irôiie , de rendre une ordonnance pour faire baptiser les enfans. Joseph II , dont le génie avait
l'devancé son siècle , et surtout son pays , sentait ces ïncoiivériiens, et avait conçu un système général d'éducation publique; mais ce prince fut toujours malheureux dans le bien et par le bien qu'il voulut feire. Effrayant les pri'ju'fés par les innovations , la Superstition par la tolcrance , il fut presque regardé comme un tyran pour avoir été trop philosophe. Il vit avec douleur combien il est difficile de faire te tonlieur des hommes malgré eux , et de les rendre libres lorsque l'ignorance les retient esclaves .Vingt ans après sa mort, son noble élève , l'empereur ac-
•xuel , en suivant avec courage ses institutions, en a ■recueilli tout le fruit. Les anciens ulablissemens d'éducation ont déjà produit beaucoup de bien , et ils en produiront davantage lorsqu'on pourra les multiplier , par la diminution des dépenses. La noblesse, dans toute l'Allemagne , est bien disposée à seconder desemblablesell'orts. Uuegrande partie des travaux publics iniportans est due à cette classe d'hommes puissante et sage. La coutume de faire va- .'ioîr les terres sans les affermer , qui a lieu partout , peuplelescampagnesd'intendans, pris parmi lesgens 'de lettresou les hommes deloi qui seraient excellens 'pour organiser partout des écoles. Us ont le tempf
ci la capacité suftlsante pour le faire très-promple* nient et avec très-peu de dépense , si l'on veut leg y encourager.
Ce succès ne serait pas aussi facile dans un pajra ; Toisin , en Pologne , où le peuple est encore daof Lune sorte d'abrutissement diDlcile à changer. Les \ ^Ifs y possèdent seuls tout le commerce , l'indiu* I trie, les capitaux; et le paysan , séparé des autres ' classes parcelle race étrangère, arrêté dans ses progrès , n'a plus de la société que les charges, de l'humanité que les besoins , de la vie que les privations. Qui pourra le tirer de cet état honteux , si ce n'est l'éducation , si ce n'est la connaissance des arts utiles ? Elles seules lui donneront des sentimens élevés , et le moyen de s'affranchir de ces intermédiaires avides , qui flattent ses sens pour l'asservir , et profitent de ses faiblesses pour aggraver sa misère; Le royaume de Sobieski mérite d'autres sujeLs; une noblesse fière , courageuse , spirituelle , des femmes aimables ne suffisent point à la considération d'un '• état , lorsque le reste de la nation mérite à peine le I nom d'hommes; et le voyageur entre avec tristesse l'.daiis les palais, lorsqu'il est obligé de détourner sa ' p vue des chaumières.
Un grand empire fixe dans ce moment tous les
f regards. Son étendue iâisait autrefois douter de sa
biorce. Sa force aujourd'hui fait connaître le danger
tdesonétendue. Comme Jlercule, il commenceàson
Krceaa des travaux gigantesques ; à peine ses soa- ^
crains otit-iUprts 1« titre de monarques de r£uro- ►e, qu'ils sont devenus les arbitres do ses destinées; 1 peine sail-on s'il y a des villes au pied du Caulasc , que la laiiee du Cosaque a été plantée dans les ardins de Louis XIV. Des provinces dont on Ignore t» frontières, dont les noms seuls paraissent sur nos artes, se peuplent avec unerapidité extraordinaire. Ces désorts se remplissent d'hommes robustes., idroiii, paliens, fidèles. Le Russe devance l'industrie par son intelligence; il fait lui-mi^nie ses v^tetïicns, sa maison , sa cliarrue ; il fait mt^me sa mpïale ; car , éloîj»né des instructions , il n'a souvent pour guide de sa vie que les traditions conservées dans sa cabane avec le souvenir de ses pères. Que ces peuples sortis ainsi de la ten'c par encliantclïieut , coninie les soldats de Cadmus, présenle- (aicrit un beau spectacle, si la religion et la morale guidaient lenr enfance, si la fougue des passions primitives cédait à l'empire plus doux des liabiludes sociales, des institutions européennes! Cette conïjucte sur l'ignorance vaudrait bien pour eux d'autres agrandlssemeris, et coi'iteralt h leur souverain moins de peine. Elle est digne d'un guerrier ami les hommes, d'un monarque sans préjugé, qnîs'est ^ujours montré aussi sensible ù l'honunage des nommes instruits et aux bénédictions du pauvre, ^e fier des arclamalions d'une .irmée.
Sous un climat pins doux , des peuples plus heureux possèdent tout ce qu'il faut pour jouir, ut sa-
vent tout ce qu'il est utile de conoallre. Les Italiens n'ont rien à demander à la nature, et peu de chose à attendre de l'industrie. Le matelot vénitien, les ' paysannes des bords de l'Arno chantent en chœur Jes vers du Tasse et de l'Arioste. La lyre rèj^netou- [7 jours sur la patrie de Vir{>ilect d'Horace; elle adoucît les mœurs et endort les passions chez ces dcs- Lceadans des maîtres du monde; mais elle éteint r- peut-être aussi les sentîmens énergiques de leurs [ pères. La mollesse est l'extrême de la barbarie^ et ' U est despfuples à qui on voudrait donner de l'orgueil , comme aux autres ôter de la rudesse. L'éducation a cela de merveilleux, qu'elle forme à la dignité comme à la douceur, qu'elle apprend U noblesse ainsi que la bonté. C'est un niveau heureux de raison il de vertu , un diapason de sons harmonieux , un moule de forme pure, qui convient ï toutes les dispOMtions. Il ne faut pas crffire cepen- ■ dant que le bas peuple en Italie soit partout iiistruJl et policé :il est des provinces entières, telles que les Abruzzes, le Brescîan, une partie du Piémont etdu fevei-s des Apennins , où il est encore ignorant et ' .sauvage. Le paysan calahrois, qui assassine les voya- Lgcurs, ne rappelle pas beaucoup le voluptueux Sïf ibarite ou lc€isciple de Pythagore , et les muses de [ Sicile , Sicelides miisœ , n'inspirent plus les bergers 1 de Théocrîte. Un mode d'instruction générale selirait donc d'un grand avantage, dans ces provinces, [ Il y serait facilement introduit par la quautiti
d'hommes instruits et désœuvrés qui les ll^biteI1^ , çt les faâlimens des couveus supprimes pourraient ^re consacres à cet usage.
Qui croirait que le upan espagnol , séparé longtemps de la civilisatiOTçar les préjugés , et de ses pom patriotes nicmc par le défaut de communica- Jjon , est peut-être plus distingué qu'aucun autre individu de sa classe eu Europe? Des manières élégantes, un esprit fin, un Jangage pur , une sorte de fierté naturelle, lui donnent presque partout l'air .d'être né dans une autre condition. 11 ne manque Bitume pas d'instruction ; le voisinage des couvens procure aux enfans la facilité d'apprendre à lire et à écrire , et d'être instruits dans les connaissances , élémentaires. I,es moines, après le service de l'église , s'occupent de ce soin dans les maisons on ils . nt des relations. De pauvres étudians parcourent aussi les campagnes , tenant sous leur bras une guitare, et portant dans leurs poches des exemples d'écriture et d'arithmétique préparés; ils s'arrêtent partout où ils trouvent à vivre doucement, en ensei- ■ giiaut le matin les enfans , et en amusant le soir les familles. Ces nouveaux Apollbns, ces Orphées de Salamanque , en manteau noir, seraient excellens pour dii'iger une instruction populaire, et fonder partout en Espagneja métliode nouvelle.
Nous n'avons pu que jeter un coup d'œîl sur ^l'état de l'inslruclion du bas peuple en Europe ; ,e«st aux hommes instrullâ et blenfaisans des dïffc-
rens pays à iaUOEluire les aiuélioratious qu'ils d ront possibles , et à profiter du mode d'cnseis r meut t{iie nous venons d'indiquer, s'ils le trouvent avantageux. Eux seuls eo^U les mojeus , et doi- ' Tent eu avoir le mérite ; on soins , notre zcle , nos ■ efïbrls apparticoneut à la France, à la France qui ^ réunit aujourd'hui tous ses enlâns dout un souve- ^ rain s'est déclaré le père (ij. Quelle heureuse ép<^- [que pour tout cbangement utile! Quel augure [ lavorable pour des entreprises bienfaisaotes !
Vingt ans de malheurs et de gloire se sont écoules • dans notre belle patrie , pendant lesquels chacun , trop occupé à réparer un mal constant , ou à jouir d'un bien momentané, n'a pu s'occuper du bonheur général. La charité est une sLÎence et un plaisir du bien-être, qui nepeuvent s'étudier danslc trouve ni se satisfaire dans la pauvreté ; et parmi les maux que produisent les révolutions, un des plus tristes sans doute est celui de priver d'être bon, L insouciance et l'égoïsme se parent alors des couleurs de la nécessité , et l'honnête homme souffre à la fois da bien qu'il ne peut plus lâire et de celui qu'on ne ■'•(ait pas à sa place. C'est alors que l'enfance et la vieillesse, ces temps d'infirmités de la \'ie, sont^an-
(i) Lors({i)f rinstilul fut |jrt';cmp
e la plus alTerliie
i Je leçui de U
n d» ineinbre.1 , en se relirait.
loal huit , vt amel di<:i patrr atque priiwepi. Pater,
Roi,
e de btfnlii.
données à elles-mêmes , sans soutien , s&ns secours'; et ceux qui faisaient la consulatioii dekura familles, en (levieiiueiit le fardeau. Le vieillard ccpeudatit est moins à plaindre: il lui faut si peu decliosepuur L^teîndru le termede ses maux ! L'aspect d'une nature ■•ncore riante , au milieu des fureurs des hommes , 'le souvenir du passe , les caresses d'un en&nt , quelque faible nourriture , lui sullisent ; mais la jeunesse qui voit devant elle un avenir immense , l'entant qui s'élève parmi les ruines , sans guide et sans instruction, quedevicndra-t-il? et que deviendra la génération où il porte ainsi l'absence de tout principe et de toute vertu? Tel était l'état de la IVaiice', au moment où les institutions ont été abolies, et, si ies maux que cause l'îgnorauce n'ont point été plus marqués, c'est qu'un mal plus terrible qu'elle est venu en arrêter les effets. La giien-e a, depuis vingt |«D3, dévoré toutes ces générations abandonnées à ■jnes tire qu'elles s'élevaient, et les campagnes ont oui du calme horrible qu'elles iic devaient peut- Ifetre qu'^ l'absence de leurs Itabitans. Le peu d'in- Mividus échappés à ces désastres, et qui ont regagné 1 toit de leurs pères, arrivent couverts de bitsures cl épuisés de fatigue. Ils suspendent près de leurs foyers leurs armes elles signes de leur gloiie ; rmais ils conservent sous leurs nouveaux vêteinens kiin cœur fier et le souvenir de leure travaux. Cts I hommes se distinguent par des mceurs ditrércntcs ; [.ils semblent se trouver à l'éti-oit daiis la vie tran-
quille ; ils sont îndifferens aux petits intérêts qui les - eussfnt jadis occupés. La carrière des camps et aussi un genre d'éducation qui ne manque pas d'idées justes et surtout de nobles sentimens , maij qui laisse dans la tète trop de vague et d'aventureDx pour l'horizon d'un village. Ceux qu'elle rend à h société sont surtout de mauvais instituteurs pour une jeunesse destinée à des temps plus doux, à des habitudes plussociales, Ji moins que le désir de Ii gloire ne soit tempéré en elle par des préceptes de vertu , par les connaissances utiles ; et qui poum re'pandre un pareil bienfait? si ce n'est l'éducation: L'éducation gui seule , dit Plularque , fait parvenir <î la vertu et au bonheur.
Il existait autrefois en France un corps utile pat ses richesses , ses lumières , ses vertus , je dirai , sxoy tout par le temps, dont il disposait en favt'ui-del œuvres de charité de tout genre : le clergé ( à J'oiceptioud'unpetit nombre d'individus d'une conduitt équivoque et des moines qui perdaient leur temps), le clergé se consacrait tout entier à l'inslruction de ia jeunesse. Les grands corps enseignans réunissaient la haute et la moyenne classe de la société) [les curés se chargeaient de la classe inférieure, et ces ministres à la fois des aumônes , des préceptes "et des consolations , rendaient les riches généreux, les malheureux conlens , et Tonnaient de tous des hommes éclairés. Ils ont disparu dans le grand naufmge f leuïB propriétés ont été englouties avec eux,
ft il serait aussi difficile aujourd'hui de les rétablir ; iqu'il a été sans doute pénible de les perdre. Ceux-là 'Znême dont le départ a laissé le plus de regrets , seraient ceux dont le retour serait le plus à charge , [■ce qu'ils arriveraient avec plus de réclamations. M temps , de nouvelles fondations , un nouveau aèle , les rendront peut-être à la société; mais sï une institution bienfaisante qu'ils eussent adoptée, peut, en attendant, suppléer à leur ministère et seconder même un jour leurs travaux, n'est-ce pas un bienfait de la Providence que l'on doit saisir avec empressement ? Qu'importe sous quelle forme se présentent la religion , la vertu, la science ! leurs lumières ne brillent-elles pas toujours du même éclat? Jadis ce furent les vieillards qui portèrent la parole de Dieu chez les peuples sauvages et dans le palais des empereurs; aujourd'hui ce sont les enfans qui seront les mîfeaiounaîres de la morale et de la vérité. Honneur à l'âge de l'innocence qui peut remplacer celui de la sagesse pour le bonheur des hommes !
On a vu plus haut quelle faible dépense coûterait l'établissement, dans la capitale, d'mieécble centrale destinée à servir de séminaire pour toutes celles du royaume.
■ Quant aux dépenses départementales, elles seraient également si faibles qu'il est à peine nécessaire d'eu parler. II est bien peu de che&-lleux de' tdéparteraeus qui n'aient le moyeu de. faire venir
un enfant de douze ans de Paris, de l'entrelenif pendant trois ans, et de lui consacrer pour son école quelque vieux bâtiment , quelque église abandonnée , quelque salle dans un aucien couvent ou hospice servant aujourd'hui de magasin. Nous sommes malheureusement bien riches dans ces sortes d'édifices, et il faut au moins que les nippes de la révolution servent à nous couvrir. Ne pourrail-on pas autoriser les conseils généraux à voter annuellement une légère somme pour cet important objet? Mais il est un moyen plus facile encore, et qui ferait plus d'honneur aux classes élevées de la société; c'est qu'il se formât en France, comme en Angleterre, dans chaque ville principale, des comités de dames et de particuliers charitables , qui voulussent se charger de la direction et de la surveillance de ces établissemens. Ces personnes généreuses connaîtraient alors un plaisir dont elles n'ont point encore d'idée , et le genre de bienfaisance guï procure le plus de satistactîou. Tout le monde n'a pas le courage ou la force d'aller visiter les hôpitaux, Jes prisons , de pénétrer dans ces asiles de la misère, de braver les maux contagieux. Il faut pour ces terribles fonctions autant de santé que de vertu , et il est rare qu'une éducation délicate ne s'oppose a de pareils sacrifices. Mais le soin des enfans est une charité douce, facile , élégante , si je puis m'exprinier ainsi, qui ne présente que des aspects satis&î- Siai , et.qui cependant est d'uB plus graad avantage.
S rhumanîté. En effet le sei-vice que vous rendez à *»ne famille pauvre ne soulage qu'elle. En élevant 'une e'cole , vous portez des secours et des consola- ^ons à tout un village. Ces eufans à qui vous doniez des talens et des vertus, sont les députés de toutes les chaumières dont ils représentent auprès de vous le malheur, et dont ils deviennent par TOUS le soutien. Votre nom est porté par eux dans toutes leurs familles. On vous y connaît sans vous y voir , et eux-mêmes , les enfans , vous auront toujours présent à la mémoire ; vos bienfaits seront mêlés à tous les souvenirs de leur enfance , et à ces premières impressions de la vie qui ne s'effacent jamais.
II serait à désirer que les conseils généraux de département votassent la somme nécessaire pour le premier établissement , qui serait alors entretenu par des souscriptions volontaires.
De semblables institutions seraient plus difficiles à établir dans les villages , oîi les bâtimens sont précieux , où rien n'est négligé , nihil otiosum , nihil inutile , et où peu de personnes sont en état de surveiller une école. Mais , d'abord quant à la surveillance , le moindre individu peut s'en charger , puisju'il n'y a rienà enseigner ; et, quant au local, il ne Budrait pas un emplacement bien étendu , ni bien Roigné. Lorsque le seigneur du lieu ne pourrait pas consacrer une pièce de sa dépendance à cet utile ^ploi, la moindre grange que le conseil municipal
louerait , une étable même que le maire ferait nellover pour cet usage , suflirait au petit nombre d'en- Êms qu'il devrait renfermer; et que ces lieux obscurs acquerraient bienlùt de l'iutérèt ! qu'ils s'ennobliraient prompteraeut par leur nouvelle destination ! C'est sous ces voûtes rustiques que se transmettrait la tradition du bien et du juste , que se conserveraieot les lumières du sage ; de cette grange, comme d'un templeauguste, sortiraient un jourdesliommes vertueux , peut-être des agriculteurs éclaires, des commerçaus industrieux. Peut-être cette étable verraitelle les premières étincelles du génie d'un guemer destiné à sauver son pays, ou à porter sa gloire audelà des mers : et n'est-ce pas aussi d'une éfahie qu'est sorti le Sauveur du monde ?
Je voudrais qu'on peignît les armes de France sur la porte de ces modestes édifices; les fleurs de lis sont si bien placées près de la demeure du pauvre et de l'école de la vertu !