LES REMÉDES A LA CARENCE DU SERVICE DENTAIRE
Une telle situation, caractérisée par le manque de praticiens et surtout le manque de praticiens émérites, peut évidemment ne susciter aucune mesure propre à y remédier, de la part du Gouvernement des Colonies.
On peut dire que les affections dentaires évoluant rarement vers une terminaison fatale, elles ne valent pas la peine de s’y attarder. Si les fonctionnaires, les commerçants ou les colons français souffrent d’une belle odontalgie au cœur d’un village moï ou sur les rives du Tchad, après tout, ils n'avaient qu’à ne pas y aller. Ce serait une façon inattendue de simplifier la question.
On peut dire aussi que si la colonie manque de dentistes, c’est la faute à ces derniers, qui n’ont pas eu la fantaisie de s’y installer : comme si le dernier cancre d’une Ecole dentaire de deuxième zone éprouvait un jour l’idée saugrenue, son diplôme en poche, de choisir comme territoire de chasse Kouang-Tchéou plutôt que Bécon-les-Bruyères ! Si l’on appliquait à
la lettre le principe commercial de la loi de l'offre et de la demande, il faudrait attendre des siècles avant que notre empire d’outre-mer ait fait son plein de praticiens. tn
On peut dire enfin que le service dentaire, contrairement au service médical, doit rester une entreprise privée, en dehors de toute initiative offcielle.
Malheureusement pour ces thèses d’insouciance, nous savons aujourd’hui combien sont étroits les rapports entre les dents et l’état général : nous connaissons le retentissement des affections apicales sur le foie ou les reins, si touchés aux colonies, l’importance de la correction des anomalies dentaires pour l’équilibre biologique des enfants, la gravité de certaines complications d’éruption de la troisième molaire, etc.,etc... En plus de la stricte obligation humanitaire de soulager la souffrance partout où nous la rencontrons, il y a donc une véritable obligation sociale qui nous fait un devoir absolu, impératif, de donner aux enfants perdus de la France les mêmes soins qu'ils se procureraient dans la mère patrie.
Il faut d’abord examiner si, dans certains cas, le dentiste civil, le dentiste libre, non subventionné, pourrait vivre de sa profession, sans nulle aide administrative ni subvention sous aucune forme.
Prenons certaines villes importantes, avec leur chiffres de population indigène et blanche :
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Villes Colonie Indigènes Blancs Brazzaville re AREUTES 12.118 860 Saint-Louis..." Sénégal 18.042 1.038 BaAMAKOPESAEE TN — 15.596 568 Ouagadouga ...... == 9.488 291 Bobo Dioulasso...... — 8.649 300 ADITTAN SE - Srere Nee Côte d’Ivoire 9.126 431 Grand Bassam ...... — 6.996 ?
POrto NOMON.--1... Dahomey 21.463 268 ADOIMOV AT Its — 11.049 ?
ÉOMÉMA ET CEE nee Togo 81.552 350 DIDOUTIRE Fos de e Somalis 9.914 ?
EUR Se dar eee . Annam 40.000 641 Pnom:Penhee.in.. Cambodge 80.000 Pondichét ya... Inde 42.725 Chandernagor ...... — 25.650
Toutes ces villes sont dépourvues de dentistes. Elles constituent cependant des centres très importants, et si la population blanche y est peu nombreuse, la qualité compense la quantité : elle est constituée par des fonctionnaires, des armateurs, des négociants, des trafiquants, des industriels. Leur situation est riche, et justifie des honoraires rémunérateurs.
Notons que certains centres, séparés par une faible distance, peuvent être comptés et desservis par le même praticien: ainsi Abidjan et Grand-Bassam, qui donnent alors 16.500 habitants, et Porto-Novo- Abomey qui en donnent 33.000. |
Voici donc des villes qui justifieraient J’installation de dentistes.
D’autres villes sont loin d’avoir fait le plein dentaire. Cholon, pour ses 80.000 habitants,n’a qu’un dentiste : et encore vient-il de Saïgon ! Saïgon, 6 pour 125.000, Hanoï 4 pour 121.000, Haïphong 2 pour 202.000.
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Mais, objectera-t-on, les villes en question sont surtout peuplées d’indigènes, comme Cholon, ou Lomé. Ces gens-là ignorent les soins du dentiste, et, d’ailleurs, sauraient-ils les utiliser, ils seraient incapables, étant donnée leur situation économique, de les rémunérer. :
Il y aurait beaucoup à dire sur ce point : dans certaines colonies, on compte une proportion élevée
d’indigènes riches : en Indo-Chine, la colonie chinoise
par exemple est composée d’une élite de marchands possesseurs de fortunes considérables. À Madagascar également. On peut en dire autant de l’Inde, du Sénégal, de la Guinée, du Dahomey, etc.
Mais ces indigènes ne se font pas soigner ?
L’indigène quand il souffre, sait parfaitement recourir au médecin français. Il ne connaît que peu le dentiste, mais on peut affirmer que lorsqu'il aura pris contact avec lui, il deviendra un client régulier et fidèle. Il ne saurait en aller autrement.
Et ceci est tellement exact, que, dans les vieilles colonies, Algérie, Antilles, Réunion, ou dans celles dont le développement brûle les étapes, comme le Cameroun et le Maroc, on constate que d’abord les chefs indigènes, puis les commerçants ont pris l’habitude de se faire soigner. Des officines correspondant aux boutiques parisiennes se sont déjà installées, et drainent la clientèle populaire. Ces résultats sont encourageants : ils indiquent l’évolution inévitable, et annoncent une ère de prospérité pour ceux qui les premiers prospecteront ces contrées nouvelles.
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Le premier devoir de l’administration doit être d'établir exactement la liste des villes capables d’alimenter un cabinet dentaire : de faire connaître à la métropole les nécessités du moment, et de susciter parmi nos jeunes confrères, les vocations qui les conduiront rapidement à une honnête fortune ; de faciliter l'installation des nouveaux débarqués, soit par l’abaissement des tarifs de passage, de transport de matériel, par la suppression des droits de douane, qui grèvent si lourdement le budget de premier établissement, soit en leur réservant des services contractuels, qui leur assureraient l'existence et leur permettraient d'attendre paisiblement la clientèle.
On ne dira jamais assez les mérites du service de Santé de nos colonies. L’on peut écrire que la préoccupation la plus constante, la plus vive, et la mieux suivie d'effets, de tous les gouverneurs fut d’assurer la santé des populations, aussi bien blanche que de couleur, et de lutter contre les grands fléaux qui décimaient notre empire colonial.
Partout, à grands frais, l’on a construit des hôpitaux modèles, des laboratoires, des dispensaires, des asiles, des léproseries, des centres contre le paludisme, les trypanosomiases, le cancer, la syphilis ; l’Institut Pasteur a édifié des filiales dont les travaux donnèrent des résultats incalculables ; les hygiénistes ont assaini des villes, des provinces... Un corps de médecins dévoués et laborieux travaillent silencieusement, dans les régions les plus reculées. C’est une œuvre admi-
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rable, que le monde entier peut envier à la France.
Elle est cependant incomplète. A côté du service médical, nulle part nous ne rencontrons le service dentaire. Nulle part, l’administration ne l’a prévu. Non qu’elle s’en désintéresse : la question est à l’étude, nous le savons, aussi bien pour le Maroc que pour l’Indo-Chine et Madagascar. Ici, le Gouvernement désire instaurer un service dentaire officiel, administratif, pour réparer les lacunes de la dentisterie libre.
Car, malgré les progrès réalisés par les vieilles colonies, malgré l'esprit d'aventure dont semblent faire preuve les nouvelles générations, il existe des villes, des provinces où le dentiste civil ne pourra vivre de son art. Ici, le gouvernement a le devoir de l’installer, et de l’honorer, au même titre que le médecin, le juge, ou le collecteur d'impôts.
Voici par exemple le Laos : sa capitale Vien-Tiane n’a guère que 9.000 habitants, dénués de tout pour la plupart ; mais à côté d'eux, dans des conditions très dures vivent 110 fonctionnaires ou commerçants. En Mauritanie, colonie maudite s’il en fût, à côté de 300.000 Maures, dont 80.000 sédentaires, 279 blancs représentent la France lointaine. Faut-il donc les abandonner ?
Parfois d’autres considérations interviennent. J’ai déjà cité Saint-Pierre et Miquelon, dont la population décuple à la saison de la morue : la vie est assez pénible aux pêcheurs bretons sur les bancs pour qu’on s’efforce de la leur adoucir. Mais Kindia par exemple, avec ses 257 fonctionnaires pour 4.210 noirs, avec ses
En Sonde + À ask
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installations médicales modernes et modèles, est devenu un véritable centre scientifique. Djibouti, l’une des escales les plus fréquentées de la mer Rouge, avec ses passages de paquebots fréquents et ses débarquements de visiteurs, devrait aussi comporter un dentiste colonial.
Pour des raisons d'humanité, de civilisation, d’intérêt démographique, et aussi de prestige national, nous estimons donc qu’il est nécessaire, partout où la statistique l’indiquera, de créer des postes de dentiste, subventionnés par la colonie, et assurant aux indigènes comme aux blancs les soins dentaires, ainsi que la prothèse.