LES MOYENS
Comment le Gouvernement pourrait-il intervenir utilement dans l’organisation de ce service nouveau ? Il va sans dire qu’on ne saurait lui tracer un plan unique hors duquel point de salut. Chaque colonie a ses besoins propres, et la solution qui convient à l’une risque fort d’être inopérante pour les autres. Les conditions de peuplement, de communications, les mœurs sont différentes ; les indigènes ne sont pas arrivés à un degré uniforme de civilisation. Car toute colonie passe nécessairement par une série d’étapes, et chacune d’elles réclame des mesures adéquates.
I. — La première étape est la conquête. Le pays, avec plus ou moins de résistance, se laisse occuper par les troupes de débarquement, traînant dans leur bagage les premiers mercantis dont la moralité atteint rarement le niveau de leur courage.
« Quand la maison brûle ce n’est pas le moment d’épousseter les bibelots ! »
C’est dire que ce n’est pas le moment d'organiser un service dentaire spécial : primum vivere |! Le corps
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de santé militaire suffira à tous les besoins, d'autant mieux qu’il possède maintenant des dentistes militaires effectuant leur temps de service, hélas bien court,en qualité de dentistes. A ce propos,regrettons que l'état-major s’obstine, par je ne sais quelle aberration, à leur faire apprendre durant plusieurs mois le maniement d'armes dont il ne se serviront jamais et la manœuvre dans la cour de la caserne. Pendant qu'ils perdent inutilement un temps précieux, nos troupes des théâtres extérieurs manquent de praticiens qualifiés. Ilest regrettable que les leçons de la guerre n’aient pas mieux profité.
II. Deuxième étape. — À l'abri de l’armée qui tient les marches frontières et protège l’intérieur contre tout retour offensif, la colonisation s’installe : un port, des villes naissent ; les premières industries, avec des moyens de fortune s’équipent. Des fermes couvrent la campagne, se groupent autour des centres neufs.
Bientôt les routes, les voies ferrées étendent leurs premières antennes. La métropole finit par s’émouvoir ; les capitaux affluent, et c’est le rush comme au Maroc ou en Cochinchine.
Petit à petit, l'élément civil s’infiltre et repousse l'élément militaire: mais c’est encore une époque héroïque. Il faut âprement lutter pour la vie, contre l’indigène, contre le sol, contre la brousse, contre les grands fléaux des tropiques : fièvre jaune, paludisme, typhus, peste, choléra, maladie du sommeil, etc.
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