C ICI
beauté , elle ne songe qu aux moyens de l’attirer dans ses filets. Et qui pourrôit voir sans horreur les artifices mis en usage contre l’innocence. Toujours à l’afFu de ce qui peut augmenter son trafic honteux, elle attend à l’hôtellerie les jeunes campagnardes qui arrivent en ville pour y chercher maison. Si elles sont jolies, elle les arrête comme servantes , et les conduit dans quelque mauvais lieu où elles sont renfermées , jusqu’à ce qu’elles s’abandonnent au genre de vie qu’elle veut leur faire embrasser.
A tant de noirceurs , ajoutez les indignes soins employés à leur corrompre l’esprit : mais ne révélons pas à la lumière les sales mystères de ces ouvrières d’iniquité. Qu’il nous suffise de dire qu’entre leurs mains la jeune Agnès est portée à des indécences qui peu-à-peu bannissent toute honte , et font succéder à la pudeur l’impudicité la plus effrénée. ,
Après avoir endoctriné la novice, elles en donnent la description à quelque débauché opulent. On demande une entrevue : elle se fait. La hympbe exposée à ses regards dans la seule parure de la nature , répète en rougissant les indécentes leçons qu’elle a reçues de sa matrone. Le v>e.u* satyre s’extasie , et dans sa froid e\ ivresse prend soin de parer la victime qu’un autre immolera bientôt. Enfin , au sortir des mains de cet amant ridicule , elle est livrée sans pitié à la brutale fureur des libertins crapuleux.
Telle est la méthode ordinaire par laquelle la beauté indigente est réduite aux* horreurs de l’opprobre et de la misère , dans la plupart des grandes villes. Heureux peuples , qui ignorez encore ces infâmes pratiques ! Puissiez- vous ne les connoitre jamais! V
Si les femmes qu’une maquerelîe veut débau-
cher sont au-dessus (Ju besoin, elle tâche de faire connoissance avec quelque domestique affidé , elle s’informe de leur caractère , pour mieux les prendre par leur foible ; puis elle s’insinue adroitement dans la maison sous différens prétextes (i). Si les portes sont fermées , elle va ailleurs conduire l’intrigue : dans les promenades , dans les endroits de divertissement , toujours elle se trouve sur leurs pas-, pour elle aucun lieu sacré , pas même le temple du Seigneur.
Celles qu’elle ne peut corrompre par des pré- ■sens , elle essaie de les corrompre par le luxe , le faste , l’ambition. Elle fait entendre à chacune qu’un homme de marque soupire pour elle , qu’il est prêt à lui accorder tout ce qu’elle desire. On remet des billets supposés , on arrange des rendezvous secrets , où l’amant prétendu se trouve remplacé par quelque riche débauché. . . .
Quelle excuse pour tant de crimes l Un séducteur peut du moins alléguer Fivresse de sa passion ; mais quel autre motif qu’un sordide intérêt pourroit animer l’ame d’une maquerelle l
Pour les pays où l’on n’a pas de mœurs , ce? misérables restent impunies; et ce qu’il a de plus odieux , c’est des magistrats (2) de la police euxmêrnes qu’elles achètent l’impunité.
Dans les pays mqins corrompus , elles sont en horreur, sans doute ; mais le châtiment qu’on leur inflige est mal entendu. On les expose au pilori, puis on les met en liberté. Eh ! que fait I’infàmie
} (î) Le plus souvent comme revendeuse à la toilette.
(a) Il passe pour constant que la plupart des commissaires de Paris vendent leur protection à ces misérables. Si le fait est vrai , i! mérite bien d'être dénoncé aux Etats-Généraux. Notk© 4es Editeurs,
k des fronts qui ne savent plus rougir ! Non v es n’est point du carcan ou de ia torche qu’on doit punir des âmes endurcies au crime. Quelles perdent donc pour toujours la liberté dont elles ne peuvent plus faire qu’un funeste usage. Pour prix des larmes qu’elles ont .fait répandre , qu’elles ne eonnoissent plus la joie un seul, instant de leur vie. Que privées de tout, eiles sentent à leur tour le dur joug de la contrainte. Renfermées pour le reste de leurs jours dans une maison de correction , et forcées au travail ; que sur leur gain journalier, on leur accorde à peine de quoi subsister, et que le reste soit consacré à l’entretien de ces asvles (2) quelles ont rendu si nécessaires.
Mais afin qu’aucune ne puisse échapper , et que la race en soit enfin détruite , les pareijs , dont les filles ont disparu , auront droit de fouiller à toute heure les retraites de ces scélérates , assistés d’un simple officier de police.
De la pédérastie et de ta bestialité.
La possession d’une femme ne prévient pas toujours les désirs pour celle d’un autre : et souvent leur trop facile jouissance mène à se passer d’elles. Delà cet amour déshonnête que la nature réprouve: crime révoltant, qui paroît ne devoir inspirer que de l’horreur !
Il en est un néanmoins encore plus révoltant: et pourroit-on le croire, si l’expérience ne l’eût appris l Quelquefois l’homme délaisse sa compagne pour une brute. Heureusement ces crimes sont peu communs , à moins qu’ils ne soient fa-
(ï) Je parle de ces maisons publiques ©à l’on doit élevé* îes filles des pauvres citojens.
vorisés par certains usages , et alors il faut bien sg garder de les tirer des ténèbres dont ils se couvrent: sévir contre certains crimes fort rares, c’est toujours en faire naître l’idée.
Il me paroit d’ailleurs que c’est sur de bien fausses idées que l’on s'est déterminé à les punir du plus affreux supplice. On redoute les suites d’un commerce monstrueux. Hé ! comment ne voiton pas que la nature oppose à la confusion des genres des barrières insurmontables ? Tout animal provenu d’accouplement hétérogène ne peut faire race. Que s’il faut néanmoins punir ces crimes , lorsqu’ils sont connus , qu’on se rappelle que l’homme qui se méprise assez pour oublier la dignité de son espèce , doit être regardé comme un insensé , et fie mérite à cet égard que d erre condamné aux petites-maisons.
Moyens de prévenir les crimes qui naissent du dérèglement des maurs.
Il est peu de crime qui ne traîne à sa suite le débordement des deux sexes • mais, dans certains Etats, le mal est incurable , parce qu’il est dans le remède même. Osons le dire, la dépravation des mœurs y commence presque toujours par ceux qui sont établis pour la réprimer.
A la vue de mille objets propres à enflammer les sens et l’imagination , les désirs naissent en foule; ils s’irritent au sein de la mollesse , et rien ne coûte pouir les satisfaire. Mais l’éclat de tout ce qui sert aüx plaisirs d’un maître couronné cache en partie ce qu’ils ont d’odieux. Cette espèce d’hommes d'ailleurs n’ont pas assez de courage pour juger sainement des choses. L’appareil de la puissance en impose à la multitude ; et de quelque crime que le :
prince
(*ie>5 )
prince se couvre , la crainte des sujets devient bientôt le sophiste qui le justifie.
Un censeur austère ose-t-il cependant élever la voix ï A 1 instant une foule de vils flatteurs , toujours prêts à sacrifier le devoir à l’intérêt , s’étudient à donner de beaux (i) noms à des actions deshonorantes , pour ôter au crime tout ce qu’il a de révoltant. ^
Imitateurs du prince , les grands suivent son exemple ; le libertinage vient à la mode , il cesse enfin d’inspirer de l’aversion. Dès-lors , les saines idees des choses s’effacent , l’opinion publique s altéré, les préjugés s’établissent : en parlant du vice , on ne peint que le plaisir , un mari adultère est un homme galant ; une épouse infidèle est une femme tendre , et la fornication , le rapt , le viol ne sont plus que des larcins d’amour. Après avoir paré les vices , et jette du ridicule sur les vertus , la fidélité conjugale passe pour duperie, la pudeur pour pruderie , et la chasteté n’est plus que la vertu des sots.
De la cour ces maximes passent à îa ville , elles courent les cercles ; on les répète sur le théâtre au barreau , dans les livres ; et chacun en est infecte. A mesure que les maximes d’un monde corrompu s’accréditent , la débauche fait de rapides progrès : on se pique de galanterie , on veut absolument passer pour homme à bonnes fortunes • en courant de belle en belle , qu’on cherche à séduire on foule au pied tout sentiment d’honnêteté et on fait gloire de ce dont il faudroit rougir.
(I) Donnez de beaux noms à des actions infâmes , et vous leur ôtez tout ce qu’elles ont de révoltant. Telle femme eut frémi de porter le nom de prostituée , qui ne craint pas de porter celui d’entretenue , et tel homme eût rougi du nom de, maquereau, qui se pare de celui de coniideut.
C ig6 )
Tout est perdu quand le vice est en honneur* car quelle ame assez élevée préféreroit encore» l’approbation de quelques sages aux applaudissemens de la multitude 1 Ainsi , au milieu de tant d’écueils l’innocence ne peut se garantir du naufrage , et la vertu , qui n’est plus soutenue de l’estime publique , est bannie de tous les cœurs.
Quel remède? il n’en est point pour une nation où l’exemple du prince entraîne les sujets, et où les sujets sont corrompus par le luxe. A legard des peuples où ceux qui sont constitués en puissance ne sont pas au-dessus des loix , et où une partie des citoyens ne nage pas. dans l’opulence , cela est différent.
Quand un penchant naturel relâche les liens de la morale , c’est aux loix à les raffermir par la crainte de la honte ou des châtimens : mais toujours elles seront sans effet , si elles ne sont inflexibles.
Pour proscrire le libertinage , c’est peu de sévir contre ceux qui s’y livrent ; il faut leur ôter les occasions de s’y livrer, en retirant de l’indigence les femmes qu’elle réduit à mettre un prix à leur vertu. On établira donc dans chaque grande ville une hospice ( i ) où seront élevées les filles des pauvres citoyens (2) -, on y instruira leur enfance
(1) Cet établissement coûteroit beaucoup moins à l’Etat que toutes ces maisons de paroisses , tous ces hôpitaux qui ne servent guèesrqu’à enrichir du bien des pauvres ceux qui radminisrtent. Mais comme des mains impures souillent tout ce qu’elles touchent ; peur que le fruit de cet établissement ne fût pas perdu , il faudroit en remettre la direction à des femmes riches et distinguées par leur piété , leurs vertus , leurs lumières.
(2) On pourroit établir dans cet hospice le bureau d'indica* ticm pour les bons domestiques.
( io7 )
des choses les plus nécessaires , on leur apprendra à chacune quelque profession utile , et on leur fournira les moyens de s’établir.
Cette maison servira aussi d’asyle aux jeunes servantes congédiées ; on les y occupera jusqu’à ce quelles aient retrouvé place. Elle servira pareillement d’asyle aux jeunes personnes séduites qu’on retirera d’un mauvais train de vie.
Concluons. Soustraire à l’indigence les malheureuses réduites à se prostituer, arracher à la débauche celles qui s’y étoient dévouées , renfermer celles qui font métier de corrompre la jeunesse , ôter aux hommes l’envie de séduire/les femmes , forcer les séducteurs à réparer leurs fautes par le mariage , réprimer les libertins par la crainte de l’infàmie ou de la perte de leur liberté , et bannir de la société les débauchés , incorrigibles , c’est arracher au vice ses fauteurs , ses suppôts , ses victimes , c’est remettre les choses dans l’ordre (i) , c’est rétablir les bonnes mœurs.
Ainsi , en proscrivant le libertinage , une foule de crimes disparoîtront de la société ; car une foule de crimes naissent du libertinage. Pour donner aux femmes publiques , combien sont devenus brigands , assassins , empoisonneurs , parricides l Et
(i) L’Etat y gagnera doublement. La débauche est le tombeau de la fécondité : par ses excès elle ruine la génération présente , et détruit les générations futures. On a fait en divers pays des règlemens pour encourager la population ; celuici me paroît le plus efficace : quel homme peut soutenir l’idée d’avoir des enfans , s’il n’est persuadé de la fidélité de sa femme » De dis Adieux, il est infaillible; car dès qu’on ne pourra plus satisfaire ses désirs que légitimement, le mariage deviendra nécessaire , et les préjugés destructeurs qui en éloignent s’évanouiront.
( io8 )
qui ignore que les maisons de ces malheureuses sont des repaires de scélérats V