‹ Plan de Pompéi, et remarques sur ses édifices par le chanoine De JorioChapitre 30 sur 36 · SUR LX MAISON · texte numérisé non relu

SUR LX MAISON

La destination des diverses pièces de cette maison que j’ai décrite ( pag. 63 ) est celle donnée par M. r Mazois , dont le nom seul suffit pour la justifier. Toutefois , qu’il me soit permis à l’égard de la chambre 3o ( 1 ) et quelques autres , de ne point partager l’opinien d’un auteur si distingué , qui d’ailleurs ne s’en est occupé qu’en passant. Si je ne suis pas d’accord avec lui sur certains détails , je n’en fais pas moins écho avec tous les savant et les amateurs de l’antiquité, pour admirer le zèle , l’activité et les connaissances de cet infatigable architecte. C’est à lui que nous devons l’ouvrage architectonique le plus complet sur les ruines de Pompci , et dont ne peuvent

(i) Vojcz ta ld.lt. Romanclli dans son Viaggio a Pompeit te, dit que c’est la dieta del famulo ostiense. Mais il sufCt de donner un coup d’œil sur le plan dans lequel on lit cette dpitliètc , pour juger de son peu d'exactitude.

se passer ceux qui veulent écrire sur ces ruines ou en parler avec connaissance de cause.

Je m’adresse toujours aux personnes qui en se rendant sur les lieux mêmes , ont le désir de les observer avec fruit. Ces personnes comprennent très-bien qu’en parlant des maisons de Pompéi, autre chose est de dire la destination primitive de chacune de ses parties ou seulement celle qu’elles avaient lors de leur destruction.

Je les prie doue de remarquer que la chambre n.° 3 renferme un comptoir ainsi que six dolia (t) et le fourneau^ lesquels occupent presque la moitié de la p èce. 11 faut observer aussi que dans le milieu s'élève un massif en maçonnerie sur lequel sont formés des gradins, ois l’on posait de petites mesures de capacité pour les liquides , et tous les autres accessoires indispensables dans une boutique (a). On voit par là qu’il restait à peine dans celle chambre , l’espace nécessaire pour les personnes destinées à préparer les mets ou les boissons , ainsi que pour y déposer les objets qui servaient à l’usage journalier. Cette rélicxion peut se faire aussi dans le cas où elle eut été

( 1 ) Ceux-ci sont en terre-cuite, et ont la même forme des dolia proprement dites dont ils ne diffèrent que par la grandeur qui est moindre. C’est pourquoi il faudrait les appeler petites dolia. Plusieurs sont en plomb dans l'intérieur, particularité qui rendrait leur destination bien différente ; mais on me permettra de ne leur d nner indistinctement que le nom de dolia.

(a) La petite pièce que l’on voit près de la porte de l’atrium, était un lien d’aisances. On l’a marqué sur le plan, plus grand qu’il n’est réellement dans ses proportions.

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un «impie therraopolç («). Lei acheteurs tte pouvaient donc pas s’arrêter dans cette pièce , toit à cause de J’exiguilé du local, «oit pour éviter l'inconvénient d’être mêlés avec les vendeurs.

D’après cela les habitués de ce lieu- qui devaient être nombreux , vu la quantité de dolia , n’avaient d’autre espace pour attendre et se raiTraichir , ou sc restaurer par quelque nourriture , que la rue et le trottoir, lesquels n’étaient ni commodes, ni convenables , ni même assez larges. On pourrait dire que l’espace 3 servait aussi à cet usage , en considérant surtout que de son côté il y a plus de dolia qu’il ne a’en trouve sur le devant de la rue. Mais il faut observer que non-seulement il n’est pas considérable , puisqu’il n’a que neuf pieds et demi sur seize, mais encore que son usage indispensable étant de servir d’entrée principale au public, comme prolhyrum (a), il ne pouvait sous aucun rapport être commode aux acheteurs; puisqu’ils auraient dû s’y tenir toujours debout. Or , en croyant que la chambre a. était au moins un thermopole auquel rien lie manquait pour le rendre propre à son usage , et un des plus riches en dolia qui soient à Pompéi , comment supposer raisonnablement qu’il put

(■) Comme nous ne pouvons être sûrs , si c'était Un thermopole, une popina ou même une espèce de caupona, je lui donnerai indifféremment ces divers noms. Le fourneau qui est au comptoir , et dont quelques auteurs disent ne pas connaître l’usage , nous démontre clairement qu’on y vendait aussi des alimeus cuits.

(a) Corridor où se tenaient les ostiarii, esclaves préposés à 1* garde des portes.

y mataquer une des dépendances les plus essentielles, et qui offrait le plus sftr moyen d’obtenir un grand débit ?

Les anciens dont le goût et la recherche étaient arrivés à un si haut degré de perfection , n’auraient certainement pas souffert dans leur construction un défaut qui choquerait les modernes eux-mèmes. Il faut donc s’occuper avec quelque détail de ce lieu , qui devait être une dépendance nécessaire de la boutique en question.

J’engage ceux qui ne seront pas assez heureux pour visiter Pompéi , à jeter un coup d’oeil sur le pian Tab. 11 , pour voir s’il ne parait pas très-probable que la pièce 3o ne soit la dépendance du thermopole a. que nous cherchons. Là on pouvait attendre commodément les mets ou les boissons que l’on portait des quatre dolia placées vis-à-vis une des deux grandes ouvertures de cette chambre (t).

&lais cela ne suffit cependant pas: il faut en examiner attentivement la disposition pour assurer si elle

(■) Les deux dolia placées du côté de la rue , n’avalent pas été mis là , sans aucun but d’utilité , ainsi qu’on pourrait le croire. Le bas peuple ou les personnes qui ne voulaient pas entrer dans le thermopole, étaient servis le long de la rue. Si mon idée relativement aux personnes du commun qui fréquentaient aussi les thermopoles outre les coupons surprenait mes lecteurs , qu’ils se rappellent que l’on parle des Romains. Qu’ils sachent d’ailleurs que depuis plusieurs années la populace Napolitaine , sans en excepter les prétendus Lazzaroni , prennent du café. Ils peuvent s'assnrer de la vérité de cette assertion, en se rendant le matin de bonne heure à l’une de ces boutiques de luxe.

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pouvait servir de dépendance 1 un thermopole on bien de vestibule.

Si la chambre 3o eût servi de pièce d’attente , elle n’aurait eu besoin que d’une seule ouverture de la proportion ordinaire à celles des autres pièces, ou bien disposée de manière à y introduire les cliens qui devaient y attendre l’heure de la réception. Or , en voyant que cette chambre n’a rien moins que quatre ouvertures, nous pouvons en conclure que sa destination n’était pas propre aux clicns , mais à tout autre objet qui mérite nos recherches. Il est possible que la situation de ces quatre portes nous fasse deviner aussi à quel usage elle était destinée.

Afin de partir d’un point qui nous oITre des données sûres et des faits incontestables , rappelons-nous qu’on préparait dans la chambre a les boissons chaudes et les mets cuits propres à être vendus sur les lieux. Celle boutique avait donc besoin , pour être convenable à l’usnge auquel on la destinait , d’un local dont la distribution offrit un accès et des sorties faciles tant aux habitués qu’aux garçons.

La chaleur que l’on éprouvait dans la chambre 3o à cause du feu que l’on faisait Yis-it-vis , jointe à celle du climat et du grand nombre de personnes qui s'y arrêtaient , aurait incommodé les oisifs qui désiraient s’y reposer , et ceux qui n’y venaient que pour se restaurer ou pour tout autre objet. C’est afin d'éviter cet inconvénient, que le maître de la maison a fait multiplier les ouvertures et les a agrandies autant du moins que l’art le lui a permis.

La porte qui communique de la chambre 3o à celle 3C) augmente encore lés probabilités pour que la pre-

mière soit une dépendance nécessaire au thcrraopolc a, et non un lieu propre à y recevoir les clicns (1). Ou sc rend ensuite de la pièce 29 au cavaedium 4 par une autre ouverture. Ainsi donc , si la chambre 3 o servait aux cliens , celle 29 aurait été un simple passage de la première dans l’intérieur de la maison, et immédiatement dans sa partie publique. Mais un pareil passage eût été parfaitement inutile, puisqu’il existe une entrée principale qui, du protbyrum conduit h l'atrium , outre la porte qui communique de ce dernier dans la pièce 3 o.

Ce serait aller contre le système constamment suivi des anciens, de supposer qu’une des chambres qui entourent l’atrium , et la plus grande des quatre de cette habitation, pût ne servir que de simple passage. A Pompéi surtout où l’on voit avec quel soin on a cherché k utiliser le plus petit coin dans, la distribution des différentes pièces qui composent ses demeures. 11 paraîtrait donc assez clair par la disposition architectonique de la chambre 3 o , qu’elle n’était point un vestibule , mais bien une dépendance de la boutique vis-à-vis.

Nous pouvons aussi offrir pour argument un fait qui existe dans la maison en question , et qui nous porte à croire avec quelque probabilité, que les pièces Sÿ et 3 o étaient des dépendances du thermopolc ou popina K.» a , (2).

(1) O11 comprend très-bien que la pièce 3 o par sa situation pouvait parfaitement setvir de vestibule, ainsi que je le dirai dans la suite.

(a) Que le lecteur ne soit point surplis si je crois que cette

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11 y a dans cct édifice ( qui, probablement appartenait à un seul maître ) trois boutiques qui, quoique des— tinces à être louées , avaient les dépendances convenables. Le four en a deux , e , d , outre l’étage supérieur ; la boutique 3a, a aussi deux autres arrière-boutiques qui lui sont annexée^; et d’après le petit escalier qui existait dans l'office Si, ce dernier devait avoir une ou plusieurs chambres supérieures. Le ihcrmopole n.° a étant situé tout auprès de la porte de la maison et en faisant partie , le propriétaire pouvait en diriger lui-même le service. Comment supposer alors qu’il eût été le seul dans cette maison , sans avoir les dépendances indispensables h sa destination ? Peut-être que d’après mes justes observations , y a-t-il quelque lecteur qui soit déjà convaincu que la chambre 3o était une dépendance du thcrmnpole; mais comme il aura peine à croire que la pièce ag lui appartînt aussi , je continue mes conjectures , afin de le lui prouver.

On m’opposera peut-être que cette dernière chambre étant la plus grande parmi celles qui entourent l’atrium, elle pouvait être destinée à l’agent général de la maison. Mais les autres n’auraient-elles pas pu servir aussi à cet usage? Et même n’est-il pas plus probable, si le maitre de celte demeure avait un

maison dont on a fait un si grand éloge à cause du goût avec lequel elle est construite , appartînt à un négociant. Mais en se rappelant 1a boutique n.* a , et après avoir attentivement observé la maison de l’a nsa , les ruines de celles de Polybe et bien d’autres , qui ont toutes des boutiques communiquant avec l’intérieur , il ne sera peut-être plus étonné de mon assertion.

agent à qni il voulut céder une chambre, qu’il la choisît dans les plus petites? Ces grandes idées de «liens , d’agens généraux, de bibliothèques.,. de lablinum etc. qui s'offrent à l’imagination de ceux qui écrivent sur Poropéi , loin d’être condamnables, montrent une connaissance étendue de la magnificence des édifices de Pompci, dont le goût recherché sc fait remarquer dans les plus petits détails (1). ,

Cette vue surprend , transporte le voyageur , et il s’imagine aussitôt que l’habitation qu’il observe, appattenait à quelque Romain puissant , remarquable par son amour pour les beauxorts (a). Sans doute il est bien naturel d’avoir cette idée; cependant je rappelle à l’étranger, que le luxe des Romains s’étendait nonseulement sur toutes les classes de la société, mais encore sur tous le objets. Ainsi , sans être orateur célèbre , ni guerrier distingué , mais bien tout simplement un propriétaire aisé , ou même un petit marchand , il possédait une maison oii le luxe et la richesse respiraient dans toutes ses parties.

(1) Tels par exemple que les chêneaux et les gouttières, a Les chcaeaux nous montrent 1a manière dont les anciens cuo« » tournaient souvent leurs édifices. L’eau que les toîts versaient » dans le chêneau , s’écoulait par tes mascarons placés dans la », frise.

» La gouttière était placée à l’un des angles de l’atrium ». Hasois.

( 2 ) Ces grandes idées sur les édifices de Porapéi , naissent austï souvent de la lecture de certains guides , où l’on trouve qu’en faisant la description des demeures même les plus simples , l’auteur dit : C'est le sanctuaire des grâces et du goût , un séjour des Dieux, un Elysée U

J’invite le lecteur qui désirerait avoir des preuves de fait relatives à l’article que nous traitons , d’observer à Pompci , je ne dis pas seulement les complaira des plus petites boutiques et mêmes des tavernes , niais encore les espaces qui sont au-dessous des escalier» ( sottoacnlc ). Aucun de ces derniers ne manquait de crépi, pas même ceux ou deux personnes entraient à peine l’une apres l’autre. Là on serrait quelquefois le vin pour l’usage journalier , ce dont ou peut s’assurer par les amphores qui y existent encore. J’en ai même observé un agréablement peint. Les corniches qui servent de base à sa voûte , sont ornées de stnes travaillés au monte. Il me semble que ce seul exemple peut suffire pour prouver jusqu’où s’étendait le goût des Romains.

Mois retournons au sujet que nous traitous , c’est-àdire à la chambre 3 p , qui communique avec celle n.° 3o , dépendance du thcrmopole , et avec le cavaedium 4.

Lorsque l’imagination du voyageur qui examine la maison d’/Vctéon se sera refroidie ; lorsque tous ces vains songes de gloire et de richesse sc seront évanouis, il verra que le thermopole 3, ainsi que le cavacdium 4 étaient disposés de manière , que le maître devait t’y occuper de la vente de ses denrées: car c’est un point convenu parmi les savans , lorsque la boalique communiquait avec l’atrium , par conséquent avec l’intérieur de la maison.

La richesse du propriétaire dépendait donc du débit plus ou motos considérable de ses marchandises , lequel provenait non- seulement de la qualité de lu deurce, mais de la commodité du lieu où on la vendait.

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D'après cela , la porte qui communiqué de la chambre 3o à celle üg , nous démontre clairement la des* tinalion de cette dernière. Cette porte qui , ainsi que nous l’avons déjà dit, aurait clé inutile si la cbambie 3o eût servi de vestibule, augmentait singulière* ment les agrémens du thermopole a pour ses habitués. Lorsque la foule était considérable , les pièces SH) et 3o pouvaient la contenir ; ceux qui ne voulaient pas être vus des passans , ni entendre le bruit qui se faisait dans la chambre 3o , se retiraient dans celle 99 .

Pourquoi m me serait-il pas permis d'ailleurs de supposer que l’usage qni existe aujourd'hui dans le royaume de Naples, ne soit ancien ? Dans plusieuis des villes qui le composent, les maisons ont la même disposition architectonique des anciens , à l’élégance près. En effet presque toutes ont leur prolhyrum qui de la rue conduit à une grande cour entourée de chambres ainsi que de portiques couverts , qui Correspondent parfaitement aux ailes des anciens. Un assez grand nombre de maisons de nos villes et de nos villages ont leurs tavernes dont l’entrée donne snr la rue, mais qui par le moyen de leurs dépendances ont des communications secrètes avec la cour , ce qui correspond parfaitement aux pièces *9 et 3o dout nous parlons. Cette communication a deux objets principaux ; le premier, afin que le maître de la maison et des marchandises puisse, sans sortir de chez lui , entrer dans sa boutique et vaquer ainsi à ses affaires : le second pour que les jours de fête on puisse par le moyen de cette ouverture secrète , et la grande porte de la maison étant fermée, recevoir les péris.

sonne* qui viennent joner dans ia cour , qui est le ravaedium des anciens (t).

'Ainsi donc, en admettant que Sal/uste , ( proprietaire dit-on de cette maison ) , l’ait habitée le dernier, il pouvait se servir non-seulement de la chambre 3o destinée an thermopole , mais même au besoin de celle ng. Dans les jours où l’afiluence du peuple était extraordinaire , il lui était facile d’ajouter aux pièces en question le cavaedium 4 , et toutes ou une partie de scs dépendances , afin de donner plus de commodités aux acheteurs , et d’augmenter ainsi son débit. 11 n’avait alors qu’à fermer la porte ai pour séparer entièrement la partie privée de sa maison ( voyez. pag. 65 ) et en empêcher l’entrée à la foule des chalands.

D’après Ce -qui précède, il est clair que si nous ne pouvons savoir positivement le nom du locataire de cette demeure lors de son ensevelissement total , du moins il n’est pas permis de douter que ce ne fût un négociant. Mais comme plusieurs autres circonstances locales peuvent nous fournir de grandes lumières sur les usages des anciens relativement à leurs habitations , je ne négligerai pas de les faire remarquer. En les exposant fidèlement aux lecteurs, je leur don-

(1) L'Etranger qui voudrait observer ce que je dis ici , se rendra à Giugliano ( à environ deux lieues de Naples ; te lundi de Pentecôte. On y célèbre ce jour là une fête dite, if volo dell' Angiolo , parce qu’un entant vêtu en ange et soutenu par des cordes , descend d'une certaine hauteur et vient encenser le Saint que l’on poitc en procession.

serai de nouveaux matériaux pour les recherches ultérieures que quelqu’un d’enlr’eux, je l’espère, ue manquera pas de faire.

Je considérerai les maisons des anciens sous deux rapports seulement.

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