‹ Plans de discours; ou, Projets d'instructions et de conférences sur lesChapitre 53 sur 83 · xo · texte numérisé non relu

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d^intelligence, une ame qui, vaste dans ses projets et le nombre de ses conceptions, illimitée dans ses désirs, pût seule rappeler les siècles passés, se replier sur le présent, pénétrer Pavenir, rapprocher les pays, franchir toutes les distances et donner des ordresd^une extrémité de Punîrers à l'autre. C'est lui, c'est Dieu qui a tout soumis à l'homme, tout assujetti à son empire, et pourvu, je ne dis pas seulement à nos nécessités, mais encore , 6 chef-d'œuvre de bonté et de tendresse \ à nos délices elles-mêmes. Usque ad delicias nmamur. (S. Pacien*y

Portons en eflet , portons nos regards sur l'immensité des êtres. Tout ce qui est, tout ce qui vit, tout ce qui respire sert à notre nourriture on à nos besoins. Les astres nous éclairent ; le ciel , selon les Ecritures , a été tendu pour nous comme un pavillon magnifique {Ps, cm , 8) 5 la mer s'est vue chassée de nos habitations et resserrée dans ses abymes ; la terre fut affermie sur ses. fondemens« Plus cher encore à son Dieu qu'à lui-même, Phomme devient le centre des merveilles de l'univers dont il est la plus grande; l'homme seul jouit de tout et fertilise tout par ses travaux et son industrie. Oserai-je le dire ? Rois et maîtres du monde, nous faisons par^ une suite du pouvoir qui nous est confié dans la nature même une autre nature. Sel-

SUR XES COMMAKDEMENS DB 13IETJ. ^35 gneur , s'écriait à ce sujet le Psalmistti^^ qu'est-ce que l'homme, qu'est-ce que le fils de l'homme, pour que vous le couronniez de tant de bienfaits, que vous l'ayez établi sur lés ouvrages de vos main^, sur les habitans des airs , des eaux \ en un mot de l'univers ? O Dieu ! que votre bonté et que votre nom sont admirables dans toute la terre 1 Quàm admirabile est nomen tuutn in uni-* *versà terra ! ( Ps^ viii . )

Si toute la nature est soumise à l'homme, l'homme aussi doit être soumis à Dieu. Si la Providence rapporte tout au bonheur de l'homme , l'homme doit se rapporter lui* même à l'ordre éternel de la Providence j parce que Dieu se propose toujours sa propre gloire pour fin directe et dernière de toutes ses œuvres : Unii^ersa propter semet ipsum operatus est Dominus{¥roy. xvi, 4) } parce que, en qualité d'être intelligent, l'homme est le prêtre et l'organe de la nature qui emprunte sa voix et se décharge sur lui du soin de glorifier son anteur. Et n'est-ce pas un de nos titres les plus magnifiques et la plus noble de nos fonctions ?

Non content d'avoir créé l'homme , le Tout-Puissant le conserve, le déiend, le protège , le soutient par mille ressorts admirables. Et, comme il le dit lui-même , celui qui fait croître l'herbe des champs, qui re«

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vêt les lys de tant de beaLnié(^Matth.yïy 26)^ qui ouvre sa main et ëpand ses dons sur les animaux {Ps. Gxuy), yeiile à plus forte rai- «son à notre vie et à notre sûreté ! Que dis-je? U ne laisse pas perdre un seul cheveu de •Àotre tête , il prévient nos besoins , et ses jeux sont toujours ouverts sur nous. Ici se présenterait le détail immense de nos facul-* tés y de nos sens et de nos avantages : mais ne suffit-il pas de dire que tout dans Tordre de la nature n^offre que merveillçs et prodiges, et quant & la perfection de Pouvrage, et quant à la bonté infinie de Pouvrter ] que tout est abyme, et pour notre raison qui ne saurait renfermer dans le cercle étroit de ses idées la richesse et la magnificence de PEtre divin y et pour notre cœur qui, accablé en toutes choses du poids de l'amour et de la tendresse divine y ne peut plus suffire à ses transports et à sa reconnaissance?

Les bienfaits dont nous venons de parler tM>nt communs à tous les hommes : mais qui de nous, s'il examine ce qui est en lui et hors de lui, ne trouvera pas des manques d'une bonté plus spéciale et d'une providence toute particulière ? Je le demande d'abord i Ah !

qui nous a discernés d'un peuple abandonné à lui-même et enseveli dans les sens? O vous^ qui avez une naissance ou honnête ou distinguée, une fortune presque sûre, quelque

SITE LES COHMAMBBBIBKS DB DXEIT. ^3/ avantage de santé ^ des parens qni tous aiment tendrement ^ des amis qui partagent et vos plaisirs et vos peines , à qui en ètesvous redevables? Yous^ 6 vous qui joignes des connaissances y des lumières, un jugement droit à un caractère fait pour être aimé^ à un cœur naturellement honnête et sensible^ quel est Fauteur de ces donsîEnfans ici présens, si Tart cultive en vous une heureuse nature ; si Péducation chaque jour développe en vous et Thomme et le chrétien; si vos succès répondent à vos désirs, vos désirs aux nôtres, eh I n^est-ce donc pas Paimable, providence du Seigneur qui vous a préparé ces secours ? Et vous tous , mes frères , ne remerciriez pas avec attendrissement ce Dieu de bonté qui a voulu que vous fussiez en quelque sorte un assemblage de ses dons, un tissu de 8e& bienfaits, un composé de ses merveilles ?

Mais passons plus avant et contemplons les^ effets de la bonté divine dans un ordre relevé au-dessus de la nature , celui de la grâce :

effets dVutant plus admirables qu'ils prouvent un plus grand amour, et qaUls peuvent seuls nous conduire à notre fin dernière, la jouissance de Dieu dans toute Féternité.

Nous sommes chrétiens, 6 mes frères, c^est-à-dire enians du Seigneur, membres vivans du çoi:ps mystique de I.-C. |héritier&,

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cohéritiers de sa gloire ^ le séjour^ le temple de PEsprit saint. Et comment ? Par le don ^ae Dieu nous a fait de son Fils, par les Sacremens qui font couler sur nous le sang de THomme-Dieu , pai: mille témoignages éck« tans de son amour. Suivons ces différens bienfaits.

Le don que Dieu nous a fait de son Fils.

Un père de famille , est-il rapporlé dans FEvangile {Marc, xii), avait en vain confié son héritage à des vignerons qui promettaient d'en tirer des fruits abondans ; en vain au temps convenable il leur envoie sf*s gens pour faire la récolte. Dès que ceux-ci paraissent, ils éprouvent les traitemens les plus barbares : on blesse les uns , on massacre les autres; il en échappe à peine qui puissent porter à leur maître cette triste nouvelle. Le maître ne se rebute point : d'autres serviteurs qu'il avait envoyés ont-ils le même sort que les premiers? Le maître espère encore ; il compte toujours sur la soumission de ces ouvriers infidèles j et il eStîge que son fils aille de sa part les trouver et les ramener à leur devoir. Laissons la parabole : Dieu , dit PA.p^tre, non content (Beb. i) de nous avoir parlé tant de ibis par nos pères et les Pro* phètes, nous a enfin fait entendre la voix de son propre Fils. Ce n'est pas dire assez : Dieu a tellement aimé le monde qu'il lui a donné

SUR LES C0ïifMÂKB£Hl£I9S DB DIEtT. 23ç son Fils, son Fils uniqne i Sic Deus dilexit mundum ut Filiumsuum unigenitumdareU O bonté de mon Dieu ! 6 Texcellent gage de son amour! Le discours humain ne saurait exprimer dignement une grâce aussi signalée; Pesprit de Phomme peut-il la comprendre , elle qui a fait connaître aux anges euxmêmes de nouvelles profondeurs dans la sa« gesse et la miséricorde divine ? Ce n'est pas un grand de la terre, un roi; c'est Dieu, le maître de toutes choses, le souverain Etre :

Deus : qui, malgré le nombre de nos fautes ^ Pénormité de nos offenses, ne nous a pas méprisés, dédaignés, rejetés loin de lui; mais au contraire il a bien voulu nous aimer et nous chérir : Dilexit. Et qui a-t-il donc aimé ; Mundum : le monde. Quel étrange contraste! Dieu et le monde. La sainteté même a aimé le monde plongé dans le mal ; la vérité pai> essence a aimé le monde qui est tout entier dans le faux. Mais jusqu'où Dieu a-t-îl porté cet amour? S'est- il contenté d'apaiser sa colère, de suspendre ses ven* geances , ou de nous donner même les biens temporels, la graisse de la terre et la rosée du ciel ? Non : il nous a donné son propre Fils , sa propre substance , son Fils unique : Ut Filium suum unigenitum daret. La terre est donc devenue aussi riche que le ciel î Quel bienfait l Qui l'a accordé ? A qui a-t-il

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été accordé? C^est Dieu qui a aimé le monde ; c^est le monde que Dieu a aimé ; et il Ta aimé jasqu^à loi donner un bien si grand, si excellent que sa sagesse, sa toute-puissance et ses richesses ne pourraient y rien ajouter : iSic Deus dilexit mundum ut FiUum suutn umgenkum dareU

. Aussi cette grâce remplissait toujours d!é« tonnement et d^admiration TApôtre chargé de Pannoncer aux Gentils. Aussi s^ écriait- il dans Tefifusion de son cœur que c^était un grand mystère de piété, le prodige de la cha* TÎté du Père : Magnum pietatis sacramen* tum (i Tim. m.); ^^^^ 7 avait même une sorte d^excès dans cet amour : Propter ni* miam chanta tem. (Eph. ii.) Et en effet, dit un Père de PEglise, saint Bernard, enrichir les hommes de y os biens , c'est Pouvrage de votre bonté , 6 mon Dieu ; répandre vos dons sur ceux qui en sont indignes , c'en est le comble; en avantager des ingrats, c'en est le chef-d'œuvre : mais les leur prodiguer malgré eux, c'en est l'excès \ mais après tous ses dons se donner enfin soi-même! O Dieu , élevez mes idées ; mettez vous-vmême des paroles à ma bouche* Ici les expressions manquent. On ne peut qu'adorer en silence cet abyme de vos miséricordes éternelles. Oui :

c'^est dans le moment ou nous étions éloignés de vous, Seigneur {Eph. ix), assis dans lea

$tJïl tfiS ë&MMA?T0fiM£]Srs THÉ Bl£ir. 24i ténèbres et à Tombre de la mort y où nous étions par le péché l'objet de votre colère, que le Fils de Dieu nous a prévenus par un amour de cboix, de prédilection, un amour Surabondant : /jp^e priordilexit nos. ( i Joan. IV.) Quel cœur assez dur pour ne pas être lirisé et amolli par cette charité d'un Dieu qui s'épuise ! Qui pousserait l'ingratitude au point de ne pas répondre à un bienfait , à uu amour qui tient de la nature de son auteur, c'est-â-dire qui est infini ?

Poursuivons. Ce n^est pas seulement le don que Dieu nous a &it de J.-G. qui inérite toute notre reconnaissance, mais encore lea voies admirables dont il se sert pour nous laver dans son sang , pour consacrer chaque instant de notre vie par une nouvelle application de ses mérites ) je veux dire : les Sa« (iremens. Par ces signes sacrés, l'enfant de I^ colère , victime de la perdition et de la mort, reçoit le sceau de l'adoption et de la filiation divine, devient le irère, l'ami de J.-C. qui l'associe à son royaume et à sa gloire {CoL i, t3), le sanctuaire de la Divinité qui prend possession de son cceur après en avoir chassé le prince du monde. Par ces signes sacrés , J'esptit consolateur repose sur les fidèles, l'esprit de sagesse, de force, de scienc^, de conseil, d'intelligence et de piété , l'esprit de la crainte du Seigneur; et le chrétien mus^

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