‹ Plans de discours; ou, Projets d'instructions et de conférences sur lesChapitre 56 sur 83 · SEPTIÈME DISCOURS · texte numérisé non relu

SEPTIÈME DISCOURS

ou INSTRUCTION.

SUITE BU PNSBilEa COllMAIiDEMElVT.

«UJL l^AMOTOL W PROCHAIN.

THliges proximum tuum.

Vonsttincrcz yotre procbna.

Âpaàs nous avoir intimé le grand précepte de Pàmour divin : Diliges Dominutn Deum tuum (Marc^ xu, 3o), le Seignear ajoute :

Vous aimerez votre prochain. La loi et les prophètes y tout se trouve dans ce comman* dément inséparahle du premier. {Matih.xtw^ 4o. ) Et certes on ne peut aimer Dieu sans lui obéir : or, il veut que le prochain soit cher à nos affections i Diliges proximum. On ne peut aimer Dieu, sans désirer qu^il soil adoré, glorifié et servi par tous ceux qui eu çont capables; et c^est ce qu^on appelle aimer le prochain pour Dieu. Lorsqu'on dît qu'il faut Paimer comme soi-même : sicut te ip-

sua LES COMMANDBMENS 0B OIEIT. Stbl

sum, on entend par là qu^il faut lui souhaiter et lui procurer, soit ilans Tordre de la nature, soit dans celui de la grâce, les mêmes Liens que Ton désire pour soi et que Ton recherche : Sicut te ipsum*

Mais faisons-nous ici des points fixes en prouvant plus â fond la nécessité de Pamour du prochain et en faisant connaître quels sont les effets de ce saint amour. CVst le partage de cette instruction*

I" PARTIE. Nécesskéde l'amour du pro^ chain* A interroger la loi naturelle, nous devons accorder aux autres les mêmes sentimens que nous réclamonsdWx 3 nonsdevons les affec tionner comme membres d^une même société. Malheureusement quel n^apasété^a nous l^ouvrage des passions !••• Haines dans la Gentilité; haines parmi les Juifs. Soif de la vengeance* Morale évangélique : Aimez j faites du bien; priez.; bénissez. {Matth. v^ 44*) Langage jusqu^aiors presque inconnu. Aussi J.-C, après nous avoir tant et si bien instruits sur cet important sujet , dit*il que cVst un commandement nouveau ( Joan. xwi 9 34)^ son commandement propre. Il veut que nous nous aimionsentte nous, comme il nous a aimés: Diligatisinpicem sicut et egodilexi vos. ( Joan. XV, 12, 17. ) Il nous propose Tunité de I)ieu en trois personnes*, cQmme

a52 PLANS DE SXSGOUKS

devant servir de modèle à notre union : UnuM sint sicut et nos, (Ibid. xvn.)

Interprète du divin Maître, avec quelle force et quelle sublimité saint Paul ne nous parle- t-il pas de la vertu de cbarîté ? Si Imguis hominum loquar aut angelorum.,. Si habuero omnem scientiam.,. Si tradidero,^.

(i Cor. xui ,1,2,3.) Sans elle , sans la cbaxîté , rien ne me sert. Ce principe posé, quel tableau touchant il nous fait de cette vertu ! Caritas patiens est} benigna est ( Ibid. 4 ) >congaudet autem veritati, (Ibid. 6.) .

Le disciple qui dans la Cène avait reposé sur le sein de J.-C. , consacre aussi toutes les effusions de son cœur à la charité. Textes de saint Jean, ce Celui qui n^aime passon frère qu^il voit, comment aimera-t-il son Dieu qu'il ne voit point (i Joan. iv , ao)? On connaîtra que nous sommes les enfans de Dieu y A nous nous aimons les uns les autres. (Joan» XIII, 35.) Quiconque aime, demeure dans la lumière ; celui qui n'aime point, reste dans la mort. » (i Joan. m , i4«) Parvenu à une extrême vieillesse , ce saint apôtre se faisait porter à Péglise , et ne pouvant faire de longs discours, il se contentait de dire et de répéter : (c Mes chers enfans, aimezyvouslesuns les autres. » Comme on attendait de lui queU que exhortation nouvelle , il reprit ainsi : ic La charité est le précepte du Seigneur } et si on

SUR LES COMMâNBEHBKS B6 BÏEtJ. 253 robservebien, il suffit. » {Hier, in ep. ad.

GaL) Oui^ Chrétiens, la charitëentraine avec elle Pobservation des autres devoirs; et ne li« sons-nous pas dans saint Paul , que celui qui aime le prochain, accomplit la loi? (i?om. xin)«

Pai parlé de la nécessité de Pamour dupro-»

chain : je vais en marquer les effets.

II« PARTIEL L^amour ne peut demeurer oisif. Il opère par-tout où il est, selon saint Augustin. Il détermine en nous unsentimeni \if et intérieur de bienveillance envers nos semblables, la promptitude à les obliger, et la facilité du pardon. Je développerai ces trois réflexions.

1® Un mouvement vif et intérieur de bien*^ peillance. Nos volontés, nos cceurs se tournent vers nos frères : Encorde in^icem dili* gite attentiùs. (i Pelr. i.) De là les préve-» nances et les témoignages d^estime : Honore

in^icem prce^^enientes (Rom. xu, lo.)

L' Apôtre veut que nous ayons pour eux des entrailles de compassion. {Coloss, ni. ) L^amour que J.-C. nous a prodigué est la mesure de celui qu^il faut porter à nos semblables : Sicut et ego dilexi a)os. ( Joan. xv.) N^aimer , ni ne haïr, vouloir être indifférent , c^est une disposition que PÉvangile ré*prouve et pour laquelle il n'a que des anathèmes.

254 PLAV^ DS niscôVRè

a® Promptitude à obliger et à Secourir.

Tout ce que vous Toudrîez que les autres vous fissent) faites* le leur vous-même. (^Luc* VI) 3 1.) Correspondance mutuelle dans toutes les parties du corps. Si le pied souffre ^ Vceil ne souffre-tîl pas aussi?... (i Cor. xn.) Ce pauvre ) cVst un de vos membres , quoique décharné y quoique défiguré par la douleur ^ dit saint Grégoire de Nazianze... {Oratio in paup. amore.) Rien de ce qui intéresse Fhu* inanité ne pent nous être étranger : sachons nous réjouir avec ceux qui se réjouissent et pleurer avec ceux qui s^affligent ; Flere cum Jientibus. (Rom. xu.) Vos celliers et vos greniers sont- ils vides? sMcrie saint Augustin; que vos cœurs soient pleins : .... Dieu vous tiendra compte de vos désirs.

3<^ La facilité du pardon. Ici PÉvangile triomphe , et cVst la perfection du Christianisme. Doctrine de J.-C* que nous avons citée plusieurs fois et que nous ne répéterons jamais assez. Aimer ceux qui nous haïssent ; faire du bien à ceux qui nous font du mal iJUatth, v) ; et si les œuvres actives de la miséricorde ne sont point en notre pouvoir | tout au moins faut-il bénir nos ennemis : Be» nedicite. If oire langue est- elle enchaînée? Totft au moins faut-il prier poureux. Orate.

(Eph. 11. ) Point d'excuse, ni de prétexte :

J.-C. nous a tant aiméS| lorsque nous étions

8tT& LES COMM AKBSMENS DE SIETT. 2t55 ëloigaés de lui ! -— Heureuse la famille, heu^ rense la contrée où la doctrine éyangélique sur Tamour du prochain serait en vigueur!...

Quel ciel alors que la terre !

Prière. Vous seul, 6 mon Dieu, ponvefe nous enflammer de ce feu divin que vous êtes -venu répandre. an milieu de nous.... (Ziic.

jLu 9 49* ) Vous seul pouvez unir nos cœurs dans le lieu de notre exil, pour qu^ils le soient i jamais dans la céleste patrie.

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HUITIÈME INSTRUCTIONsuite du preaqer commaitdemeiyt.

autre biscours ou instruction $ur i.'àmour su prochain.

CA&ACriRBS DB CET AMOUlU

QiM diligit proxinium , legem implesdt.

Celui qui aime le prochain , a accompli la loi. {^Roriu C. uii| ▼. 8.)

JjES devoirs envers Dieu portent leur recommandation avec eus-mêmes..^ On se fait moins de scrupules quand il s^agit desdevoirs envers le prochain. Cependant le commanr

aS6 KAITS Hfi otscôir&s

dément qui nous est fait de raimer est senî- Mable au premierdontil dépend etaTeclequel «1 s^identifie : Secundum mandatum simile est huic. (Matth. xzu.) Cependant Tamour envers le prochain est la manifestation de celui qae nous ayons pour Dieu. Voulons-nous savoir jusqu'où il faut porter la charité envers nos frères ? Etudions les caractères de cette vertu dans saint Paul; étudions-les aussi dans les exemples de J**G. : deux parties à développer.

IMPARTIE. Caractères de la charité dani saint Paul»

Ce grand Apôtre;^ traitant cette importante matière dans sa première épitre aux Corinthiens, ch. xiii, assigne entr'autres cinq prin* cipaux caractères à la charité, ce Elle est patiente y dit-il ; elle est douce et bienfaisante ; elle n'a point de mauvais soupçons ; elle ne se pique etnes'aîgrît de rien ; elle ne finit point. Patiens $ benigna f non cogitât malum} non irritatur} non excidit. »

1® La charité est patiente. Triste état que celui de la vie présente! Passions et injustice des hommes. Le juste est souvent comme une brebis muette devant celui qui la tond {Is.

iMiy 7); le juste ploie comme un humble roseau sous le poids des orages et des disgrâces} le juste oppose aux emportemens de la

StTït I.BS COMMAKBËMElîS DE DIEU. 2,5 J fureur le calme et la sagesse de ses réponses. Responsio mollis Jrangitiram. (Prov. xv,i.) Dans ses rapports avec le prochain il sait attendre les momensdu Seigneur sans agitation et sans inquiétude : Patientes estote ad ont" nés. (i Thess. v, 14.) Son ame se possède elle-mcïme , parce qu^elle est, si )e puis parler . ainsi, fondée en Dieu. In patientià possider bitis animas vestras. (Luc. xxi, 19.)

a® La charité est portée à bien /aire. J9enigna est. Delà les soins actifs et non interrompus. Les feuilles et les fleurs ne peuvent suffire : il faut les fruits. On aurait regret à un seul jour qui se serait passé sans Tezercice des œuvres de miséricorde. On ne connaît pas seulement l«s égards et les ménagemens envers ses semblables : cVst encore une bonté toujours renaissante; ce sont des attentions ingénieuses, recherchées et qui naissent du fond du cœuTi Ini^icem diligite attendus. (1, Petr. 1 , aa.) Et comment n'y mettrait-on pas nn saint et tendre empressementquand on pense que c'est Jésus qu'on reçoit , Jésus qu'on sert et Jésus qu'on soulage dans la personne de SQS frères? (^Matth. xxv, J^o,)

^^ Non cogitât malum. La charité ne forme point de mauf^âûjoupeo/ij^ parce qu'elle perfectionne la bonté du naturel , parce qu'elle ne s'arrête à considérer dans les hommes que ce qu'ilsontd'estimable et de bon^parceque^

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