ABRÉGÉE
CmQTJIÈBIE COMMAIOIEMENT.
SUE LA HAINE | LA COLiEE ET LA VEKQEAKCZ.
Non occifUs. Vous ne tuertz point* {M^Qd. e, zx. )
Ce n^est pas seulement Tliomicide fait par autorité privée que défend le cincjuième pré* cepte du Décalogue ^ mais aussi les mauvais tr^itemens de toute espèce et mênïe les paroles injurieuses. Les anciens philosophes et les fausses traditions des Juifs avaient dénaturé les vraies notions de la morale ; PÉvangile les rétablit. Seul il arrête le cours de nos désordres en coupant la racine du péché. Il interdit sans aucun ménagement la haine ^ la colère et la vengeance ; par là il prévient les actions et les paroles que réprouve le cinquième commandement»
lo 11 interdit la haine. La haine est une aversion délibérée et consentie (ju^on a contre le prochain ) qui fait qu^on Tévite , qu^on lui veut du mal y quW s^attriste de ses biens et qu^on se réjouit de ses maux. Disposition damnable, mes frères ! Selon l^Évangile, 0|i co|inaît que nous sommes disciples de J.-C. à cette marque j si nous avons de Pamoui* les uns pour les autres* {^Joan. xm, 55.) Nous devenons donc étrangers à notre divin Maître j nous ne lui appartenons plus en aucune manière , si nous haïssons nos semblables.
Aussi Papâtre de la charité , saint. Jean ^ ajoutent- il que nous marchons alors dans les ténèbres ( 1 Joan. Il , p ) j que nous sommes convaincus de n'avoir plus aucun amour de Dieu ( Ibid, IV, lo) 5 que nous restons dans la mort, et que quiconque hait son frère, est homicide. {^Ibid. m, 12.) Oui, il Test dans le cœur , avant d'avoir exécuté ses mauvais desseins.
Sou venez- vous , Chrétiens , que la désunioa volontaire est un obstacle invincible qui nous , éloigne de la participation de la sainte Eucharistie. Souvenez-vous de ce texte de PEvangile qu'on vous a tant de fois répété: ce Si lorscc que vous offrez votre don à Pau tel, vous ce vous souvenez que votre frère a quelque ce chose contre vous, laissez votre don devant ce l'autel , et allez vous réconcilier aupajcavant
sua LES COMMÀKDESIIENS DE DIEU. ^27
«p avec votre frère } et puis vous reviendrez <c offrir votre don. » ( Matth. v, aS. ) Quel, scandale quand des personnes qui font profession de piété ont des inimitiés déclarées y ou tout au moins des froideurs incompatibles avec Fanimation de la charité ! Quel scandale quand chacun attend que le$ autres fassent les premiers pas ou les avances pour la réconciliation ! Chrétiens ^ que la nature se taise 9 et que la {p;âce évangélique parle à nos coeurs*
2<> Le cinquième commandement proscrit aussi la colère. Nous entendons par colère une vive émotion de Tame qui nous fait repousser avec force et indignation ce qui nous déplaît. Il peut j avoir une colère juste et raisonnable : Irascimini et nolite peccare (Vs, IV 9 5); comme lorsque Moïse descendant de la montagne et voyant le peuple livré à Tidolâtrie^ brisa les tables de la loi avec un saint transport , et fit au peuple prévaricateur les reproches les plus sévères {Gen. xxxii, 19) ; comme lorsque J.-C. avec un soulèvement religieux chassa du temple ceux qui en faisaient une maison de trafic ( Joan. 11 , 14 ) > comme enfin lorsquUl jetait un regard d'ia* dîgnation sur les^pharisiens j étant affligé de Taveuglemenide leur cœur : Circumspiciens eos cum ira, contristatus super cœcitate cor» di^ eorum. (Marc, m ^ 5. )
Mais lapoière est un grand péclié, lorsqu^oa s^emporte sans sujet, lorsqa^on éclate par passion y avec excès, et que Ton passe à des paroles, à des actions et à des sentimens réfléchis qai offensent le prochain. J.-G. nous dit dans TEvangile que celui qui se mettra en colère contre son frère, méritera d'hêtre condamné par un dès tribunaux qu^avaient les Juifs. {Matih, v, 221.) Les saints apôtres Veulent que nous soyons leiîts à nous émouvoir: Tardas ad iram (Jac. I9 19) ; que nous ne souffrions en nous aucun levain d^amertume et de colère i^Eph. iv, Si); et que le soleil ne se couche jamais sur nos ressentimens, si nous avons le malheur d'en avoir.
{Ibid. 26.)
L'Evangile , pour bannir cette détestable passion de nos âmes, nous montre danslesinjures et les mauvais traitemens que nous endurons, des vues miséricordieuses de notre Dieu qui nous donne moyen d'en profiter pour guérir le plus grand de nos maux qui est l'orgueil , et pour nous procurer le plus grand des biens qui est l'humilité. L'Evangile nous montre deux ennemis , l'un visible : c'est l'homme qui nous fait injure; et l'autre invisible : c'est le démon qui l'y pousse. L'Evan-^ gile nous adoucit envers l'homme, pour que nous ne secondions pas les desseins du démon en blessant la charité , mais au contraire
Stm X.BS COBf MANDSHENS DB DIJStT. 3^9 pour que nous tournions notre principale résistance contre le principal adversaire de notre salut.
G^est le langage de la foi y mes frères. Mais que la vraie foi est rare parmi les chrétiens de nos jours ! Ils ne se nourrissent pas desT grandes considéra Uons qu^elle leur fournit; ils ne les ont pas même dans Pesprit. Leur esprit déréglé est tout entier aux idées y aux soins du siècle et à rattachement que nous inspirent ses faux biens. De là les haines y la colère et les querelles^
3<> Enfin rejetons loin de nous toute pensée et tout projet de vengeance» Que de fois on vous a instruits sur cet important sujet ! Voici ce que nous lisons dans FEvangile : ce Vous ce avez appris qu^il avait été dit: œil pour œil^ <c et dent pour dent. Et moi y je vous dis de ne ce point résister au mal ; mais si quelqu^un « vous frappe sur la joue droite y présentez- « lui encore Fautrej et si quelqu'un veut ce plaider contre vous pour avoir votre robe y ce abandonnez - lui encore votre manteau »
{JUatth. v, 89, \6)\ cVst-à-dire qu'il faul être disposé à tout souffrir et à tout abandonnfbr 9 plutôt que de nous exposer à perdre la charité et la paix de Pâme.
Ne trouvez-vous pas aussi une force éton* nante dans les paroles de saint Paul que je vais vous citer? (eNe rendez point le mal pour 1. 14 *
33o FLANS BB DISC0TTR9
ce le mal. Ne vous vengez point vouâ-mêmjes ^ <c mais donnez lieu à la colère. Car il est écrit; ce C'est à moi que la vengeance est réservée^ et « c'est moi qui la ferai, dit le Seigneur. Aa ce contraire, si votre ennemi a faim, donnes- <c luià manger; s'il a soif, donnez-lui àboire... ce Ne vous laissez point vaincre par le mal^ ce mais surmontez le mal par le bien. » {Rom* xn, irjetseq.)
Quiconque se venge désobéit formellement k Dieu et se met en opposition ouverte avec le Sauveur : ce II vous a donné l'exemple, dit ce saint Pierre, afin que vous marcbiez sur ses ce traces. Quand on l'a chargé d'injures , il ce n'a point répondu par des injures; quand ce on l'a maltraité , il n'a point usé de menace ces... (i Petr. ii, 21.) Or le disciple n'est ce pas plus que son maître, ni le serviteur plus ce que son Seigneur. » (Miattft. x, a4« )
Quiconque se venge ne peut ensuite de*» mander à Dieu le pardon de ses propres iniquités qu'avec une mauvaise foi insigne : il renonce à être pardonné. Homo homini re^ serval iram^ et à Dec qucerit medelam I ( Eccb*. ixvni. ) Dimîttite et dimitteminu (Luc. VI ,^37.)
Quiconque se venge fait qu'il y a deux coupables; et loin de remédierau mal reçu, il s'en fait à lui-même un infiniment plus grand.
Chrétiens! on ne traite point cette-matiére
SUR tes COMMAKDBMEKS DE DIET7. 33 1 de la colère , de la haine et de la yengeance^ sans donner lieu à cenx qai nous écoutent dé rentrer en eux-mêmes ëï de se reconnaître redevables à la justice de Dieu pouf une in* finîté de fauteâ. Il yous reste à les accuser ces fautes j à vous en repentir et à faire de généreux efforts pour conserver à jamais cette charité tendre et cette inépuisable bonté qui sont, comme je vous l'ai dit tant de fois , lô caractère propre et distinctif du christianisme»