‹ Plans de discours; ou, Projets d'instructions et de conférences sur lesChapitre 73 sur 83 · VINGT-DEUXIEME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIEME INSTRUCTION

ou DISCOURS.

SIXIÈME ET NEUVIÈME COMMANDEMEItTr.

SUR LE DiRiOLEMENT DES MOEURS.

Kon mOchaberis»

Vous ue commettrez point d'adoltère. (Mvod, c. xa,}

Un seul crime est cite ici pour tous. Vous né commettrez point d^impureté ; voilà le précepte dans toute son étendue. Qiii donnera, disait un prophète, dé l'eau à ma tête, et à

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mes yeux une fontaine de larmes pour pIe1^-rer jour et nuit les enfans de mon peuple qui périssent {Jérém. vi^ i)t Quel sujet {^entreprends de traiter ! Les sanglots devraient à chaque instant étouffer ma voix* Point de matière plus délicate ni plus révoltante que celle du vice impur; point de passion plus malheureuse 9 m plus universelle. Saint Paul eftt désiré que ce genre de dérèglement n^eût jamais été nommé parmi les ûdèleszNec no^ minetur in vcfbîs. (Ephes. v ^ 3.) Saints Autels ) je parle en votre présence ! Parole de mon Dieu , vous devez être grave et cfrconspecte.*.. Jeunesse chrétienne , suis- je dans le CM de respecter profondéoyent votre innocence? Seigneur^ purifiez mes lèvres , et purifiez nos cœurs.

Voici Tordre des idées que je me propose de développer: Quifaeit peccatum, servus est peccati. (Joan. vni y 34)* L^esclavage des sens est la servitude la plus honteuse ^la plus cruelle et la plus durable. Ce discours aum trois parties*

!'• PARTIE. Servitude la plus honteuse,' La raison et les saintes Ecritures , Pexemple die Penfant prodigue y les humiliations répétées que vous éprouves > Pidée même du monde , tout vous dit que vous êtes un esclav<( yil et alyect. Quifaeit peccatum , serpus^ est.

StîA LSS COMMANDBSKSNS ]>£ DIEIT. 333 La raison ici sHndigne et se soulève* Lea Tices de Pesprit, quoique hlâmables^ Pambition, la hauteur et la défiance ^ peuvent 86 couvrir de quelque excuse ; mais \e ne vois que turpitude et infamie dans le désordre des sens. Langage de Sénèque : Major sum et ad majora genitus^... Il eût rougi de dépendre de son eorps. Il n^envisageoit dans cette par*

. lie terrestre de lui-même qu'une chaîne ^ un poids, une peine. F'inculum, pondus ppœnam* Ce serait un renversement étrange si le corps faisait la loi y et si la partie la plus excellente de nous venait à la recevoir. Sub te eritappe^ tîtus tuus, et tu domiruiberis illius.*. (Gen« IV, 7.) Tant qu'il y aura de la raison parmi les hommes, il y aura de la pudeur j et tant qu'il restera de la pudeur, on rougira du vice impur*

Oracles de la sainte Ecriture. Passages à' commenter : L'homme était en honneur ;••• il s'est rendu semblable auji étresbruts et irraisonnables. ••• {Ps^ xLvui, 12.) Dieu les a livrés ces philosophes oi^eilleux, à un sens réprouvé et à des passions d'ignominie , si bien qu'ils ont outragé la nature elle-même : Ut

faciant ea quœ non, coni^eniunt,», (Rom. 1^ a4y 28.) O hommes mille fois coupables ^ quel fruit avez- vous donc tiré de ces désordres qui vous écrasent aujourd'hui de honte?.. •; Çrbid. VI, ai.) Qui l'eût cru? D'incroyables

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excès sont votre culte et votre Dîeu ! Quorum Deus venter est. (Philip, m, 19.) Ainsi parlent les livres saints.

Exemple de Penfant prodigue : son ëtat cliez son père ; son état lorsqu^il garde les pourceaux . Restes qu^il dispute aux pourceaux eux-mêmes. (^Luc. xv.)

Humiliations que vous éprouvez. Quoi! il TOUS faut souffrirles bizarreries, les caprices, les familiarités et les railleries d^un objet ignoble. G^estla paix j c^est la guerre. . • Quoi ! Votre réputation est entre les mainsd'une per« sonne couverte d'opprobres! Vous vous met' tezen quelque sorte à sesgeooux!...yousne TOUS souvenez donc plus de votre âge, de votre caractère, de votre dignité d'époux et de père de famille , du rang que vous occupez! Roi détrôné , je baisse les yeux , et je vous vols dans la fange.

L'idée du monde. On dit parfois, pour atténuer son inconduite, quele libertinage est faiblesse , galanterie , une fougue des sens près* qu'inévitable... Mais en s'excusant ainsi et en ayant une excessive indulgence pour soi , l'on se montre k coup sûr très sévère pour les au* Ires. Personne ne veut avoir une épouse, un enfant, ni un domestique qui se jette dans le désordre. Les gens les plus corrompus sont èeux (jui censurent avec le plus d'amertume les moindres écarts. Tenez-le pour certain ;

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A vos passions tons dérèglent , tous perdes toute estime. Les gens de bien s'afBîgent de Tos excès; les faibles se scandalisent, et les pervers en triomphent. Vous faites la risée publique. Reprenons. • . •

II» PARTIE. Servitude la plus cruelle ^Sit tontce qu'îl^vous en coûte pour vous satisfaire, par vos remords et par des suites désastreuses de toute espèce.

Ce qu*ilvous en coûte /Il a fallu résister aux grâces ) étouffer les principes, arracher de vous rinstinct moral et boire toute bonté.

Votre délicatesse première murmure j elle .élève la voix ; vous vous êtes ravi le repos à TOUs-mème. Jussisti, Domine , et sic est ut omnis inordinatus animus sua sibipœna sit»

(Aug. lîb. Confess.) — Ce qu'il vous en coûte! Que de tourmens pour payer celui-ci, s'assurer de celle-là , pour tromper la vigilance d'une mère et pour trîçmpber de mille obstacles! Et lorsque vous croyez avoir réussi ^ faux calcul !.^. on vous trabit ; on vous vend} vous faites les frais de la passion d'un autre. •• Celui qui n'est pas fidèle à Dieu ,àquileserat-îl?— Ce qu'il vous en coûte ! Quàm modi»

cumjestum in modicd libidine sequiturï disait saint Bernard. Hé quoi! mille inquiétudes vous assiègent , lors même que vous toucher au moment désiré. Vous frémissez; vous pît-

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lissez; vous craignez qaeles maiaillesnevooâ accusent. Dites ^ dites comme ces pécheurs qui s^écrîeront au jugement de Dieu:^/n&iila^imus per vias difficiles» (Sap. Y^ 7») On souffre moins à être vertueux.

Seiviiudeqffreuseparles remords Méquoil Totre ame est déchirée ; la pesanteur vous accable;letrouhlevousanéantit. Les flammes de Téternel abyme se présentent parfois â votre esprit effrayé. Vous ne pouvez plus supporter cet état 9 ni même la personne que TOUS avez entraînée dans votre perte. Amnoa et Thamar. (2 Heg. xiix, i5.) Tributatio et angustia in animam operantis malum. (Rom « II 9 9.) Vous vous abjurez vous-même....

Le désespoir vous tente. Arrêtez-vous sur le bord de ce précipice*. • Le mal est grand ^ dit saint Augustin; la miséricorde est plus grande

encore.

Servitude affreuse par toutes ses suites»

Qae d'abus de tous ses sens! que de profana* tioDS et que de sacrilèges! que de monstruosités peut-être! Servitude affreuse! La pa« rente outragée ^ ^hospitalité violée ^ la confiance trahie ! Servitude affreuse ! Ces jeunes personnes trompées 9 achetées 9 séduites â la

campagne et à la ville Elles eussent été

des épouses honorées , des mères vertueuses! Et aujourd'hui elles grossissent le

nombre des victimes de rincontinence. Plu*

SUR I.ES COMMAiniEMEKS BB DIEU. 337

Sieurs ont succombe k Thofreur de leur situation; plusieurs peut-être ont accéléré leur fi», liiianticides,,.. Vous en répondez. — • Servitude affreuse dans ses suites. Vous êtes le premier anneau d^une ckaîne interminable •d^iniquités. Les personnes que vous avez précipitées dans Pabyme y en ont précipité d^autres.... On pécbera sur votre compté dans la série des siècles , et vos tourmens redoubleront d^intensité Je ne supporte pas cette

idée.. .. Servitude affreuse dans ses suites par sapport à vous ! Suites temporelles ; suites éternelles. Suites temporelles : ce parent vous abandonne; cet ami fuit courroucé; ces sociétés honnêtes vous repoussent. Je ne sais

quels traits livides s^mpriment en vous

Regard éteint; vieillesse précoce; venin destructeur; santé ruinée ; fortune perdae. Sui* tes jétemelles : vous n^avez été malheureux que pour Je*devenir encore davantage. Vous êtes dû à des supplices sans fin et sans meaure qui vous attendent.

IIP BT DUKiiRB Partie. Servitude du-^ pable. Force des habitudes, seconde nature :

nécessité morale. Artifices dWe complice: vous restez enlacé. Si un objet disparaît.^ un autre si^vient qui rallumera vos désirs. Tyrannie sans relâche ; confessions inutiles* Mille résolutions faites et violées. On pleure; on

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s^arracheles cheveax; on ne se console point^ et Ton retombe. On se repent de son repen* tir; on se dégoûte de la religion; peu-à-peu on affaiblit sa foi; et pour s^affermir dans une situation si déplorable , on conteste à Die a sa justice et à Pétemité ses peines. Servitude durable. Impudicitiavitium sut adhœswum , disait Saint Thomas. Oculos habentes plenos aduUerii et incessabilis delicti, disait saint Pierre, (a Petr, n , 14.) Des idées importunes vous suivent par- tout. Toutes les formes vous paraissentobscènes... Toute caresse prépare au désordre. Passion impure , passion qui parle sans cesse aux yeux , aux oreilles , à Pesprit et au cœur! Feu qui brâle jusque dans les eaux. Non ; la maladie ne ramène pas : on la brave ; on se dégrade encore. L^e ne ramène pas; la bouche, dans une vieillesse déréglée, sV>uvre toujours pour Pobscénité; au défaut des actions on a une curiosité inquiète et libidineuse ; on a des réminiscences et des regrets de ne pouvoir se rendre coupa* ble.... Si les sens se refusent, la volonté est en avant. Hé quoi! malheureux, la mort est dans vos entrailles ; vous avez un pied dans ha fosse; et la victime de votre incontinence soigne vos derniers momens ! et vous lui protestez encore!.... Le crime ne cesse qu^avec TOUS. Malheureux ! vous avez expiré dans son

SUR I«£S COMMAK0EMENS DJS DIEU. 33gf sein : vous voilà debout au tribunal du Souverain Juge.

Péroraison. Personnes innocentes, que TOUS êtes dignes de respect ! Connaissez et conservez votre bonheur. Prenez d''exc6ssivei précautions.... Personnes coupables , la voix de Dieu se fait entendre... Répandez des larmes amères; priez avec ferveur; jeûnez avec austérité 5 invoquez la Vierge sainte. (S.Jér.) Faites Paveu de vos fautes avec franchise ; fuyez Poccasion 5 fuyez vite, fuyez loin, fuyez toujours; sinon, vous vous rengagerez ou vous resterez dans les liens d^une sei^itude honteuse, d^une servitude cruelle, d^une servitude duraUe ; et après avoir épuisé ici-bas les faux plaisirs et les peines réelles , vous épuiserez au sortir de la vie la coupe de^ yen* ^eances et des malédictions étemelles. Que IKeu vous en préserve.

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